Portrait de l'écrivain en partenaire publicitaire : à vos marques...

Nicolas Gary - 22.10.2020

Edito - publicité écrivain campagne - Frédéric Beigbeder publicité - Gygax Adrien pulbicité


Verra-t-on demain Marc Levy prêter son image à un lunetier ? Guillaume Musso promouvoir, avec modération, des crémants de la région d’Antibes ? Après tout le best-seller Cyril Lignac s’est bien engagé dans la valorisation du foie gras… Ce dernier n’est pas ouvertement écrivain, certes, mais néanmoins. L'auteur en homme sandwich, oui : faut bien gagner sa croute pour la casser !


 

Les relations entre la publicité et les auteurs ne datent pas d’hier : après tout, l’écrivain reste le premier ambassadeur de ses ouvrages… voire de par son absence médiatique totale, comme ce fut le cas de Salinger, ou d’Haruki Murakami. Soit. 

Faisons l’impasse sur les produits dérivés des univers d’un auteur – pour ne garder cependant que le cas de la québécoise Élise Gravel, qui vend des doudous et du tissu avec ses illustrations dessus. Charmant.

En France, notre Frédéric Beigbeder national n’a jamais manqué d’associer son image pour le bienfait de marques. En 2007, il jouait les icônes à demi-nu pour les bons soins des galeries Lafayette. Le tout avec un torse glabre qui en réalité n’était pas le sien, mais celui d’un jeune mannequin.



 
De la même manière, avec son comparse Ariel Wizman, c’était pour Samsung que les deux hommes déploraient que c’était mieux avant. Observant les désastres de l’ultra connexion — nous étions en 2013 — sur les jeunes générations, les deux bonshommes, attablés à un bar, se désolaient sur l’air du « Nous on savait s’ennuyer. » Ben oui : la 3G n'existait pas...
 


Eh puis, DIM, les sous-vêtements féminins, qui une fois encore sollicitait l’insatiable chroniqueur littéraire, pour des petites culottes aux petits oignons… Cette fois acteur et réalisateur, il avait été lavé à sec par Camille Laurens : « Ici, hélas, conformément à tous les clichés du genre, l’écrivain est un homme mûr, hétérosexuel, blanc. Sa compagne a la moitié de son âge, ne s’occupe que de ses fesses et se fout de la littérature bien plus que de sa première culotte. »
 

World wide pub


Dans la francophonie, le cas de Joël Dicker surgit. En mars 2018, pour la publication de son dernier roman, La disparition de Stéphanie Mailer, la compagnie aérienne Swiss décidait de faire vol commun. Dans ses avions, seraient proposés des extraits du roman. En réalité, depuis 2014, le romancier est devenu ambassadeur de la marque, et prête régulièrement son sourire et son mètre 90 (ou pas loin) à la cause aéronautique suisse. Fort bien.

Lequel Joël Dicker a également versé dans la voiture, montrant qu’il apprécié aussi de garder les pieds sur terre — pas simplement d’avoir les fesses en l’air, merci M. Dutronc.



Et puis, luxe et suissitude obligent, Piaget avait demandé non la main, mais simplement le poignet de l’auteur, pour lancer une nouvelle gamme en 2016. Bankable, vous avez dit bankable ?
 

Du placement de produit au produit placé


La légende veut qu’un auteur ait abusé de la bière brune, citant exagérément une marque dans l’un de ses livres — un placement de produit comme un autre. Un pack de 6 offert par la rédaction à toute personne qui en apporterait la preuve. Également possible de venir les déguster à la rédaction, avec des chips au sarrasin.

