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Les Ensablés - Notes de voyage de Laurent Jouannaud: "Poil de carotte" de Jules Renard, le manifeste du mal-aimé

Mon cher Hervé, L’écornifleur, Le Plaisir de rompre, Le Pain de village , cela vous dit-il quelque chose ? Et Histoires naturelles ? Rien ? Et leur auteur, Jules Renard ? Vous ne voyez pas ? Jules Renard (1864-1910) fut membre de l’Académie Goncourt, dreyfusard, critique littéraire influent, ami des Goncourt, de Rostand, Courteline, Sarah Bernhardt, Tristan Bernard, familier d’Alphonse Allais, Mirbeau, les Daudet, Léon Blum, Octave Mirbeau, etc. Mais Poil de Carotte, vous connaissez ! Jules Renard est l’auteur de Poil de Carotte, chef d’œuvre incontestable, paru par morceaux dans diverses revues, puis en roman (1894), puis en pièce de théâtre (1900). Et toujours réédité, et toujours à nouveau filmé.

Le 06/07/2014 à 08:36 par Les ensablés

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06/07/2014 à 08:36

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Par Hervé Bel

Je le relis régulièrement : c’est le manifeste des enfants mal aimés. « Poil de Carotte est un mauvais livre, incomplet, mal composé, parce qu’il m’est venu par bouffées », écrira Jules Renard (Journal, 21 septembre 1894). Ce livre, c’est l’éruption de l’enfance dans l’existence de l’adulte : le passé remonte par coulées, il y a des scènes incandescentes et tel événement brûle encore. C’est un passé qui ne passe pas. Freud l’a expliqué : quand le passé se répète, il bloque l’évolution psychique de l’individu qui ne grandit pas et réactive les anciens traumatismes. On revit quelques mêmes épisodes au lieu de continuer sa vie.

Il semble que Jules Renard n’ait jamais réussi à grandir. Il a été surnommé Poil de Carotte car il avait les cheveux roux : ce surnom lui est resté, même à l’âge adulte (« Le ridicule au tragique : ma femme et mes enfants m’appellent Poil de Carotte », 18 octobre 1896). Ce sobriquet aurait pu être affectueux : on peut être roux et aimé ! Le drame de Jules Renard enfant, ce n’est pas son surnom, ni sa rousseur (qui tient de famille, car le patronyme Renard n’est pas un hasard), c’est de n’être pas aimé par sa mère : ce surnom est simplement venu davantage le stigmatiser. Trente ans plus tard, il l’immortalise en appelant ainsi le livre qui le rendra célèbre. Jules Renard ne fut pas un enfant martyr et il y a même de bons souvenirs dans Poil de Carotte, comme il y en a dans chaque enfance : la pêche, la chasse avec le père, les animaux de la maison (poules, lapins, le chien), la cabane refuge, le gentil parrain, les petites satisfactions de cette vie de province dans une famille plutôt aisée.

Jules Renard, ce n’est pas Zola. La violence est surtout psychique. Poil de Carotte, dans Poil de Carotte, est le troisième enfant des Lepic (la famille qui pique), l’enfant de trop (comme Jules Renard, troisième lui aussi) car la mère donne tout aux deux premiers. Le dernier né, que sa chevelure rend bien trop visible, a des défauts, mais les mères aiment leurs enfants avec leurs défauts : c’est un amour ontologique. Or, Mme Lepic éprouve pour son fils une aversion existentielle : l’enfant le sent, le vit, le supporte, en souffre. Il recevra moins de nourriture (« Les melons », « La timbale »), moins de soins (« La pioche »), plus de corvées (« Les poules », « C’est le chien », « Les perdrix », « Le programme »), plus de gifles (« La fontaine ») : c’est de l’injustice. Pour l’empêcher de ronfler, sa mère le pince jusqu’au sang (« Le cauchemar »). Son frère et sa sœur lui sont préférés : au jour de l’an (« Le jour de l’An »), sœur Ernestine reçoit « une poupée aussi haute qu’elle », grand frère Félix « une boîte de soldats en plomb prêts à se battre », Poil de Carotte une pipe en sucre d’orge.

