Livre Paris : l'édition 2021 du salon reportée à la fin mai

Nicolas Gary - 15.10.2020

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EXCLUSIF – Apprendre que la Porte de Versailles n’accueillerait cette année ni vaches laitières ni produits du terroir — et moins encore de tech-food, voilà un choc. Mais une fois le contrecoup passé, l’édition annulée du Salon de l’agriculture, prévue du 27 février au 1er mars a laissé planer quelques interrogations. Principalement pour le salon du livre de Paris.

Montage de Livre Paris

 
Livre Paris comptait parmi les premières manifestations fauchées en 2020 : le coronavirus qui rampait dans les rues provoquait un confinement national. Moralité, l’édition du 20 au 23 mars n'a pas eu lieu. L’Inde, invitée d’honneur, était alors reconduite pour 2021 assez logiquement. Mais qu’en sera-t-il du salon du livre 2021 ? Les «raisons de santé publique» qui avaient conduit le SNE et son partenaire Reed Expositions à annuler cette année, ont-elles disparu ?
 

Des livres, d'accord, mais aussi de l'argent


Ce qui semble évident, tant le groupe l’a répété encore et encore, c’est que si Livre Paris il devait y avoir, aucune maison d’Editis n’y serait présente – exeunt donc Robert Laffont, Belfond, Cherche Midi, etc. Le président du directoire de Vivendi, Arnaud de Puyfontaine l’avait déjà expliqué fin février : « Aujourd’hui, j’ai le souvenir d’un salon qui était une fête du livre. Le groupe Hachette n’est pas présent, sauf à travers Le livre de poche et quelques éléments. S’ils n’y sont pas et nous oui, c’est qu’il y a un décalage, un événement qui ne joue plus le rôle qui peut être le sien. »

Si Editis maintenait alors malgré tout sa présence pour 2020, la Covid mettait de toute manière un terme à toutes les attentes.

La perte économique pour le SNE représente plusieurs centaines de milliers d’euros, et évidemment, deux années sans salon n’augureraient rien de bon. Alors, quand l’événement annonce qu’il « donne rendez-vous […] avec de nouvelles promesses », nombreux sont ceux qui ont envie de les croire. 

Sauf que la crise sanitaire est bien là : chez Reed Expo, le partenaire logistique, on envisageait bien de reporter l’édition de 2021 à mai, ou juin. Des discussions ont eu lieu, mais pour l'événement, la date de mars est fondamentale — ancrée dans les esprits depuis des dizaines d’années. D’autant que 2021 est une date anniversaire : 40 ans que la manifestation existe, sa première fut inaugurée en 1981, l’année du prix unique du livre !
 

Les vaches ont fini de meugler


« Le coup dur, c’est l’annulation du salon de l’agriculture, parce que résolument, le message envoyé par Poulain [Jean-Luc, propriétaire du salon] est raide : les centaines de milliers de visiteurs doivent être protégés. Et de toute manière, on ignore quelle sera la jauge admise pour les événements », indique un exposant. 

« Je ne pense pas trahir de grand secret en estimant que personne ne veut se rendre à Livre Paris en l'état — pas plus qu’à Montreuil, au demeurant. On nous a fait peur, et bon an, mal an, cela a marché. » En chaque professionnel du livre sommeille en effet un citoyen passablement préoccupé par l’avenir.

Avec 540.000 personnes pour l’édition 2020 du Salon de l'agriculture, tronquée par les mesures gouvernementales — contre 650.000 les années passées — l’événement fait pâlir d’envie. Livre Paris accueille 160.000 visiteurs et même sur cette base, les jauges de visitorat seraient largement dépassées.

Au sein du SNE, l’heure était à la panique. « Ils auraient pourtant tout à gagner à annoncer l’annulation rapidement. D’abord pour s’épargner le marasme des remboursements de l’an passé. Ensuite, parce qu’il faut négocier la fin de contrat avec Reed, et surtout préparer le futur. »

Jusqu’à présent, ledit SNE se préoccupait des réponses que Reed pouvait apporter : était-il possible de tenir la jauge, comment, avec quelle programmation ? En somme, des questions fondamentales « alors que nous traversons juste une crise sanitaire », observe un proche du dossier, passablement agacé par le manque de pragmatisme ambiant.
 

Livre Paris, autrement : est-ce possible ?


Or, on attendait également l’allocution d’Emmanuel Macron. « Le couvre-feu, c’est dur… », nous explique-t-on. Simplement parce que les informations sont multiples : « Si l’invité d’honneur de 2020, l’Inde, a déjà payé et qu'un remboursement doit intervenir, ce sera une situation économiquement lourde pour le syndicat », poursuit un visiteur du soir. Parce qu’il s’en trouve dans l'édition plus encore qu'en politique. « L’idée d’un petit salon a rapidement germé : deux dates ont été réservées, et il a même été envisagé que l’on change de lieu. »

Avec cette même focale pour tous : la source de revenus que représente Livre Paris. « Deux années sans salon, c’est inimaginable », confie un ancien du bureau. Certes, les cotisations étaient en hausse pour l’année 2018, avec plus de 1,6 million d’euros. Mais Livre Paris pèse 702.000 €, contre 586.000 en 2017. Durant son Assemblée générale, le Syndicat évoquait également les « bonnes performances de l’édition 2019 de Livre Paris ». Primordial, et plus encore quand la balance entre charges et recettes n’aboutit qu’à un résultat net de 2 k€ — positif, au moins, quand l’exercice 2017, lui, était négatif.

