Pieyre de Mandiargues fut tout à la fois un poète, un essayiste, un conteur, un traducteur (notamment d’Octavio Paz et Mishima) et un critique d’art d’exception. Grand ami des surréalistes, il entretint avec Paulhan et Ponge une correspondance littéraire nourrie. En 1967, à presque 60 ans, il obtint le Goncourt pour son roman La Marge qui narre la dérive d’un homme qui, suite à un chagrin d’amour, part littéralement se perdre dans une ville étrangère, Barcelone en l’occurrence. Fasciné par la force du rêve, par l’obsession de la femme aimée et par les liens mystérieux qui nous relient au temps, toute l’œuvre de Mandiargues est placée sous le signe d’un combat au sein de notre psyché entre réel et imaginaire.
Le 20/09/2013 à 14:47 par Les ensablés
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20/09/2013 à 14:47
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Par Denis Gombert
Mais c’est grâce à une écriture puissamment dominée, à la fois violente et retenue, fleuve et précise, gracieuse et ironique, par un effet de distorsion savant que l’auteur parvient à confondre ces deux mondes pour n’en faire qu’un. Véritable pépite à redécouvrir, La Motocyclette parue en 1963 chez Gallimard dévoile toute la magnificence de l’art de Mandiargues. En esthète de la modernité, l’auteur choisit de mettre au centre de son récit une moto, (et pas n’importe laquelle !) : une magnifique Harley Davidson 1200 cc aux chromes rutilants poussée par 60 chevaux que domine la jeune Rebecca, 19 ans, sortant du lit de son docile mari, Raymond, pour déjà rejoindre les bras de son amant dominateur, Daniel. La trame du roman tient toute entière dans ce voyage qu’effectue Rebecca à bord de son puissant engin, son « taureau noir » comme elle dit, quittant en pleine nuit Haguenau au nord de Strasbourg pour rejoindre Heidelberg en Allemagne.
Pyerre de Mandiargues
Franchir ces 130 kilomètres qui séparent les deux lits, emportée par un désir si fort et si impétueux qu’elle ne peut y résister, fait éprouver à la belle amazone la gamme entière de cette fébrile attente qui précède la réunion des corps. Son désir, folle mécanique mentale, s’enroule au mouvement de son corps arc bouté sur sa moto. Flirtant avec les dangers de la route, poussant le bolide au maximum, voici la belle lancée, prête à traverser la frontière et, plus loin encore, la forêt jusqu’à Heidelberg ; en sortir triomphante comme les héroïnes des contes de fées ayant surmonté les épreuves de la nuit avant que d’arriver auprès de son chevalier dans cette danse éperdue du corps et de l’imagination. A moins que…
Dès la première ligne de La Motocyclette, une tension est palpable qui ne fera que grandir. Sans se laver, ni se farder, ni même contempler sa peau brune et ses formes avantageuses dans la glace, Rebecca quitte sa couche et file directement vers le garage. Là, dans une armoire qui contient des manteaux et des imperméables, elle saisit « le seul vêtement qui avait le pouvoir de faire battre son cœur plus vite et de lui donner des pensées d’orgueil. C’était une combinaison de cuir noir, très brillant et doublée de fourrure blanche » que la belle portera entièrement nue à même la peau, se munissant pour seule parure d’une petite culotte de nylon crème. « Elle mit une main fiévreuse sur le réservoir de la belle machine qui allait lui permettre de s’éloigner de cet homme et de se rapprocher d’un autre (…) Ce dénuement matériel complétait bien sa nature, elle voulait apparaitre à son nouvel amant aussi dépouillée que si elle avait fait naufrage ». Cheval puissant et indomptable, source d’excitation, de griserie et de peur, la machine sublime de Rebecca avec qui elle ne fait qu’un jette le trouble dans son esprit. Les lois qui séparent habituellement le mécanique du vivant s’en trouvent perturbées : « chaque fois qu’elle allait dans la remise contempler sa machine, Rebecca s’émerveillait comme une nouvelle mariée n’en croit pas ses yeux d’être en possession d’un époux ».
