Je viens de lire -dévoré, plutôt- "Anna" (1930) d'André Thérive (de son vrai nom Roger Puthoste), un des instigateurs du "Mouvement du roman populiste" avec Léon Lemonnier dont je vous parlais il y a peu. André Thérive fut grammairien, critique littéraire, "soutien inconditionnel" de Simenon (1), spécialiste de Huysmans et (surtout) romancier, bref un grand nom d'après 1914. Pendant la guerre 39-45, il continua d'écrire ses articles littéraires pour Le temps et eut le malheur d'accepter un voyage à Weimar, ce que le Comité national des écrivains ne lui pardonna pas. L'après-guerre l'oublia, et il mourut en 1967. Lire à ce sujet ce qu'en dit Wikipédia (ici).
Le 11/05/2014 à 16:48 par Les ensablés
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11/05/2014 à 16:48
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Par Hervé Bel
"Anna" est une histoire simple où l'on perçoit l'influence de Flaubert, de Maupassant, mais aussi de Huysmans. En le lisant, j'avais le sentiment de l'aboutissement d'une technique littéraire éprouvée: rien que le style indirect, aucune analepse, une mécanique bien huilée, et un plan implacable et mûrement réfléchi. Le texte est parfois si précis qu'il pourrait servir un document sur la vie de la petite Anna et de son mari, le sergent Chantiran. Bien que l'action se déroule principalement entre Tulle et Limoges, le roman n'est pas régionaliste. Le lieu n'apparaît que comme un décor à la vie des deux personnages, et ne rentre en compte que s'il joue un rôle dans le développement de l'histoire. L'utilisation du style indirect, presque constante, permet au lecteur de connaître exactement les pensées - de prime abord - rudimentaires des protagonistes. Aucun événement grandiose, saillant, romanesque ne vient troubler le cours du récit,et pourtant le lecteur est pris, car c'est l'histoire d'une femme qui naît à la vie intérieure. Robert Vivier, dans son essai "Anna et le Hasard" écrit que le roman populiste, c'est le refus "de frapper l'imagination, d'émerveiller et de surprendre" (cité par Nicolas Mignon dans "Les grandes guerres de Robert Vivier").
Le roman commence sur un quai de gare. Anna, vingt ans, qui est allée visiter son mari dans le camp de la Courtine où ont lieu les manœuvres, rate son train pour Tulle: il n'y en a pas d'autre avant le lendemain. Elle se trouve en pleine campagne. Fuyant le chef de gare qui lui fait des propositions, elle accepte d'être conduite à Treignac par un représentant de commerce plus âgé qu'elle, un bavard sympathique du nom de Bournazel. Le phaéton traverse la forêt. M. Bournazel lui parle de ses voyages périlleux: "Et puis, quand l'hiver arrive, des tas de bêtes qui vont en chasse! Moi qui vous parle, madame Chantiran, il y a dix ans, au moment de la neige, j'ai eu les loups à mes trousses. On voyait leurs yeux briller." Et la petite dame a peur.
Son aventure, sa petite aventure commence qui va bouleverser sa triste existence. Arrivée à Treignac, elle est conduite à l'auberge et conviée à dîner par Bournazel et ses amis du bourg. La bande de joyeux lurons hésite à la croire la maîtresse de Bournazel. Elle accepte de boire un peu, se sent bien puis se demande, songeant à son mari: "Est-ce qu'il faudrait lui raconter tout par le menu, à Tulle, quand ils seraient réunis? ne serait-ce pas bien compliqué?" Soudain, le silence se fait autour d'elle. "Elle reprit conscience: ils étaient déjà levés, comptant des sous, refermant de gros portemonnaies, et quelques-uns bâillaient sous la lampe, s'étiraient."
Il est temps de se coucher. M. Bournazel l'accompagne à sa chambre. Le lecteur va croire que... Bournazel, effectivement, lui vole un baiser: "Elle jeta un cri et poussa sa porte. Il aurait voulu s'excuser, mais il n'eut pas le temps, et resta seul, fort penaud, fort irrité." Sitôt dans sa chambre, "l'obscurité établie, elle sentit l'odeur moisie de la vaste chambre, au plafond bas; elle entendit aussi dans le grenier les galopades de chats, du grain qui coulait d'un sac, quelques craquements de bois, la scie minuscule des tarets qui faisait songer à la pluie."
