L'anticapitalisme banni des programmes scolaires britanniques

Antoine Oury - 05.10.2020

Patrimoine et éducation - A l'international - anticapitalisme ecole - anticapitalisme programmes scolaires - capitalisme scolarite


En Angleterre, le ministère de l'Éducation s'avance sur un terrain délicat : indiquant aux professeurs les thèmes qu'il convenait de ne pas inclure dans leurs enseignements, il a qualifié de « positionnement politique extrême » l'antisémitisme, l'opposition à la liberté d'expression ou encore... l'anticapitalisme. Le ministère intime aux enseignants de se tenir à distance des organisations qui tiendraient de tels discours.

glass reflection


Un programme officiel aux suggestions pour le moins politiques : un document publié le 24 septembre dernier par le ministère de l'Éducation britannique interroge et crée la polémique. Proposant un cadre aux « directeurs d'établissements scolaires pour planifier, développer et mettre en place le nouveau programme officiel », il précise quelques pratiques pour ce faire.

Le document aborde notamment le recours à des ressources extérieures, dans la constitution des cours : affiches, vidéo, éléments pédagogiques... Ces derniers doivent « être consciencieusement évalués » par les enseignants avant toute diffusion auprès des élèves, ce qui relève, a priori, de la simple logique.

« Les écoles ne devraient en aucun cas utiliser les ressources produites par des organisations qui adoptent des positions politiques extrêmes sur certains sujets », précise plus loin le ministère de l'Éducation. Ce dernier vient appuyer ce point avec quelques exemples de positions politiques extrêmes : « le désir d'abolir ou de mettre à bas la démocratie, le capitalisme, ou de mettre fin aux élections libres et justes ».

L'opposition au capitalisme se retrouve ainsi citée aux côtés de la volonté de mettre fin à la liberté d'expression, de la promotion d'activités illégales, ou encore de la promotion de l'antisémitisme...
 

Un symbole de « l'autoritarisme conservateur »


Les recommandations du ministère de l'Éducation n'ont pas manqué d'interroger et de provoquer les critiques, notamment en provenance de l'opposition au Parti conservateur, dirigé par Boris Johnson, Premier ministre du Royaume-Uni.

« C'est une nouvelle étape dans la guerre culturelle et la dérive autoritariste des Conservateurs, ce qui devrait inquiéter quiconque est convaincu que la démocratie nécessite une libre expression et l'éducation des citoyens », a déclaré John McDonnell, député membre du Parti travailliste. Il affirme encore que cette règle pourrait faire disparaitre plusieurs épisodes de l'histoire britannique des programmes scolaires, comme la création des syndicats ou du socialisme.

L'ancien ministre des Finances grec Yanis Varoufakis a commenté la mesure en soulignant « à quel point il est simple de perdre un pays, de le faire sombrer dans le totalitarisme ».
 

Un cadre illégal ?


Deux organisations d'enseignants, la Coalition of Anti-Racist Educators (Care) et la Black Educators Alliance (BEA), ont rédigé un courrier commun, envoyé au ministère de l'Éducation, pour signifier leur opposition au document et aux règles instituées. D'après ces deux organisations, de telles règles pourraient empêcher les enseignants de s'appuyer sur des contenus proposés par Extinction Rebellion, mouvement écologiste, et Black Lives Matter, mouvement antiraciste.

En dénonçant les méfaits du capitalisme et les méthodes mises en œuvre par un État capitaliste pour contenir les soulèvements de populations, de telles organisations pourraient entrer dans la catégorie des « positions politiques extrêmes » interdites par le ministère de l'Éducation.
 
Une collecte de fonds a démarré, pour organiser une action en justice contre le cadre imposé par le ministère de l'Éducation. « Nos nouvelles directives [...] indiquent clairement que les écoles ne devraient pas travailler avec des organismes qui adoptent des positions extrêmes. Les écoles devraient déjà être conscientes de leur devoir d'impartialité politique, tel qu'énoncé dans la loi de 1996 sur l'éducation », a souligné un porte-parole du ministère, interrogé.

via The Guardian

Photographie : Jeanne Menjoulet, CC BY 2.0


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