Nous y sommes, la machine se met en route. Et l’autre machine, celle du désir, vrombit à nos oreilles. La charge érotique qui parcourt tout le texte en puisant dans ce voyage à moto l’attente suave des retrouvailles des amants fait languir le lecteur, embarqué qu’il est à son tour dans ce grand prélude aux noces charnelles, happé par tant de pulsions cuisantes. Tout est agencé dans la composition de La Motocyclette pour que l’érotique du discours sensuel, du mot choisi, de la cadence précise de la phrase l’emporte sur ce que serait le banal dévoilement d’une pornographie affichée (qui déferlera en librairie et sur les écrans à partir des années 70). Ici, au contraire, tout est joué en retenue et en accélération, en pression et en relâchement, au rythme de la machine emballée, au rythme du désir de Rebecca. En cherchant par l’écriture à rejoindre le faîte du désir où se hisse son héroïne, Mandiargues s’exerce en vérité à une terrible joute littéraire qui est plus qu’un jeu. Quand, en pleine nuit et à toute vitesse, nue et chaude sous sa combinaison de cuir, Rebecca projette la toute puissance de son désir sur l’asphalte, c’est un défi sauvage à la mort qu’elle lance et non l’assouvissement d’une pulsion vulgaire. La prose exceptionnelle de Mandiargues creuse toujours plus loin la nature du fantasme quand la pornographie n’aurait fait que revenir à elle-même. C’est pourquoi la littérature fait chemin quand la pornographie tourne en rond. C’est pourquoi La Motocyclette est une grande leçon de littérature, vertueuse en diable.
Denis Gombert - septembre 2013
Par Les ensablés
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À l’été 1889, la disparition d’un huissier parisien puis la découverte de son corps dans une malle mettent la France en émoi. Serge Quadruppani revient sur cette affaire qui passionna la presse de la Belle Époque et fit entrer la police scientifique dans une nouvelle ère.
12/10/2026, 06:05
Chaque semaine, la Booksletter, relancée par l’association Les Amis de Books, explore les livres publiés dans le monde. Essais, enquêtes et romans y éclairent l’histoire, la politique, les sociétés et leurs contradictions. Dans cette édition, cinq ouvrages invitent à remonter le cours de la Volga, à revisiter les méthodes de Roy Cohn, à comprendre les mobilisations populaires, à retrouver des résistantes basques et à interroger la dette publique.
11/10/2026, 12:15
Après la mort de sa mère, Jade découvre une vieille photographie représentant une jeune femme souriante aux côtés d’un homme inconnu. À partir de ce cliché, elle se lance sur les traces d’un passé familial qu’elle pensait connaître, entre secrets enfouis et histoire contemporaine de la Corée. Traduit du coréen par Yeong-Hee Lim.
10/10/2026, 07:30
Dans Imago je suis, Dan Yodwira donne voix à une narratrice confrontée à la perte de ses illusions et à ses propres contradictions. Entre colère et espoir, elle cherche un chemin vers la liberté et une possible renaissance.
10/10/2026, 06:30
Pour la cinquième semaine consécutive, Sarah Knafo conserve la première place des meilleures ventes de livres en France. Du 28 septembre au 4 octobre 2026, Le Casse du siècle (Fayard) enregistre 37.294 ventes supplémentaires. Derrière l'eurodéputée, One Piece reste deuxième, tandis que Thélyson Orélien monte sur le podium.
09/10/2026, 12:22
Certains auteurs ne se contentent pas d'inventer des histoires ou de rendre compte de l'état du monde : ils utilisent la puissance de la bande dessinée pour donner naissance à un univers qui n'existe nulle part ailleurs, forgé dans un alliage unique de dessins, de situations, de personnages, de de tempo et de dialogues. De livre en livre, les lecteurs explorent cet espace hors du temps et de la géographie qui leur semble de plus en plus familier. Erik Svetoft est sans nul doute un de ces artistes puissants, dont l’œuvre, de titre en titre, forge un univers qui ne ressemble à aucun autre et certainement pas au nôtre.