Et elle entend aussi les ronflements de Bournazel dormant dans la chambre à côté. Puis soudain, un gémissement et un autre. Elle hésite. Est-ce que Bournazel serait malade? Elle n'y tient plus. Elle va dans le couloir. La porte de la chambre de son voisin est ouverte. Anna entre et découvre qu'il est mort. Elle appelle au secours. Le patron de l'hôtel arrive, la découvre dans cette chambre: dès lors plus de doute, elle est la maîtresse de Bournazel.
Anna se sent obligée de retarder son voyage, adoptant sans même en avoir conscience, le comportement de "maîtresse" qu'on attend d'elle (elle est si faible). Puis le lendemain, s'en retourne à Tulle, craignant que son mari ne soit déjà rentré. C'est une brute qui aime sa femme pourvu qu'elle lui obéisse, ce qu'elle fait avec application. Elle a peur de ses yeux durs qui la fixent parfois. Comme elle n'a pas le courage d'avouer sa petite histoire (trop buté, il ne comprendrait pas), elle se sent coupable. Une culpabilité d'abord douloureuse. Puis petit à petit, comme l'événement s'éloigne et que rien ne semble devoir la confondre, Anna se laisse aller à regretter son aventure. Mieux, elle va chercher à la retrouver, un peu.
Lorsque son mari est muté à Limoges, se souvenant que la mère de Bournazel y habite, elle va se présenter à elle comme la maîtresse de son fils, rôle qu'elle endosse à chaque visite avec un plaisir croissant. Par le rêve, la faute et le secret, Anna, la petite ménagère, a enfin le sentiment d'exister pleinement. A côté, son mari fait pâle figure: elle le juge. La façon dont est décrite cette lente évolution m'a laissé pantois: cela vient lentement, comme dans la vie. Évidemment, cette histoire va mal finir, mais pas comme on peut l'imaginer. A la fin de la première partie, Anna meurt par accident, au moment où elle avoue à son mari qu'elle a eu des amants: mensonge énorme qu'elle prononce avec une espèce de fierté.
La deuxième partie, passionnante elle aussi, est l'histoire du mari, après la mort de sa femme, et qui, chose curieuse, finira, pour avoir le sentiment d'être, par s'accuser du meurtre de sa femme, et mourir bêtement. On le suit en Algérie, à Oran, puis dans une petite ville du désert où il tombera, tout en ayant un aperçu de la vie coloniale des petites gens.
Quel roman! En 1938, Edmond Jaloux écrivit dans le Temps du 15 avril qu'Anna était un des meilleurs romans de son époque. Voilà ce qui peut nous engager à lire d'autres romans d'André Thérive.
(1) dans Vagabondages littéraires dans Paris. J.P. Caracalla Hervé BEL.
Par Les ensablés
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La Finlandaise qui s'est installée en Islande pour tricoter des polars, nous livre le troisième épisode de sa série où l'on découvrira enfin les secrets de Jakob, mais aussi la face cachée des « fermes vampires » où l'on élève des chevaux…
14/08/2026, 15:55
Un roman qu'on hésite à qualifier de noir tellement il est joyeux, lumineux et tellement on s'y amuse. Le Médoquin Yan Lespoux nous invite sur ses terres à prendre un pastis ou un café dans un bar qui serait comme une version landaise de Bagdad Café, en compagnie d'une ribambelle de loustics qu'on n'oubliera pas de sitôt.
14/08/2026, 15:49
L’été sourit décidément à Freida McFadden, si tant est qu’il existe encore une mauvaise saison pour l’autrice de La Femme de ménage : Le dîner conserve largement la première place des ventes. Mieux encore, l’Américaine place six livres dans le top 10, dont deux en tête de classement. Derrière, Virginie Grimaldi, Valérie Perrin et Guillaume Musso tentent de résister. Le poche, avec neuf titres sur dix, règne presque sans partage : moins cher, plus léger, facile à emporter sur la plage.
14/08/2026, 15:27
Toulouse, Biarritz et la vallée de Katmandou, Élodie Ridolfi mêle reconstruction intime, spiritualité et symbolisme dans un récit où les coïncidences finissent par dessiner un chemin. Avec Le dernier Himalayen, elle signe un premier roman placé sous le signe du voyage intérieur. Le livre paraîtra le 14 octobre 2026 dans la collection Feel Good de Lune noire.
