Le lecteur assidu se rappellera peut-être que notre blogue avait déjà consacré un article à Rudigoz lors de la parution du premier tome de son journal intitulé "Saute le temps" (cliquer ici) ainsi qu'à son roman "Le dragon Solassier" (cliquer ici). Les Éditions Finitude rééditent aujourd'hui le deuxième tome du Journal (1963) sous le titre "A tout prix". Nous les remercions vivement de nous l'avoir envoyé, car ce fut, comme lors de la lecture du premier tome, un grand plaisir
Le 29/11/2014 à 17:49 par Les ensablés
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29/11/2014 à 17:49
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Par Hervé Bel
On y retrouve tout à la fois la gravité et l'humour de Radigoz, une multitude d'annotations sur la vie quotidienne des années 1961-1962 marquées par la guerre d'Algérie et la toute puissance du Général, mais surtout l'on apprend comment un écrivain survit et écrit dans un contexte difficile. Il travaille par exemple à un poste subalterne dans une imprimerie où il subit la bêtise du contremaître Puta. Un jour, il n'en peut plus et démissionne. "Me voilà encore une fois sans travail, moi qui suis pourtant un fanatique du travail." Évidemment, pour lui qui a une famille, la situation n'est pas brillante. Mais ce travail à l'imprimerie l'empêchait d'écrire, et il n'a pas hésité. Il n'est pas recommandé aux écrivains d'avoir une vie de famille. Et pourtant Rudigoz en a une, et sa fille Marie que nous avons eu la chance d'interviewer (à suivre dans un prochain article) nous a confié qu'il avait été un merveilleux père.
Son journal est plein de ses récriminations douces amères contre Julliard, son éditeur, dont les chèques sont toujours insuffisants. L'un d'eux lui permet de partir en vacances dans le Midi où il retrouve son ami Capet. Celui-ci le présente à son patron pour un éventuel emploi de un ou deux mois. "Le patron est allé faire un tour en avion (Car M. Jourdain de nos jours se fait donner des leçons de pilotages)." "Cette canaille est redescendue sur terre pour rendre son verdict. Il refuse (...) Motif: j'ai écrit Chien Méchant. Rudigoz n'aime pas les patrons, il n'aime pas grand monde: "(...) la solution serait de décamper à tous les diables et d'aller se cacher dans un coin sauvage avec un bon fusil." Mais c'est aussi un sensible qui a facilement les larmes aux yeux. Car, comme il le dit, "la jeunesse est lente à mourir" (il a alors 39 ans). Il est occupé à écrire à plein temps. Il semble vivre avec ses personnages. A Aix, il songe si souvent à son héroïne, Claire Solassier (à qui il consacre un roman de son cycle les Solassier), qu'il a l'impression de la voir assise à côté de lui. C'est un écrivain, un vrai, souffrant d'avoir un second métier. Mais il a cette chance, en 1961, de pouvoir s'arrêter quand il veut et retrouver bien vite un autre métier. Le monde a bien changé. Si on a un boulot, mieux vaut le tenir, écrivain ou non.
Le 4 juillet 1961, apprenant à la radio la mort de Céline, il a cette réflexion amère sur la difficulté de tout écrivain nouveau de s'imposer. "Si je l'avais suivi (Céline), on aurait dit encore une fois que je l'avais imité... Écrivez de longues phrases, on dira que vous copiez Proust. Qui devait tout à Saint-Simon. Soyez sombre, soyez désespéré, vous voilà kafkaïen. Lyrique, c'est du Claudel. Amer, du Léautaud. Vous n'y échapperez pas." Ailleurs, il tente de définir l'art du roman, le comparant d'abord à l'art du joueur d'échec qui serait contraint de se battre contre des pièces surgissant tout à coup. Puis il a ces mots qui retiennent mon attention: "Ce que la vie a fait de nous, voilà l'ennemi qu'on assassine dans un bon roman." Puis il ajoute: "Néanmoins, ce que la vie a fait de nous, voilà le sang et le cœur du roman"... Pour conclure qu'il n'existe aucune règle dans l'art du roman (p.148). Il est amer, conscient que ses livres ne se vendent pas, et que les journalistes n'en parlent pas assez. Déception, mais il ne renonce pas. De ce journal émane la grande force de Rudigoz, cet irrépressible besoin d'écrire, malgré tout, malgré les factures et la venue des huissiers. "Je tape, je tape, je saute, je saute et je tape (...) Tu fais tout ça pour rien, mais c'est ta vocation." Il suit de loin l'actualité littéraire. Le 28 novembre 1961, il a cette ironie grinçante: "Hier, pendant les délibérations du jury Femina, un mauvais plaisant a lâché des souris dans la salle où se tenaient ces dames. Des bêtes qui affectionnent les restes, c'était vraiment tout indiqué."
