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Découvrez l'étonnante histoire des journaux codés de Beatrix Potter

Camille Cado - 06.01.2020

Patrimoine et éducation - A l'international - Beatrix Potter secret - Beatrix Potter journal codé - journal mystère auteur


Les auteurs sont toujours pleins de mystères, même les plus illustres d’entre eux. Beatrix Potter, mondialement connue pour ses livres destinés à la jeunesse, avait laissé entendre cinq mois avant son décès que son plus grand travail résidait dans un ensemble de journaux intimes codés. Restés secrets jusqu'en 1952, un fan manifestement dévoué du nom de Leslie Linder a réussi à les décrypter, après plus de 13 ans de travail acharné...


domaine public
 
 
C’est en novembre 1943 que Beatrix Potter, alors âgée de 77 ans et souffrante d’une pneumonie, décide d’écrire une lettre à sa cousine, Caroline Clark. Alors que l’autrice britannique avait déjà publié de grands succès tels que l’histoire de Madame Tiggy-bigorneau ou encore de Pierre Lapin, elle mentionne pour la première fois un ouvrage d’un tout autre genre : des journaux intimes codés, qu’elle tient depuis ses 14 ans. 

« Quand j’étais jeune, j’avais déjà très envie d’écrire, mais je n’avais pas de matière », écrit-elle. « Alors j’avais l’habitude d’écrire de longues descriptions, des bouts de conversations et des cantiques, mais toujours à l’aide d’un système de chiffrement. »

Beatrix Potter laisse alors entendre que ces petits carnets indéchiffrables pourraient bien être son plus grand chef d’œuvre, renfermant ses pensées les plus intimes sur l’art, la littérature, mais aussi la science, la nature, la politique et la société, contenant ses propres espoirs et déceptions. 
 

Découverte et méthode de décodage 


Les journaux intimes de Potter ont été découverts dans sa maison en 1952, soit près de 9 ans après sa mort, par Stephanie Duke, une vieille amie de l’autrice. Mais voilà, ils ne représentaient à l’époque qu’une série de gribouillis, impossibles à déchiffrer et apparemment dénués du moindre sens.

D’autant que l’écrivaine n’avait laissé aucune instruction pour décrypter la lecture et qu’elle avait décrit ses premiers journaux comme des « écrits exaspérants et absurdes » dans une de ses correspondances.

Si au départ, Stephanie Duke n’a pas vraiment su quoi faire de ce qu’elle décrivait comme un « grand paquet de feuilles volantes et de cahiers écrits en écriture chiffrée », elle s’est ensuite tournée vers Leslie Linder, grand spécialiste de Beatrix Potter et auteur de A History of the Writings of Beatrix Potter, Including Unpublished Work, mais également de Beatrix Potter : Artist and Author.

Fan et collectionneur, Leslie Linder a évidemment tout de suite accepté de travailler sur ces manuscrits. Si le cryptage ne semblait pas particulièrement complexe, l’écriture minuscule de l’auteur lui a donné du fil à retordre. Le spécialiste affirme n’avoir pas compris un seul mot des carnets pendant au moins cinq ans.
 
Puis, en parcourant pour une énième fois l’une des pages, un indice : des chiffres romains accolés à la date de 1793 qui ont permis à Leslie Linder de déchiffrer le premier mot, « exécution ». En utilisant ce même modèle, il commença à décrypter le code que Potter avait développé pendant son adolescence. Après avoir découvert le fameux code, il lui a fallu huit autres années pour traduire le reste des documents. 


Un exemple du codage de Potter, crédit : Andrew Wiltshire
 

Autre difficulté, l’autrice britannique ne s’était pas limitée à un support particulier. Il y avait ainsi des carnets, bien sûr, mais pas que. Leslie Linder confie avoir trouvé des critiques d’expositions codées dans un ancien manuel de dictée en français. 
 

De nouvelles révélations autour de Beatrix Potter


La persévérance du spécialiste, pendant 13 ans au total, a permis de révéler un tout nouveau visage de Beatrix Potter, notamment pendant son adolescence. « Il était étrange de voir comment on a oublié Beatrix Potter, pour ne retenir que ses ouvrages » a-t-il déclaré. « J’ai enfin pu faire connaissance avec cette charmante personne qu’était Mademoiselle Potter. » 

Ses notes expriment notamment la lassitude et la frustration de la jeune Potter vis-à-vis de son mode de vie et des traditions. Si ses parents voulaient une fille calme, qui resterait à la maison et s’occuperait de ses parents à l’âge adulte, la future écrivaine, espiègle et curieuse, ne l’entendait évidemment pas de cette oreille. Ces carnets étaient donc pour elle un endroit « où elle pouvait être libre », reprend-il. 
 

En 1966, l’ensemble des carnets ont été publiés par Frederick Warne & Co sous le titre de The Journal of Beatrix Potter. Ils n’ont pour le moment pas été traduits en français. Leslie Linder a continué à collectionner les biens de Potter jusqu’à sa mort en 1973. Il a ensuite tout légué au Victoria and Albert Museum, situé à Londres, qui possède à ce jour l’une des plus grandes collections au monde de l’autrice : dessins, manuscrits, correspondances, photographies...


illustration de Potter, Sofi CC BY NC 2.0
 

« Si Leslie Linder n’avait pas passé tout ce temps à décrypter ces carnets, toutes ces pages seraient sans doute restées dans un placard et enterrées dans l’oubli. Nous aurions raté le grand chef-d’œuvre de cette autrice » explique à son tour Andrew Wiltshire, un ami du spécialiste et auteur de sa biographie Beatrix Potter’s Secret Code Breaker : The Tale of Leslie Linder's Luck, Perseverance and Generosity (The Arthington Publishing Company Ltd, 2016).

via Atlas Obscura, The Vintage News



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