Bien entendu, le ministère de Franck Riester annonçait en avril que Reed et le SNE pourraient rembourser les exposants grâce à une aide exceptionnelle. « Les auteurs programmés, qui devaient être rémunérés même quand les manifestations n'avaient pas lieu ont-ils eux aussi perçu les sommes dues ? » La question a été posée aux intéressés : fin juin, ou début juillet, manifestement, les montants furent versés. « Tard, très tard », note une autrice.

Toutefois, le ministère devait bel et bien participer. « Nous avons donc pris l’initiative de demander à l’État de contribuer lui aussi à adoucir les conséquences de cette annulation, comme il s’y est engagé pour atténuer les effets dévastateurs de cette pandémie », indiquait en avril alors le Syndicat. Si les recettes du salon représentent entre un quart et un tiers des revenus du SNE, on comprend quelles seraient les conséquences et les répercussions d'une annulation. « Personne n'a intérêt à ce que le SNE soit financièrement mis en danger », relève une éditrice. Personne ?

Maintenant, est-ce que l’Inde se préoccupe véritablement de l’investissement réalisé pour Livre Paris, quand le pays a dépassé les 7 millions de cas de coronavirus, sur 1,3 milliard d’habitants ? Probablement peu. En revanche, pour Reed et le SNE, l’enjeu demeure.
 

Et la lumière fut


C'est que la somme du ministère sert bel et bien à rembourser les exposants de 2020. « 2021 n’aura pas lieu dans la forme qu’on lui connait, et il faudra encore rembourser les acomptes de 2020 que certains exposants ont reporté sur 2021, suivant les conditions proposées par Reed », observe une proche du dossier. « Si le contrat avec Reed s’achève en 2021, qui procédera au remboursement des acomptes ? » Excellente question. Surtout, que, selon certaines sources, les négociations entre la rue de Valois et le SNE seraient toujours à l’œuvre. 

Seule perspective, donc, reporter, sans annuler. « Ce n’était pas vraiment un choix : il fallait trouver comment maintenir la manifestation, mais sous une autre forme. L’étude d’un report pour fin mai est sur le métier depuis quelque temps », nous assure-t-on. Un report, oui, et pour cause. 
 
Le coup de théâtre survient. Dans une communication qui doit intervenir ce 16 octobre, mais dont ActuaLitté a pu prendre connaissance, on apprend que l’édition 2021 « ne pourra pas se tenir aux dates initialement prévues en mars 2021 ». 

Ainsi, « le plus grand événement littéraire grand public en France » renonce aux dates prévues, pour basculer du 28 au 31 mai. En effet, « conscients de l’évolution de l’épidémie de Covid-19 », les partenaires Reed et SNE « ont décidé de reporter la prochaine édition du salon ».

Nous attendons plus de précisions sur le format que prendra l'édition 2021. 


Commentaires
Le Salon Livre Paris est vital pour le livre. Alors que tous les petits éditeurs font des sacrifices pour permettre à leurs auteurs de rencontrer leurs lecteurs, les absences d'Hachette et Editis sont scandaleuses.
Bonjour Monsieur Nicolas Gary,



J'habite au Costa Rica et fonctionne (hélas ou tant mieux?) - comment dire - peut-être "à coups de mots" sur la vision des choses. Certaines phrases m'ouvrent soudain la porte sur des flash visuels, lesquels me mènent à des divagations immédiates.



C'est le cas de ce fragment du premier paragraphe de votre texte: ".. le coronavirus qui rampait dans les rues" franciliennes. Puissance de l'image: le tobogan s'est mis en marche, démonté.



Je les ai vus ramper, ces salauds. En masse, en avalanche, ils envahissaient tous les espaces. Leurs couronnes oxydées glissaient sur l'asphalte, les pavés, les avenues et les ruelles; de plus en plus nombreux. Ils prirent d'assaut les badauds, les gens pressés, "les amoureux des bancs publics", les profs et leurs élèves, les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres, "les curés et bigotes", les corps médical et pompier, les magistrats, les bureaucrates, tout l'éventail des gouvernants et acolytes.

Ils leur grimpèrent dessus, forcèrent tous les verrous - yeux, nez et bouche - et colonisèrent tous les fluides et les organes.

Ils voyageaient avec leurs mulets et bientôt peuplèrent maisons, écoles, hôpitaux et librairies, bibliothèques et basiliques, palais présidentiels et prisons.



Ils transitent encore, surnuméraires, et, sous leur joug, nous tombons comme de mouches. Où qu'ils passent, il sèment l'atroce maladie, la peur et la misère. Il est très difficile de se protéger contre eux.



On ferme, on remet à plus tard, on interdit: que de frustrations insupportables!

On réclame, on exige, on se révolte, on désobéit, on accuse l'Autre: qui est le responsable?



Cette année est dure, on en connaîtra d'autres. Essayons d'accepter et prendre patience: rien n'est éternel sur cette planète. Et surtout, n'oublions pas d'aimer et de sourire.
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