L'ourse qui danse : "si l'Ours et l'Inuit meurent, vous aussi vous mourrez"

Mimiche - 16.09.2020

Livre


ROMAN FRANCOPHONE - Au bout du long parchemin de sa vie, un vieil Homme (comme les siens s'appellent en parlant d'eux, eux que nous, nous appelons Inuits) raconte son histoire : tout ce qui, après l'avoir fait espérer, expliquer et même faire comprendre aux hommes blancs, avec les mots des hommes blancs, les choses vues et ressenties par son peuple, l'a conduit à revenir parmi les siens pour y retrouver son âme.



Peine perdue ! A cette époque où il avait tenté de s'intégrer ou d'être intégré, dans un monde si différent de celui de ses ancêtres, il avait dû rapidement déchanter. Il voulait toucher des cœurs, il n'avait eu que des réponses de pouvoir et de suprématie. Il voulait parler de respect, il n'avait eu que des réponses où l'argent balayait tout.
 
Alors qu'ils étaient enfants, ses sœurs et lui avait été dispersés par les services sociaux suite au décès de leurs parents. Il avait donc fait des études dans les écoles des blancs jusqu'à y devenir, à son tour, professeur. Jusqu’au déclic qui l'a poussé à retrouver ses sœurs et les siens et le chemin d'un « village proche de (son) enfance ». Pour y rester définitivement, lui, l'« errant » qui n'avait pas vraiment digéré sa sédentarisation. Lui, le « chasseur » qui voulait lutter « à armes égales » et dans le respect du « sacrifice » de ces « frères et sœurs » vivants qu'il devait tuer pour survivre. Lui, le déraciné qui devait retrouver ses « racines », en évitant de sombrer dans l'alcool si facilement accessible, en s'éloignant de la nourriture pouvant être achetée avec l'argent qu'il avait gagné dans la société occidentalisée.
 
Alors, un jour, il est parti avec son arc et ses flèches, avec son traîneau et ses chiens et avec, autour de son cou, la griffe d'ours de son père que sa sœur lui a remise, pleine d'espoir, lors de son  départ. Parti vers son destin. Parti dans la blancheur vers une chasse rituelle qui doit faire passer l'enfant, qu'il est encore malgré son âge, au rang d'Homme. Parti à la rencontre de l'Ours.
 
 
 
Fort d'une collection phénoménale d'objets retraçant les Histoires de l'Humanité, le Musée des Confluences de Lyon (que je regrette de n’avoir pas eu le temps de visiter lors de mon bref séjour récent dans l'ancienne capitale des Gaules) a créé la Collection « Récits d'Objets » afin de fournir à des écrivains la possibilité de s'approprier l'un d'eux pour en faire la « matière de leur récit ».
 
Les Éditions Cambourakis se sont récemment associées à ce magnifique projet dont l'ambition reste d'inviter le public à visiter le Musée et, dans le prolongement des visites et des lectures des ouvrages de la Collection, de rêver une suite aux récits imaginés par les écrivains.
 
Simonetta Greggio s'est donc emparée d'une sublime statuette Inuit en stéatite, œuvre de Davie Atchealak, représentant un « Ours Dansant » pour nous entraîner dans un voyage onirique qu'il est indispensable de lire (et faire lire) rapidement aux enfants du monde entier !
 
C'est un voyage initiatique qu'entreprend son héros et, à ce titre, il devient une histoire fabuleuse qui va mêler le dur réalisme d'un territoire âpre et impitoyable à la force fédératrice et symbolique d'un conte, entraînant les protagonistes dans un monde extraordinaire.
 
C'est ainsi que naissent les légendes : Simonetta Greggio en a créé une pour nous.
 
C'est ainsi que s'ancrent dans le quotidien toutes les incroyables interprétations du laïc et du sacré dont les chamans sont les intercesseurs.
 
Et la dédicace du livre à Jean Malaurie par Simonetta Greggio prend là toute sa puissance évocatrice.
 
Au fil des pages, elle en profite pour glisser de très nombreux messages, auxquels je suis particulièrement sensible, et qui, loin d'être subliminaux, expriment, avec une force et une conviction qui me vont droit au cœur, toutes les dérives qui sont les nôtres et qui nous entraînent vers un « nous mourrons ensemble, vous et nous. Si ensemble nous ne trouvons pas le moyen de nous sauver », « Car si l'Ours et l'Inuit meurent, vous aussi vous mourrez ».
 
Un magnifique plaidoyer de respect de notre milieu de vie et de nos cohabitants de ce monde si solide et si fragile.
 
En postface, sont reportés des propos de Nastassja Martin dont voici un extrait : « Nous pouvons, en Occident, entretenir l'idée que ce qui arrive aux autres ne nous arrivera pas, ou très tard : il s'agit d'une illusion. Les indigènes qui vivent dans les régions les plus touchées par le réchauffement sont en réalité aux avant-postes de quelque chose qui fonce sur nous et qui concernera très bientôt non plus seulement nos intellects, mais nos propres corps ».
 
Ce livre se lit en un éclair. Il reste au fond de soi, parmi d'autres, pour une éternité et donne une envie folle d'inviter le plus de monde possible à en goûter la poésie, le chant, le sens du réel mais aussi d'écouter ce que peuvent nous raconter d'autres auteures et auteurs de la Collection.


Simonetta Greggio, en collaboration avec le Musée des Confluences de Lyon - L'ourse qui danse - Cambourakis - 9782366245028 - 10 € 


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