Des belles, des moins belles et des bien tristes.
Le 29/04/2010 à 14:00 par Clément Solym
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29/04/2010 à 14:00
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Dans un petit appartement parisien, Tamouna peine à se réveiller et à se lever. Aujourd’hui, c’est son anniversaire. Un anniversaire de doyenne avec une famille immense qui tourbillonne autour de sa vie. A quatre-vingt-dix ans, il s’en est passé des choses.
Ce soir, ses enfants, ses petits enfants, ses cousins et cousines, toute sa famille sera là. Son appartement sera bien petit pour accueillir plus de quarante personnes. Heureusement que Mohamed, ce fidèle depuis des années, est là pour faire, comme depuis si longtemps, un peu de ménage. Cela fait d’ailleurs longtemps que ce n’est plus vraiment un homme de ménage, mais plutôt une sorte d’ami. Même s’il a toujours refusé ses invitations qu’il juge certainement trop personnelles.
Tout au long de la journée, ses filles, ses petits enfants vont passer, un peu comme des ouragans, pour commencer à préparer la fête. Mais entre deux allées et venues, Tamouna aura bien du temps pour faire défiler à grandes lampées le film de sa vie, pour revoir s’allumer devant ses yeux tous les souvenirs qui font maintenant la tapisserie de ses journées même si aujourd’hui est un jour plus particulier.
Parce que Tamaz, son ami de toujours, qui n’a pas réussi à être son amoureux pour la vie, sera là. Alors, remontent encore plus fort, toutes les anciennes images qui ont mené la petite fille de Tbilissi à travers l’Europe jusqu’à Paris pour suivre une famille de nationalistes géorgiens qui n’ont pas eu d’autre alternative que de quitter leur pays pour échapper au soviétisme envahissant.
Et tout cela a bien contrarié cette amitié naissante qui a commencé sur les bords de la Mer Noire et que les soubresauts de la vie ont largement malmenée. C’est au film de cette journée que nous convie Kéthévane DAVRICHEWY. Une petite journée et des tonnes de souvenirs.
Semble-t-il largement inspirée de son histoire familiale, elle nous narre les déchirures de l’exil, de l’abandon de sa terre pour un ailleurs incertain qui n’a ni le même goût ni la même odeur même s’il peut avoir d’autres attraits.
Alternant présent et flashes du passé qui reconstituent l’histoire, les chapitres dévoilent progressivement le départ rempli de l’espoir du retour, la difficulté de l’éloignement encore renforcé par les dictats d’un régime totalitaire ne laissant pas filtrer les nouvelles de ceux qui sont restés, jusqu’à la résignation et même à la disparition de l’envie du retour quand le Mur est enfin tombé.
Commencé avec le début des années dix-neuf cent, le livre couvre quasi un siècle complet où la vie, après être née ici, est partie ailleurs et s’est installée plus loin encore. Il transpire de la tendresse d’une petite fille qui a vu cette tristesse et cette résignation dans les yeux d’une aïeule. De la tendresse et de l’amour pour ces gens qui ont dû tout abandonner dans l’espoir de faire renaître ailleurs l’espoir d’un renouveau qui aura tant tardé que le retour au pays n’aura plus aucune signification.
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| Kéthévane Davrichewy |
Il y a aussi cette soif de rester ensemble et de continuer à faire vivre ailleurs ce qu’on a dû laisser là-bas. Tous les exils se ressemblent. Ils fabriquent la chaleur dans les liens un peu artificiels qui n’auraient certainement pas existé de la même manière sans ce grand chambardement. Qui a évité que ne s’exacerbent d’autres différences qui auraient inévitablement vu le jour si le milieu de vie était resté stable.
Pas de pathos dans ce livre remarquablement écrit et tellement agréable à lire. La vieille dame a traversé tous les bonheurs et toutes les affres de la vie sans se départir d’un certain stoïcisme et en gardant ancrée tout au fond d’elle-même une petite flamme pleine d’espérance.
Une lecture très agréable sur un sujet auquel les temps présents renouvellent chaque jour toute son actualité.
Retrouvez La mer noire de Kéthévane Davrichewy, en librairie
DOSSIER - Le livre numérique fête ses 50 ans : un anniversaire, tout en histoire
Par Clément Solym
Contact : cs@actualitte.com
Paru le 05/01/2010
214 pages
Sabine Wespieser Editeur
19,25 €
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