1 million € d'aide aux auteurs : la SGDL veut “permettre à tous d'en bénéficier”

Nicolas Gary - 04.04.2020

Interview - Société gens lettres - fonds urgence auteurs


Situation insolite : début mars, le président de la Société des Gens de Lettres était remplacé, après neuf mois d’activité – en cause, un individualisme peu à l’écoute. Le Comité choisissait alors de le remplacer, sans apporter plus de précisions. Dans un entretien à ActuaLitté, les membres expliquent finalement ce choix, et détaillent le positionnement de l’association. 

Christophe Hardy, élu président pour assurer l’intérim de la SGDL nous répond. 

SGDL - Hôtel de Massa
 

ActuaLitté : Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne le Comité de la SGDL ? 

Christophe Hardy : Comme ses statuts, disponibles sur notre site, l’indiquent. Le comité de la SGDL (association reconnue d’utilité publique depuis 1891) est constitué d’auteurs élus pour 6 ans par les adhérents de l’association (au nombre de 6000). Il se compose de 24 personnes et se réunit physiquement au moins 4 fois par an. Il décide des grandes orientations politiques et stratégiques de la SGDL.

Il peut être consulté à tout moment par voie numérique. Pour l’administration et la gestion courante, il délègue son autorité à un bureau de 8 de ses membres (tous bénévoles à l’exception du président et du secrétaire général qui perçoivent un défraiement) se réunissant chaque mois. 

Récemment, le président a été débarqué : quelles sont raisons de ce choix ? 

Christophe Hardy : « Débarqué » est un mot brutal. Nous ne lui avons pas renouvelé notre confiance. Une incommunicabilité s’était installée entre le président et le comité, entraînant une perte de collégialité. 

Pourquoi avoir opté, en juin 2018, pour un président qui assure et se targue de ne pas vivre de ses textes — et préfère envisager l’avenir des revenus de l’auteur en animateur socioculturel ?

Christophe Hardy : Nous avons élu en juin un homme plein d’énergie et d’idées, capable de mettre en œuvre de très beaux et grands projets (pour n’en retenir qu’un parmi d’autres, celui qu’il a mis en œuvre avec l’APHP de Paris). S’il avait, il est vrai, développé dans le détail un programme très « action culturelle » et « EAC », il était évident que ce programme était en support de la défense de nos droits et de nos métiers.

Nous avons assisté à la multiplication d’une action culturelle détachée de nos missions (au lieu d’être en soutien et en regard de celles-ci). Notre inquiétude n’a pas été entendue par un président brillant, mais peu collégial, d’où ce dénouement. 

Dans une ultime tribune, il défend son « programme », notamment le lien indissociable entre vendre beaucoup de livres et être auteur professionnel : quelle est la position de la SGDL sur ces questions ?

Christophe Hardy : La SGDL accueille tous les auteurs dès lors qu’ils ont publié un livre à compte d’éditeur. La candidature des auteurs autopubliés fait l’objet d’un examen spécifique du comité. Le nombre de livres vendus n’a jamais été considéré comme un critère dans quelque domaine que ce soit.

Nous tenons à le rappeler solennellement : la SGDL défend tous les auteurs du livre – les auteurs de littérature générale, les auteurs jeunesse, les auteurs BD, les auteurs de théâtre, les poètes, les auteurs scientifiques, techniques, les auteurs de livres pratiques, etc. 

Par ailleurs, depuis plusieurs mois, les positions de l’ancien président de la SGDL étaient loin de faire l’unanimité, notamment auprès des auteurs les plus professionnalisés. Comment se prennent les décisions au sein de la SGDL ?

Christophe Hardy : Rares sont les positions qui font l’unanimité, mais d’une manière générale, les nôtres recueillent l’adhésion de la majorité des auteurs, y compris de ceux qui vivent exclusivement de leurs droits d’auteur. 

La SGDL (Société des Gens de Lettres de France)

 
Ces positions sont connues de nos membres, qui comptent de nombreux auteurs professionnels de tous les secteurs, y compris jeunesse (l’ancienne présidente, Marie Sellier, fut en son temps, présidente de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse) et de la plupart des auteurs. Nous faisons valoir ces positions depuis des années au sein du Conseil permanent des écrivains en lien étroit avec les 16 organisations d’auteurs qui en sont membres, parmi lesquelles l’ATLF, le SNAC, les EAT, l’UNPI, le SELF, la SCAM, l’ADAGP, la SACEM, la SAIF notamment... 

