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Opposer FIBD d'Angoulême et Livre Paris, “une catastrophe” (Franck Bondoux)

Nicolas Gary - 23.10.2020

Manga/BD/comics - Univers BD - Festival BD Angoulême - Livre Paris SNE - événements Covid lecture


Le report de dates pour Livre Paris a provoqué un séisme pour nombre de manifestations en Régions. Le week-end du 28 au 31 mai annonçait une grande diversité d’événements, mais l’arrivée du mastodonte parisien pose de sérieux problèmes – médiatique, logistique et on en passe, et on en oublie. Or, dans la course, une autre référence en la matière se trouve gênée : le Festival de la BD d’Angoulême, qui avait prévu d’installer ses bulles dans la ville justement à cette période.


 

Franck Bondoux, directeur de Neuvième Art +, qui organise le FIBD, évoque « à ce stade, la stupéfaction et l’étonnement ». Pour plusieurs raisons, détaille-t-il auprès de ActuaLitté. « Nous avons été très transparents, expliquant dans notre communication, en soulignant que nous mettrions en place un diptyque : un premier temps  fin janvier avec un hors les murs, dans la mesure où le festival est associé à ce mois depuis des années. Ensuite, un temps événementiel – en rien semblable à celui initialement prévu –, qui réunirait les éditeurs. » Entre fin du printemps et début de l'été.
 

Le bâton et le pélerin (variante de La carte et le territoire)


Parce qu'un constat simple se pose : les 8500 contributeurs qui prennent part au festival font exploser les compteurs avant même que n’arrivent les festivaliers. « On peut toujours imaginer de proposer un ticket d’or comme Charlie et la chocolaterie, mais c’est court. » Les règles sanitaires actuelles interdisent donc de rêver. « Après, nous naviguons tous en pleine fiction, et peut-être que l’on ne pourra rien faire, même dans 8 mois… »

Mais, disait Pascal, il faut parier : la division en deux dates est ainsi officialisée le 23 septembre. Pour cette collection printemps/été, le directeur de Neuvième Art + se gratte la tête. « Pour le commun des mortels, il semblait assez simple d’identifier une période entre le 15 mai et le 15 juin », reprend-il. Or, le FIBD a choisi de consulter les différents partenaires impliqués, pour jongler efficacement avec les différents impératifs – dont les manifestations des petits camarades.

Sur Angoulême, s’installe en effet Musiques Métisses, les 5 et 6 juin, et en même temps, les Rendez-vous de la Bande dessinée d’Amiens. « Prendre en compte ces paramètres ne laissait que peu d’alternatives. Tous les organisateurs de salons sont entrés en résistance, le mot n’est pas trop fort. L’effort de chacun implique de gêner les autres le moins possible. »

Le créneau défini, Franck Bondoux est « parti avec un baluchon pour discuter avec les éditeurs — ceux du SNE entre autres. Pas que. Une phase de consultation nécessaire, pour éprouver notre choix avant de le confirmer ». Nombre d’entre les maisons estiment alors que le week-end est bon — ne se télescopant avec aucun autre événement, et en regard des calendriers.

« Ces discussions, je les ai entamées durant toute la semaine avant que Livre Paris ne diffuse son propre communiqué. Alors que je prenais le temps de la concertation — parce qu’avec le Covid, se montrer solidaires est préférable —, voilà que j’apprends dans la presse les nouvelles dates. »

Pris de court, donc, à l’image de toutes les manifestations qui évoquaient dans nos colonnes un certain mépris parisien
 

FIBD et Livre Paris en frontal : “La catastrophe”


« Aucune naïveté : je ne sais pas qui a fait quoi, seulement que le SNE est propriétaire de Livre Paris, que le président du SNE dirige aussi d’importantes maisons de BD — pour lesquelles il s’avérera encore plus délicat de privilégier l’une ou l’autre des manifestations », analyse Franck Bondoux. Rester loyal à l’événement du syndicat que préside Vincent Montagne, propriétaire de Média Participations (Dargaud, Dupuis, Lombard) ou se désolidariser pour gagner la cité angoumoisine ? La décision n’aura rien de neutre — ou sera-t-elle comptable ?

« La catastrophe, on y sera si Angoulême et Livre Paris arrivent en frontal l’une de l’autre. »

Pour l’instant, le patron de Neuvième Art + a écrit aux autorités concernées, et… « j’attends qu’on me réponde. Je suis au milieu du gué ». Pour ne pas dire le cul entre deux chaises. Avec le temps qui joue contre lui : « Le FIBD n’est pas le festival d’Avignon, et Olivier Py racontait très bien son désarroi. Pour autant, monter des bulles à Angoulême ne s’effectue pas en ouvrant la porte d’un placard. » Avertir les prestataires, réserver les infrastructures…


Xavier Bonnefont, maire d'Angoulême et Franck Bondoux

 
« Les fous qui organisent un festival fin janvier ne rencontrent pas de soucis, de ce point de vue — ils ne sont pas légion. Pour la fin du printemps ou le début de l’été, c'est une autre paire de manches. »
 

Une désinformation de masse ?


Alors ? « Il faut discuter. Nous devons éviter que les éditeurs BD privilégient Angoulême, ou n’aient à choisir entre deux événements de référence — dont l’un relève de leur ADN —, dans l’intérêt général. Là, ce serait grotesque et nuisible. Même si je relève que mes interlocuteurs n’avaient pas l’air très informés de ce report ni des options calendaires de Livre Paris. »

Il devient donc urgent de parvenir à un accord : une solution que chacun attend avec impatience. « Bien entendu, Livre Paris contribue, de façon significative, au financement du Syndicat national de l’édition. Angoulême, de son côté, contribue au secteur de la bande dessinée dans son ensemble. » Et à ce titre, quelques-uns ont déjà fait leur choix. 

En effet, 702.000 €, contre 586.000 € en 2017 – et les chiffres de 2019 affichaient une nouvelle augmentation. Sur un budget de 2,4 millions €, la somme n’a rien de négligeable – et les conséquences d’une nouvelle annulation laissent songeur.

Et, loin des fortifications d’Angoulême, du côté de Saint-Germain-des-Près, d’aucuns, dépités, se désolent : « Le SNE n’a pas la main sur les plannings de la porte de Versailles. Ce qui laisse Reed pleinement responsable du choix de ce week-end, puisqu’ils sont coorganisateurs, en n’anticipant pas les chevauchements. » De quoi souffler sur les braises d’un Reedxit, déjà fortement pressenti en 2019…


crédit photos : ActuaLitté, CC BY SA 2.0


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