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Les Ensablés - Notes de voyage de Laurent Jouannaud: Monsieur Proust et Madame Proust

Monsieur Proust est le livre de souvenirs que sa gouvernante Céleste Albaret a consacré à Marcel Proust. Elle l’appelait « Monsieur Proust » et fut elle-même surnommée « Madame Proust » dans la mesure où elle s’occupa de lui avec le souci d’une mère et l’obéissance d’une fille. Je n’avais pas lu ce livre qui a eu un énorme succès en 1973 et qu’on a réédité l’an dernier, en 2013, soit quarante ans après sa parution

Le 20/12/2014 à 09:10 par Les ensablés

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20/12/2014 à 09:10

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Par Laurent Jouannaud

En 1973, Céleste Albaret publie ses souvenirs, recueillis et rédigés par Georges Belmont. Le livre a été beaucoup critiqué à l’époque : en effet, Céleste est âgée de quatre-vingt-deux ans et Proust est mort depuis cinquante et un ans ! La bonne dame, la « chère Céleste », aura donc attendu un demi-siècle avant de raconter ses neuf années passées au service de Proust, de 1913 à 1922, date du décès de l’écrivain. Cinquante ans sans une ligne, et, tout d’un coup, 430 pages de récits, d’anecdotes, de dialogues, de portraits, de bons mots ?

Le livre a été considéré comme un « coup » des éditions Laffont, qui avaient réussi un coup semblable en 1969 avec la « vraie fausse autobiographie » d’Henri Charrière surnommé Papillon. On peut lire ces réactions négatives sur le site de L’Obs (naguère Le Nouvel Observateur ) : «Le livre de Céleste n'existe pas», décréta Jacques Bersani dans Le Monde. Il est «frappé de stérilité», ajouta Claude Mauriac, dans Le Figaro. «Rien que du bavardage», asséna Hubert Juin dans le Magazine littéraire. Des «papotages domestiques», selon Angelo Rinaldi, de L'Express, tenus par une femme incapable de restituer le génie d'un écrivain qu'elle n'avait pas lu. »

Philippe Sollers, à l’occasion de la réédition de 2013, écrit au contraire, cultivant le paradoxe : « Son témoignage, à l'âge de 82 ans, est bouleversant de vérité. » (Le Nouvel Observateur, 24 avril 2014) Les souvenirs de Céleste Albaret, quand on aime A la recherche du temps perdu, sont une tentation à laquelle j’ai fini par céder. Voici quelques réflexions, mon cher Hervé, inspirées par cette lecture. Et d’abord il y a la question de la valeur du récit. La langue distingue « vrai » et « véridique ». Ce qui est vrai est conforme au réel, et concerne l’exactitude des faits. Mais ce qui est véridique « a le souci, le scrupule de rendre compte fidèlement de la vérité, de la réalité ou de ce qu'il pense être tel » (Trésor de la langue française).

Le dictionnaire Robert fait la même distinction : « véracité : qualité de celui qui dit la vérité ou croit la dire » . Madame Proust a le souci de raconter exactement ce dont elle se souvient. Elle est véridique sans forcément dire la vérité : «J’ai suffisamment réexaminé, contrôlé et revérifié les faits dans mon souvenir pour avoir la certitude de ma fidélité absolue à la réalité de ce qui fut. »(P. 412) Céleste a ressassé ses souvenirs, mais la vérité s’établit, se prouve, se démontre. Comme dans les procès, il faut plusieurs témoins pour que le témoignage fasse foi : testis unus, testis nullus. Or, Céleste rappelle qu’elle était seule avec Proust, qu’elle seule s’est occupée de lui dans les dernières années, jour et nuit. D’où l’intérêt de son témoignage et sa fragilité : il n’y a pas de tiers témoin. Céleste Albaret s’est décidée à livrer ses souvenirs parce que, dit-elle, beaucoup de mensonges et d’inexactitudes courent autour des dernières années de Proust. Les autres mentent ou se trompent, mais pas elle. Quel intérêt pourrait avoir une vieille dame à raconter des mensonges, demande-t-elle ?

Eh bien, même les vieilles dames ont des envies inattendues (J’ai visionné sur YouTube, il y a quelques jours, le grand classique de René Allio, La vieille dame indigne, 1965) ! On sait que Céleste a vendu vers la fin de sa vie des objets proustiens, religieusement conservés jusque-là : elle avait besoin d’argent. Et peut-être envie de gloire, envie de laisser son nom dans le catalogue des bibliothèques du monde entier. Elle y a réussi. Les témoignages sont toujours contradictoires : n’importe quel inspecteur de police ou juge d’instruction vous le dira. Il se trouve que Céleste Albaret, en 1962, a participé à une émission souvenir consacrée à Marcel Proust. Cette émission de 1 h 27 minutes, animée par Roger Stéphane, est disponible sur Internet, dans les archives de l’INA. 11 minutes 39 secondes en sont visibles gratuitement, ce sont les minutes où Céleste parle de la mort de Proust. Or, cette version orale diverge en plusieurs points de la version écrite, donnée dix ans plus tard dans Monsieur Proust. Voici une différence notable. Le frère de Proust fait appeler un de ses confrères, une sommité médicale qui a soigné leur mère, pour tout tenter. Céleste raconte le moment où le professeur est arrivé. Elle hésite sur le nom : Landevski ou Landovsi. Elle se décide pour Landovski.