14/08/2026, 06:30
Emma ne sait pas partir. Elle sait travailler. Compter les pièces, tenir la cadence, coudre le soir, serrer les dents, recommencer. Alors, quand Luis l’arrache à Pantin pour quinze jours à Biarritz avec Julien, son fils de dix-sept ans, ce n’est pas seulement une ouvrière qui monte dans le train : c’est un corps façonné par l’usine qu’on force soudain à s’arrêter. Départ pour le sud-ouest, ce 27 août.
13/08/2026, 12:35
Éden a vingt-trois ans, Marseille sous les semelles, une colère impossible à ranger et la danse pour seule manière de remettre les choses à leur place. Il zone, trafique un peu, cogne parfois, se cogne surtout. À sa mère disparue, à ses origines trouées, à cette époque qui promet tout et ne sait plus très bien où poser les pieds. Puis le récit déboîte : une sale histoire, un cargo au départ de Fos-sur-Mer, l’océan, Java, le Pacifique. Départ le 19 août.
13/08/2026, 12:33
Le Phare de l’impossible, roman de Michael Pedersen traduit de l’anglais (Écosse) par Claire-Marie Clévy, paraîtra le 27 août 2026 aux éditions Buchet-Chastel. Sur l’île isolée de Muckle Flugga, l’arrivée d’un écrivain vient bouleverser l’existence d’un gardien de phare et de son fils.
13/08/2026, 07:39
Janvier 1925. Nome, Alaska. La mer de Béring se ferme. D’abord une croûte, puis les plaques se soudent, l’horizon disparaît. « De la glace à l’infini. » Claudie Gallay commence par immobiliser le monde. Ensuite elle écoute ce qui bouge encore dessous : la marée, les poissons, les peurs, les chiens, les hommes. Et Ada Blackjack. Une femme qui porte, travaille, nourrit, veille. Son fils Bennett respire mal. Bientôt d’autres enfants aussi. La diphtérie gagne la ville. Il faut du sérum. Il est loin. Entre les deux, il y a le froid. Glacial dès le 20 août.
12/08/2026, 11:46
Elle est une actrice accomplie. Le genre de femme d’âge mûr qui impose sa présence avec grâce et assurance. Elle prépare une nouvelle pièce de théâtre, son temps est majoritairement dédié aux répétitions et à ce travail personnel qui consiste à réellement s’approprier le personnage qu’elle joue. Face à elle, dans ce restaurant au cœur de Manhattan, Xavier. Il pourrait être son fils. Qui est-il pour elle, qui est-elle pour lui ? En voilà, un beau mystère…
12/08/2026, 10:45
Joseph dans la nuit, premier livre d’Olivier Grondeau, paraît le 20 août 2026 aux éditions L’Iconoclaste. L’auteur y raconte son arrestation en Iran, ses deux ans et demi de détention et les ressources trouvées dans la littérature et l’imaginaire pour résister à l’enfermement.
12/08/2026, 08:19
L’Enfant grise, roman de Grégoire Courtois publié aux éditions Robert Laffont le 3 septembre 2026, suit un garçon capable de percevoir les messages de la nature, dont la vie bascule lorsqu’il rencontre une mystérieuse fillette qui partage le même lien avec le monde végétal.
12/08/2026, 06:56
Il s’appelle Pierre Mignon. Le nom prête à sourire, le personnage beaucoup moins. Cadre moyen au service des ventes de Toys International Ltd., il nourrit une ambition simple et dévorante : monter. Monter encore. Atteindre la direction des ventes, puis, pourquoi pas, franchir un jour les lourdes portes de la Direction générale. Pour y parvenir, Pierre Mignon possède une arme redoutable. Des carnets noirs dans lesquels, depuis des années, il consigne méthodiquement les faiblesses, les erreurs, les secrets et les petites lâchetés de ses collègues.
11/08/2026, 13:12
Il y a des livres où le passé revient par les archives. Dans Base Toundra, il remonte par le froid. Il colle aux doigts, bloque les armes, crispe les corps, oblige à choisir. Olivier Truc installe son récit sur l’aérodrome F67, quelque part en Laponie suédoise, là où l’Europe de 1939 vient mourir contre la neige. Plus de 80 ans plus tard, des parachutistes français s’y entraînent avec les forces suédoises. Entre les deux époques : trois carnets, un pilote, des morts mal enterrés et une neutralité nationale qui supporte de moins en moins bien qu’on gratte dessous. Atterrissage le 4 septembre.