L’injustice cause un préjudice matériel et moral. Mais l’humiliation n’est que morale, ce qui la rend pire : elle n’agit pas par intérêt mais par pure méchanceté. Elle consiste à abaisser, à ramener à terre celui qui essaie de se dresser. L’humiliation a peut-être une fonction sociale : qui trop s’élève porte préjudice aux autres. Or l’enfant a surtout besoin d’être élevé, soutenu, encouragé, poussé. Humilier l’enfant est facile et sans risque : c’est lâche. Poil de Carotte a été souvent humilié par sa mère. Il souffre d’énurésie et n’est pas « propre », symptôme connu de troubles psychiques. Ce symptôme sera monté en épingle et rendu public, devant la sœur, le frère, le facteur, les voisins (« Le pot », « Sauf votre respect »). La mère manie parfaitement le double bind. Poil de Carotte appelle son père « papa », Mme Lepic lui explique qu’à son âge, il doit dire père, « c’est plus viril ». Peu après, au lieu de dire « maman », il dit « mère ». Et Mme Lepic ne le rate pas : « Il t’en coûterait de m’appeler « maman » comme tout le monde ? A-t-on jamais vu ? C’est encore blanc de bec et sale de nez et ça veut faire l’original ! » (« Aller et retour ») De même, s’il s’élève en évoquant ses lectures scolaires, Mme Lepic sait vite le faire redescendre : «  Non, mais regardez-moi la touche de Poil de Carotte Brutus ! Espèce de petite brute, va ! » (« Comme Brutus »)

Tout ceci est-il autobiographique ? Comment le savoir ? Il y a le ton : Jules Renard n’accuse pas, il se contente de raconter ce qu’il a vécu. On le classe parmi les naturalistes, ceux qui décrivent ce qui est ou a été. D’autre part, Jules Renard ne ment pas : le reste de sa vie et de son œuvre (notamment le Journal) semblent parfaitement sincères. L’œuvre est parue du vivant de M. et Mme Renard, et ils n’ont pas porté plainte pour diffamation. Poil de Carotte est un document, une déposition. A charge. A décharge parfois. Poil de Carotte a fini par devenir mauvais : on l’a négligé, et maintenant, il est sale (« Les poux »). On l’a humilié, il est devenu sournois et menteur. On l’a fait souffrir, il fait souffrir les autres (« Les joues rouges »). On a dit qu’il était cruel (« Les perdrix »), il l’est devenu. Poil de Carotte torture une taupe (« La taupe ») et décapite un chat d’un coup de carabine (« Le chat »): sa « férocité » est cette fois bien attestée. Mme Lepic n’a pas tort de s’écrier : « Qu’est-ce que j’ai donc fait au ciel pour avoir un enfant pareil ! » (« Le pot ») Le petit Jules finira mal, c’est sûr : « On commence par voler un œuf. Ensuite on vole un œuf. Et puis on assassine sa mère ». (« La pièce d’argent ») Et le père ? M. Lepic est « hostile aux effusions » (« Les poux »), « il chérit Poil de Carotte mais ne s’en occupe jamais » (« Coup de théâtre »). Il veut la paix conjugale : Poil de Carotte ne pourra pas compter sur lui pour le défendre.

Au long de cette biographie en 49 scènes, l’enfant grandit. Il se rebelle (« La révolte »). Et la sentence tombe : « J’ai une mère. Cette mère ne m’aime pas et je ne l’aime pas. » (« Le mot de la fin ») Le père ajoute : « Et moi, crois-tu donc que je l’aime ? » Cette conclusion sonne comme une délivrance. L’illusion bourgeoise de la famille heureuse et unie a volé en éclats : c’était l’enfer domestique. On connaît le bon mot de Poil de Carotte : « Tout le monde ne peut pas être orphelin. » (« Coup de théâtre ») L’enfant sait qu’il ne se trompait pas : Mme Lepic ne l’aime pas. Mais un sentiment de culpabilité le hantera tout de même: « Ce qu’il y a de plus dur à regarder en face, c’est le visage d’une mère que l’on n’aime pas et qui fait pitié. » (Septembre 1896)