Dans Monsieur Proust, le docteur Landovski est devenu Babinski. C’est évidemment Babinski qui est exact. En 1962, Céleste se trompait ; en 1973, elle a retrouvé le nom juste. C’est qu’en 1973, son récit est filtré et botoxé par le journaliste Georges Belmont. Qui est Georges Belmont ? Je feuillette Google. Georges Belmont est journaliste, mais ce n’est pas n’importe qui. Il a interviewé Marilyn Monroe en 1960, la fameuse interview où l’on apprend qu’elle dort avec seulement quelques gouttes du N° 5 de Chanel. Il a été rédacteur en chef de Jours de France et de Marie-France, éditeur-conseil chez Laffont. En 1928, il était normalien, angliciste, ami de Becket, alors lecteur à l’Ecole normale supérieure. Il s’appelait Georges Pelorson à l’époque. Il a traduit James, Miller, Chase, Burgess. Il a changé de nom après la guerre : il a en effet été un collaborateur zélé. Georges Belmont avait lu Proust. D’ailleurs, Becket, son ami, a écrit un livre sur Proust, en 1930. Ancien khâgneux, Belmont savait organiser un récit et en éliminer les scories. Il avait dû lire la biographie de Proust par Georges Painter, qui a longtemps fait autorité, et dont maints passages ressemblent étonnamment à ce dont Céleste se souviendra plus tard. Je crois donc que le récit de Céleste est d’une fidélité relative, faite de vrai, de vraisemblable et d’imaginaire. Un livre doit avoir un certain volume et de la tenue : il faut étoffer le récit, rafraîchir le passé, gonfler les souvenirs, éliminer les bourdes, mettre en scène les personnages, fignoler l’expression. Belmont y a sans doute largement contribué. En fait, il est le seul qui sache quelle est la part du vécu, de l’imaginaire et de la reconstitution dans le livre de Céleste. Il aurait fallu le lui demander. Il est mort presque centenaire en 2008.

Céleste Albaret

D’ailleurs, Céleste Albaret explique combien Proust ne se fiait pas à sa mémoire. Il rencontrait telle ou telle personne pour pouvoir décrire très exactement dans son roman le personnage lui ressemblant. Il demandait aux duchesses s’il pouvait voir la toque ou la robe qu’elles portaient vingt ans plus tôt lors d’une réception ! Non, la mémoire n’est pas fiable : elle invente, comme l’imagination. Proust le savait, il s’en méfiait. Céleste raconte que plusieurs personnes se sont offensées d’être décrites dans le roman de Proust : elles s’y sont reconnues ou y ont été reconnues. A chaque fois, Proust leur répondait qu’il ne les avait pas décrites, qu’il n’y avait pas de clé. Mais en même temps, il affirmait ne vouloir écrire que la vérité. Il voulait que Swann ressemble à Charles Haas, et Charlus à Montesquiou, mais il n’a jamais voulu décrire ni Haas ni Montesquiou.

Il y a là un paradoxe qui tient à la nature de l’art romanesque. Céleste parle souvent du « roman » que Proust écrit, et elle fait bien de rappeler que La Recherche est un roman. Un écrivain fait un mélange, un cocktail, un mixte, bref une œuvre d’art : Proust écrit A la recherche du temps perdu et pas Les Mémoires d’un snob. Les détails vrais sont là pour étayer la fiction. Il faut rappeler, non pour la diminuer mais pour la grandir encore, que l’œuvre de Proust est inventée, imaginée, romanesque. « Aller croire que ses livres sont le récit réel de la vie de M. Proust, c’est vraiment faire peu cas de son imagination. » (P. 112) Proust ne décalquait pas. J’apprends que Proust lisait chaque jour plusieurs journaux, ainsi que de nombreuses revues : « Il se tenait très au fait des nouvelles et de l’actualité. Rien ne lui échappait, là comme ailleurs. » (P. 247)

J’imaginais un Proust aussi élégant que son œuvre. Je le voyais en esthète, entouré de beaux meubles, mangeant des produits fins, en élégante tenue d’intérieur. Or ce n’est pas du tout ainsi que vivait l’écrivain. Son appartement était un bric à brac où s’entassaient jusqu’au plafond des meubles sans valeur. On s’y gelait car Proust interdisait le chauffage par peur de la poussière et du bruit. Les fleurs, symbole du luxe et de la beauté pure, étaient proscrites à cause de leur parfum. Il ne mangeait rien que son café au lait avec un croissant, ou deux croissants, ou juste un bout de croissant. Ou des compotes. Parfois une sole. Jamais de vin, mais de l’eau d’Evian ou la bière glacée que son chauffeur, le mari de Céleste, allait chercher, de jour comme de nuit au Ritz. Quant aux vêtements, l’élégance de l’homme qui portait un camélia à la boutonnière , est passée. Il n’a que de vieux vêtements, toujours les mêmes puisqu’il n’use pas. Le 30 septembre 1920, il sort. Voici le témoignage de l’écrivain René Boylesve, secrétaire de l’Académie française, admirateur de Proust : « engoncé dans son pardessus », « son faux-col, évasé, élimé, et qui, sans exagérer, n’a pas été changé depuis huit jours », « une cravate râpée, un pantalon large d’il y a dix ans », « des gants blancs remarquablement sales » . Odilon Albaret transporte Proust à n’importe quelle heure. Or son taxi n’est plus qu’un vieux tacot auquel Proust est attaché.

Quand Odilon achète une nouvelle voiture, Proust meurt et il ne s’est jamais assis dedans. Bref, d’esthète qu’il avait été, Proust était devenu artiste, ce qui n’est pas du tout la même chose. Je lis avec beaucoup d’intérêt les biographies et autobiographies. J’ai lu récemment une biographie de Luther. Je lis lentement une biographie de Goethe. Je viens d’achever Mon évasion (2008, Le Livre de poche), l’autobiographique de Benoîte Groult. Ces récits sont plus passionnants que la plupart des romans et on y apprend davantage sur l’existence que dans bien des conversations entre amis. Dans ces livres, à chaque fois, je cherche à percer le secret du talent et du succès : comment vivre pour écrire un grand livre ? comment Marcel Proust a-t-il fait pour devenir l’auteur de la Recherche ? Charles Haas, un des modèle de Swann, est resté esthète, et bien des mondains de l’époque aussi : pourquoi Proust a-t-il échappé à leur sphère ? Et pourquoi Robert Proust, le frère fidèle et admiratif, grand médecin, n’a-t-il pas écrit la Recherche ? Faut-il vivre reclus pour écrire un grand livre ? Faut-il être riche et oisif ? Faut-il rester célibataire ? Céleste décrit le bizarre papillon nocturne que fut Proust, mais sa métamorphose reste un mystère. «Je suis marié avec mon œuvre ; il n’y a que mes papiers qui comptent. » (P. 211) Céleste Albaret souligne que pour Proust, finir son œuvre avait la priorité absolue. Henri Raczymow, dans «Notre cher Marcel est mort ce soir», émet une hypothèse intéressante pour expliquer cette fureur d’écrire : «Il sait que son œuvre lui survivra. Il peut mourir. Les écrivains, aujourd’hui, depuis des décennies, n’éprouvent plus cette certitude. Ils savent qu’ils meurent pour rien, comme tout le monde.»

