Prime Day : derrière les ventes flash d'Amazon, la triste réalité sociale

Clément Solym - 12.10.2020

Edition - Economie - Amazon syndicats colère - Prime Day Amazon


Quid de l’impact d’Amazon sur le commerce en Grande-Bretagne ? La veille du Prime Day, grande célébration du consumérisme par le cybermarchand, une étude des syndicats britanniques lève le voile. Le Trades Union Congress, TUC, qui représente les travailleurs, détaille les conséquences du Everything Store sur la vie des salariés, et des clients.


 

Un billion de dollars de valeur, 850.000 employés dans le monde et des ramifications dans une centaine de pays. Voilà le géant Amazon. Mais la firme est « également connue pour ses différents procédés par lesquels son modèle économique abuse des droits des employés, adopte un comportement activement antisyndical, minimise ses contributions fiscales et tire parti de sa position pour étouffer la concurrence et éviter les contrôles », indique le document.
 

La puissance capitalistique tranquille


Mieux : dans le contexte de la pandémie, Amazon a vu « sa valeur marchande monter en flèche ». Pour le premier trimestre, elle affiche 75 milliards $ de revenus. Et aucun signe de ralentissement pour le deuxième trimestre, qui exhibe un 88,9 milliards $ — soit une hausse de 40 % en regard de 2019. Cerise sur le gâteau, le bénéfice est doublé, passant à 5,2 milliards $. 
 
Corollaire, pour augmenter ses ressources, et faire grossir de 13 milliards $ la fortune personnelle de Jeff Bezos, les conditions de travail dans les centres de distribution à travers le monde se dégradent. « Les États-Unis, l’Espagne, la France, l’Italie, la Pologne, l’Allemagne et le Royaume-Uni vont vu leurs employés tirer la sonnette d’alarme », reprend le TUC. Et quand les syndicats ont tenté d’initier des grèves, pour qu’Amazon se présente à la table des négociations, ce dernier « a refusé d’introduire des mesures de sécurité essentielles pour réduire les risques auprès des travailleurs ». 

Désormais incontournable, le Everything Store exerce une domination pharaonique sur le commerce en ligne, sans qu’aucun contrôle ne soit possible. 

Sur le seul territoire britannique, les revenus ont grimpé de 23 % en 2019, à 13,4 milliards £ : les 21 entrepôts de distribution, les trois centres de développements, font travailler quelque 30.000 personnes directement. Et les chiffres officiels d’Amazon indiquent que 122.000 emplois indirects ont découlé de son implantation, sur l’année 2018. Et maintenant que la filiale AWS, dédiée au monde numérique, est lancée, les forces d’Amazon le positionnent en concurrent direct de Google ou Microsoft.

Lutter contre Amazon, tant au niveau local qu’à une échelle plus globale, impliquera des efforts de la part des politiques, poursuit le RUC. Le gouvernement doit insister sur le respect des conditions de travail — et alors qu’un projet de loi sur la protection des salariés s’en vient au parlement britannique, les évolutions deviennent possibles. 
 

Ragôts de jaloux ou ragoût de salariés ?


Frances O’Grady, secrétaire général de TUC, le pointe : « Si les ministres souhaitent vraiment améliorer la vie, ils doivent contribuer à améliorer les conditions de travail dans des endroits comme Amazon. » Et d’ajouter : « Les salariés ont joué un rôle clef durant la pandémie, mais beaucoup sont traités comme des éléments remplaçables. Ce n’est pas admissible. Les marchés publics ne doivent pas récompenser des mauvaises pratiques ! »

Fin septembre, Amazon UK apportait déjà une réponse, par anticipation, à ces critiques : dans une communication, la firme assurait avoir investi plus de 23 milliards £ sur le territoire britannique. Et sur 2020, « nous avons annoncé des plans de création de 10.000 nouveaux emplois supplémentaires d’ici la fin de l’année, portant notre effectif total au Royaume-Uni à plus de 40.000 personnes ».

Et de jurer que les critiques ne sont destinées qu’à ternir l’image de l’entreprise, répétant « les mêmes allégations sensationnalistes déjà reprises ». Probablement de celles qui attestaient que chez Amazon, on doit uriner dans une bouteille pour ne pas prendre des pauses trop longues — fait que la firme n’a jamais véritablement contesté…

Pour le TUC, dans tous les cas, « il n’y a aucune raison pour qu’Amazon soit autorisé à continuer d’exploiter un tel modèle ». Et de lister les différents points noirs à soigner, comme le respect de l’activité syndicale — pour éviter des licenciements abusifs — ou encore une rémunération minimale et la signature de conventions collectives, ainsi que son application.

Le document est à consulter et/ou télécharger ci-dessous.



 
illustration : PixelAnarchy, CC 0



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