Renard doit son chef d’œuvre à son enfance ratée, matière première du seul livre de lui qui soit resté. Son malheur d’enfant a fait sa réussite d’écrivain : cette description glaciale d’une pauvre être traqué par sa famille bouleverse toujours. Et rares sont ceux d’entre nous qui n’en ont pas vécu au moins un avant-goût… Était-ce trop cher payé ? Difficile de répondre. Qui n’a jamais souhaité une vie héroïque, dramatique, catastrophique même, qui lui donnerait quelques belles pages vécues et presque déjà écrites ! Être trompé ne permet-il pas de mieux parler d’amour ? Être blessé à la guerre ne permet-il pas d’écrire Voyage au bout de la nuit ? C’est l’angoisse de bien des écrivains : peut-on écrire quand on a peu vécu ? Peut-on vraiment décrire les passions et paysages qu’on n’a jamais vus ? Quelle vie mener pour écrire de grands livres ? Faut-il avoir beaucoup pleuré pour faire pleurer le lecteur ? Je ne sais pas, mon cher Hervé. Mais le malheur ne rend pas nécessairement artiste, hélas ! Ce serait trop beau !

Jules Renard

On parle souvent de la fonction libératrice de l’écriture. Or Renard semble ne s’être pas libéré de ce traumatisme d’enfance en le racontant. Il l’a plutôt remâché : « A chaque instant Poil de Carotte me revient. Nous vivons ensemble, et j’espère bien que je mourrai avant lui. » (9 septembre 1895) On peut dire qu’il ne fut que Poil de Carotte. Il ne s’est jamais échappé de son personnage : il est resté un homme défiant, désillusionné, désabusé, pour toujours malheureux, citant des dizaines de fois l’imaginaire famille Lepic dans son journal. L’enfant a pensé au suicide, l’homme y pensera régulièrement. M. Lepic a dit à son fils : « Tu ne seras jamais plus heureux que maintenant, jamais, jamais. » Comme si l’enfance décidait pour toujours du volume de joie que nous pourrons inhaler. Peut-être même est-il resté littérairement prisonnier de cette autobiographie « incomplète » et « mal composée », voulant toujours la rallonger, lui donner une suite, en faire un feuilleton : « Poil de Carotte, on pourrait indifféremment le réduire ou le prolonger. Poil de Carotte, c’est une tournure d’esprit. » (27 septembre 1894) Il a eu cette formule ambiguë : « Je peux dire que, grâce à Poil de Carotte, j’aurai doublé ma vie. » (22 février 1894) Il n’a pas seulement vécu deux fois la même chose, en la vivant puis en l’écrivant, mais cent fois : son enfance malheureuse hoquette comme un disque rayé.

Voici les dernières lignes de Jules Poil de Carotte, dans son journal, un mois avant sa mort : « Je veux me lever, cette nuit. Lourdeur. Une jambe pend dehors. Puis un filet coule le long de ma jambe. Il faut qu’il arrive au talon pour que je me décide. Ça séchera dans les draps, comme quand j’étais Poil de Carotte. » (6 avril 1910)

P.-S. : J’ai à la maison le Journal (1887-1910) de Jules Renard, en un volume de la Pléiade. Humour, sensibilité, dérision, mélancolie, intelligence, fins aperçus sur la cuisine littéraire. Je le feuillette régulièrement, il est sur le chemin de ma salle de bains. J’en extrais, mon cher Hervé, trois citations, au hasard (non, pas au hasard), à votre intention : - « Il n’y a rien aujourd’hui. Je me lève. Pourquoi ? Impossible de lire, d’écrire, de faire bonne figure, d’écouter, de parler. Je ne peux guère que manger, puis m’échouer dans un fauteuil et dormir. Si je sentais qu’un revolver va me partir tout seul dans la tête, je ne me dérangerais pas pour l’éviter. » (14 mai 1898) - « Il n’y a que la vérité qui varie. Notre imagination se répète toujours. » (28 octobre 1901) - « Il suffit de goûter à la gloire : inutile de s’en bourrer. » (20 octobre 1905) Et puis encore, juste avant les vacances : « Ah ! non : je ne suis pas de ceux qui ont besoin d’aller à Venise pour s’émouvoir » (28 janvier 1908)

Laurent Jouannaud: Juillet 2014

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Dans la fosse commune de l’oubli, Georges Hyvernaud n’a non seulement rien fait pour l’éviter - en ne publiant que deux livres de son vivant - mais y a sauté à pieds joints. La Peau et les os (1949), court mais édifiant récit de sa captivité pendant la seconde guerre mondiale, puis Le Wagon à Vaches (1953), roman implacable de l’impossible réadaptation à une vie dite normale, prouvent que l’écrivain avait pris le parti non négociable d’une vérité humaine très difficile à vendre. Par Nicolas ACKER.