La chambre de Marcel Proust au musée Carnavalet

Proust était réveillé la nuit. Il recevait ou sortait vers minuit, une heure ou deux heures du matin. Il restait la plupart du temps couché : il écrivait dans son lit. Il dormait peu, entre 8 h du matin et 16 h. «Je n’ai jamais su combien d’heures il dormait, ni même s’il dormait. Parce que cela se passait entre lui seul et les quatre murs de sa chambre.» (P. 93) Tout bruit était interdit. C’était l’obscurité ou la lumière électrique. A son réveil, Proust sonnait Céleste : elle apportait alors le café, une marque spéciale. Elle n’entrait jamais dans la chambre sans être sonnée. Une fois, il n’a pas sonné pendant plus de 24 heures : elle l’imaginait mort, mais n’a pas osé le déranger. La chambre n’était nettoyée et aérée qu’en son absence. Proust, asthmatique, interdisait tout mouvement qui aurait pu soulever de la poussière. Proust ne ramassait jamais rien : il avait plusieurs stylos à disposition, qui glissaient de son lit. Il jetait ses mouchoirs par terre. Céleste ramassait tout cela. Il n’utilisait qu’une seule fois une serviette de toilette : il lui en fallait donc plusieurs par jour. Proust avait eu avant Céleste des secrétaires et des domestiques mâles. Avec la guerre de 1914, tous les hommes étant au front, il a pris la jeune femme à son service. Céleste a vécu la nuit, dormi le jour et obéi au maître. Proust voulait être servi exactement comme il l’entendait, vite, bien et sans réplique. « Nous pouvions bavarder, plaisanter, mais chacun à notre place : pour rien au monde je ne me serais permis de lui poser des questions. » (P. 336)

Céleste Albaret

Il y a le ballet du beau monde : princes Emmanuel et Antoine Bibesco, comte Robert de Billy, comtesse de Chevigné, comte Boniface de Castellane, duchesse de Clermont-Tonnerre, duc de Gramont, comtesse Greffuhle, duc de Guise, comte de Montesquiou, comte de Fénelon, etc. A partir de 1914, Proust a fait couper sa ligne téléphonique pour avoir la paix. C’est Céleste qui contactait ses amis et relations en utilisant le téléphone du café du coin : elle monte et descend sans cesse. Elle porte souvent elle-même les lettres à leurs destinataires, quand c’est urgent et qu’il faut une réponse immédiate. Les gens qui avaient servi à l’écrivain pour mettre en place ses personnages lui faisaient perdre son temps désormais. On imagine que Proust avait beaucoup d’amis, de grands amis, mais Céleste écrit : « Dans sa façon d’évoquer et de juger même ceux qu’il avait connus et intimement fréquentés pendant de longues années, ou simplement dans le ton sur lequel il parlait d’eux, on sentait plutôt la relation que l’amitié. » (P. 268)

Le mystère de la personnalité de Proust reste entier. Il en a imposé au gratin mondain : les esthètes et les riches s’inclinaient devant la supériorité de l’artiste. Mais Proust fut admiré par des personnalités qu’on ne pouvait guère impressionner sans de bonnes raisons. Mme Straus, née Halévy (famille de musiciens), était la veuve de Bizet. Les frères Daudet, Léon et Lucien, tous deux écrivains, étaient les fils d’Alphonse Daudet, gloire littéraire du siècle précédent. Léon a épousé Jeanne Hugo, la petite fille de Victor. Réjane, grande comédienne, a connu des rois et des poètes.

Céleste évoque le regard de Proust, sa douceur, son intuition, son autorité, sa gentillesse : « Tel quel, il avait une allure extraordinaire. Cela venait de cette nature de distinction qu’il portait en lui, qui faisait que, si son génie était immense, l’homme l’était tout autant, et le cœur. » (P. 32) Bref, Proust était quelqu’un. Céleste ne fait aucune révélation concernant la vie sexuelle de Proust. Il ne s’est jamais rien passé quand elle était à son service : « Comme j’étais perpétuellement à l’affût du moindre signe de lui, aucun mouvement dans l’appartement ne pouvait m’échapper, même dans mon sommeil - j’ai eu très vite une sorte de sixième sens pour cela, et jamais je n’ai été prise en défaut. » (P. 228) Comme tout résonnait dans l’appartement, elle aurait entendu, ou constaté le désordre (ou l’ordre !) dans la pile de coussins, de gilets, de journaux et de papiers qui s’accumulaient sur le lit de Proust. Il semblerait, à la croire, que Proust n’ait jamais fait l’amour, de 1913 à 1922, par peur de soulever la poussière… On écrit beaucoup sur Proust et son œuvre. C’est la pléthore : L’Univers médical de Proust, Proust et les signes, Marcel Proust et les siens, Proust et le roman, Proust et la musique, Proust et ses amis, Proust et la cuisine, Proust et les plantes (il y aurait 260 plantes citées dans son œuvre), Proust et les bêtes, Proust et les peintres, Proust et la mode, Proust et la morale, etc. Et il y a bien sûr, un Proust et Céleste .

