Auteur de livres jeunesse, un métier à la fois “passionnant” et “précaire”

Antoine Oury - 05.10.2020

Edition - economie livre jeunesse - auteurs jeunesse - edition jeunesse


À l'occasion des États généraux de l'égalité en littérature jeunesse, organisés par l'association La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, le Centre national du Livre et le ministère de la Culture ont dévoilé les premiers chiffres du volet « Auteurs » d'une étude consacrée au secteur du livre jeunesse. Anne-Sophie Métais, responsable du pôle études au CNL, a détaillé ces données, encore partielles.

Plume pas mon auteur


Une étude en trois volets — édition, librairie et auteurs — menée par le Centre national du Livre et le ministère de la Culture, proposera une « photographie de la filière du livre jeunesse », une fois finalisée, en 2021. À l'occasion des États généraux de l'égalité en littérature jeunesse, Anne-Sophie Métais, responsable du pôle études au CNL, a présenté de premiers résultats des sondages menés par le cabinet TMO Régions auprès des auteurs.

Pour constituer l'échantillon à interroger, 11.000 profils d'auteurs et d'autrices évoluant dans le champ de la jeunesse ont été extraits de la base Electre, soit 30.000 œuvres publiées sur la période 2014-2018 et environ 45.000 contrats d'édition. Ont été retenus les textes publiés entre 2014 et 2018 au format imprimé dans le domaine de la jeunesse, chez des éditeurs spécialisés ou non. Quant au terme « auteur/autrice », il recouvre dans l'étude les co-auteurs, les illustrateurs, traducteurs, ou encore les auteurs-illustrateurs.

Le segment jeunesse considéré par l'étude du CNL inclut l'éveil et la petite enfance, les albums, documentaires, romans 8-12 ans, les romans pour les 13 ans et plus, et exclut les œuvres de BD jeunesse, les œuvres d'auteurs décédés, le numérique et l'audio natifs et les œuvres de marques étrangères.
 

L'éveil et la petite enfance dominés par les femmes


Ces profils extraits de la base de données Electre permettent déjà d'établir quelques nomenclatures et observations. On compte ainsi en moyenne, sur la période 2014-2018, 1,5 auteur par œuvre, pour 4,1 œuvres par auteur. 50 % des auteurs relevés ont publié une seule œuvre (soit 12 % des contrats), et 10 % des auteurs ont publié 10 œuvres ou plus (soit 52 % des contrats). Les deux sous-segments Albums et Romans 8-12 ans représentent le plus grand nombre de contrats.

86 % des auteurs endossent un seul rôle, 12 % deux rôles et 2 % trois rôles, soit 1,2 rôle par auteur en moyenne. Les femmes, dans l'ensemble, sont plus susceptibles d'endosser les rôles d'auteure du texte et d'illustratrice sur une même publication.
 

Le sous-segment Éveil et petite enfance représente le domaine d'activité de 4 % de l'ensemble des auteurs, mais compte 70 % de femmes. De la même manière, les sous-segments Album et romans 8-12 ans réunis ne comptent que pour 4 % de l'ensemble des auteurs, mais abritent 67 % d'autrices. 32 % des auteurs sont publiés dans la catégorie Album, pour 64 % de femmes, et 25 % dans la catégorie Roman 8-12 ans, dont 64 % de femmes. Le bilan est assez évident : les autrices sont prépondérantes en littérature jeunesse.
 

Activité annexe et résultats connexes


Sur cette base de 11.000 auteurs, 1641 adresses mail ont été identifiées, pour contacter un échantillon de répondants à des fins de sondage : 45 % de ces adresses proviennent de la Charte, précise le CNL. 800 auteurs ont ouvert le questionnaire envoyé, 679 ont répondu partiellement et 377 intégralement. Au total, indique Anne-Sophie Métais, 435 auteurs sont pris en compte, représentant 1259 contrats, pour un taux de réponse de 26 % par rapport à la base d'adresses email.
 
Sur ces auteurs, 53 % sont auteurs uniquement de texte, 37 % sont illustrateurs, 35 % sont les deux et 20 % sont traducteurs. 68 % des répondants ont publié hors du segment jeunesse (62 % pour les femmes, 76 % pour les hommes) et 48 % mènent une autre activité dans un domaine artistique ou culturel, 27 % dans un autre domaine. 31 % des auteurs n'ont pas d'activité autre que celle liée à l'écriture et à la publication. Au total, 68 % des autrices et 71 % des auteurs ont une autre activité.

43 % des revenus des auteurs sondés proviennent du livre jeunesse, 16 % du livre, mais hors jeunesse et 41 % d'autres secteurs que le livre (les réponses des auteurs et des autrices sont pour l'instant confondues). Les ventes et l'exploitation de l'œuvre représentent 83 % des revenus, la gestion collective (droit de prêt, reprographie ou copie privée) compte pour 64 % des revenus et les revenus connexes pèsent pour 56 % des revenus.
 

En moyenne, les auteurs comptent sur 2,6 types de revenus, entre 2014 et 2018, un signe de la diversification des sources de revenus. 88 % des auteurs touchent une rémunération proportionnelle pour leurs livres, contre 12 % pour une rémunération forfaitaire (qui concerne toutefois 32 % des traducteurs). 91 % des auteurs ont reçu un à-valoir sur cette même période.

<

>



En moyenne, les auteurs font état de 17 participations à des activités connexes par an (16 pour les autrices et 17,8 pour les auteurs), principalement des signatures, puis des rencontres et enfin l'animation d'ateliers. Cette dernière activité connexe est la plus souvent rémunérée, devant la lecture dessinée. À l'inverse, les signatures sont très rarement rémunérées.
 
73 % des auteurs interrogés signalent des frais de fourniture (stylo, crayons, peintures, etc.) en 2019, 55 % des frais de documentation et préparatoires, et 32 % des frais de déplacement non défrayés. Sur les 5 dernières années, 64 % rapportent des frais liés au matériel informatique, et 42 % pour des logiciels.

Ces premiers résultats seront affinés par la suite de l'étude de la situation des auteurs, et complétés par le volet Libraires, fin 2020, et celui consacré aux éditeurs, pris en charge par le ministère de la Culture, en 2021. L'étude devrait permettre de mettre en œuvre des moyens concrets d'améliorer la situation des auteurs du secteur. Il y a visiblement une demande : 35 % des auteurs aboutissent sur une tonalité négative lorsqu'il s'agit d'évoquer leur métier (précaire, exigeant, peu rémunérateur, peu gratifiant), contre 27 % vers une tonalité positive (passionnant, plaisant, stimulant)...

Photographie : manifestation d'auteurs au Salon du Livre de Montreuil, en 2017 (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.