Inquiet pour votre retraite ? Lisez de la SF

Pour un auteur, la science-fiction permet d’explorer le futur d’une société sous tous ses aspects, y compris son système monétaire. Alors que la Fantasy nous plonge souvent dans des univers régis par des pièces d’or de bronze et d’argent frappées à l’image du tyran local, la SF est plus diverse dans sa façon d’approcher le sujet. Petit retour sur les expérimentations pécuniaires que propose le genre.

Le 18/02/2021 à 10:23 par Partenaire

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18/02/2021 à 10:23

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Certains univers de science-fiction présentent des mondes en apparence différents du nôtre, mais dont les bases sont finalement assez proches de notre réalité. C’est par exemple le cas de la franchise Star Wars que l’on ne se donnera pas la peine de présenter. Très généreuse en vaisseaux spatiaux et en espèces d’aliens, la saga et son univers étendu ne fournissent, à bien des aspects, qu’un léger pas de côté fictionnel.

La question de la monnaie n’est par exemple pas réellement traitée comme un sujet de projection. Le crédit républicain, une monnaie officielle et centralisée, est en circulation et régie les principaux échanges commerciaux. Des marchés illégaux tenus par des contrebandiers existent également sur des planètes de la périphérie.

De la même façon, les inégalités et le système économique ressemblent beaucoup au nôtre. Star Wars aborde surtout ces questions à une échelle différente : celle de la galaxie. Des voyages qui permettent aux auteurs de déplacer le spectateur de planète en planète tout en évoquant directement certains évènements marquants de notre réalité. L’Empire contre-attaque étant par exemple une référence à la guerre du Golfe.

À l’inverse, des écrivains de science-fiction choisissent de placer leur action dans des réalités radicalement étrangères. La Horde du Contrevent d’Alain Damasio présente ainsi un monde si différent que la monnaie y est absente. Au sein des 700 pages du récit, on ne trouve aucun exemple de transaction commerciale.

La mission des vingt-trois membres de la horde, à savoir trouver l’origine du vent, s’apparente à une quête de sens. Ce choix de l’auteur, par ailleurs engagé politiquement, n’est pas anodin. En présentant une fiction où la recherche d’absolu domine la société, il offre un contre-pouvoir imaginatif à nos modes de pensées bercés par des considérations mercantiles.

Du troc à la cryptomonnaie  

Sous-genre de la SF, le post apocalyptique permet aux écrivains de revenir à une sorte d’état de nature. Dans ces mondes ravagés par une catastrophe, la monnaie n’a bien évidemment plus de valeur. On suit le plus souvent des survivants égarés dans un monde hostile, à la recherche d’une humanité perdue.

Dans La Route de Cormac McCarthy (traduction par François Hirsch), un père et son fils errent sans but, leurs maigres possessions rassemblées tant bien que mal dans un chariot de supermarché. La valeur des objets présents dans la fiction dépend surtout de leur utilité directe. Les échangent sont quasi absent, car les rares survivants sont le plus souvent hostiles. Les transactions commerciales s’apparentent ici à du troc.

icheinfach CC 0

À l’inverse, le cyberpunk propose des sociétés gangrénées par un capitalisme débridé. De grandes multinationales contrôlent le monde et la moindre interaction est régie par l’intérêt. Tout se vend et tout s’achète au sein de ces dystopies néolibérales. Précurseur du genre, le roman Neuromancien de William Gibson (Traduction Jean Bonnefoy), met en scène un hacker de génie qui gagne son pain en subtilisant des données par la suite monnayées. Cette économie dominée par les datas ne semble plus si éloignée, 20 ans après la publication de l’œuvre…

L’univers d’Altered Carbon permet quant à lui de s’interroger sur l’immortalité. Dans cette projection futuriste, l’âme des citoyens peut être synthétisée dans carte mémoire. Carte que l’on peut ensuite greffer sur des corps de chair ou d’acier. Reste à avoir les moyens de s’offrir de nouvelles enveloppes…

Enfin, le manga Gunnm s’attaque directement au sujet de la marchandisation des corps. Les habitants qui peuplent l’immense bidonville qu’est la Décharge n’ont pas d’autre choix que de monnayer leur chair pour pouvoir survivre. À l’aune de ces fictions, recevoir un paiement en cryptomonnaie paraît bien plus innocent. 

Utopies ambiguës

Des œuvres de SF font même de la monnaie le sujet central de leur univers. Dans Les Dépossédés (traduction Henry-Luc Planchat ed. Robert Laffont), Ursula K. Le Guin s’inspire directement d’auteurs anarchistes comme Kropotkine pour construire une communauté libertaire. Le traitement des échanges commerciaux est ici directement influencé par des penseurs et économistes révolutionnaires.

De son côté, Cory Doctorow propose dans la Dèche au Royaume Enchanté (traduction Gilles Goullet) une société où les individus vivent plus où moins fastueusement en fonction de leur « whuffie », leur indicateur de mérite. Constitué par l’estime que les autres vous portent, le whuffie permet de s’affranchir de l’argent pour créer une société ou chacun reçoit ses récompenses en fonction de ses efforts et de gentillesse. Une société parfaite, en théorie…

Scott Westerfield explorait également le sujet dans le quatrième tome de sa série youg adult Uglies (traduction Guillaume Fournier). Intitulée Extra, l’œuvre nous présente un monde où la hiérarchie sociale est déterminée par le « rang facial ». Chaque individu possède une sorte de blog, alimenté en contenu personnel. Le succès de celui-ci détermine l’avancée du citoyen dans les hautes sphères.

Une projection pas si lointaine : les jeunes hommes et femmes qui scrutent chaque jour leur nombre d’abonnés, espérant faire grimper leur « rang facial », ressemblent étrangement à nos influenceurs d’aujourd’hui...

Crédit photo : KELLEPICS CC 0

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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