Ce livre raconte qui était Céleste Albaret, née Gineste (1891-1984), avant Proust et après Proust. Elle avait été baptisée Augustine Célestine, mais fut toujours appelée Céleste. Elle avait 22 ans quand elle est entrée au service de Proust qui en avait lui-même 42 : « Elle était jeune, belle, gracieuse, intimidée et volontaire », dit l’auteur. Elle est l’épouse d’Odilon Albaret, le chauffeur de taxi préféré de Proust qui ne prenait jamais les transports publics. Céleste a aimé son maître, mais le maître aimait aussi la servante. C’était de ces relations féodales qui nous semblent incompréhensibles : «  Tel qu’il était en son entier, je l’ai aimé, subi, et savouré. » (P. 228) Après Proust, Céleste et Odilon, mariés en 1913, eurent une enfant, Odile Marcelle, née en 1925. Puis Céleste a tenu un hôtel. Plus tard, elle emménage à Montfort l’Amaury, au Belvédère, dans la maison de Ravel, aménagée en musée. Et bien sûr, tout s’emmêle : « Beaucoup de gens pensèrent que le Belvédère avait été la maison de vacances de Marcel Proust et on ne s’étonna plus dès lors qu’il ait composé sur le piano de Ravel la sonate de Vinteuil. » (P. 264) Christian Péchenard m’apprend encore que Proust a connu le purgatoire : de 1930 à 1970, on n’en parlait plus. Sartre a osé écrire en 1948 (« Présentation des Temps modernes ») : «Proust s’est choisi bourgeois, il s’est fait le complice de la propagande bourgeoise ». Aragon, Malraux, Camus n’en disent pas un mot. Et en effet, je n’ai pas découvert Proust au lycée : son imposante pièce-montée y était réduite à l’état de madeleine. Le récit de Céleste est une « hagiographie », commente Christian Péchenard. Il a cette formule sans doute juste : « Le texte est passionnant, car Céleste nous découvre le vrai Proust. Or, il lui a menti plus qu’à personne d’autre, ce qui n’est pas peu dire. » (P. 34) Même si Céleste a exactement dit ce qu’elle a vu et entendu, elle n’a pas tout vu ni tout entendu. Monsieur Proust est un témoignage émouvant et intéressant. Le noyau de vécu est intact, il résiste à la mise en forme. Madame Proust a fort bien rappelé le temps passé. Pour le temps perdu, il faut écouter Proust lui-même.

Proust sur son lit de mort (photo de Man Ray)

Proust est mort la plume à la main, comme Kafka (1883-1924), son contemporain. Voici les dernières lignes de L’Innommable, le grand roman de Beckett, l’Irlandais de Paris, admirateur de Proust : « Il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer. » S’il n’a pas prononcé ces paroles-là devant Céleste, Proust a dû se les répéter souvent in petto. Continuons, mon cher Hervé.

Mais le Littré fait de vrai et véridique, de vérité et véracité, des synonymes.

J’apprends qu’il a traduit Evelyn Waugh. Il se trouve que cet été j’ai rendu service à un jeune australien de passage. En partant, il m’a offert un roman d’Evelyn Waugh, en traduction française. Or ce roman, Retour à Brideshead, traduit et paru en 1969 chez Laffont, réédité en 2005, est traduit par Georges Belmont. Une raison pour le lire bientôt.

J’ai chez moi la volumineuse biographie de Beckett, 1115 pages, écrite par James Knowlson (Beckett, James Knowlson, Actes Sud, 1999). Dans l’index des noms propres, à Pelorson, on renvoie à Belmont. Et en effet, Georges Pelorson-Belmont y est cité 21 fois. Jusqu’en 1939.

C’est le portrait fameux de Proust, en 1892, par Jacques-Emile Blanche. Proust conservait ce tableau chez lui.

Cité dans « Notre cher Marcel est mort ce soir », Henri Raczymow, Denoël, 2013, p. 32.

Proust et Céleste, Christian Péchenard, La table ronde, 1996.

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Les Ensablés - "L'ordre" de Marcel Arland (1899-1986), par François Ouellet

Après plusieurs mois d'absence, nous retrouvons avec une grande joie notre excellent ami et chroniqueur François Ouellet. Qu'il soit remercié pour sa fidélité à notre équipe.

Il y a des écrivains plus profondément ensablés que Marcel Arland. Pourtant, aujourd’hui, Arland n’est pas tellement plus que l’évocation d’un nom. Il survit tant bien que mal par le souvenir de sa collaboration à La Nouvelle Revue française, dont il a pris la direction avec Jean Paulhan au lendemain de la Seconde Guerre. Chez les libraires, on trouvera, avec un peu de chance, un ou deux titres, comme son premier livre, Terres étrangères, un récit de 1923 réédité dans la collection L’Imaginaire en 1996, ce qui commence à dater ; on trouvera plus facilement sa correspondance avec Paulhan, éditée par Jean-Jacques Didier chez Gallimard en 2000.

12/07/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Raphael" (1886) de Eugène Müntz – 2e partie

Cet article fait suite à celui du 14 juin sur Eugène Müntz. Après avoir replacé, selon sa méthode, l’activité artistique comme un facteur central de compréhension de la civilisation de la renaissance, tout en se livrant à un examen documentaire des premières années de Raphaël, Eugène Müntz nous accompagne dans le développement du jeune peintre, fraîchement sorti de son apprentissage dans l’atelier du Pérugin pour partir à la conquête de Florence.

28/06/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Raphael" (1886) de Eugène Müntz (1845-1902) 1ère Partie

Sous son imposante reliure de basane noire, c’est un intimidant in-quarto de plus de sept cent pages ; sur le plat figure un lourd médaillon de cuivre doré légendé Raphael Sanctius, représentant en buste le profil d’un homme jeune, aux cheveux longs, coiffé d’une barrette aux revers élégants.

A l’abri de cette présentation austère, dorment en sûreté, sous les serpentes qui craquent encore sous le doigt, de riches illustrations. Le trésor des notes critiques, le précieux catalogue des œuvres et la substance d’un texte éloquent font à ce livre un fermoir invisible dont seules la curiosité du savant et l’intrépidité de l’érudit possèdent la clef. C’est un livre réservé aux études profondes et au calme des bibliothèques, parlant à voix basse dans le silence des lampes. Le temps venu, on en soulève la lourde couverture comme on pousse la porte d’un ami qu’on ne se savait pas avoir.