Cruel à ses heures, le cher Rudigoz. Mais on peut le comprendre. Malgré les promesses de Julliard, le succès ne vient pas, ne viendra jamais, et il le sait. Parfois, il rencontre des écrivains, Brisville notamment pour qui il a une certaine affection. Mais il est seul, la plupart du temps. Rudigoz se moque de sa solitude et en souffre. Avec lui, le rire n'est jamais loin des larmes: c'est un sensible, ultra sensible. Suffit-il qu'on le reçoive bien (comme au Dauphiné libéré), et le voilà ému, prêt à croire à nouveau dans l'humanité. Lorsqu'il apprend la mort de Julliard, Rudigoz est bouleversé, se reprochant tout ce qu'il a pu écrire contre lui, avant d'avouer qu'il n'y a guère que "le diable pour faire du mal au mort." Des femmes, il se méfie tout en les aimant: "Quand j'écris des maximes sur l'amour c'est qu'une femme est en train de se payer ma tête." Je le soupçonne à certains endroits un petit peu misogyne. Mais l'argent est le souci numéro 1 de sa vie. En juin 1962, il se retrouve sans un sou, écrit quand même. Par chance sa femme est payée ce jour et revient avec deux filets remplis de victuaille: "On rit, on chante, on s'embrasse, c'est la fête." Il imagine son épitaphe: "Ci-gît un écrivain/ dans une caisse en hêtre/ Mort de faim ayant compté sur la Caisse des lettres" (après que celle-ci lui eut refusé de l'aide qu'elle finira néanmoins par lui donner). "Malheureusement, écrit-il en décembre 62 (p.198), dans le monde actuel, la littérature exige le sacrifice de soi. Et, par conséquent, le sacrifice de ceux qui nous accompagnent dans ce combat".
On sort de la lecture de ce journal l'esprit ravi, ayant l'impression d'avoir approché un homme remarquable et simple. Il est dommage qu'il n'ait pas fréquenté Hardellet, Fallet, et d'autres. Il se serait bien entendu avec eux... Rudigoz se dresse devant nous: un homme sincère, aimant, méprisant aussi, à la fois refermé sur lui-même, et le cœur ouvert à ceux qui frappaient à sa porte. Comme beaucoup d'écrivains, il était égoïste et avait une âme d'enfant. Peut-être est-ce pour cela que, vers la fin de sa vie, il écrivit des contes pour enfant : "Les contes de la souris chauve", en 1982, "Zodigur", en 1985. Ceux qui écrivent se reconnaîtront dans ce journal, et ceux qui n'écrivent pas comprendront peut-être le tourment que c'est d'être toujours obsédé par la feuille à remplir. Une obsession, oui, qui empêche de vivre pleinement les instants où l'on n'écrit pas. Mais aussi le bonheur d'écrire. Il faut lire ces passages où Rudigoz s'enflamme pour ses héros, comment il imagine les décors de ses histoires, partout, à tout moment. L'écriture est une grâce et une damnation à la fois. Une grande partie de son "Journal" reste inédite. Et certaines rumeurs me sont venues à l'oreille: Finitude n’exclurait pas de l'éditer... Grâce lui soit rendue! C'est que que m'a dit Marie Rudigoz, sa fille, que j'ai eu la joie d'interviouver. Vous trouverez l'intégralité de cet entretien la semaine prochaine.
Hervé Bel
Par Les ensablés
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22/04/2026, 07:00
À l’occasion de l’exposition Michel-Ange – Rodin. Corps vivants, présentée au musée du Louvre jusqu’au 20 juillet, plusieurs ouvrages paraissent et offrent autant de portes d’entrée dans ce dialogue entre les deux maîtres. Essai, catalogue, bande dessinée ou réédition : chacun éclaire à sa manière ce face-à-face à quatre siècles de distance. Tour d’horizon.
21/04/2026, 17:55
Anglestume. Arcadia Meade, connue sous le nom de Cady, 78 ans, est à la retraite. Avant, elle voguait sur la Nysis, qu’il pleuve ou qu’il vente. Appelée par les rivages au loin, elle n’a jamais pu résister à l’appel de la mer et à cet air chargé de sel et de danger… Pourtant, il a fallu se faire une raison. L’âge, vous savez. Alors elle passe ses journée à boire, à fumer des roulées et à récupérer de quoi manger à droite, à gauche.