08/06/2025, 19:15

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Les Ensablés - Planète sans visa, de Jean Malaquais

Né en 1908 à Varsovie, Vladimir Malacki - devenu par la suite Jean Malaquais  (1908-1998) - quitta la Pologne à l'âge de 18 ans pour venir vivre en France. Mobilisé en 1939, il fut fait prisonnier, puis parvint à s'évader. Juif et apatride, il partagea alors l'existence précaire de nombre de personnes réfugiées à Marseille dans l'espoir d'obtenir un visa. Grâce à l'aide de son ami Gide, il obtint ce précieux sésame et gagna les Etats-Unis où il vécut plusieurs années, enseignant la littérature. Malaquais n'a publié que trois romans : « Les Javanais » (prix Renaudot 1939),  « Le Gaffeur » (publié en 1953), tous deux objets de précédents articles et  « Planète sans visa », grand roman de la France sous l'occupation, publié en 1947 et qu'il remania jusqu'à ses derniers jours. Ce roman de plus de 500 pages a été réédité en 1999 après sa mort.

25/05/2025, 09:41

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Les Ensablés - La Saint-Michel et le Pont Euxin d'Anne Lacroix, par François Ouellet

Anne Lacroix (1897-1982) n’aurait publié qu’un seul roman, La Saint-Michel et le Pont-Euxin chez Grasset en janvier 1933. À cette date, elle a déjà commencé un deuxième roman, Rézle (et même annoncé un troisième titre, Les Bergers d’Arcadie), soumis en décembre de la fin de cette même année pour le Prix du roman du Temps ; les quelques voix qu’elle récolte seront insuffisantes pour qu’elle obtienne ce prix qui consiste dans la publication du roman dans les pages du quotidien. Mais, cinq ans plus tard, en mars 1938, Rézle paraîtra en feuilleton dans Le Temps. Il ne semble pas que la carrière d’Anne Lacroix ait connu d’autres développements. Par François Ouellet.

11/05/2025, 09:00

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Les Ensablés - L'Impassible de Frédéric Berthet (1954-2003)

Lorsque la critique d’un livre est aussi intéressante, voire plus, que le livre dont elle parle, lorsqu’on se régale de son style, de son ironie, de sa drôlerie, et si transparaît à travers ses mots l’originalité de l’homme lui-même, alors on peut se dire qu’elle est elle-même œuvre littéraire, et que son auteur est un sacré bonhomme. Voilà la réflexion que je me suis faite après la lecture de ce recueil d’articles de Frédéric Berthet, récemment paru chez La Table Ronde sous le titre L’Impassible. Par Hervé BEL

27/04/2025, 09:00

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Les Ensablés - Happe-Chair de Camille Lemonnier (1844-1913)

Happe-Chair, un titre qui a tout de suite attiré mon attention. Je me trouvais alors dans une des dernières librairies anciennes de la rue Saint-Sulpice (pour combien de temps encore sera-t-elle là ?), dans la bonne odeur des vieux livres, lorsque je suis tombé sur la réédition de 1908 de ce roman de Camille Lemonnier publié une première fois en 1886 chez Kiestmaeckers…  par Hervé Bel. 

