Le 31 mars 2026 marque une échéance décisive pour les représentants d’intérêts : les entités dont l’exercice s’est clos au 31 décembre 2025 doivent déposer leur déclaration annuelle d’activités. Derrière cette date administrative, un enjeu central pour la filière du livre : mesurer la réalité des actions de lobbying à l’aune du répertoire numérique national, ouvert en juillet 2017 et placé sous la responsabilité de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).
Issu des lois de 2016 sur la transparence et la lutte contre la corruption, le dispositif impose la déclaration de l’identité des représentants d’intérêts, de leurs domaines d’intervention, des actions conduites auprès des décideurs publics et des moyens humains et financiers engagés. La procédure, réalisée via le téléservice AGORA, doit être actualisée chaque année.
Le périmètre couvre entreprises, fédérations, cabinets de conseil, associations ou organismes sectoriels. L’exploitation du registre révèle toutefois des limites : informations peu détaillées, difficulté à relier une action à un texte précis, hétérogénéité des pratiques déclaratives. Certains acteurs identifiés dans le débat public ne figurent pas au registre, interrogeant l’effectivité de l’obligation.
La séquence SSAA/Agessa, rendue publique à l’automne 2025, en fournit une illustration. Quelques heures avant l’examen de l’article 5 du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, des sénateurs reçoivent un courriel transmis par un cabinet mandaté. L’intervention, ciblée, s’inscrit dans une stratégie d’influence directe auprès du législateur au moment du vote et pose la question de la traçabilité publique de ces démarches.
Dans le secteur du livre, les déclarations 2024 montrent des niveaux d’engagement contrastés. Amazon France Services SAS déclare un budget compris entre 900 000 et 1 million d’euros et huit équivalents temps plein pour des activités couvrant notamment le livre. Fnac Darty mentionne treize actions pour un budget situé entre 500 000 et 600 000 euros. Les thèmes incluent frais de livraison, régulation du prix du livre, Pass Culture, marché de l’occasion ou livre audio.
À côté de ces groupes, syndicats professionnels, organisations d’auteurs ou agences présentent des profils variables : certains disposent d’équipes identifiées ; d’autres interviennent sans inscription apparente. Le régime des manquements prévoit des sanctions pénales en cas d’omission substantielle ou de déclaration inexacte, mais leur mise en œuvre dépend du contrôle exercé par la HATVP.
L’échéance du 31 mars 2026 offre ainsi un point d’observation structurant. L’analyse comparative des budgets, effectifs et actions déclarées permet de suivre l’évolution des stratégies d’influence dans la filière. Le registre constitue un outil documentaire central ; il ne suffit pas, à lui seul, à garantir une transparence complète des interactions entre acteurs du livre et pouvoirs publics.
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