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Plagiat, IA : l'affaire Thélyson Orélien, la grande déflagration

En quelques jours, C’était ça ou mourir est passé du phénomène de rentrée au centre d’une controverse qui mêle intelligence artificielle, reprises de textes anciens et nouvelles interrogations sur la fabrication des livres. À mesure que les éléments s’accumulent, une précaution s’impose pourtant : distinguer ce qui est établi de ce qui reste, à ce jour, impossible à démontrer.

Le 25/09/2026

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Tout commence le 21 septembre, quelques heures après l’attribution du Prix du Roman Fnac à Thélyson Orélien. Sur X, le compte anonyme « Balance ton Claude » affirme avoir soumis plusieurs passages de C’était ça ou mourir au détecteur Pangram, qui les aurait classés comme produits par intelligence artificielle.

L’accusation devient rapidement virale. Elle touche un livre déjà installé parmi les succès de la rentrée : paru le 9 mars au Boréal au Québec, puis le 19 août chez Grasset en France, le premier roman de Thélyson Orélien suit Jonas Dorléon, professeur d’histoire-géographie contraint de quitter Port-au-Prince et de traverser les Amériques jusqu’au Canada.

L’auteur réfute tout recours à une IA pour écrire son roman. Grasset lui apporte publiquement son soutien. Mais l’expérience initiale est bientôt reproduite ailleurs. Le Monde soumet plus de la moitié du livre à Pangram : selon l’outil, plus de 95 % du texte aurait été produit par une IA, avec un « niveau de confiance élevé ». Le quotidien teste parallèlement les premières pages d’une quinzaine d’autres romans, ainsi que cinq ouvrages anciens au style marqué : Pangram les classe comme humains.

Un détecteur n’est pas une machine à remonter le manuscrit

Ces résultats constituent un élément du dossier, mais pas une preuve de la manière dont le roman a été écrit. Pangram analyse un texte achevé : il ne donne accès ni aux brouillons, ni aux versions intermédiaires, ni aux conditions de rédaction.

Son fonctionnement reste par ailleurs propriétaire. Des recherches ont montré que certains détecteurs d’IA pouvaient produire des faux positifs, notamment avec des auteurs non anglophones. Une étude publiée en 2023 dans Patterns portait toutefois sur d’autres outils et sur des textes en anglais : ses conclusions ne peuvent donc pas être transposées directement à Pangram ni au français.

De son côté, l’entreprise revendique des taux de faux positifs très faibles, notamment pour les livres — des performances annoncées par la société elle-même.

Un élément d’une autre nature est apparu depuis. ActuaLitté a retrouvé un article publié le 17 septembre 2023 sur un site alors animé par Thélyson Orélien. Entre deux paragraphes figure cette phrase : « Discutez du rôle du Québec en tant que gardien du patrimoine linguistique français en Amérique. » Sa formulation évoque une consigne de rédaction, mais elle pourrait tout autant être une note préparatoire humaine restée par erreur dans le texte. Elle ne permet donc pas d’établir l’utilisation de ChatGPT.

Des textes anciens changent la nature du dossier

Dans le même temps, la controverse s’est déplacée sur un autre terrain. Plusieurs médias canadiens ont comparé des publications plus anciennes de l’auteur avec des textes antérieurs.

TVA Nouvelles rapporte notamment qu’un texte publié en 2012 par Radio-Canada sous le titre Où va le monde reprend très largement la préface du Matin des magiciens, de Louis Pauwels et Jacques Bergier. Le texte avait ensuite obtenu en 2014 le prix du public d’un concours organisé par Radio-Canada. Une lettre publiée en 2013 dans La Presse et sur Mediapart présente également de fortes similitudes avec une chronique d’Andy Bautista parue cinq jours auparavant dans le quotidien philippin The Philippine Star, dont elle reprend le contenu sous forme traduite.

Ces reprises anciennes sont matériellement distinctes des soupçons concernant C’était ça ou mourir. Elles ne démontrent pas que le roman a été écrit avec une IA et ne doivent pas être utilisées comme telles.

Elles ont néanmoins modifié l’environnement de la polémique. Le 24 septembre, les éditions du Boréal ont suspendu la tournée promotionnelle de l’écrivain au Canada. Grasset avait jusque-là renouvelé publiquement sa « confiance absolue » envers son auteur.

Et maintenant, qui doit prouver quoi ?

L’épisode place surtout l’édition devant un problème qu’elle ne pourra guère éviter longtemps. Comment établir l’origine d’un texte lorsque la seule lecture ne suffit plus ? Un éditeur devra-t-il conserver les différentes versions d’un manuscrit, demander des brouillons ou interroger les auteurs sur leurs usages de l’IA ? Et où placer la frontière entre correction, assistance, réécriture et génération ?

Les prix littéraires sont confrontés à la même inconnue. Philippe Claudel, président de l’Académie Goncourt, a indiqué qu’une décision ne serait envisagée qu’en présence de « preuves irréfutables » d’une génération du livre par IA. En leur absence, expliquait-il, le roman continuerait d’être jugé sur sa qualité.

Thélyson Orélien a par ailleurs déclaré avoir subi des attaques racistes depuis son arrivée en France. Ce volet ne règle évidemment aucune des questions soulevées sur ses textes, pas plus que celles-ci ne sauraient justifier les attaques visant son origine.

Au bout du compte, deux dossiers coexistent donc. D’un côté, des reprises non attribuées dans des publications anciennes, que les comparaisons permettent matériellement d’examiner. De l’autre, un soupçon d’utilisation de l’IA pour C’était ça ou mourir, nourri par des résultats concordants de Pangram mais pour lequel aucune preuve retraçant la fabrication du manuscrit n’a, à ce stade, été rendue publique.

C’est peut-être là que cette rentrée littéraire change véritablement d’époque : il ne suffit désormais plus de se demander qui signe un livre. Il faut aussi apprendre à déterminer, avec quels moyens et quelles preuves, comment il a été écrit.

Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 4.0

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