Le jeune poète Mohamed Tadjadit kidnappé dans la banlieue d'Alger

Auteur invité - 01.09.2020

Tribune - appel poète Algérie - banlieu alger enlevement - régime Algérie dérive


Le Pen Club français vient de diffuser un appel, attirant l’attention internationale sur le sort du poète Mohamed Tadjadit. Contestataire, il avait déjà écopé d’une peine de prison. Mais fin août, il a été enlevé dans la ville de Ain taya. ActuaLitté relaye cet appel, dans son intégralité.



Mohamed Tadjadit est un jeune poète algérien de 26 ans très impliqué dans le soulèvement de son peuple depuis le 22 février 2019, d’abord contre le cinquième mandat de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, ensuite contre le régime qui a mené le pays à la dérive.

Mohamed déclamait ses textes dans les rues d’Alger et dans les agoras mises en place par les manifestants et sur la toile, ce qui lui a valu le titre de « poète de la révolution ». Cela l’a conduit en prison : d’abord arrêté le 14 novembre 2019, puis condamné en décembre de la même année à dix-huit mois de prison ferme et 100000 dinars d’amende, la plus lourde peine prononcée dans ce cadre, à cette date, et ce pour « atteinte à l’intérêt national », en janvier 2020, il a écopé d’un an de prison avec sursis avec interdiction de s’exprimer, mais Mohamed a continué à s’exprimer et a refusé de céder aux menaces qu’il recevait régulièrement.

Épris de liberté et de justice sociale, il n’a pas arrêté de lutter depuis, mais aussi de subir le harcèlement des autorités algériennes ; depuis quelques mois, il vivait en clandestinité et se déplaçait dans plusieurs villes du pays où il était reçu par la population, suite à une tentative d’enlèvement dans son quartier où se trouve la maison parentale ; encerclé, il avait pu s’exfiltrer grâce à l’aide de voisins et d’amis.

À son dernier retour à Alger, le 21 août, il a été à nouveau encerclé avec un certain nombre de ses amis dans une maison de la casbah d’Alger ; réfugiés sur la terrasse d’une maison pendant des heures, ils ont pu sortir et s’échapper ce jour-là, mais deux jours après, le dimanche 23 août, il a été enlevé par des personnes en civil au niveau de la ville de Ain taya, dans la banlieue d’Alger.

Des nouvelles ont circulé évoquant une éventuelle présentation devant le procureur le 24 août. Son avocate, Maître Meriem Kacimi, nous apprend qu’il a entamé une grève de la faim avec son coaccusé Khimoud Nourredine pour protester contre dix chefs d’accusation extrêmement lourds qui leur ont été signifiés.

Nous publions çi-dessous un poème de Mohamed Tadjadit et un hommage écrit par la poétesse d’origine kabyle Ghanima Ammour autrice de « De sang et d’espoir »

Emmanuel Pierrat, Président du PEN Club français, Michèle Gautard, Présidente du Comité pour la défense des écrivains persécutés, PEN Club français, Antoine Spire, Vice-président du PEN Club français


Traduction d’un poème de Mohamed Tadjadit

Suppression du régime militaire
et chute de l’État mafieux
le peuple libre ne se cassera point
jusqu’à ce qu’il voie son pays purifié
celui rempli par des visages de malheur.
Ô ! mon pays, tu te souviens
de tes enfants mangés par la mer
le combattant en toi a été trahi.
Moi je me souviens
ils ont tous mangé et pris
que ça soit les partants ou les arrivants
aucun d’eux n’est honnête
même ceux qui ont laissé la jeunesse
éteinte à l’année.
Nous avons dit « ils s’en iront tous »
eux et leur faux rouillée.
Mohamed TADJADIT
Poème de Ghanima AMMOUR
A-t-on cueilli le poète
au hasard d’une randonnée ?
Son seul bouclier, le peuple
a été abandonné.
Indication, indicateurs…
Infiltration, infiltrations…
Trahi où démasqué ?
Forgé au feu de la patrie,
il se confond avec elle et charrie
le cri des petites gens bâillonnées.
Mépris, musellement et harcèlement
c’est le prix à payer pour les vaillants.
Pas de panne pour celui qui carbure
à l’idéal de la justice.
Cours, cours, cours jeune poète
tes ancêtres sourient
recueillent ta sueur
pour laver l’affront
fait à leur descendance.
Cours, cours, cours jeune poète
tes jambes ne suffiront pas
à tracer le chemin de la liberté
mais tes pas résonnent et assourdissent
les lâches dans les chaumières.
Chante, chante, chante jeune poète
ta voix dérange leur sommeil
et tes mots comme un couperet
assènent le verdict qui tombe
sur ces cœurs gelés
et les condamne à perpétuité.
Chante, chante, chante jeune poète
la prison n’est pas pour toi
car nous chanterons tous à la fois
l’hymne de l’humanité.
Ghanima AMMOUR


Commentaires
Nous aimons l'Algérie et chaque année de nombreux poètes et journalistes algériens participent à la Journée du Manuscrit Francophone. L'année dernière le prix poésie a été attribué à "Hirak de la plume espoir" de Nesrine Maharzi. En 2018 l'ancien rédacteur en chef d'El Moudjahid Mohamed Koursi remportait le prix du Meilleur essai pour son livre "Journalistes en Algérie, destins individuels, histoire collective ". La poétesse Keltoum Deffous est membre du jury après avoir reçu elle-même le prix poésie en 2018, elle a publié le recueil "Vendredire en poésie".

Nous sommes consternés par la répression qui s'abat sur eux aujourd'hui. Que faire? Que dire?

Nous continuerons à publier tous les auteurs algériens et à dénoncer la dérive de l'Algérie vers une dictature.
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