#Essais

Une Maison dans le ciel

Amanda Lindhout

Un best-seller international bientôt au cinéma !Après avoir échappé au quotidien d’une enfance difficile en se plongeant dans de vieux numéros du magazine National Geographic, la jeune Amanda Lindhout décide de partir à son tour à la découverte de ce monde qui la fait tant rêver.À 19 ans, elle travaille comme serveuse et parvient à mettre suffisamment d’argent de côté pour s’offrir de longs périples sac au dos en Amérique latine et en Asie, jusqu’à ce que son énergie et sa curiosité l’amènent à découvrir d’autres pays plus difficiles d’accès pour une femme occidentale tels que le Soudan, la Syrie ou encore le Pakistan. Enhardie par ses découvertes et ses rencontres, elle part pour l’Afghanistan et l’Irak, tous deux ravagés par la guerre, et entame une carrière de journaliste qui va la conduire en Somalie – « le pays le plus dangereux sur terre » –, où elle se fait kidnapper par un groupe d’hommes armés se réclamant d’une milice islamiste.Retenue prisonnière pendant 460 jours dans des conditions souvent effroyables, seule femme au milieu d’une dizaine d’hommes, Amanda survit en faisant appel à son intuition, à ses souvenirs et à sa force de caractère.Et, quand le désespoir la submerge, elle se prend à rêver qu’elle visite une maison dans le ciel, loin, très loin de la prison obscure dans laquelle elle risque de sombrer dans la folie ou de trouver la mort.Une adaptation cinématographique de cet ouvrage est en cours. Le film sera réalisé par Megan Allison, la productrice de Zero Dark Thirty et The Revenant, et c'est l'actrice Rooney Mara (Millénium : Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes, Carol) qui tiendra le rôle d'Amanda Lindhout.Un témoignage bouleversant élu meilleur livre de l’année 2013 au Canada !

Par Amanda Lindhout
Chez Seramis

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Editeur

Seramis

trad. Franck Mirmont
06/01/2017 396 pages 21,00 €
Scannez le code barre 9791096486007
9791096486007
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Prologue

 

 

 

Nous avions donné un nom à quelques-unes des maisons dans lesquelles ils nous avaient enfermés. Nous étions restés plusieurs mois d’affilée dans certaines, quelques jours ou quelques heures dans d’autres. Il y avait eu tout d’abord la Maison de l’Artificier, puis celle de l’Électricité. Puis ce fut la Maison de l’Évasion, une petite construction en béton où il nous arrivait parfois d’entendre par la fenêtre des échanges de tirs, mais aussi la voix proche, douce et tendre d’une femme chantonnant pour son enfant. Après notre tentative d’évasion, nous avions été transférés de manière précipitée dans la Maison Kitsch, avec son boudoir au couvre-lit fleuri et à la coiffeuse en bois garnie de bombes de laque ou de gel coiffant parfaitement alignées – une pièce dans laquelle, à en juger par les protestations de la femme cantonnée dans sa cuisine, nous n’étions pas censés nous trouver. 

Quand ils nous transféraient d’une maison à une autre, ils le faisaient toujours avec nervosité, en silence, généralement aux heures les plus calmes de la nuit. Assis à l’arrière d’un break Suzuki, nous roulions sur des rues pavées avant de faire une brusque embardée sur une piste de sable traversant un désert planté de rares acacias, jalonnée de quelques villages endormis dans l’obscurité, sans jamais savoir où nous nous trouvions. Nous passions devant des mosquées, longions des marchés nocturnes éclairés à la bougie et croisions des paysans menant leurs chameaux par le licol, mais aussi des groupes d’hommes jeunes, pour certains armés d’AK-47, rassemblés autour de feux de camp établis en bord de piste. Ces hommes n’auraient sans doute rien remarqué s’ils nous avaient prêté une quelconque attention. À l’instar de nos ravisseurs, nous devions porter des chèches de manière à couvrir nos visages, rendant impossible toute identification.

Les maisons qui nous étaient affectées étaient pour la plupart des bâtiments abandonnés dans des villages reculés où nous tous – Nigel et moi, ainsi que les huit jeunes hommes qui nous gardaient et leur capitaine plus âgé – resterions invisibles. Toutes ces maisons possédaient un mur d’enceinte, en béton ou en tôle ondulée, doté d’un portail qui fermait à clé. Quand nous arrivions dans un nouvel endroit, le capitaine bataillait avec son nouveau jeu de clés, puis les garçons – comme nous les appelions – nous poussaient à l’intérieur sous la menace de leurs armes avant de choisir les pièces dans lesquelles ils nous enfermeraient. Ils répartissaient ensuite les autres pièces selon les fonctions qu’elles occuperaient – salle de repos, salle de prière, salle à manger, sanitaires. Ils sortaient parfois prendre l’air ou s’entraîner à la lutte dans la cour. 

Il y avait Hassam, l’un des garçons, qui faisait les courses ; Jamal, qui s’aspergeait d’eau de Cologne et rêvait de la jeune fille qu’il allait épouser, et il y avait Abdullah, qui ne pensait qu’à se faire exploser dans un attentat suicide. Il y avait aussi Youssouf, Yahya et Mohammed le Jeune. Mais il y avait surtout Adam, qui téléphonait à ma mère au Canada et la terrorisait en proférant des menaces, ainsi que Mohammed le Vieux, qui gérait les questions financières et que nous avions surnommé Donald Trump. Il y avait encore l’homme que nous appelions Skids, qui m’avait emmenée une nuit dans le désert et m’avait regardée d’un air impassible pendant qu’un autre homme appuyait la lame d’un couteau sur ma gorge. Enfin, il y avait Roméo, dont le dossier d’inscription avait été accepté dans une université new-yorkaise, mais qui comptait d’abord faire de moi son épouse.

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