Des cochons anti-islam, même dans un manuel de mathématiques ?

Nicolas Gary - 23.08.2020

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Avec plus de 100 millions d’habitants, la province du Pendjab abrite la moitié de la population du Pakistan. Mais tous les éditeurs qui y publient des livres connaîtront la censure et la prison s’ils n’obéissent pas aux règles. Avant l’impression ou l’importation de livres, il sera obligatoire d’obtenir l’approbation des bureaucrates. Or…


 

L’AFP rapporte l’histoire d’un manuel scolaire de mathématiques, où l’un des exercices était illustré avec trois petits cochons. Drame : le porc, animal prohibé par l’islam, représenté dans un ouvrage… désormais interdit depuis la fin du mois de juillet. Cette mesure et bien d’autres visent à combattre toute pollution occidentale diffusant des contenus anti-islam voire anti-Pakistan.
 

Législation au doigt mouillé


Le mois dernier, les législateurs du Pendjab ont adopté un projet de loi ciblant les écrits répréhensibles : mis en œuvre, il conduirait à l’anéantissement de toute liberté de publication, pour ce territoire. Alors que les mêmes titres resteraient autorisés dans l’autre partie du pays. 

Pour les partisans de ce texte, il importe d’éliminer les contenus blasphématoires et d’améliorer la sécurité nationale. Pour les opposants, on s’en doute, la province se dote d’un outil en mesure d’étouffer toute liberté, en brandissant une pression religieuse et populiste qui grandit.

À l’image de Hong Kong, frappé depuis plusieurs semaines par une législation chinoise bannissant, à l’aveugle, les livres trop démocratiques, le Pendjab se trouve écartelé. Bilal Zahoor, patron d’une maison d’édition indépendante basée à Lahore estime que « les termes sont tellement imprécis et vagues qu’ils peuvent être facilement utilisés contre des éditeurs progressistes tels que nous ».

En somme, la province poussera les éditeurs à la faillite, sans autre forme de procès. 
 

Le contrôle de l'État


Le gouverneur a tenu à rassurer son peuple : des amendements interviendront avant que le projet de loi ne soit ratifié. Et c’est heureux : en l’état, le texte confère aux autorités une latitude quasi illimitée pour contrôler, censurer et confisquer les écrits jugés problématiques. Tout élément se dressant contre l’idéologie ou la souveraineté, l’intégrité ou la sécurité du Pakistan sera pris pour cible. 

Quant aux documents vulgaires ou obscènes… on imagine leur sort. Dans le même temps, les autorités assurent que les œuvres glorifiant le terrorisme, ou contenant des éléments extrémistes subiront le même sort. Mais surtout, toute évocation imprimée du prophète sera accompagnée des éléments honorifiques idoines — éléments dont peu de livres font aujourd’hui cas. 

Éditeurs, donc, mais également libraires, qui auront à fournir la liste de leurs importations. « C’est une nouvelle étape dans une longue histoire de mesures régressives et antidémocratiques prises par les représentants de l’État », note Nida Krimani, universitaire et sociologue. « Il utilise la religion comme excuse pour briser la liberté d’expression et toute pensée critique. »

Or, le Pakistan a déjà tout pouvoir afin d’interdire des livres après leur publication. L’Américano-britannique Lesley Hazleton, auteur d’essais sur les origines de l’islam en a été victime — après des années sans être inquiété. De même Mohammed Hanif voyait ses mangues explosives censurées en janvier dernier.
 

Demande pardon...


Près de 200 universitaires ont tenté de faire entendre raison en signant une lettre ouverte à l’attention des parlementaires du Pendjab. Ils manifestent leurs préoccupations alors que le pays a déjà expérimenté la censure sur les réseaux sociaux et que les journaux et magazines font l’objet d’examen méticuleux. 

Quant à ces trois petits cochons, tirés d’un livre de mathématiques, le chef du bureau des manuels Rai Manzoor Hussain Nasir explique : « Les éditeurs auraient d’abord dû demander l’autorisation avant d’imprimer les livres. » Et de garantir que l’interdiction sera levée si les pages sont modifiées.

Pardon : censurées.

Notons qu’il en va de même pour tout ce qui touche au Mahatma Gandhi, ou encore aux cartes de géographie qui ne mentionneraient pas le Cachemire comme un territoire du Pakistan. Rappelons que l’Inde a révoqué l’autonomie constitutionnelle de ce territoire, entrainant une vague de manifestations au Pakistan.


via Bangkok Post

illustration : Leonard Leslie Brooke, Three lttle pigs, domaine public


Commentaires
Donc, dans le prochain manuel scolaire de math, pour l'illustration: trois petits moutons, quatre chèvres et six poupoules. Tout un menu décent, quoi.
(Ah!)et les vaches?On (y) peut compter avec (sur) elles?
@Marie, bonjour.



Faudra consulter les p'tits moutons, les tatas chèvres et les poulettes: important qu'ils soient tous d'accord pour la convivialité. C'est des grosses bêtes, les vaches.

Tiendront-elles dans les pages du manuel? Si oui, on peut les faire venir de Delhi, c'est à côté.

J'avais pensé aussi à un p'tit poisson, pas trop gros à cause de l'espace: une sardine, peut-être. Mais non, pas possible: faudrait mouiller les pages où elle apparaît; ça va foutre en l'air tout le manuel!

Mais les poètes, discrètement , pourraient murmurer: "Oh! il pleut des points et des virgules sur les maths!"
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