Les femmes de, balade milanaise en famille

Mimiche - 09.10.2020

Livre - Les femmes de - Caterina Bonvicini Gallimard


ROMAN ETRANGER - Noël est une fête de famille. En Italie peut être plus qu'ailleurs car religion et famille s'y combinent avec force. Tous les invités, ou presque, sont présents et attendent arrivée de l'ultime convive qui tarde un peu. Il n'y a que des femmes, pour l'instant, autour de la table, qui commencent à se regarder avec un drôle d'air car ne manque que celui qui fait le lien entre toutes : Vittorio...
 
 
 
 
Vittorio est le mari de Cristina (47 ans) qui est l’autorité invitante si je puis dire. Mais c'est bien un peu le cas car elle a tendance à être un peu partout, ce qui n'est pas du goût de tout le monde !
 
Avec elle, Giulia (16 ans), leur fille, déjà plongée dans d'interminables discussions par sms avec ses amies.
 
Bien sûr, Cristina a réussi à convaincre Lucrezia (89 ans) à reporter un voyage, à Paris ou ailleurs, qu'elle avait pourtant prévu de faire. Mais Lucrezia a cédé : Vittorio est tout de même son fils !!!
 
Invitée également, Francesca (57 ans), la sœur de l'absent. Célibataire, elle a tendance à penser un peu pour, voire à la place, des autres...
 
Plus délicat peut-être, mais c'est bien la manière de faire de Cristina, sont présentes également Ada (61 ans), la première femme de Vittorio, et Paoletta (33 ans), la fille qu'ils ont eue ensemble... Entre gens bien élevés, on peut arriver à faire bonne figure !
 
Définitivement osé : est également invitée et présente, Camilla (26 ans), la maîtresse en titre de Vittorio. Certainement un calcul compliqué de la part de Cristina qui, ayant découvert les tendances volages de son époux, avait bien l'intention de faire comprendre à son écrivain (un peu en perte de vitesse) de mari qu'elle avait compris et savait !
 
Raté, Critina ! Raté ! Vittorio ne viendra pas.
 
Et son seul signe de vie, ce soir-là, sera le message laconique laissé sur le portable de Lucrezia : « Excusez-moi. J'ai besoin de prendre une année sabbatique loin de mon travail et de ma vie. »
 
Message et, en suivant, absence durable confirmés qui ne vont pas manquer de créer entre « les femmes de » un remue-méninges dans toutes les directions.
 
 
 
Imbroglio féminin (parfois assez peu féministe à mon humble avis, même si toutes ces femmes ont des vies personnelles bien à elles et bien autonomes) que raconte là Caterina Bonvicini.
 
Donnant successivement la parole à chacune d'elles, elle détricote les relations (qui sont loin d'être simples) entre celles-ci, lesquelles ne sont que la conséquence de leur lien avec le seul absent (ou presque) de toute l'histoire.
 
Chacune se fait donc, tour à tour, quelque peu éreinter par l'une, l'autre ou plusieurs des autres quand celles-ci se livrent, seules ou à plusieurs, à l'analyse de la situation découlant de cette absence lors de la fête de Noël. Et trouvent les justifications qui les exonèrent en accusant autrui.
 
Et puis, la vie réservant toujours des surprises, naissent de cette situation inattendue de nouvelles relations, de nouveaux centres d'intérêt qui n'ont d'autre cause que de commencer à envisager le futur hors de Vittorio, quand ce n'est pas un peu contre lui.
 
Les divergences, exacerbées par l'accaparement dont Vittorio était l'objet, s'estompent , s'évanouissent même. Maintenant qu'il n'est plus là, la compétition ne perd-elle pas son objet ? Alors de nouvelles formes de cohabitation se dessinent, dé-masculinisées.
 
Pourtant, dès qu'un policier et une policière entrent dans le cercle familial ouvert par la disparition (tout de même inquiétante) de Vittorio, c'est le premier qui est le plus entouré, voire accaparé, comme si l'absence masculine devait tout à coup être remplacée. Mais surtout ré-accaparée : le « pôvre » policier, célibataire et vivant seul avec sa mère, ne pouvant que se prendre dans les rets d'un aréopage féminin un peu perdu sans ce Vittorio qui, semble-t-il, était, ou avait été, au centre de leurs pensées, de leurs attentions et de leurs ambitions.
   
C'est à une entreprise de recomposition que s'est livrée Caterina Bonvicini ! Alors qu'une personne suffisait à fédérer toutes les autres qui, peu ou prou, ne voulaient pas abandonner leur part de possession de Vittorio, son départ, tel le pied manquant d'une table, détruit tout l'équilibre de l’ensemble dont la fragilité apparaît alors au grand jour.
 
Finalement, le livre ne serait qu'une simple vision (au demeurant très réaliste) de la sociologie familiale si Caterina Bonvicini n'y avait pas fabriqué un dénouement qui tombe comme un magistral coup de théâtre remettant toutes les supputations et les pendules à l'heure. Dénouement dont je ne vais bien sûr rien vous révéler. Même si, m'ayant énormément pris à revers et, pour autant, beaucoup plu, l'envie m'en tenaille vraiment !
 
Avec, entre les mains, Les femmes de, je vous invite à une petite balade milanaise tout-à-fait réussie.
 
 
Caterina Bonvicini, trad. Lise Caillat - Les femmes de – Gallimard – 9782072791512 – 19 €


Commentaires
vous faites de la publicité pour Book depository qui a été racheté par Amazon alors que généralement Actualittés défend les librairies indépendantes et publie des article anti amazon, c'est choquant
Bonjour

Votre message pourrait avoir un certain niveau de pertinence, mais certainement pas dans cet article.

Et encore : défendre Book Depository n'est pas courant chez nous.

Excellente journée
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