Rendre justice aux auteures et publier les oeuvres sous leur vrai nom

Antoine Oury - 14.08.2020

Patrimoine et éducation - A l'international - Reclaim Her Name - femmes pseudonymes litterature - autrices litterature


Depuis bientôt 25 ans, le Women's Prize for Fiction salue chaque année une œuvre en langue anglaise écrite par une femme. Une récompense indispensable, qui assure une visibilité salutaire aux autrices : le prix fête son anniversaire en proposant une nouvelle édition de 25 œuvres, des classiques signées par des femmes. Avec un détail important : les titres seront signés par le véritable nom des autrices, et non un pseudonyme.



Middlemarch n'a pas été écrit par George Eliot, mais Mary Ann Evans. De même qu'Indiana : oubliez George Sand, préférez Amantine Aurore Dupin. La collection « Reclaim Her Name » (« Rendez justice à son nom »), portée par le Women's Prize for Fiction et son sponsor Baileys, vient célébrer les 25 ans du prix et la place des autrices dans la littérature mondiale.

25 ouvrages, donc, présentés dans une collection inédite qui met de côté les pseudonymes pour leur préférer les noms véritables des auteures. La sélection s'est opérée parmi un fonds d'œuvres signées par 3000 auteures utilisant un pseudonyme. « Leurs noms restaient secrets pour toutes sortes de raisons. Il y avait par exemple l'idée qu'une femme ne pouvait pas apparaitre dans la sphère publique, et qu'il fallait donc le cacher », explique Kate Mosse, romancière et créatrice du Women's Prize for Fiction.

« Il n'y a pas si longtemps, Malala Yousafzai se faisait tirer dessus par les Talibans pour avoir osé aller à l'école. Alors ces pseudonymes s'imposaient parfois par peur des représailles, par des hommes, mais aussi par l'État : elles écrivaient des textes qui les mettaient en danger », poursuit-elle.

La collection « Reclaim Her Name » propose des textes plus ou moins connus comme Keynotes, un recueil de nouvelles publié en 1893 par un certain George Egerton. Derrière ce pseudonyme, bien sûr, une femme, Mary Bright, qui évoque dans ces textes la sexualité féminine d'une manière qu'un auteur ne pourra jamais espérer concurrencer.

On retrouve également dans la collection des textes de femmes afro-américaines, comme Frances Rollin Whipper, qui publia sous le pseudonyme de Frank A Rollin, ou l'Iranienne Fatemeh Farahani, présentée sous le nom Shahein Farahani au XIXe siècle.

L'initiative a soulevé quelques critiques, certaines d'entre elles soulignant que les pseudonymes de ces autrices étaient parfois choisis délibérément, et ne dérivaient pas d'une pression quelconque...

Tous les livres peuvent être téléchargés au format numérique, en anglais, à cette adresse.
 

Un patrimoine littéraire qui inclut les autrices


Dans différents pays, des initiatives éditoriales se font jour pour rappeler l'apport significatif des autrices dans l'histoire littéraire. En France, la maison d'édition Talents hauts propose, avec sa collection Les Plumées, de redonner aux femmes la place qu'on leur a refusée grâce à des rééditions d'œuvres classiques.

En Belgique, un objectif similaire est recherché par la maison d'édition Névrosée, à travers la collection « Femmes de lettres oubliées », dirigée par l'éditrice Sara Dombret. « À part Marie Gevers [première femme élue à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, NdR], les autres femmes sont tout à fait absentes du cursus littéraire », explique-t-elle à la RTBF.

L'éditrice s'interrogeait sur le déficit apparent de femmes dans l'histoire littéraire belge récente : elle découvre alors que de nombreuses autrices des XIXe et XXe siècles ont tout simplement sombré dans l'oubli, parfois au bénéfice de leurs pairs masculins.

Une situation injuste et peu représentative de la diversité de la littérature belge : le premier Prix Rossel, le « Goncourt belge » était d'ailleurs revenu à une femme, Marguerite Guyaux, pour son roman Bollèche. « On étudie la littérature française avant d’étudier la littérature belge. Faire connaître les écrivain.es aux nouvelles générations, ça permet de les faire exister, de susciter la curiosité. Si personne ne les connait, personne ne les lit et donc personne ne les édite », souligne encore l'éditrice.

Le déficit d'attention n'est pas toujours réservé aux femmes : convaincue de l'importance de ses recherches, Sara Dombret inaugure en novembre prochain une autre collection. « Les Sous-Exposés » sera cette fois consacrée aux auteurs oubliés...

via The Guardian


Commentaires
Un nom me choque un peu dans ce palmarès: George Sand.

Femme libre et en avance sur son temps, c'est elle et elle seule qui a choisi ce pseudonyme masculin...

Dieu sait si elle était féminine !

Je trouve indélicat de la priver du nom d'auteur(e) qui correspondait à sa décision.

Dans le style «plus catholique que le Pape»...

Même si cette démarche procède d'une très bonne intention à la base.

Sinon un cas très connu: Pauline Réage, en fait Dominique Aury (prénom épicène mais une femme) qui écrivit «L'Histoire d'O» mais dans une démarche pas vraiment féministe, plutôt amoureuse puisqu'il s'agissait d'épater Jean Paulhan !

Aujourd'hui, on connaît bien plus «L'Histoire d'O» que Jean Paulhan: ironie de l'histoire littéraire contemporaine !

CHRISTIAN NAUWELAERS
Je trouve bizarre que la seule justification au pseudo d'aujourd'hui soit ce qui s'est passé au XIXe siècle ou ce qui se passe dans les pays musulmans, paradis connu de la femme.

Laissez les auteurs libres de publier selon leur choix. Un pseudo n'est pas forcément pour cacher un sexe.
Et évidemment pour George Sand, j'aurais bien dû écrire: son nom d'auteur ou d'écrivain !

Pas: son nom d'auteur(e) puisque ce n'est pas ce qu'elle voulait...

Cependant à son époque ces deux termes au masculin: auteur et écrivain désignaient également des autrices

Et même encore aujourd'hui mais cette graphie-là a presque fini sa course.

Même l'Académie française ne s'y oppose plus.

Et puis il reste «romancière» qui semble bizarrement tomber en désuétude...

tout comme son pendant masculin, semble-t-il.

Pourquoi ?

Mystère !

Sauf si quelqu'un peut fournir une explication avérée...

CHRISTIAN NAUWELAERS

CHRISTIAN NAUWELAERS
autrice est le féminin qui s'impose, ajouté à un radical, un vrai féminin sans médiation...



auteure, c'est un e ajouté à un masculin.. .cherchez l'erreur(e)
Réponse à mise en trope: «auteuse» eût été acceptable également !

Mais le terme «autrice» s'est imposé à côté d'«auteure».

Personnellement, je préfère «autrice» !

(Voilà une info absolument essentielle et fondamentale pour tout le monde; non, non, ne me remerciez pas, c'est tout naturel !)

CHRISTIAN NAUWELAERS
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