09/10/2026, 11:50
Avant de trouver sa place dans le chœur, Coralie Grimand cherche où poser sa voix. Française, amoureuse depuis l’adolescence de la littérature russe, elle rejoint une chorale ukrainienne au début de l’invasion. La guerre ne lui retire ni Pouchkine ni Dostoïevski ; elle rend cet amour inconfortable.
09/10/2026, 10:30
Dans une mansarde du 11e arrondissement de Paris, une psychologue reçoit des patients aux parcours singuliers. Jusqu’au jour où la mort de l’un d’eux, tué le 13 novembre 2015, bouleverse son rapport à son métier et la conduit à franchir certaines limites.
09/10/2026, 07:30
À L’Anse-à-Beaufils, près de Percé, un homme est retrouvé mort en pleine saison touristique. Son passé sulfureux lui avait valu de nombreux ennemis. Tandis que l’enquête commence, les souvenirs des villages disparus de Gaspésie refont surface.
09/10/2026, 06:15
Quatre balles dans la nuque, disposées en carré. Le 6 mai 1995, Joseph Vitali, grand producteur de cinéma et personnage trouble, est exécuté dans un parking. Personne n'est arrêté. Trente ans plus tard, jour pour jour, sa fille Ana disparaît. On retrouve son corps au fond d'un puits, dans la forêt de Meudon. Les Vitali ne croient pas aux coïncidences. Estelle Voldor non plus. À la tête de True Crime, magazine spécialisé dans les affaires non résolues, elle flaire le sujet qui fera trembler la rédaction : « Rien que l’histoire de cette famille, j’achète ! » Reste à convaincre Jed Jarzinski de s'en charger. Mauvaise humeur comprise.
08/10/2026, 19:02
Un Shinkansen file vers Tokyo. Dans le casque de Philippe Séclier, Keith Jarrett improvise. Quelques mois plus tard, un coffret couleur sable acheté au Japon devient le point de départ d’une enquête : les Sun Bear Concerts, huit récitals donnés en novembre 1976, dont cinq furent réunis sur dix vinyles.
08/10/2026, 17:13
L’amitié a longtemps occupé, dans les récits, la place de la relation qui va de soi : solide, secondaire, moins spectaculaire que l’amour. Autant que l’amour refuse précisément ce confort. Sous la direction de Charlotte Pudlowski, six textes de non-fiction signés par sept autrices regardent ce lien là où il protège, déçoit, domine, libère ou recommence.
08/10/2026, 10:22
Dans un monde partagé entre quatre peuples, la mort d’un jeune Naga lors d’un rituel va bouleverser un fragile équilibre. Accusé à tort, Ryun Pei fuit vers le nord, où il doit rejoindre une escorte composée de représentants de chacun des peuples. Traduit du coréen par Kette Amoruso.
08/10/2026, 07:30
Une joggeuse disparaît sans laisser de trace. Son mari, écrivain de romans policiers, devient le principal suspect. Cinq ans plus tard, la découverte d’ossements humains relance une affaire que certains auraient préféré voir enterrée. Avec The Crime Writer, Diane Jeffrey mêle enquête, secrets de famille et fascination pour le crime parfait.
08/10/2026, 06:00
Premier roman du britannique Dominic Nolan : On a parlé de Dominic Nolan l'an passé avec un sacré roman, White City, un polar inscrit dans sa fresque socio-historique sur le Londres des années passées, qui lui a valu notoriété et succès depuis Vine Street. Le revoici dans un registre plus classique, avec J'étais Abigail Boone qui fut son premier roman publié en 2019 en VO. Un second épisode mettant en scène l’héroïne amnésique Abigail Boone (After Dark - 2020 en VO) n'a pas encore été traduit en français.
07/10/2026, 17:38
Les Uns et les Autres raconte en effet beaucoup de choses. Des histoires d’amour. Des séparations. Des ambitions. Des rencontres. Des enfants. Des morts. Mais le film raconte surtout que nous vivons des vies personnelles à l’intérieur d’une Histoire qui, elle, ne nous demande jamais notre avis. Propos recueillis par Jean-Charles Bettan, psychanalyste à Cannes.
