La position de Schuss : Jonathan Franzen est-il alcoolique ?

Nicolas Gary - 11.09.2020

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ROMAN FRANCOPHONE – Non loin, dans les beaux quartiers, il traine souvent un de ces ivrognes avachis sur le trottoir, les yeux embrumés d’alcool, avec dans la tête quelques histoires sans queue ni tête ni tronc. Et pourtant, dans ses divagations, s’il vous raconte avoir été médecin — chirurgien orthopédique d’une obscure clinique du sud Queens — écoutez-le. On ne sait jamais.


 

La vie de Thomas Haberline ressemble à un cauchemar qui ne cesse de se répéter. Donnez-lui les outils adéquats, il parviendra à sculpter un os comme personne. Enfin, il dut y parvenir : un beau jour, une célébrité plus accoutumée des clinquantes avenues new-yorkaises s’est fait corriger un hallux valgus. Une vieille célébrité. Et comme les tabloïds à l’affût ne manquent jamais une occasion d’imprimer du papier qui sert plus volontiers à emballer des verres lors d’un déménagement, le bon docteur s’est retrouvé, en une seule photo, croqué. 

Et soudainement compta parmi les gigolos prêtés, vendus, du moins attribués à cette femme venue se faire raboter un oignon plantaire.

Toutes les stars trop hâtivement précipitées dans la célébrité vous le diront : l’ascension spectaculaire provoque des dommages irréparables. Prenez le cas de Michael Jackson. Non ? Bon.

Le bon docteur, jeté dans dans le monde du show-biz, devint alors le chirurgien prisé de tous et par tous plébiscités. Or, à force de côtoyer les grands de ce monde, on finit par développer le complexe du créateur : ce goût soudain pour l’art, qui se concrétise la plupart du temps, avec un roman. Écrire, laisser une trace dans l’univers, qui sera imprimée. Et s’inscrire dans la lignée de ces grands noms qu’on nous apprend religieusement à vénérer durant les études.

Thomas Haberline, chirurgien orthopédique, allait devenir Thomas Haberline, écrivain. Et pour ce faire, une unique solution : boire. Boire, et boire encore, que jaillisse le trait créatif, le bon mot qui séduit, boire, boire et boire encore. 

Parce que de joyeux farfelus comme Baudelaire l’a déclaré, les drogues font l’artiste. « Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous ! »
 
Le bon docteur s’efforcera de suivre la méthode : éprouvée, après tout, elle différencie le vulgum pecus de l’auteur, celui qui transcende le réel, dévoile l’innommé, révèle les mystères. Boire, boire, et boire encore. « Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. » Et ouvrir une quille, c’est l’assurance de montrer que l'on est écrivain. 

D’ailleurs, la preuve, c’est que Jonathan Franzen, guest-star de ce roman, ne boit qu’à peine en public, alors qu’il est assuré — évident ! – que chez lui, tombent les bouteilles comme dans la chanson de Salvatore Adamo, « tombe la neige ». 



Premier roman où le sarcasme le dispute à l’imbécillité (ce dilemme étymologique) d’un personnage nourri aux clichés les plus éculés. Si les drogues déclenchaient le génie, mon ivrogne de début de chronique aurait composé deux Illiade, trois Odyssée et quatre symphonies. 

Or, et j’en sais quelque chose, il n’en est rien. 

En revanche, le roman de Loris Bardi, lui, séduit par son intelligence, à condition d'apprécier de cet esprit voltairien constant, qui plane sur des personnages rendus aussi misérables que les aimait Flaubert.

En somme, d’heureux auspices pour démarrer une carrière…


Loris Bardi – La position de schuss – Le Dilettante – 9791030800210 – 17,50 €.

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Commentaires
Je reprendrai les propos de Pierre Desproges :



« Nicolas Gary est-il un con ? De deux choses l'une : ou bien Nicolas Gary est un con, et ça m'étonnerait quand même un peu ; ou bien Nicolas Gary n'est pas un con, et ça m'étonnerait quand même beaucoup ! »
Bonjour – même au paroxysme de sa colère et de son courroux, Desproges n'oubliait jamais de crier "Coucou" !

J'ignore quel mal vous habite (ou quel ver vous ronge), mais j'avoue ne pas très bien comprendre l'enjeu de cette réaction. Sauf à m'indiquer quelque chose, qui n'est pas bien clair.

Dans tous les cas, je suis heureux de susciter en vous l'étonnement. Il ne vous reste plus qu'à apprendre le caniveau, comprenant bien que la politesse est hors de portée.
J'ai lu ce premier roman et j'ai aimé le personnage central, il creuse un fossé entre son désir d'écrire et la façon dont il s'y prend. C'est un peu le drame humain qui se déroule au fil des pages, l'espérance à l'épreuve de nos capacités. Je ne comprends pas le commentaire de ce "Hargneux" ... sans doute faudrait-il qu'il boive pour se donner du génie dans la critique. Moi je soutiens Loris Bardi !
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