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Île Maurice : la crise Covid a multiplié les “entraves à la liberté d’expression”

Nicolas Gary - 19.08.2020

Interview - Atelier nomades Maurice - Corinne Fleury éditrice - crise Covid Maurice


Éditrice et fondatrice de la maison Atelier des nomades, à l’ile Maurice, Corinne Fleury raconte l’incidence de la crise sanitaire sur son métier. Après 10 années de parutions, avec son conjoint Anthony Vallet, la réalité devient complexe. Et comme on le constate, l’un des enjeux actuels est celui des atteintes aux libertés d’éditer... qui sont malmenées. 


 

ActuaLitté : Quelle est la situation sanitaire actuelle à Maurice ? 

Corinne Fleury :
Au terme d’un confinement de 2 mois et demi, aucun cas actif n’a encore été signalé à ce jour au sein de la population mauricienne. 

Les impacts économiques de la crise liée au Covid sont immenses : quelles en sont les conséquences concrètes pour votre activité ? Quelles sont les pertes estimées d’ores et déjà ? 

Corinne Fleury :
Maurice a adopté un confinement strict accompagné d’une fermeture des frontières, toujours en vigueur. Pendant le confinement, nous avons subi un brusque arrêt des ventes avec la fermeture des librairies et l’indisponibilité des achats de livres en ligne. Le secteur du livre continue à être sévèrement éprouvé, car la fermeture des frontières nous prive d’un lectorat étranger important. Le secteur du tourisme déjà ébranlé fait face aujourd’hui à la catastrophe écologique du Wakashio qui présage désormais une relance difficile. 

L’avenir des librairies est ainsi fragilisé. Certaines ont déjà déposé le bilan quand d’autres luttent entre l’explosion des coûts de transport aérien pour l’importation des livres et la chute de la roupie mauricienne qui entraîne une augmentation du prix des livres étrangers. 

Avec un recul de 25 % de notre chiffre d’affaires à Maurice entre mars et juillet 2020, nous avons revu notre plan d’édition à la baisse et avons reporté des projets. Le festival du livre jeunesse dont nous sommes l’organisateur a aussi été reporté à l’an prochain à cause de la fermeture des frontières. 

Et au-delà, quelles sont les conséquences indirectes, moins palpables, de la crise pour les professionnels ? 

Corinne Fleury :
Le Covid et le Wakashio ont fait remonter à la surface une détresse politique et sociale profonde à l’île Maurice. Face aux interrogations de la population sur des faits inhérents à la gestion de ces deux crises, le gouvernement a rompu le lien avec les citoyens. L’opacité s’est infiltrée de manière insidieuse dans le discours politique menaçant ainsi la liberté d’expression.
 
La pression exercée sur des journalistes pour faire taire les voix critiques, la manipulation et le blocage de contenu télévisuel afin d’influencer le flux d’information, la désinformation sur les réseaux sociaux pour servir la propagande, la rétention d’information pour cultiver le culte de l’opacité sont autant d’entraves à la liberté d’expression.

Les valeurs de la démocratie s’étiolent avec le recul de ces libertés. La liberté d’expression va de pair avec la liberté de la presse et de l’édition. Les professionnels du livre, de la presse et des médias déplorent cette atteinte à la liberté de la pensée et des idées. 



 
Les pouvoirs publics de votre pays ont-ils déployé des soutiens spécifiques pour aider les acteurs du livre ?

Corinne Fleury :
Un plan a été déployé avec la volonté de soutenir le livre par les médias publics. Mais un certain flou subsiste encore autour de ce soutien… 
Par ailleurs, deux aides ont été proposées pour le secteur du livre :
1/L’achat de livres aux auteurs et aux éditeurs sous condition de bonnes mœurs ! Les livres soutenus ne devaient pas évoquer la religion ou tout autre sujet de société suscitant un débat d’opinion.  
2/Un appel à textes aux auteurs sur le confinement. Les textes soumis étaient rémunérés. 
Les libraires et distributeurs n’ont reçu aucune aide spécifique aux livres. 

De votre côté, quelles initiatives et alternatives avez-vous mises en place dans ce contexte, pour toucher vos lecteurs, pour tenter de maintenir un équilibre financier ?

Corinne Fleury :
Pendant le confinement, nous avons réagi rapidement à cette franche coupure avec notre public. Nous avons proposé du contenu gratuitement en accord avec nos auteurs ; créé des jeux à imprimer à partir de nos titres et mis en place des concours en partenariat avec une école. Et depuis le déconfinement, nous avons renoué avec nos partenaires locaux pour réapprivoiser notre lectorat et faire vivre le livre à Maurice : spectacle, lancements, dédicaces, ateliers, exposition… 

Quelles perspectives se dessinent pour vous, dans les mois à venir ?

Corinne Fleury :
Dans ce contexte difficile, l’avenir de notre maison nous préoccupe à chaque instant. Mais l’indépendance et la liberté nous accompagnent dans notre aventure. En cette fin d’année, nous publions 3 titres dont Rêve d’oiseau, un album de Shenaz Patel et Emmanuelle Tchoukriel, qui marque notre entrée en diffusion en France métropolitaine. 
 

En partenariat avec
L'Alliance internationale des éditeurs indépendants




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