Le feu sur la montagne : personne ne choisira ma vie à ma place

Mimiche - 04.11.2020

Livre - Edward Abbey - Le feu sur la montagne - Gallmeister


ROMAN ETRANGER - Après un périple interminable depuis Pittsburgh (Pennsylvanie) jusqu'à El Paso (Texas), soit plus de trois mille kilomètres de train, Billy a rejoint son grand-père John Vogelin pour passer, avec lui, les mois d'été dans l'immense ranch de ce dernier, le Box V, un peu plus loin encore, au Nouveau Mexique.
 




Là, l'attend Rascal, le cheval qui, les années précédentes, lui a permis de suivre son grand-père partout quand il partait rafistoler les clôtures, récupérer les vaches égarées, … Bref, un vrai travail de cow-boy sur une terre familiale écrasée par le soleil ; la chaleur, le manque d'eau qui limitent la végétation à quelques spécimens rabougris adaptés à cet écosystème où les serpents et les pumas sont plus à l'aise que l'homme et le bétail.
 
Mais quel bonheur aussi de retrouver Lee Mackie, un ami de son grand-père, qui l'a accompagné de ses conseils, de ses enseignements sur ce rude territoire où rien n'est donné sans une bonne dose d'acharnement et d'acceptation des contraintes de vie, au pied de ces montagnes majestueuses de Thieve's Mountain d'où s'écoulent parfois, très rarement, des torrents d'eaux d'orages, boueuses et violentes qui, après être passées en trombe, laissent quasi immédiatement à sec ce lit dans lequel elle se sont rageusement enfoncées.
 
Quelle déception pour Billy de découvrir que Rascal s'est échappé vers les montagnes et qu'il n'est pas rentré au corral depuis plusieurs jours.
 
Mais il se fait une joie d'accompagner, dès le lendemain de son arrivée, John et Lee dans une expédition, à cheval dans la montagne, pour tenter de retrouver le fugitif.
 
Et quelle inquiétude aussi quand, après s'être couché et endormi tôt en prévision d'une expédition harassante, Billy est réveillé par les éclats d'une vive discussion entre son grand-père et Lee, ce dernier tentant, sans succès d'ailleurs, de convaincre le vieux John d'accepter le principe d'expropriation de ses terres, décidé par le Gouvernement et confirmé par la Justice en vue de l'extension du camp militaire voisin destiné à des exercices et des tests de missiles.
 
Mais qui donc pourrait faire entendre raison à un vieil homme borné, né sur cette terre sauvage et dure comme il l'est devenu par mimétisme, et qu'il a défendue, comme son père avant lui, bec et ongles, contre les compagnies de chemin de fer, les éleveurs de bétail, les banques, … ? Qui pourrait l'empêcher de mourir et d'être enterré là, lui aussi, sur cette terre passion où même les pires avanies sont des beautés à ses yeux, où l'ordre des choses de la nature, la vie, la mort, font partie intégrante du décor ?
 
 
 
Si vous venez au Feu sur la montagne après être passé par la case du Gang à la clef à molette du même Edward Abbey, vous allez être un peu déçu car vous n'y retrouverez pas les excès de truculences des membres et des agissements du fameux « Gang » !
 
En revanche, si c'est Désert solitaire qui vous a fait apprécier la plume dudit Edward Abbey, alors vous allez aimer retrouver ces envolées sublimes devant des paysages arides et magnifiques, des ambiances désertiques et magiques, des environnements frugaux et envoûtants.
 
Mais pas seulement !
 
 
Edward Abbey reste ce qu'il est : un esprit libre et contestataire qui ne résiste pas au parler crû ou politiquement incorrect.
 
Alors, en ces temps où l'américain moyen s'est précipité pour acheter des armes supplémentaires en prévision de lendemains électoraux qui déchantent, ce n'est certes pas très politiquement correct de valoriser un vieil homme qui n’hésite pas à lâcher quelques pruneaux destinés à ébouriffer un marshall pour l'empêcher de lui « voler » « sa » terre, pour ne pas perdre son ancrage racinaire dans son sol natal. Non, ce n'est pas bien de glorifier ces armes qui fleurissent partout et dont rien ne semble pouvoir contrecarrer la dissémination inquiétante, pas même (et même au contraire) les malheurs qu'elles peuvent déclencher ! Mais il semble bien que ces cow-boys n'aient pas d'autre langage articulé... même si les prétentions du vieux John paraissent légitimes (et les batailles autour du camp du Larzac m'ont paru ressembler fort à la lutte du vieux Vogelin !!!...).
 
En passant, un petit coup de griffe aux militaires que l'auteur confirme ne pas avoir plus que cela en odeur de sainteté au regard de tous ces conflits (et du reste...) qui minent le monde entier... D'ailleurs, pour compléter la caricature, les positions qu'il fait afficher à l'égard des Premières Nations (« Les Apaches ? Un peuple de l'âge de pierre » !!! Waouh !!!...) par le responsable de la négociation de l'expropriation, ont une vraie tendance malodorante !
 
Pour autant, les discussions entre Lee et John ne manquent pas de piquant non plus quand ils débattent notamment de la notion de propriété : « A qui appartient (…) cette terre ? (…) [A] l'homme qui en a le titre de propriété ? (…) qui la travaille ? (…) qui l'a volée en dernier ? » !!! Il me semble qu'Edward Abbey ne fait pas semblant, là non plus, de s'immiscer personnellement dans la discussion !...
 
Sur cette terre brûlée où le soleil de midi fait miroiter le sol et où l'air surchauffé fait bouger les montagnes à l'horizon, Billy va vivre un été particulier mais exceptionnel : au contact d'une nature encore libre et sauvage, au contact d'un grand-père qui dénie au « progrès de progresser contre  [lui] », ou qui abandonne un cheval mort au milieu vivant qui s'en repaîtra, il gagnera l'image d'un homme qui ne laisse à personne, pas même, et surtout pas, à une justice inique et imbécile, le soin de choisir sa vie.
 
Edward Abbey, trad. Jacques Mailhos – Le feu sur la montagne – Gallmeister, coll. Totem – 9782351787526 – 9 €


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