14/06/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Un amour platonique" de Paul Alexis (1847-1901)

Découvrir la littérature, c'est dérouler une pelote. En allant d'un auteur lié à un autre, voilà, comment le paysage littéraire se dessine peu à peu... Les Ensablés ont abordé récemment Léon Hennique (à lire ) et son roman étrange Un caractère. Voici maintenant Paul Alexis (1847-1901). Comme Hennique, il fut un fidèle d'Emile Zola et fournit l'une des six nouvelles du recueil des Soirées de Médan (1880).

31/05/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Le soleil des indépendances" de Ahmadou Kourouma

Chers lecteurs, nous sommes heureux d'accueillir à nouveau Henri-Jean Coudy qui, après de longs mois de silence, nous revient avec un nouvel ensablé, Ahmadou Kourouma.

Ahmadou Kourouma, né en 1927, en Afrique Occidentale Française, était Ivoirien même s’il suivit des études secondaires à Bamako, alors grande ville du Soudan français devenue après 1960  la capitale de l’état du Mali. Il aura donc connu les dernières années de la colonisation française puis le début des nouveaux états indépendants.

17/05/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Un caractère" de Léon Hennique (1851-1935)

Je suis tombé par hasard sur un roman de Léon Hennique, paru en 1889, intitulé "Un caractère". Il s'agit d'un livre qui a certes vieilli, mais mérite, comme le soulignait Octave Mirbeau, d'être lu. Surtout, il permet de découvrir son auteur qui joua un grand rôle dans l'histoire littéraire française, tout comme son camarade Lucien Descaves, d'ailleurs, que nos lecteurs connaissent mieux désormais (voir ici). Avec Hennique, on retrouve Goncourt, le naturalisme et... l'occultisme de la fin du dix-neuvième siècle.

01/05/2020, 09:00

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Les Ensablés – "Ecrits sur l’art" de Joris Karl Huysmans (1848-1907)

Joris-Karl Huysmans tenait à distance le grand public : même dans la période où la charité chrétienne gagna un petit avantage sur son pessimisme natif, il douta toujours qu’il fût possible de ramener par l’éducation, ou par l’admiration, le public vers l’art[1].

Ce grand solitaire est maintenant entré dans cette constellation très peuplée, la Pléiade ; avec Soumission, M. Houellebecq a remis Durtal à la mode ; cet hiver encore, le musée d’Orsay a consacré à Huysmans critique d’art une curieuse exposition dont il y aurait beaucoup à dire ; les rééditions se multiplient, comme celle que les Cahiers de l’Herne consacrèrent en 1985 à l’auteur.

Les éditions Bartillat se joignent à cette vogue en apportant leur contribution : la riche édition des Ecrits sur l’art, établie par Patrick Lormant, deviendra inévitablement le bréviaire des amateurs de Huysmans. Tout le parcours critique de l’auteur est rassemblé là, des premiers et respectueux essais du début de la carrière littéraire jusqu’à la grande conversion à l’art chrétien des années 1890, en passant par le chamboule-tout des critiques des Salons annuels.

19/04/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Sur le chemin des glaces" (1988) de Werner Herzog

La marche comme expérience mystique... En novembre 1974, le réalisateur Werner Herzog apprend que sa grande amie Lotte Eisner, célèbre critique de cinéma allemande qui vit et travaille à Paris à la cinémathèque française, est très gravement malade. Elle risque de mourir.  « J’ai répondu : cela ne se peut pas ». Saisissant une veste, une boussole et un sac, Herzog part sur le champ pour la retrouver. Mais il fera le voyage à pied, convaincu que c’est par la marche, vécue comme un acte de foi, qu’il sauvera son ami. Tête baissée, il se lance dans un improbable périple au cœur de l’hiver, quittant Munich pour rejoindre Paris. Sur le chemin des glaces est le journal de bord de sa folle aventure.

05/04/2020, 09:00

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Les Ensablés - "le dernier dimanche de Sartre" de Jean-Pierre Enard

Dans son essai "Un bon écrivain est un écrivain mort", Jean-Pierre Enard insistait sur le fait qu'un roman, comme le cinéma, le théâtre, la peinture ou n'importe quel autre mode d'expression, s'apprend. Ce qui ne signifie pas qu'il s'enseigne (...) Le langage, c'est comme le bois ou la pierre: un matériau. Écrire, c'est le travailler. On admet qu'un sculpteur apprenne sa technique. Et qu'un acteur fasse de la gymnastique ou place sa voix avant de monter sur scène. C'est pareil pour l'écrivain. Il doit s'exercer.

La mort est  une condition nécessaire mais non suffisante pour faire un bon écrivain. Enard en est la preuve: il est mort, c'était un bon écrivain, mais il n'est toujours pas considéré comme méritant une redécouverte. Faute de chance, seulement. Parce que ses livres valent d'être lus. Ce ne sont pas des grands crus, plutôt de la catégorie agréable des rosés, des blancs frais, avec de la buée sur le verre, qu'on boit avec plaisir en été à la terrasse des cafés, avec l'impression fugace d'être heureux.

22/03/2020, 09:00

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Les Ensablés - "La Maternelle" de Léon Frapié (1863-1949)

Parue en 1904, "La Maternelle" obtint le prix Goncourt au deuxième tour de scrutin, face, notamment, à Charles-Louis Philippe (que nos lecteurs des Ensablés connaissent bien) et Emile Guillaumin (pourtant favori avec son roman "La vie d'un simple"). Son auteur, Léon Frapié, était employé à l'hôtel de ville de Paris et marié à une institutrice qu'il avait beaucoup interrogée pour écrire ce roman étonnant, à mi-chemin entre la fiction et le documentaire. Il n'a pas perdu de son actualité quant aux questions qu'il pose sur l'école. Il vient de reparaître grâce aux éditions L'Eveilleur.