Ces positions ont été exprimées clairement lors des États généraux du livre qui se sont tenus en 2018 et 2019.
La SGDL, en lien avec le CPE, a été la première à demander publiquement un à valoir obligatoire et un seuil minimal de droits d’auteurs de 10 %, tous secteurs confondus, avec une mention particulière pour la jeunesse, domaine où les droits sont traditionnellement moitié moindres qu’en littérature générale. 

Ces revendications ont fait l’objet d’une tribune internationale avec nos homologues allemands, espagnols et italiens lors de la foire de Francfort de 2018. 

La fonction de la Société des Gens de Lettres apparaît de façon de plus en plus ambiguë à mesure que les questions de représentativité professionnelles sont analysées. Selon les circonstances, la SGDL se définit elle-même comme une association d’utilité publique, un syndicat ou parfois un prestataire de l’État. Autrefois, la SGDL était un organisme de gestion collective. Quel est le devenir de la SGDL ? 

Christophe Hardy : Il n’y a aucune ambiguïté selon nous. Pluralité des actions n’est pas ambiguïté. La SGDL est une association reconnue d’utilité publique dont l’objectif premier est la défense des droits des auteurs grâce à son infrastructure et son expertise juridique et sociale. Ses sessions de professionnalisation financées par SOFIA sont ouvertes gratuitement (voyage compris) à tous les auteurs.

Par ailleurs, organisme de formation agréé par l’AFDAS depuis 2017, elle propose une palette variée de formations conçues par des auteurs pour des auteurs (adaptation audiovisuelle des livres, lecture à voix haute, formation à la tenue d’ateliers d’écriture, etc.). 

La SGDL comme la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse par exemple, a des activités d’ordre syndical sans être à proprement parler un syndicat (comme l’est le SNAC – Ndlr : Syndicat National des Auteurs et des Compositeurs). La représentation des consœurs et confrères, la négociation avec les partenaires et avec les pouvoirs publics font partie de ces activités. Au cours des dernières années, nous n’avons pas fait mystère que nous souhaitions la création d’un syndicat national des auteurs qui réunisse toutes les associations représentant les auteurs de livres, au même titre que les éditeurs et les libraires ont le leur — SNE et SLF [Syndicat national de l'édition et Syndicat de la librairie française, Ndlr]. Nous sommes plus que jamais convaincus que nous devons nous unir, sans pour autant renier notre appartenance au CPE. 

La SGDL fut effectivement organisme de gestion collective jusqu’en 1981, date de la scission avec la SCAM.

Le devenir de la SGDL ? Continuer à défendre les auteurs, leur statut social et juridique, continuer à défendre le droit d’auteur, continuer à défendre la liberté de création, continuer à accompagner les auteurs au quotidien (sur les plans social, juridique, fiscal), continuer à négocier avec les éditeurs afin d’améliorer le partage de la valeur et la transparence des comptes, continuer à représenter les auteurs auprès des instances et pouvoirs publics. Et enfin, continuer à soutenir les auteurs par des prix qui sont d’autant plus appréciés qu’ils viennent des pairs et qu’ils sont dotés. 

Conférence Les auteurs bientôt à poil (SGDL)
 

Quelle est la rivalité dont l’ancien président parle entre la SGDL et la Ligue ? Comment interprétez-vous le départ de la Charte de la Ligue du CPE ?

Christophe Hardy : Nous laissons à l’ancien président de la SGDL la responsabilité de ses propos. La SGDL regrette que les associations d’auteurs ne fassent pas front unies et salue le travail du CPE, qui a soulevé des montagnes ces dix dernières années. Des montagnes, vraiment ! Que des représentants d’auteurs ignorent, voire discréditent, le travail accompli collectivement et confraternellement ne peut servir l’ensemble des auteurs. 

À ce jour, où en sont les discussions avec le ministère et le CNL sur la gestion du fonds d’urgence prévu pour les auteurs ? Quel est dans ce cas le projet de répartition de ces sommes allouées ?