21/04/2026, 12:08
C’est un livre brûlant et passionnant qui raconte un réalisme âpre et totalement méconnu, et dit à voix haute ce que tout le monde pense tout bas mais n’ose écrire, détailler. C’est un livre bienvenu de la part de Maître Dosé, avocate pénaliste parisienne connue et reconnue. Une voix forte et nécessaire : La violence faite aux autres (Sonneur).
21/04/2026, 12:00
Il y a les romans noirs. Il y a les romans gris. La Tentation des combles (éditions Fables fertiles, avril 2026), de Dominique Boudou, en est un, comme le disent les yeux de Catherine vus par ceux du narrateur, qui s’y perd. Défaite, changeante, opaque, sa teinte est indécise, en quête d’une vérité finale qui se dérobe.
21/04/2026, 10:40
Hauterives, petit village de la Drôme, à l’aube du XXème siècle. Ferdinand Cheval (1836-1924), ancien facteur que l’on traite de vieux fou au village, façonne son propre tombeau dans le cimetière de son village, à moins d’un kilomètre de son Palais idéal. Peu à peu, au milieu des pierres tombales, s’élève une sculpture délirante.
21/04/2026, 08:00
Une fresque métaphysique monumentale où la philosophie d'Aristote devient la loi physique d'un univers en perpétuelle mutation. À travers l'errance de Hieronim Berbelek, stratège déchu cherchant à retrouver sa dignité dans un monde sculpté par la volonté de puissants démiurges, l'auteur polonais signe une œuvre d'une densité rare, mêlant habilement récit d'aventure, enjeux ontologiques et immersion sensorielle totale.
21/04/2026, 07:30
Voyages extraordinaires au Muséum, de Jacques Cuisin et Nicolas Gilsoul (Robert Laffont), en librairie le 13 mai, propose une immersion dans les collections méconnues du Muséum d’Histoire naturelle de Paris, à travers le récit d’une exploration hors du commun qui met en scène la richesse du vivant et les coulisses invisibles de l’institution.
21/04/2026, 07:00
Sébastien Juillard signe le premier volet magistral de la saga de Sigdís Hröriksdóttir. Loin des sentiers battus, l'auteur nous entraîne dans une Scandinavie du VIIe siècle où l'acier des épées le dispute au givre des cœurs. Entre fresque historique et drame intime, ce roman impose une voix singulière, portée par une plume d'une précision chirurgicale et un sens du tragique hérité des anciens scaldes.
20/04/2026, 16:44
Loin du simple récit de super-héros, Supergirl: Woman of Tomorrow (trad. Jérôme Wicky) transforme Kara Zor-El en figure traversée par le deuil, la violence et l’altérité. Tom King confie la narration à Ruthye, jeune fille en quête de vengeance, tandis que Bilquis Evely et Matheus Lopes bâtissent un cosmos somptueux, instable, où couleur et silence guident le sens.
20/04/2026, 15:21
La Confusion, deuxième roman de Louisiane C. Dor, paraît le 6 mai : l’autrice y suit Coline Mayard, vingt ans, aspirant à l’amour et à un ailleurs, dont la rencontre avec un écrivain plus âgé bouleverse les repères et l’entraîne au cœur d’une relation et d’un foyer où les frontières se brouillent.
20/04/2026, 07:35
L’actualité à la lumière des livres. Des milliards de galaxies qui s’éloignent, un vieux débat américain ravivé par le Proche-Orient, une invasion britannique oubliée, le journal intime d’un grand diariste anglais et les mystères du microchimérisme : la sélection de la semaine traverse cosmologie, géopolitique, roman historique, édition et biologie.
18/04/2026, 10:13
Terre et ciel, de Jean-Luc Raharimanana, paraît aux Éditions Rivages le 6 mai 2026 et propose une réécriture contemporaine du mythe malgache d’Ibonia, en suivant le parcours d’un héros promis à une princesse qu’il devra reconquérir au terme d’un long voyage initiatique.
18/04/2026, 08:23
L'or de la vie - Dépasser mes peurs et mes limites, signé par Manon Apithy et publié chez Robert Laffont, paraît le 13 mai : la championne olympique de sabre y retrace son parcours et livre une réflexion personnelle sur la réussite, entre exigences sportives, fragilités et quête d’équilibre.
18/04/2026, 07:17
Paru le 16 avril 2026, Antonin Artaud et Jacques Latrémolière, la relation insolite entre un patient et son psychiatre (éd. L’Harmattan) s’inscrit dans la continuité du travail solide et exigeant que Patrick-Albert Pognant consacre à Artaud depuis plusieurs années. J’avais découvert cet auteur à travers son précédent ouvrage, Antonin Artaud, la mise en échec de la médecine, qui m’avait profondément marqué à l’époque où je rédigeais mon propre livre, Artaud le Martaud : asiles, drogue, électrochocs. Par Ilios Chailly.