08/03/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Anna" d'André Thérive

Chers lecteurs des Ensablés, La Thébaïde publie ces jours-ci un des romans que je place parmi les meilleurs. Jusqu'à ce jour, il n'avait pas été réédité. Nous en avions déjà parlé en 2014: il s'agit d'Anna. Précipitez-vous si vous aimez Maupassant, Flaubert et Huysmans (dont d'ailleurs Thérive était un spécialiste). Il vous faut d'autant plus vous procurer ce texte exceptionnel qu'il est préfacé par notre excellent ami, collaborateur des Ensablés, François Ouellet qui, depuis des années, pour notre plaisir, explore la littérature française des années 30.

23/02/2020, 09:00

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Les Ensablés - “Histoire artistique des ordres mendiants”, de Louis Gillet (1876-1943)

« …dans le silence de ce jour naissant, je veux regarder le monde avec des yeux remplis d’amour »
Saint François d’Assise

Ce livre est un cours d’histoire de l’art que l’auteur donna à l’Institut catholique de Paris. Il est composé de dix leçons, qui suivent le développement des formes artistiques qu’inspirèrent les ordres mendiants du XIIIème siècle au milieu du XVIIème siècle ; le titre répond de l’austérité du sujet, mais il paraît utile de redonner vie à cette étude, en particulier lorsque l’occasion se trouve de mesurer l’état d’ignorance qui règne sur cette matière.

09/02/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Le rire de Caïn" de José-André Lacour (1919-2005)

Comment est-il possible que ce livre ait échappé à ma vigilance ? A sa parution, en 1980, je n'avais pas encore 20 ans, mais je lisais déjà beaucoup. Sans doute a-t-il été signalé dans quelque journal et l'ai-je ignoré parce qu'à l'époque je ne lisais que des classiques, et qu'en plus ce Rire de Caïn était un roman d'un Belge obscur, un certain José-André Lacour. De la littérature belge, je ne connaissais que Simenon et Rodenbach, ce qui m'allait assez, et depuis je n'ai gère progressé, ajoutant simplement à ma liste Armel Job... Mais la Petite Vermillon (la Table ronde) m'a envoyé récemment ce "Rire de Caïn" réédité pour le centenaire de son auteur, et je l'ai lu... C'est admirable de bout en bout!

26/01/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Monsieur Ripois et la Némésis" de Louis Hémon

Don Juan: subst. masc. Séducteur, le plus souvent libertin et sans scrupule (définition du Trésor de la langue française). Même s'il n'est pas un libertin, Monsieur Ripois, le héros du roman de Louis Hémon (1880-1913), est assurément un don Juan. Il séduit les femmes qu'il rencontre et les exploite sans scrupule. Mais, contrairement à son auguste ancêtre, Monsieur Ripois n'a aucune classe; il ne s'attaque qu'aux petites ouvrières, puis aux femmes fragiles, celles qu'il est certain de pouvoir conquérir et exploiter.

12/01/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Visage perdu" de Roger Vercel, par Carl Aderhold

Visage perdu est l’un des derniers romans de Roger Vercel, paru en 1953, quatre ans avant sa mort. L’auteur de Remorques (qui a déjà fait l’objet d’une chronique sur les Ensablés) et de Capitaine Conan retrouve ici un thème qui lui est cher. Le courage qu’il faut pour affronter le quotidien.

29/12/2019, 09:00

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Les Ensablés - Chroniques du Lac : "La dernière harde" de Maurice Genevoix

En ce début novembre où la campagne automnale résonne des aboiements des chiens et des coups de fusil, la lecture de la Dernière Harde de Maurice Genevoix se savoure comme une gourmandise de saison. Nul besoin d’être passionné de chasse ou féru de vénerie pour partager la vie mouvementée et captivante de la harde des Orfosses.

15/12/2019, 09:00

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Les Ensablés – "Miroir du temps" d'André Suarès (1868-1948)

Paru aux éditions Bartillat, Miroir du temps est un recueil d’articles d’André Suarès - certains inédits - de préfaces, de fragments de correspondance, voire de documents plus intimes encore, comme le testament de l’écrivain : peu de livres permettront de saisir aussi complètement un auteur qui sort lentement d’un oubli et dont les plus connaisseurs parmi les lecteurs ne pouvaient citer que le Voyage du Condottiere.
Ce recueil de textes parvient à restituer, en marquant la chronologie, les thèmes qui habitent son oeuvre. Des thèmes dont l’actualité permet de rendre cet auteur à son temps tout en le ramenant au nôtre. André Suarès écrivit toute sa vie le manifeste d’un art nouveau, qu’il souhaitait tout à la fois classique et régénérateur ; à l’imitation aussi de ce Speculum majus, ce Miroir dans lequel Vincent de Beauvais mit toutes les certitudes du Moyen-Age et qui voulut, selon Louis Gillet, « lier en système tout l’héritage des connaissances venues de l’Antiquité, le legs intellectuel de la Grèce, avec les vérités de la Révélation ».             
Après avoir lu avec attention l’érudite préface de M.Barsacq, les amateurs feront de Miroir du temps l’avant-propos nécessaire aux œuvres de ce grand écrivain : toute la diversité, toutes les contradictions de l’écrivain, et l’essence de son style, sont là.

01/12/2019, 09:00

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Les Ensablés - "Le joug" de Marion Gilbert, roman de la maternité martyrisée

Originaire de Montivilliers, en Seine Maritime, la romancière Marion Gilbert (pseudonyme d’Odette Maurel) a fait paraître une bonne vingtaine de titres entre Du sang sur la falaise (1913) et Les Scandalisés (1950), des romans psychologiques qui ont souvent la Haute-Normandie pour décor. Journaliste, elle a mené des enquêtes pour Le Matin, Le Petit Journal, Illustrations et d’autres. Traductrice avec Madeleine Duvivier, pseudonyme que s’était choisie sa sœur, elle a donné à lire en français Charles Dickens, P. G. Wodehouse et Charlotte Brontë. Féministe, elle prononça une conférence, en 1925, qu’on peut consulter en ligne.