Christophe Hardy : Il ne vous a pas échappé que le CA du CNL vient de voter à l’unanimité le versement d’un million d’euros pour un fonds d’aide d’urgence qui sera géré par la SGDL en lien avec toutes les associations représentant les auteurs. Aucun frais de gestion ne sera prélevé par la SGDL. Et les crédits non consommés, s’il devait y en avoir, seront intégralement reversés au CNL. La SGDL, en tant qu’organisation reconnue d’utilité publique, est dans son rôle : elle met les moyens dont elle dispose au service de l’intérêt général, pour permettre à tous les auteurs de bénéficier de cette aide. 

La SGDL s’est mobilisée, dès le début du confinement, pour alerter le Gouvernement sur les conséquences économiques de la crise sanitaire pour les auteurs du livre, déjà fragilisés. Nous avons obtenu dans un premier temps l’ouverture aux artistes-auteurs du « Fonds de Solidarité », mis en place par le Gouvernement pour les indépendants. Mais les critères d’éligibilité de ce fonds ne permettront pas à tous les auteurs d’en bénéficier.

C’est la raison pour laquelle nous avons plaidé pour la création d’un fonds sectoriel, en mesure de tenir compte des spécificités propres aux auteurs du livre. Grâce à ce fonds CNL/SGDL, ceux qui ne pourront bénéficier du Fonds de solidarité pourront solliciter le fonds d’aide CNL/SGDL et recevoir une aide d’urgence équivalente, pouvant aller jusqu’à 1500 €/mois, au titre de mars et d’avril. 

Hôtel de Massa

 
Comme nous sommes très attachés, à la SGDL, à la collégialité et la transparence, nous allons constituer une commission spéciale, dans laquelle chaque organisation d’auteurs pourra siéger. Cette commission verra passer toutes les demandes et validera le montant des aides accordées. Nous pensons être en mesure de verser les premières aides dès la mi-avril au titre du mois de mars. 

Que pourrait apporter l’organisation d’élections professionnelles à l’ensemble des auteurs ?

Christophe Hardy : La représentation des auteurs s’est historiquement organisée selon des modalités très différentes d’un secteur à l’autre de la création. Dans le secteur du livre, il existe différentes organisations aux statuts divers (syndicats, associations, sociétés d’auteurs...), dont certaines représentent un branche spécifique du métier d’auteur (La Charte pour les auteurs jeunesse, l’ATLF pour les traducteurs, le SNAC-BD pour les auteurs de bande dessinée...) et d’autres, généralistes telle la SGDL, qui représentent tous les auteurs de l’écrit dans ce qu’ils ont en commun.

L’organisation de la « représentativité » des auteurs ne se limite pas une question d’élection professionnelle ou de comptage numéraire. Selon nous, pour assurer une parfaite « représentativité » de nos métiers, il convient que chacun d’eux puisse être représenté dans ce qui fait sa spécificité. Une élection qui aboutirait à écarter telle ou telle organisation des instances de dialogue et priverait ainsi certains métiers de leur capacité à faire prendre en compte les spécificités qui sont les leurs serait une régression. 

Les auteurs sont bien représentés actuellement, notamment à travers le CPE, qui réunit toutes les branches de la création pour le secteur du livre.

Quoi qu’il en soit, il est essentiel pour la suite que les représentants des auteurs se concertent et s’accordent entre eux pour défendre au mieux les auteurs qui en ont grand besoin. Les guerres de pouvoir étalées sur la place servent les intérêts de ceux qui les mènent mais désarment les auteurs, en offrant à ceux qui préfèrent nous voir faibles un front désuni. 


photos ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Commentaires
La Société des Gens de Lettres sourde à des milliers d'auteurs professionnels qui ne se sentent pas représentés par elle, c'est DINGUE !

Les professionnels qui ont un esprit critique vis-à-vis de ces pseudos avancées, c’est eux qui seraient le problème quand on lit cette interview et pas les décisions politiques de cette institution coupée des réalités ! La SGDL qui signe de sa main que l'impression à la demande vaut exploitation permanente et suivie, qui fait RELIRE, qui là absorbe 1 million d'euros pour les répartir selon sa commission, c'est une honte.

