#Roman étranger

Elsa et Frank

Joan London

On est en 1954, en Australie, peu après une terrible (et malheureusement très réelle) épidémie de poliomyélite qui a fait des ravages dans le pays. Le vaccin n’existera que peu après. Ils sont trois très jeunes adolescents, durement frappés par la maladie, Frank, Elsa et Sullivan qui tentent de revivre, après avoir été durement touchés, dans une maison de convalescence, « The Golden Age ». Sullivan est poète : inerte dans un poumon d’acier , il compose des poèmes qu’il dicte à Frank. Frank est doublement un survivant car juif d’Europe Centrale, il n’a échappé à la mort que par miracle pendant la guerre, de même que ses parents. Il va tomber amoureux d’Elsa, si jeune, si jolie, si fragile. Tous deux se rapprocheront encore plus quand meurt Sullivan. Mais si les adultes autour d’eux, médecins, rééducateurs, infirmières, parents, amis, sont bienveillants et veulent les aider, il y a une limite à ne pas franchir. Qui va l’être quand on les retrouve dans le même lit, celui d’Elsa, et nus. Évidemment, c’est le scandale assuré. On les sépare, on les renvoie chacun dans sa famille. Ils se reverront – mais le temps, la vie les entraîneront loin l’un de l’autre. Frank, qui n’a jamais oublié Sullivan et ses poèmes si beaux, deviendra poète à son tour... et célèbre. Un jour il ouvrira sa porte à un jeune journaliste venu l’interviewer qui lui demandera : que s’est-il passé autrefois entre ma mère et vous ? Ce court roman – environ 220 pages – a eu un énorme succès en Australie, où il a été couronné par tous les prix littéraires imaginables. On l’a comparé, bien sûr, à Nos étoiles contraires
traduit de l'anglais par Alice Seelow

Par Joan London
Chez Mercure De France

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trad. Alice Seelow
11/05/2017 249 pages 22,50 €
Scannez le code barre 9782715245501
9782715245501
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Pour mes trois sœurs

 

 

Ce récit est inspiré de faits réels qui se sont passés à L’ge d’Or, une maison de convalescence de Leederville en Australie-Occidentale, qui accueillit de 1949 à 1959 les enfants ayant contracté la poliomyélite. Toute ressemblance avec des personnes liées à l’établissement, les membres de l’équipe, les patients ou leurs familles, serait pure coïncidence.

 

 

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Du feu ?

 

Un après-midi pendant la sieste, Frank Gold, le nouveau, sortit de son lit, se laissa glisser dans son fauteuil roulant et s’engagea dans le couloir. Personne à la ronde. C’était un début de mois de décembre précocement chaud, et le garçon, déjà rompu à la vie hospitalière, savait que les infirmières seraient à l’étage devant leur ventilateur. La porte du bureau de l’infirmière en chef, Mrs Penny, était fermée : elle devait faire un petit somme sur son canapé.

Son premier réflexe, comme toujours, fut de voir Elsa. Il regarda entre les gonds de la porte entrouverte de la chambre commune des filles. Son lit était juste derrière. Il aimait voir son visage endormi. Même si sa tête était tournée de l’autre côté sur l’oreiller, la vue de son épaisse natte dorée lui donnait une sorte d’espoir. Mais cet après-midi, son lit était vide.

Il continua à rouler, passa devant la cuisine silencieuse et ses bancs nus récurés à la brosse. Même les mouches dormaient. C’était comme si un sort avait été jeté sur toute la maison. Seul lui y avait échappé...

Il avait attendu ce moment. Dans sa poche, une cigarette et une petite boîte d’allumettes, volées à sa mère lors de sa dernière visite. Elle s’était absentée un moment pour s’entretenir avec Mrs Penny et avait laissé son sac à main sur son lit. Plus tard il l’avait imaginée, debout sur le quai de la gare dans la lumière crépusculaire, cherchant ses allumettes, mourant d’envie de fumer une cigarette. Les visites bouleversaient Ida. Elle ne venait pas toutes les semaines.

Par ce geste, il avait eu l’impression de reprendre possession de quelque chose. Il revenait à sa vieille nature cachottière. Il s’était senti soudain rassuré, à nouveau responsable. Agir en cachette était une façon de retrouver une intimité, et l’intimité était la première chose qu’on perdait ici. C’était un acte de résistance à l’infantilisation de ce lieu, à ses toilettes de Pygmée, à ses siestes et à ses règlements à mi-chemin entre l’hôpital et la maternelle, ainsi qu’au sentiment de régression qu’il avait éprouvé à son arrivée dans cette maison.

— Nous sommes vraiment ravis de vous accueillir parmi nous, avait déclaré Mrs Penny quand l’ambulance l’avait déposé. Les plus jeunes enfants regardent les aînés comme des modèles.

Frank scruta son visage rayonnant et comprit qu’il n’y avait rien, ici, qu’il puisse changer. Les jeux étaient faits depuis longtemps.

Il eut l’impression d’être un pirate qui aurait débarqué sur une île de petits animaux estropiés. Une grande vague les avait emportés et rejetés là – tous comme lui, échoués, impatients de rentrer chez eux.

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