17/11/2019, 09:00

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Les Ensablés - "Journal de travail (1929-1943)" de Jean Prévost

L'éditeur Emmanuel Bluteau a des auteurs qu'il chérit particulièrement: l'un d'eux est Jean Prévost, écrivain et résistant, mort les armes à la main dans le Vercors en 1944 à l'âge de 43 ans. Après avoir publié "L'affaire Berthet" que nous avons chroniqué, La Thébaïde fait paraître aujourd'hui Le journal de travail (1929-1943) de ce même Jean Prévost avec une préface de Jérôme Garcin (à qui l'on doit un "Pour Jean Prévost", biographie parue en 1994).  "J'ai toujours pensé, écrit ce dernier (...) que Jean Prévost s'apprêtait à donner, après la guerre, son grand roman, son oeuvre majeure." Le destin ne l'a pas voulu. Et on lira donc ce journal de travail, cette "arrière-boutique" de l'écrivain, avec un sentiment mêlé d'admiration et de tristesse pour cette promesse qui s'annonçait déjà et ne fut pas tenue.

03/11/2019, 09:00

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Les Ensablés - "Jours de colère" (1989) de Sylvie Germain

Sylvie Germain est née en 1954 à Châteauroux. Formée à la philosophie, notamment auprès d’Emmanuel Levinas et de Daniel Charles, elle a été documentaliste puis professeur de français et de philosophie au lycée français de Prague, avant de se consacrer à sa seule activité littéraire. Elle obtient le prix Femina en 1989 pour son roman Jours de colère. Elle n'est pas un ensablée, mais on ne parle pas assez d'elle.

20/10/2019, 09:00

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Les Ensablés – "L’Altana ou la vie vénitienne" (1928) de Henri de Régnier (1864-1936)

Si l’on n’avait pas rêvé d’être heureux, la vie serait sans cruauté. (Marcel Proust)
Avec trois chroniques sous la plume de Hervé Bel, l’une sur Histoires incertaines, l’autre sur son entourage, le Club des longues moustaches, la dernière enfin, sur son fils, Pierre de Régnier qui écrivit Chroniques d’un patachon, Henri de Régnier est l’auteur dont l’univers est le plus relancé parmi les Ensablés, et il en est devenu au fil du temps à la fois le champion et l’emblème. Il y a donc quelque chose d’intimidant à rajouter quelques pages et un quatrième opus à cette œuvre de réhabilitation ; on redoute de déplaire ; on soupçonne que clandestinement, quelque part entre Paris et Venise, se réunit encore ce Club des Longues moustaches, que M.Bulteau (1) a admirablement décrit, redoutable cénacle agissant qui peut faire réussir ou échouer une carrière littéraire !

06/10/2019, 09:00

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Les Ensablés - "Sao Kéo ou le bonheur immobile" de Pierre Billotey

Écrivain des années 1920, Pierre Billotey meurt à l’âge de 46 ans, en 1932, d’une crise d’urémie. Il enseignait au lycée Arago (place de la Nation, à Paris) et était secrétaire général de l’Association des écrivains combattants (grièvement blessé lors de la Première Guerre, Billotey avait reçu la Médaille militaire).
Sao Kéo ou le bonheur immobile fut publié chez Albin Michel en 1930, deux ans avant la mort de son auteur. Un an plus tôt, Billotey avait parcouru l’Indochine (voir son récit de voyage L’Indochine en zigzags), où le héros de Sao Kéo découvrit le Bonheur. Roman séduisant, bien de son temps, Sao Kéo a été réédité aux éditions Kailash il y a exactement vingt ans, attirant momentanément l’attention sur un auteur qui est depuis, et assez injustement, retourné dans l’oubli.

22/09/2019, 09:00

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Mitsumasa Anno, auteur-illustrateur japonais, décédé ce 24 décembre

Mitsumasa Anno avait 94 ans. Né à Tsuwano, en 1926, première année de l’ère Shōwa, il passe son enfance dans l’auberge de ses parents. Aucun livre à la maison, mais des illustrés (Tarzan, Superman) dont le petit garçon reproduit les illustrations.

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Dune, le roman graphique : bienvenue en Arrakis (ou pas)

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Gatsby le Magnifique : avec le domaine public vient le prequel, Nick

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09/01/2021, 12:15

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Ta main sur ma bouche : #MeToo, et l'accusation fait mouche

AVANT-PARUTION – Le 14 janvier sera publié Ta main sur ma bouche des scénaristes Déborah Saïag et Mika Tard. Elles ont notamment créé avec Katia Lewkowicz la série documentaire Kings, diffusée sur Canal +. Dans ce premier roman, elles questionnent les conséquences d’une accusation sexuelle ainsi que les séquelles physiques et mentales qui en découlent sur les femmes, mais également sur les hommes.

08/01/2021, 15:34

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Dominique Sylvain publiera son prochain roman chez Robert Laffont

Suite au rachat des Éditions Viviane Hamy par Flammarion, Dominique Sylvain, auteur de polars à succès, rejoint Robert Laffont. Elle publiera Mousson froide, le 11 mars. Selon son éditeur, il s’agit là d’un « roman choral, remarquablement écrit, une histoire captivante où les destins se croisent et se heurtent ».

07/01/2021, 16:36

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Destination Terra, de la mangaka Keiko Takemiya, publié en 2021

Les éditions naBan annoncent la parution, pour la fin du premier semestre 2021, de la traduction de Terra e, de la mangaka Keiko Takemiya, sous le titre Destination Terra. Ce shōnen publié entre 1977 et 1980 au Japon est resté inédit en France, malgré un accueil public et critique très enthousiaste.

07/01/2021, 11:03

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La trajectoire des confettis : éclats de vie 

ROMAN FRANCOPHONE - Avec ces quelque six cents pages, La Trajectoire des confettis est de ces livres avec lesquels il faudra prendre son temps. Celui de rencontrer une riche galerie de personnages enthousiasmants et d’éprouver une narration en labyrinthe faite de courts sous-chapitres, aération subtile pour mieux nous surprendre.

