“Amazon n’est pas un libraire, c’est un vendeur de livres”

Clément Solym - 21.08.2020

Edition - Librairies - Librairies Barnes Noble - Amazon vendeur livres - concurrence librairies indépendantes


L’aventure de James Daunt impliquait quelques acrobaties : reprendre Barnes & Noble, la plus grande enseigne de librairies américaines, le défi était immense. Surtout quand un Britannique se voit confier le sort d’établissements ayant perdu 700 millions $ de chiffre d’affaires depuis 2015. Et qu’en face, Amazon prend toujours plus de place.

Barnes & Noble - Oak Park Mall
 

Comme d’autres, Daunt a dû composer avec la pandémie, et avec son actionnaire, Elliott Advisors (propriétaire depuis avril 2018). Mais le PDG a une expérience propre : il avait fondé sa propre chaîne, Daunt Books, de librairies indépendantes, avant de prendre la direction générale de Waterstones — autre chaîne, propriété d’Elliott Advisors —, basée au Royaume-Uni. Et le redressement selon Daunt passerait par une plus grande proximité, tant des gérants de librairies, que vis-à-vis du public.
 

Libraire VS vendeur de livres


Lucide, il reconnaît que pour l’heure, cette stratégie n’a pas fonctionné. En revanche, l’épidémie Covid a permis d’enclencher une refonte des magasins, avec notamment un nouveau parcours client repensé — ne plus stocker les mangas derrière les livres d’histoire, un non-sens, par exemple. 

Et surtout, décentraliser l’organisation, calquée sur le modèle new-yorkais : désormais, les employés sont invités à aménager les lieux comme s’ils en étaient les propriétaires. Une méthode qui découle de son expérience chez Waterstones : l’autonomisation des équipes. « Cela transforme une chaîne de librairies, vastes et impersonnelles, en un ensemble de librairies dynamiques et motivées. »

Or, s’il a un certain sens de la gestion, il l’avoue : « Je n’ai jamais été libraire. Les revendeurs sont des spécialistes — ceux qui réussissent ont tendance à le devenir. Amazon n’est pas un libraire, c’est un vendeur de livres, et la différence entre les deux est réelle. » De fait, quand on sait ce que l’on cherche, l’obtenir sur Amazon est extraordinairement simple. « Mais ce n’est pas ce qui fait une librairie. »

À l’image d’une bibliothèque — la carte de crédit en plus — la librairie doit incarner un espace de découverte, de rencontre et de hasard. « Cela découle naturellement de l’indépendance de la librairie et pour cette raison, les gens qui y travaillent sont d’une importance capitale. » Et si Amazon reste un concurrent, il s’éloigne de la vente de livres dans sa communication. Reste alors à Barnes & Noble à consolider la place qu’il peut encore avoir dans le cœur des lecteurs. 
 

Concurrence et environnement


« L’ironie tient à ce que nous sommes, bien, bien plus difficiles à concurrencer pour Amazon qu’Amazon ne l’est pour nous : vous ne pouvez pas, par un simple algorithme et un site web, créer la fidélisation à laquelle nous parvenons », souligne Daunt.

Or, la guerre économique, sur le volet numérique, Amazon l’a bel et bien remportée : le Nook, tentative de Barnes & Noble pour capter des parts de marché sur l’ebook, n’a jamais décollé. Depuis 2016, la gestion ebook a d’ailleurs été confiée à Rakuten-Kobo pour plus de commodités. Pourtant, le PDG n’enterre pas le produit : « Nook a besoin d’être bien mieux soutenu au sein de l’écosystème B&N. » Comment ? Mystère…

Ou presque : cet environnement repose sur les transformations qu’ont connues les librairies. Des espaces alimentaires, café, restaurant, l’ajout de papeterie, cadeaux et jeux : autant de solutions pour diversifier l’offre, « à condition que ce soit fait avec goût et discernement ». 

Si l’on apprécie la librairie comme lieu de rencontre, leurs propriétaires doivent améliorer cette convivialité. D’autant que les indépendants sont « vraiment, vraiment bons aux États-Unis. Et c’est là que mon cœur se tient ». Renouer avec l’esprit de l’indépendance et du commerce de proximité, quand bien même on incarne un poids lourd, c’est tout le défi. « Chacun d’entre eux aura sa propre recette secrète. Je dois juste la trouver pour des centaines de magasins. »

Gourmand… ou gourmet ?


via Retail Dive

crédit photo : Mike Kalasnik CC BY SA 2.0


Commentaires
Un libraire ne rêve-t-il pas d'être un aussi bon vendeur de livres qu'Amazon. N'en serait-il pas jaloux.
A quand une autonomie comme ça à la Fnac ?

Convivialité, proximité...tout ça c’est malheureusement évaporé...il faut faire confiance aux libraires et laissez les libraires être autre chose que des rangeurs de livres...
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