13/04/2025, 12:28

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Les Ensablés - Jacques Rivière, Sentiments et critique

À l’occasion du centenaire de sa mort, la collection Bouquins consacre un volume à Jacques Rivière, critique et essayiste, véritable cheville ouvrière de la Nouvelle revue française dont il assura la direction durant plus de 10 ans. Mort prématurément en 1925 à l’âge de 39 ans, celui qui fut à la fois le grand ami et le beau-frère d’Alain Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes, révèle par la quantité d’articles qu’il donna à la revue une perspicacité critique étonnante. Sensuelle et inspirée. Par Denis Gombert

30/03/2025, 09:00

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Les Ensablés - Lire sous l'occupation de Jacques Cantier

Le monde des livres sous l’Occupation a déjà été étudié par l’historien Jacques Cantier qui s’était intéressé à la trajectoire de l’une des figures maudites des lettres françaises avec sa biographie de Pierre Drieu La Rochelle (Perrin, 2011). Cette fois, avec Lire sous l’Occupation, publié en 2019 et en poche en 2024 aux Éditions CNRS, il nous présente un panorama global de la lecture entre 1939 et 1945. , par Nicolas Acker.

16/03/2025, 16:50

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Les Ensablés - La femme qui boit de Colette Andris, par Marie Coat

En mars 2023, Gallimard publiait dans sa collection L’imaginaire un grand succès de son catalogue paru en 1929, réédité à huit reprises puis repris en 1934 dans sa collection de poche : La femme qui boit », première oeuvre d’une jeune femme de 29 ans, Pauline Toutey. Par Marie  Coat

02/03/2025, 19:56

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Les Ensablés - Le gaffeur de Jean Malaquais

Né en 1908 à Varsovie, Vladimir Malacki - devenu par la suite Jean Malaquais - quitta la Pologne  à l'âge de 18 ans pour venir vivre en France. Cette période de sa vie fut marquée par une grande précarité et  par la volonté farouche de vivre de sa plume. Mobilisé en 1939 puis fait prisonnier, il s'évada et émigra vers le continent américain. Par Isabelle Luciat

16/02/2025, 10:09

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Les Ensablés - Le Boucher des Hurlus de Jean Meckert

Jean Meckert (alias Jean Amila, 1910-1995) est mort il y a trente ans… Pas tout à fait mort, car ses romans ont continué d’être réédités et nous n’avons pas manqué d'en parler dans nos colonnes (1). Cette fois, c’est la courageuse Ronces éditions (2) qui republie Le boucher des hurlus paru chez Gallimard en 1982 et signé du nom Jean Amila qu’il avait adopté pour ses romans publiés dans la Série Noire. Par Hervé BEL

02/02/2025, 19:38

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Les Ensablés - L'inconstante de Marie de Régnier

Fille de José Marie de Heredia, épouse du poète Henri de Régnier, Marie de Régnier n’eût peut-être d’autre choix que de devenir une femme de lettres. Mais en adoptant un nom d’homme tout de même, société corsetée oblige ! C’est ainsi que Marie de Régnier entama très tôt une carrière littéraire au confluent de deux siècles, à la période de la Belle Epoque, sous le nom de de Gérard d’Houville, puis de Gérardine (la renommée de Caroline Rémy, dite Séverine, étant peut-être passée par là). Par Denis Gombert.

19/01/2025, 09:00

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Repenser le traité dans la littérature latine

Comment l’étiquette générique « traité » utilisée pour des pans entiers de la littérature latine masque la place importante du destinataire, qu’il soit déterminé ou indéterminé ? 

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L’écrivain que tout le monde a lu sans le savoir : Stephen Crane

En 1953, un journaliste demande à Hemingway qui l’a formé. Il cite Stephen Crane. Pas Fitzgerald. Pas Flaubert. Ralph Ellison dit la même chose, avec d’autres mots : Crane est à l’origine de la quasi-totalité de la fiction américaine du vingtième siècle, y compris la sienne. Henry James, qui distribuait ses compliments avec une parcimonie de banquier, répétait qu’il avait un grand, très grand génie. Par Charles Garatynski.

08/06/2026, 17:07

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George Sand comme vous ne l’avez jamais lue

Sous la plume de la romancière, nouvelliste et dramaturge Ella Balaert, les éditions Cours Toujours nous offrent un livre qui ressemble à une boîte de chocolats, où toutes les douceurs seraient excellentes et dans laquelle on picore au gré de ses envies. Ce livre, c’est tout sur George Sand (ou presque), et, en cette année du 150e anniversaire de sa disparition, en parler est une merveilleuse façon de lui rendre hommage.