06/01/2021, 18:42

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“Eric Jerome Dickey adorait être écrivain, avec tout ce que cela implique”

À 59 ans, Eric Jerome Dickey disparaît : l’auteur n’avait pas été traduit en français, mais outre-Atlantique son succès fut retentissant. Dans ses ouvrages, se mêlaient érotisme, crimes et romances. Il laisse une trentaine d’oeuvres, décédé d’une longue maladie, ainsi que l’a déclaré la responsable communication de son éditeur, Penguin Random House.

06/01/2021, 16:57

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La Robe, de Catherine Le Goff : “Elle avança timidement face au miroir en pied”

AVANT-PARUTION – « Elle avança timidement face au miroir en pied. Ce qu’elle vit la bouleversa. Cette frontière entre la fermière et la bourgeoise qui lui paraissait jusqu’ici infranchissable venait de disparaître grâce à un morceau de tissu. Dans le reflet de la glace, la petite domestique auvergnate avait fait place à une femme du monde. » 

06/01/2021, 15:43

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Des Assassins : le chef-d'oeuvre du Taïwanais Chen Uen publié en France

AVANT-PARUTION – En ce début d’année, Patayo Editions inaugure sa nouvelle collection, « des cases, des langues, des mondes », sous la direction de Laurent Mélikian, avec un premier album à paraître le 15 janvier 2021 : une adaptation Des Assassins, œuvre du manhuajia taïwanais Chen Uen disparu en 2017 et pour la première fois traduite en français.

06/01/2021, 15:21

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Albert Memmi, Journaux de Guerre : Résister dans les ténèbres de l'Histoire 

RECITS - Albert Memmi nous a quittés aux abords de sa centième année, le 22 mai dernier. J’ai eu quant à moi la chance de rencontrer à plusieurs reprises au cours de l’année 2007, cet intellectuel quelque peu atypique, voire volontairement hors du temps - répondant au souhait de mon ami Émile Malet, directeur du Magazine Passages, afin de réaliser un entretien pour sa revue et avec lequel j’entretins par la suite une correspondance féconde. Personnage hospitalier, mais peu bavard, si ce n’est méfiant, au regard particulièrement sombre et aux propos toujours très mesurés, Albert Memmi ne laissait pas ses hôtes indifférents, tant la force et la précision de sa pensée, portait en elle un constant devenir, mais profondément marqué par les vicissitudes d’une époque non révolue, et demeurant au cœur d’une contemporanéité soumise à l’interrogation et au désir probant de vérité. 

05/01/2021, 15:30

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Philippe Delerm : plutôt que rose, voir La vie en relief

AVANT-PARUTION – « Je ne suis pas de mon temps. Je suis de tout mon temps. » Ce livre est un aboutissement : celui d’une carrière, celui d’une vie d’homme. La vie en relief, c’est ce sentiment qu’on a parfois de vivre un instant qui convoque tous les âges de notre existence – l’enfant, l’adulte et la personne d’âge mûr que nous sommes, tous rassemblés en quelques minutes d’une intensité inégalée. Un recueil de textes courts – le genre à succès de Delerm – qui est certainement un de ses plus grands livres.

05/01/2021, 13:16

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L'Empire du non-sens. L'art et la société technicienne, de Jacques Ellul

AVANT-PARUTION Dans notre monde envahi par les technologies et leur recherche frénétique de l’efficacité, l’art pourrait apparaître comme une oasis vouée à la contemplation et à la méditation. Il n’en est pourtant rien. L’art de notre temps emprunte à l’industrie ses objets et ses matériaux, peuple ses expositions d’écrans, et rêve de cyborgs et de réseaux. Ici, le grand penseur Jacques Ellul montre comment les artistes contemporains ont succombé au règne de la technique. 

 

05/01/2021, 13:02

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Apprendre à parler avec les plantes : aux racines de soi 

ROMAN ETRANGER - Il fait partie des 36 titres de la dernière rentrée littéraire sélectionnés par les libraires pour le Prix Libraires en Seine 2021 dont ActuaLitté est partenaire. On y rit, on pleure, on chemine dans cette vie pleine de détours, d'impasses mais aussi de chemins de traverse.

05/01/2021, 12:04

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Nord Est d'Antoine Choplin : de l'évasion au périple, la confrérie des infortunés 

ROMAN FRANCOPHONE  - Lire pour la première fois un roman d’Antoine Choplin, c’est comme tomber en amour. Tomber en amour d’un auteur, tellement tout ce qu’il écrit, la façon de l’écrire, tout ce qu’il évoque résonne en soi.

04/01/2021, 15:57

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L’attaque des titans 32 : dernière ligne droite pour l’humanité

MANGA - Le nouveau tome de L’Attaque des Titans est là, et on sent que la fin arrive. Alors que les héros se retrouvent de plus en plus acculés, les titans des murs se mettent en mouvement pour la première fois. Le grand terrassement commence. Est-il encore possible d’arrêter Eren ? Est-ce que tout le monde va mourir ? La pression est plus intense que jamais. Et il ne reste sans doute plus que deux tomes… (Attention aux spoils si vous ne connaissez pas la série.)

04/01/2021, 15:25

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Niko Tackian : Solitudes, ou petits meurtres dans le Vercors

POLAR – Un homme se fait tirer dans la tête, dans une casse de voitures. En une seconde, nous plongeons dans l’univers de Niko Tackian. Parce qu’au moment de l’autopsie, les légistes s’aperçoivent que le mort… respire encore. Étrange habitude, pour un cadavre.

 

04/01/2021, 14:29

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Mémoire de soie : remonter le fil des loyautés enfouies 

ROMAN FRANCOPHONE - Mémoire de soie, que signe Adrien Borne, fait partie des 36 titres de la dernière rentrée littéraire sélectionnés par les libraires pour le Prix Libraires en Seine 2021 dont ActuaLitté est partenaire.  Un premier roman très fort dont l’écriture sobre et délicate nous plonge dans les secrets et les non-dits d’une famille qui ressemble un peu à la nôtre. 

04/01/2021, 13:51