La fiction climatique – surnommée « cli-fi » (pour climate fiction) – s’est imposée en quelques années comme un véritable phénomène littéraire. Le terme aurait été inventé vers 2007-2008 par l’écrivain Dan Bloom, mais il est vraiment entré dans le vocabulaire courant au début des années 2010.
À l’époque, seuls quelques romans isolés traitaient du réchauffement planétaire. Vingt ans plus tôt, difficile de citer plus de deux ou trois livres relevant de ce genre. Aujourd’hui, au contraire, on assiste à une explosion de ces récits d’anticipation climatique – un corpus foisonnant de romans, nouvelles et bandes dessinées qui explorent notre futur sous la menace du dérèglement du climat.
Scène post-apocalyptique bien réelle : le littoral de New York ravagé par l’ouragan Sandy en 2012. Ce type de catastrophe amplifiée par le climat pourrait tout droit sortir d’un roman de « cli-fi »...
Pourquoi un tel engouement ? Sans doute parce que le réchauffement de la planète n’est plus une abstraction : il s’invite dans notre quotidien à travers canicules, méga-feux ou inondations record. Les romanciers se sont emparés de ce sujet brûlant pour en faire la toile de fond – voire le personnage principal – de leurs intrigues.
Contrairement à la science-fiction classique tournée vers la conquête spatiale ou des futurs lointains, la fiction climatique met en scène une menace immédiate et bien réelle. Son objectif ? Nous alerter, nous faire ressentir dans nos tripes l’ampleur du cataclysme en cours, à travers des scénarios fictionnels souvent dystopiques mais plausibles.
« Le réchauffement climatique n’est pas une histoire en soi. Ce sont nos réponses face à ce désastre qui créent le récit », explique l’écrivain Gregory Norminton dans le Guardian. En d’autres termes, la crise écologique fournit le décor tragique, et l’histoire naît de la façon dont les humains y réagissent – avec courage, indifférence ou folie.
Parti d’un cercle restreint d’auteurs visionnaires, le mouvement s’est rapidement diffusé dans le grand public. Un signe qui ne trompe pas : en 2024 a été lancé le Climate Fiction Prize, tout premier prix littéraire dédié aux romans sur l’urgence climatique.
Cette récompense internationale, inaugurée lors d’un prestigieux festival au Pays de Galles, vise à « mettre en lumière le nombre grandissant de récits audacieux, passionnants, nuancés et très actuels sur le climat ».. Preuve que la “cli-fi” est désormais reconnue comme un genre à part entière, célébré pour son rôle dans la sensibilisation du public.
Et dire qu’il y a dix ans à peine, Dan Bloom se plaignait qu’on lui avait « volé son mot » sans le créditer… Le voilà rassuré : son invention a fait du chemin. Désormais, des rayons entiers de librairies se remplissent de fictions climatiques. En l’espace d’une décennie, la littérature a clairement changé de climat.
Crédits illustration : geralt CC 0