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Ma nuit en plein jour

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Dans la rue des Camélias, l’innocence face à la violence

« On m’a abandonnée dans le carrer des Camèlies, contre la grille d’un jardin, et le veilleur m’a trouvée au petit matin. Le monsieur et la dame qui habitaient la maison voulaient bien de moi, mais sur le moment il paraît qu’ils ne savaient pas quoi faire : me garder ou me donner aux bonnes sœurs. » Voici comment tout a commencé pour cette petite fille, trouvée dans un couffin, accompagnée d’un simple papier : « Cécilia Ce », rien de plus.

08/06/2026, 11:38

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Une correspondance d'esprit et d'estoc

Ces échanges épistolaires directs et sans fard valent d'emblée par la qualité des duellistes. Les amateurs de confidences intimes en seront cependant pour leurs frais, tant sont couverts d'un voile pudique les sentiments de chacun. Par Bertrand Levoyer, contributeur régulier de la Revue des Deux Mondes.

08/06/2026, 10:13

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Goethe, Kim Il-sung, censure : la Booksletter ausculte les croyances du pouvoir

Goethe échappe aux souvenirs scolaires, Kim Il-sung surgit sous les habits d’un prophète politique, l’Espagne franquiste se lit à travers les obsessions de ses doctrinaires, la Bolivie minière révèle ses paysages contaminés et la censure américaine change de visage. 

07/06/2026, 10:41

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Sous le règne de Freida McFadden, le thriller français perce et la cuisine recule

Freida McFadden conserve la première place des meilleures ventes pour cette nouvelle semaine (26/06 au 31/06) avec La prof, publié chez J’ai lu. Le roman s’écoule à 25.564 exemplaires sur la semaine et atteint un cumul de 158.372 ventes en cinq semaines de présence. 

05/06/2026, 19:06

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Le Temps des Ombres : quatre saisons, deux têtes de mule et un monde à sauver

Pour que notre grand patron sollicite en urgence votre serviteuse, fallait-il qu’il fût conquis par sa découverte. Ou né de la dernière pluie, c’est selon. Le fait est que cette série en quatre volumes incarne ce que l’on qualifierait volontiers de rendez-vous raté — voire de ratage complet pour la librairie, passée à côté d’un travail magnifique — n’ayons pas peur des mots : d’une véritable épopée à hauteur d’enfant, totalement magique.

05/06/2026, 16:13

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Un roman noir, drôle et cruel sur notre époque : Les Terres mortes

Les Terres mortes, roman de Gabriel Boksztejn (Editions Unicité) est une satire grinçante de notre époque. L’auteur dresse le portrait moral de notre société progressiste dévorée par le capitalisme, par la bêtise inhérente aux rapports humains, par les relations virtuelles qu’engendre la licence autorisée sur les réseaux sociaux.

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Les maisons parachutées : un polar historique signé Didier Daeninckx

Cette enquête de Didier Daeninckx dans la mémoire des résistants et déportés est une poignante immersion au cœur des années 50 de l’immédiate après-guerre. On y découvrira quelques affaires assez incroyables !

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Avec Du mépris, Bégaudeau (éditions Cause perdue) perpétue un thème devenu central chez lui depuis son précédent livre : la dénonciation des usages moraux dans le langage politique contemporain à gauche. Son intuition de départ est stimulante : il observe que l’accusation de « mépris » s’est généralisée au point de devenir une catégorie réflexe du débat public. Le problème est que cette intuition, à force d’être martelée, finit par de même par concerner son auteur.

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Sous le soleil de Dantec : quand le polar entre en apocalypse

Il y a dix ans ce 25 juin, Maurice G. Dantec mourait à l’âge de 57 ans à Montréal où il s’était exilé. Celui qui avait brûlé sa vie au feu des paradis artificiels était-il un techno-romancier mystique et réac ? Retour sur un livre charnière hybride qui annonce le tournant de son œuvre jusqu’en 2014 : Villa Vortex. Par Olivier Stroh.