17/04/2026, 16:41
Le commissaire Adamsberg est de retour : Fred Vargas signe un come-back remarqué, comme d'habitude, avec Une unique lueur (Flammarion), qui s’installe directement en tête du classement dès sa sortie, avec 38.110 exemplaires vendus pour cette nouvelle semaine (06/04 au 12/04).
17/04/2026, 11:48
Dans l’Utah, l’apparition d’arbres rouges luminescents fait vaciller l’ordre du monde. Marie-Lorna Vaconsin transforme ce surgissement végétal en roman d’anticipation politique, où se croisent traumatisme, emprise sectaire, enfance défigurée et espoir d’une riposte du vivant. Une fiction dense et âpre, qui fait de la forêt un révélateur de toutes les violences humaines.
17/04/2026, 11:43
Un livre qui offre une autre vision de l’École, débarrassée de ses fins utilitaristes et mise au service de la compréhension du monde. Un manuel qui offre des pistes aux enseignant·es pour maintenir une pratique d'exigence intellectuelle avec les élèves. Pour redonner du sens à l’École et au métier d'enseignant.
17/04/2026, 08:00
Et si l’histoire italienne se lisait dans une assiette de pâtes ? Federico Tavola mêle souvenirs siciliens, scènes de voyage, histoire du fascisme, folklore régional et mythologies culinaires pour défendre une thèse simple : en Italie, la cuisine tient lieu de langue commune. Un essai-mémoire ample et charnel, où la pasta devient à la fois affaire de goût, de transmission familiale, d’éducation sentimentale et de résistance politique.
16/04/2026, 14:26
Avec Ravagés de splendeur, Guillaume Lebrun ne ressuscite pas seulement Héliogabale : il fait de son règne une scène de confrontation entre les corps, les croyances et le pouvoir. Porté par trois voix qui s’entrecroisent, le roman transforme la Rome antique en territoire de désir, de violence et de bascule politique, avec une langue qui éblouit autant qu’elle déborde.
16/04/2026, 12:56
L’eau n’est plus, dans cet essai, une simple question d’environnement. Simon Porcher en fait le point de rencontre des crises contemporaines : climat, agriculture, santé, énergie, inégalités, démocratie. En retraçant la longue histoire de sa maîtrise et de ses conflits, il montre comment une ressource tenue pour acquise devient le révélateur brutal de nos impasses collectives.
16/04/2026, 12:55
Avec Les Plus Jeunes Années du monde, roman de Marie-Lorna Vaconsin à paraître chez Actes Sud le 13 mai, l’autrice imagine un monde troublé par un phénomène inexplicable où des chênes se mettent à émettre une lumière rouge, tandis que deux trajectoires solitaires cherchent à renouer avec les autres.
16/04/2026, 09:29
Avec Fantômes et giboulées, Catherine Dufour signe un nouveau roman publié chez Robert Laffont, à paraître le 7 mai, où une femme transforme un refuge pour victimes de violences en lieu d’accueil pour les morts, mêlant humour, littérature et surnaturel autour d’une question simple : peut-on vraiment cohabiter avec les fantômes sans en payer le prix ?
16/04/2026, 08:04
Lily est rédactrice de notices. Elle aime les modes d’emploi clairs, que les choses soient à leur place et les procédures efficaces. Un jour, elle découvre le développement personnel et un mantra : « Libérez-vous en éliminant les problèmes un à un ».
16/04/2026, 07:00
Trop souvent, les romans dits sociétaux parlent de la France périphérique, celle des banlieues éloignées où abondent les clichés des « pavillons jardins avec des trampolines ». Mais on parle peu de la France rurale et de ses combats au quotidien pour continuer à compter parmi les autres.
15/04/2026, 09:00
Le bien nommé Breyten Breytenbach a payé le prix de l'insoumission : un opposant à l’apartheid, un homme d’exil, un prisonnier politique, un écrivain interdit de séjour dans son propre pays. Il fut cet Afrikaner qui tourna le dos au confort tribal, fonda un mouvement clandestin, fut arrêté en 1975, condamné à neuf ans de prison, vingt-deux mois à l'isolement.
14/04/2026, 18:22
Pas facile pour Marlon, lycéen en terminale dans un trou paumé du Poitou, de porter le prénom d’un acteur américain, symbole de la virilité, quand on dessine des garçons nus et qu’on est amoureux de Samir, l’énigmatique et désirable pion du lycée.
14/04/2026, 14:35
1 Commentaire
Laetizia
05/09/2019 à 16:59
Je l'ai rencontré. C'était un très brillant causeur. Exceptionnel.