On parle de “milliers d'auteurs les plus professionnalisés” qui veulent maintenant agir autrement et qui clament que leurs conditions se dégradent, qu'ils ne sont pas assez bien défendus. C'est quoi l'unanimité des auteurs quand il n'y a pas d'élections démocratiques et que la SGDL s'est autoproclamée représentative partout ? Il suffit de voir la composition du comité de la SGDL pour comprendre le problème : toutes ces personnes sont sûrement sympas individuellement mais ce n'est pas la question. C'est un mépris envers des auteurs qui, qu’on le veuille ou non, sont ceux qui marquent aujourd'hui le paysage éditorial et qui impulsent d'autres organisations professionnelles. C'est aussi méprisant pour les autres professions créatives qui s'unissent à ces structures pour demander des changements dans la loi bien plus ambitieux que tout ce qui n'a jamais été proposé jusqu'ici.

La SGDL est corporatiste, empoche son million d'euros et fustige tous les bénévoles eux-mêmes précaires qui ne se reconnaissent pas dans ses décisions : c'est ça défendre les auteurs ?
6000 adhérents?

Curieuse de savoir combien sont à jour de leurs cotisations...

Je suis consternée par ce que je lis.

Puissions-nous bientôt nous exprimer par le biais d'élections (qui je l'espère ne seront pas organisées par la sgdl...)
Vivement qu'on organise des élections professionnelles... À moins qu'on demande aussi à la Sgdl de les organiser ohh
Je suis aussi choqué en tant qu'auteur que la SGDL se transforme soudain en syndicat de facto. Je trouve ce disposition gouvernemental inadéquat et contrairement à ce qu'il est écrit, "tous les auteurs" ne vont pas en bénéficier, loin s'en faut.



La Ligue avait proposé une solution beaucoup plus efficace, la suppression de la première partie des cotisations IRCEC sans suppression de droits.



Je ne suis pas pro-Ligue et anti-SGDL, j'étais membre des deux jusqu'à il y a peu. Je trouve simplement, étonnamment, que la SGDL mine notre combat, par manque de force ou de réflexion. Il y a une semaine, il nous ont présenté la première version de l'aide proposée par le gouvernement comme un succès! Et maintenant ils font mine de nous dire qu'ils se sont alarmés de son inadéquation, se sont rapprochés du gvt et ont trouvé cette nouvelle solution, certes meilleure (ce n'est pas dur), mais toujours aussi inadéquate dans le fond.



Je suis très curieux de savoir combien d'auteurs vont bénéficier de cette aide en réalité, quand on connaît la phobie administrative quasi pathologique de beaucoup d'entre nous, leur distraction, leur désespoir général face à une situation qui va les pousser à ne pas vouloir remplir un énième dossier pour passer dans une énième commission pour supplier pour la énième fois qu'on arrête de les enfoncer. On va vite passer de "tous les acteurs" à "10 ou20%".



Ce qui n'aurait pas été le cas de la solution IRCEC. Dommage que la SGDL n'ait pas soutenu cette initiative simple, claire, forte.
Incurie. Aveuglement. Frilosité de congélateur. Bêtise. Arrière-garde. "i am not a man of many words but i thank you" aurait peut-être jeté à la figure le grand William à cet intérimaire.
Même ceux qui ne sont pas à l'agessa ?
SGDL et transparence : pourquoi pas, est-ce que les auteurs peuvent avoir accès au contrat entre la SGDL et le CNL puisqu'apparemment on parle d'une "dotation" ? Subvention donc ? Hôtel de Massa d'un côté et les auteurs précaires de l'autre devient indécent....! Théorie du ruissellement ?



Les critères d'attribution sont totalement hors sol ! C'est bien la peine de confier une mission à un opérateur extérieur pour que ce soit fait de cette façon, je plains vraiment les auteurs. Cette interview est dramatique et montre le décalage complet de l'institution et des métiers qui reste aveugle et sourde à tous les auteurs pour qui c'est un métier et un enjeu de survie.
Ca commence à chauffer au cul des autocrates poudrés de Massa. En tant qu'anarchiste littéraire, c'est-à-dire qu'en tant que simple auteur sans dents, je jubile que ça se craquèle les privilèges de caste. La révolte gronde, les sans-dents vont sortir de leurs caves. Un conseil : fuyez avec vos coffres pleins de billets tant qu'il en est encore temps...
Inspiration, quand tu nous tiens !
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