11/08/2026, 11:48
Avec Spectres, Thomas Gunzig commence par poser un vieux sur un lit. Nu, pâle, sans yeux. À partir de là, autant le savoir : le réel va perdre quelques vis. Des années plus tard, Tom vit dans RockSolid1, immense base d’extraction installée dans un « Plan dimensionnel secondaire », univers noir, glacé, sans ciel, auquel l’humanité a réussi à accéder. Évidemment, elle n’y va pas seulement pour comprendre ce qu’il y a derrière la porte. Elle y va aussi pour creuser. Décès de bonheur ce 20 août.
11/08/2026, 11:33
Il semblerait, lorsqu’on y pense, que la France tout entière revenait à Jean Gabin. Elle s’incarnait dans sa façon de parler, de se taire, de regarder les autres, de s’agacer du monde et de ne jamais céder à l’emphase. Elle était dans cette autorité sans démonstration qui lui permettait d’être tour à tour ouvrier, cheminot, truand, commissaire, paysan ou président du Conseil sans jamais cesser d’être Gabin.
11/08/2026, 10:52
Et nue, je suis entrée dans l’eau, de Marie Pavlenko, paraîtra le 16 septembre aux éditions Rivages. À travers trois récits mêlant métamorphose, emprise et violences, l’autrice met en scène des femmes confrontées à leurs agresseurs et imagine différentes formes de riposte.
11/08/2026, 10:46
Min-Jee, jeune plongeuse, pensait connaître la mer par cœur. Jusqu’au jour où elle découvre un œuf mystérieux et voit naître une créature marine extraordinaire. Très vite se tisse un lien unique, magique, presque inquiétant.
11/08/2026, 07:00
On pourrait commencer par rappeler que La Fourrière des animaux de Tom King et Peter Gross dialogue ouvertement avec La Ferme des animaux de George Orwell. Comme je n’ai pas lu ce dernier texte, la comparaison s’arrêtera là. Ce qui intéresse ici tient largement debout sans cette référence : une communauté d’animaux se soulève contre ceux qui la maintiennent enfermée, organise sa liberté et découvre que la révolution n’est pas la partie la plus difficile.
10/08/2026, 16:05
Un chat meurt. Une grand-mère aussi. Il serait tentant de distribuer les rôles, de décider laquelle des deux pertes mérite le grand mot de deuil et laquelle doit rester dans le rayon des chagrins domestiques. Laure Gouraige refuse précisément ce classement. Miaulements fantômes le 16 août.
10/08/2026, 12:51
Paula a vingt-cinq ans, un appartement près de la mer, un compagnon jardinier, une chienne, du linge à étendre et assez de silence pour que les femmes de sa famille reviennent habiter chaque pièce. Une mère, une grand-mère, une tante, une sœur : elles sont loin, parfois mortes, jamais parties. Chez Lucie Bérard, déménager ne suffit pas. On change de ville, de murs, de linge de lit : les gestes, eux, connaissent l’adresse. Les couleurs s'installeront le 19 août.
10/08/2026, 12:27
Une cathédrale n’a pas d’auteur, ou plutôt elle en possède trop pour qu’un seul nom suffise. Aurélien Bellanger installe tout son livre dans cette contradiction. Dès l’ouverture, le Viollet-le-Duc qu’il met en scène prévient : « L’architecte de Notre-Dame n’existe pas. » Le principe vaut pour l’édifice comme pour le récit : plusieurs époques, plusieurs voix, des matériaux historiques mêlés à la fiction, des pensées qui se répondent à travers les siècles. Fondations posées le 19 août.
10/08/2026, 12:18
Ernestine Garnier choisit un lieu que Paris traverse souvent sans vraiment le regarder et lui rend du bruit, des querelles, bref, une vie. Au cimetière Montparnasse, Charles-Michel, gardien depuis près d’un demi-siècle, apprend qu’il va devoir prendre sa retraite au moment où d’étranges vols frappent les sépultures. Rien de spectaculaire au départ : des cailloux, une palme, quelques stylos, une bouée. Sauf que les défunts n’entendent pas se laisser dépouiller sans réagir. L'eau des fleurs sera à changer le 7 octobre.
10/08/2026, 12:13
Les Maîtres du sol, roman de Ryad Assani-Razaki publié le 20 août 2026 aux éditions Liana Levi, suit une fillette rejetée et un homme amnésique à travers l’Afrique de l’Ouest du XVe siècle, alors que l’arrivée des Portugais et la progression de nouvelles religions bouleversent les sociétés locales.
10/08/2026, 07:00
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