Mais l’histoire ne manque pas d’anecdotes croustillantes en la matière : David Foenkinos avait joué le jeu de la réclame pour la Société Générale, mais également pour un vendeur de capsules pour cafetières… 

On se souviendra qu’une certaine Colette assurait, dans un entretien à Paris-Soir en 1927 : « Un écrivain fera de la publicité s’il en est capable. C’est-à-dire s’il est doué de curiosité, d’appétit de vivre, s’il ressent à la fois l’amour de ce qui est nouveau, la honte de sa propre routine, l’envie de connaître, l’aptitude à divulguer. Qu’en outre il possède un vocabulaire assez riche, et le voilà capable, en effet, de faire de la publicité. » 



 
La romancière ne manquait pas d’activités en matière de réclame — pour Perrier notamment, eh oui. Et puis, un certain Jean Cocteau avait fait recette : il ne jurait que par Ribet-Desjardins, en matière de poste de télévision, en 1947. Fantastique. La publicité sortie dans Paris Match avait fait scandale et recette.
 

La récupération sans vergogne ?


Impossible d’oublier le mot d’Anouilh : « Il ne faut pas avoir peur des gens méchants, Mademoiselle, ce sont de pauvres diables comme les autres. Les imbéciles seuls sont vraiment redoutables. » Lequel avait servi à valoriser un parfum de Chanel, Coco Mademoiselle. 

Et que penser de Persol, qui pour ses lunettes de soleil, a opté pour Bret Easton Ellis. Ou cette société française qui accaparait Balzac pour lancer une collection de vêtements, considérant que l’auteur avait « démocratisé la mode masculine ». 

Alors, quoi de neuf ? Eh bien, nos voisins helvètes découvriront prochainement qu’Adrien Gygax est devenu l’ambassadeur d’un tailleur itinérant (si fait), fondé en 2015 par Catherine et Joël. MuKi, de son petit nom, revendique une « confection sur mesure adaptée aux budgets des clients ». 

Et pour garantir la visibilité de ses produits, le choix s’est porté sur « une personne élégante aimant porter le costume, attirée naturellement par des coupes sortant des sentiers battus, et refusant d’être l’otage du diktat de la mode ». Démonstration.


Quand on répète qu'il faut aboutir à un meilleur partage des ressources...


ndlr : aucune marque n'a payé quoi que ce soit pour figurer dans cet article. C'est là qu'on est peut-être un peu cons : on aurait du leur demander...


illustration : geralt CC 0


Commentaires
J'ignorais que Marc Levy et Guillaume Musso fussent écrivains.

Je les croyais artisans, et non artistes. Des faiseurs de romans au mètre.
Pas mal d'écrivains s'y sont mis, et Colette aussi! Et pourquoi pas, après tout, ça leur fait des entrées - parfois salvatrices - et ça remplace la trop fréquente absence de leur portrait en quatrième de couverture. La vente des images, pas nécessairement pieuses, est monnaie courante aujourd'hui.



Talent ou pas talent, les plus beaux gosses pourraient même se recycler en mannequins, acteurs ou chanteurs, plus accessibles au grand public. Et même, si l'entreprise qui les loue ainsi le décide, gagner une commission sur la vente des objets qu'il promotionnent. Mettre du beurre dans ses épinards, quel rêve en ces temps de pénurie!
On peut aussi détourner tout ça avec une annonce sur le Bon Coin, c'est ce que j'ai fait, il y a cinq ans, sauf que cela ne m'a rien rapporté ni argent ni plus de lecteurs mais buzz pour buzz pourquoi pas ! " pour rechercher des lecteurs désespérément " quand on est chez des petits éditeurs et qu'on ne passe pas dans les grands médias ( tv, radios périphériques, presse écrite généraliste ) :



https://www.actualitte.com/article/monde-edition/un-auteur-cherche-de-nouveaux-lecteurs-sur-le-bon-coin/53180



https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/t-as-vu-l-info/recherche-lecteurs-desesperement_1769347.html



Bon, en même temps, on peut se dire que ce qu'on écrit peut-être c'est pour l'histoire de la littérature plus que pour l'argent. Préférer l'attitude Pierre Michon à celle de certains sur les gondoles " best sellers " des librairies et autres supermarchés culturels.
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