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Escoffier, l’excellence au service des autres

Plein Vent vient de publier une bande dessinée des plus alléchantes puisqu’il s’agit de la biographie du maître de la cuisine moderne, le grand Auguste Escoffier. L’auteur Yvon Bertorello et le dessinateur Cédric Fernandez se sont entourés, pour cela, de Michel Escoffier, arrière-petit-fils du chef et président de la Fondation Auguste Escoffier à Villeneuve-Loubet, ainsi que de Stéphane Bern, que l’on ne présente plus.

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L’Aigle et le Serpent : meurtres en série sous l’Empire

Les Éditions du 38 viennent de publier le premier roman de Maxime Carpentier, L’Aigle et le Serpent. Ce roman historique se déroule à l’automne 1806, une période secouée par une vague de meurtres qui va entraîner l’inspecteur de la Police générale Armand Drone, affecté au service de Son Excellence le ministre Joseph Fouché, du Havre à Paris, à la poursuite d’un assassin aux gants clairs.

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Famille choisie de Jérôme W.Capèle : « Si tu penses que c’est trop : rajoutes- en… »

Ce qui est jubilatoire dans les livres polémiques, c’est de se réjouir de l’inavouable et de nos silences coupables ou honteux, tout en se reconnaissant dans les caricatures. Famille choisie, sous-titrée « Hontes & fierté d’une communauté en bordel », n’est pas un pamphlet, ni un essai, ce livre est le regard d’un militant gay sur la communauté actuelle. Et le constat est autant amer que tendre car de la construction d’une communauté soudée par le SIDA, Jérôme W.Capèle observe une société individualiste dans laquelle le « je » a remplacé le « nous ».

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Dollar, Eco, Musk, sommeil : les cinq livres qui éclairent l’époque

Chaque semaine, la Booksletter relit l’actualité à travers les essais, les récits et les enquêtes qui déplacent le regard. Cette livraison suit la longue histoire des monnaies mondiales, revient sur Umberto Eco dix ans après sa mort, traverse Berlin sous Hitler, interroge le paradoxe Musk et éclaire le sommeil humain, entre histoire économique, mémoire, pouvoir, sciences du vivant et fragilités contemporaines de notre époque en plein trouble.

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Marilyn Monroe, cent ans et toujours chérie

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Quitter l'enfance : le conte noir et fascinant de Léa Tourret

Avec Les enfants sont allés au bois, Léa Tourret confirme une voix littéraire déjà très singulière dans le paysage contemporain : une écriture capable de restituer l’enfance non comme un âge innocent, mais comme un territoire brutal, sensuel et profondément politique. Publié dans la collection Blanche de Gallimard, le roman commence comme un récit de colonie de vacances avant de basculer progressivement vers une fable inquiétante sur l’exclusion, la peur collective et le passage à l’adolescence.

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Eddie Pump reprend la route dans un Far West sans morale

Suite de l’ascension sociale au Far West d’un beau gosse sans scrupules : épisode 2 de la série « très librement inspirée » des immigrés allemands qui se ruaient vers l’or… Comme un certain Frederick Trump.

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Terre et ciel : Raharimanana transforme le mythe en vertige

Dans Terre et ciel, sous-titré Tantara, Raharimanana compose une fresque de parole, de filiation, de conquête et de métamorphose. Porté par une langue incantatoire, le roman suit une quête héroïque qui se retourne contre ses propres certitudes : le destin, l’héritage, la possession et la liberté s’y affrontent dans un monde où chaque mot semble né d’un chant ancien.

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Dominique Sylvain plonge Brooklyn dans les fantômes du passé

Avec L’Inconnue de Brooklyn, Dominique Sylvain inscrit le roman noir dans une mémoire longue : celle d’une enfance à Bensonhurst, d’un trio soudé par la violence, puis d’un deuil impossible. Lou, Sharon et Josh traversent les années, les crimes, les fidélités troubles et le cinéma, dans un récit où Brooklyn devient moins un décor qu’une chambre d’échos.

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Pump, tome 2 : sexe, mensonge et idéaux

Le décor : une ville paumée de l'Ouest sauvage comme il y en a mille. Les protagonistes : un jeune homme d'affaire sans foi ni loi et une intrigante qui le tient par la peau du cou (ou le scrotum, allez savoir). L'enjeu : une place au soleil dans un univers où tous les coups sont permis. Le deuxième tome de Pump est peut-être moins surprenant que le premier, mais développe le même questionnement cynique, sur les limites de la morale et du recours à la violence dans un jeu où l'argent et le pouvoir sont les portes d'entrée de la respectabilité.

