Dostoïevski et Sagan, quand le style se joue sur un jet de dés

À près d’un siècle d’intervalle, deux jeunes auteurs entraient dans un casino. Le premier, Fiodor Dostoïevski, en ressortira sans le sou, la rage au cœur. La seconde, Françoise Sagan, repartira avec une petite fortune et une tranquille assurance. Deux expériences radicalement différentes qui conditionneront le rapport de ces jeunes artistes à l’écriture pour le reste de leur vie. 

Le 12/02/2021 à 19:04 par Partenaire

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12/02/2021 à 19:04

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Bruit et fureur 

Écrivain russe admiré de son vivant, Dostoïevski a entretenu tout au long de sa vie une relation complexe avec l’argent. Perpétuellement endetté, l’auteur écrivait ses livres fiévreusement, chaque œuvre publiée lui permettant juste de survivre un peu plus longtemps. Cette course constante contre la ruine et la misère n’a jamais été autant visible que lors de son voyage à Baden-Baden en 1867.

Située en Allemagne, la ville abrite, pour le malheur de l’écrivain, un casino. Intoxiqué au jeu, l’auteur ne peut s’empêcher de tenter le diable et d’aller y faire un tour. Il ressortira du tripot en fin de journée, après avoir perdu toutes ses économies. Dans une lettre écrite à sa femme datée du 18 novembre 1867, il annonce la mauvaise nouvelle :

« J’ai tout perdu, tout ! Tout ! Ô mon ange, ne sois pas triste, ne t’inquiète pas ! Sois certaine que maintenant il va enfin venir le temps où je serai digne de toi et ne te dépouillerai plus comme un infâme et ignoble voleur ! Maintenant mon roman, seul mon roman peut nous sauver, et si tu savais à quel point j’espère en lui ! »

Comme le rappel la revue le Comptoir, honteux et suppliant, Dostoïevski retournera néanmoins au casino tous les jours de la semaine et ira jusqu’à parier les bijoux de son épouse. Après ce terrible épisode, il se jettera à corps perdu dans l’écriture, jouant sa vie et sa dignité sur son œuvre. Heureusement pour lui, l’homme a vécu avant l’apparition du premier casino en ligne.

Cette relation intime avec l’argent et le jeu ne s’arrête pas aux portes de la littérature. Les personnages de l’auteur russe sont souvent animés du même désespoir et de la même capacité d’autodestruction que celle qui handicape leur créateur. Sans les mésaventures pécuniaires de l’écrivain, Raskolnikov n’aurait probablement pas habité Crime et châtiment de la même façon.

Calme et volupté

De l’autre côté du spectre de la chance, on trouve Françoise Sagan. Célèbre à 18 ans pour Bonjour tristesse, l’autrice fera le bonheur des magazines à scandale durant des années. Si la vie de starlette de la littérature n’a pas toujours été facile, Sagan fera montre à plusieurs reprises d’une fortune insolente.

En 1959, alors qu’elle n’a même pas 25 ans, elle se rend avec des amis du côté de Deauville. Là-bas elle séjourne dans le manoir de Breuil, situé dans le village d’Equemauville. Rapidement, le petit groupe décide de se divertir en jouant au casino. Après une nuit passée aux tables de jeu, Sagan empoche 8 millions d’anciens francs (12.000 €).

Dans Sagan et fils, Denis Westhoff raconte que rentrée à l’aube, fatiguée et fourbue, l’écrivaine se serait sentie trop lasse pour faire l’inventaire avec le propriétaire du manoir. Elle aurait alors demandé si la demeure n’était pas à vendre. Devant la réponse affirmative, elle sortira les gains de son sac et devint propriétaire du manoir. Comme le rappelle France Culture, cette maison deviendra par la suite son havre de paix.

Cette facilité apparente à vivre aura également un impact sur son œuvre. On lui reprochera ainsi d’écrire trop vite, avec désinvolture, voire même de proposer toujours le même roman. Créature médiatique autant que littéraire, Sagan resta souvent injustement cantonné à sa « petite musique ».

Crédit photo : Daniel Dionne- CC BY-SA 2.0

 
 
 
 
 
 

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