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Claire Lombardo transforme la famille en champ de mines

Après Tout le bonheur du monde (trad. Laetitia Devaux, 40.000 exemplaires), Claire Lombardo retrouve les grandes architectures familiales avec Comme au premier jour, traduit par Laetitia Devaux. Une rencontre fortuite au supermarché rouvre chez Julia la mémoire d’un mariage, d’une maternité inquiète, d’une amitié ancienne et d’une faute jamais entièrement refermée. Le quotidien devient alors le lieu exact des failles.

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Real Madrid ou Manchester City : deux empires du football racontés par les livres

Le Real Madrid et Manchester City dominent depuis plusieurs saisons les discussions autour du football européen. Mais derrière les trophées, les statistiques et les débats tactiques, une autre littérature s’est développée : celle des livres consacrés à ces deux géants du football contemporain. Biographies, enquêtes, récits historiques ou analyses tactiques racontent aujourd’hui deux visions très différentes de la domination européenne.

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Taylor Jenkins Reid : Carrie Soto revient sur le court

Avec Le Retour de Carrie Soto, traduit par Typhaine Ducellier, Taylor Jenkins Reid signe un roman de compétition autant qu’un portrait de femme au bord de son propre mythe. Ancienne reine du tennis, Carrie reprend la raquette pour défendre un record menacé. Mais derrière la rage de vaincre se joue une autre partie : celle du corps qui vieillit, de la filiation, de l’orgueil et de ce que la victoire laisse intact ou détruit.

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Après Claude

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La prof reste numéro un des ventes : Freida McFadden domine (encore) le classement

Freida McFadden conserve la première place des meilleures ventes hebdomadaires avec La prof (trad. Karine Forestier, J’ai lu). Le thriller écoule 22.883 exemplaires sur la semaine et atteint un cumul de 132.808 exemplaires après quatre semaines de présence.

29/05/2026, 13:09

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Arthur Rimbaud, les ombres et les soirs

Imaginer Rimbaud, c’est rêver le rêve à travers les œuvres que le poète nous a léguées. Entrer dans une légende de fantasmes, de fantaisies et d’autres choses encore, nourries des récits à la véracité douteuse, autant qu’aux études les plus rigoureuses. Rimbaud, un mythe, qui certes finit vendeur d’armes puis avec une jambe tranchée, de retour d’Éthiopie. Mais qui refuserait une fugue en noir et blanc, avec l’homme qui peignit des voyelles ?

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Quitter Forbach, roman d’une jeunesse à l’étroit

Les romanciers ont souvent tendance à dire que le roman est le contraire de la vie. Or, ici, le roman n’a jamais été aussi proche de la vie ; une vie encore bien jeune et qui espère plus que tout pouvoir s'émanciper et quitter cette petite ville du bassin minier lorrain. 

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Un livre pour penser le voyage dans un monde transformé

Le voyage tel que nous l’avons connu appartient déjà au passé. Longtemps, partir signifiait s’éloigner. Accumuler des kilomètres, collectionner les destinations, consommer le monde comme une succession d’expériences. Cette époque touche à sa fin.

 

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Les Égyptiens par Isaac Asimov

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Fabcaro met du brun dans la bibliothèque rose

Vous n'avez pas lu Les cinq ami.e.s et la dissolution de l'Assemblée nationale ? Vous avez raté la sortie de Les cinq ami.e.s prennent un Ouigo ? Rien de grave, ces titres n'existent que dans la délicieuse bibliographie finale qui clôt Les cinq ami.e.s l'échappent belle in extremis de Fabcaro, que vous trouverez, lui, dans toutes les bonnes librairies. 

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Et Athènes brûlait : tragédie grecque, thriller climatique

Le port d'Athènes a été vendu aux Chinois. Les méga-feux ravagent les environs. Ce thriller catastrophe cache un véritable reportage sur un pays en perdition et un climat déréglé, symbole de notre Europe à la dérive.

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