07/10/2026, 16:35
Dès le préambule, la subjectivité du philosophe est impossible à séparer de ce qu’il raconte. Mais comment écrire ses mémoires partagés avec ce que l’on a vu, ceux que l’on a rencontrés, les causes que l’on a défendues ou abandonnées, les conflits que l’on a traversés ou atténués, et surtout les noms qui nous ont influencés ? Tout cela compose peu à peu le tableau d’une époque qui n’existe plus tout à fait, mais aussi l’image d’un homme dont l’identité elle-même est déjà un récit.
07/10/2026, 12:19
Un micro derrière un Vermeer. Une chaise médicalisée qui résiste au montage. Un chronomètre autour du cou. Une cassette qu’on ne sait plus faire jouer. Et, au milieu, Laure, revenue dans la maison familiale de Morsan pour y vivre ses derniers jours. Tiphaine Raffier installe L’Hors-Présence ou Chimères du pays de Morsan avec une précision clinique, puis laisse tout se dérégler.
07/10/2026, 10:00
Le titre désigne déjà un piège. Esquisse d’une serial killer (trad. Pierre-Mong Lim) promet le monstre, la mécanique du crime, peut-être le frisson confortable du true crime. Hu Mu-ching fait exactement l’inverse. Elle revient vers Lin Yu-ju, condamnée à mort à Taïwan pour trois meurtres et très vite figée par les médias sous un surnom : la Diabolique. Ébauche prévue le 15 octobre.
06/10/2026, 17:59
Il y a des livres qu’on offre sans raison particulières, juste pour faire plaisir, petit format, une centaine de pages, un prix raisonnable, un livre qui pique notre curiosité ; vous connaissez toutes et tous ce genre de livre qu’on lit en une après-midi et qui laisse une empreinte importante par la suite. Le souci de vivre d’Olivier Carré fait partie de ces livres qui reste longtemps en mémoire tant il parle d’un sujet auquel nous tous aurons à faire face un jour ou l’autre : la mort.
06/10/2026, 17:57
Une valise, un mot, une fracture politique : voici la nouvelle pièce de Lola Lafon. Une valise dépasse de quelques centimètres et, avec elle, tout déborde. Dans une salle d’embarquement, quatre amis d’une quarantaine d’années devraient partir en vacances. Décollage (ou pas), le 15 octobre.
06/10/2026, 17:20
Il y a un principe dans la vie sur lequel il est difficile d’y revenir : on ne peut pas donner l’amour que l'on n’a pas reçu. Pour Franck Maubert, l’amour non reçu vient de cette mère distante, froide, qui le place durant sa petite enfance chez un couple vivant dans une ferme, puis viendra le reprendre pour le laisser à ses parents, couple âgé qui se désintéresse de lui avant de le conduire contrainte chez elle. De cette enfance heureuse en campagne, l’auteur découvrira la joie du silence et une quête mystique dans les églises.
06/10/2026, 15:12
Tokyo s’éloigne, la route monte, le béton cède aux pentes de Shizuoka. Mayumi et Akane ont trente-cinq ans, sont amoureuses et décident de reprendre la plantation de thé du grand-père d’Akane, affaibli par un AVC. Sur le papier, tout ressemble au fantasme contemporain du grand départ : quitter la ville, retrouver la terre, repartir de zéro. Infusion dès le 15 octobre.
06/10/2026, 14:06
Il part à pied pour se remettre d’un chagrin, s’équipe beaucoup trop, achète une ânesse pour porter le tout et découvre presque aussitôt qu’elle n’a aucun goût pour les itinéraires bien tracés. Voyage avec un âne dans les Cévennes tient depuis 1879 sur ce délicieux désaccord entre un homme qui veut avancer et Modestine, qui préfère brouter. Parution le 15 octobre
06/10/2026, 13:32
Philippe Schwartz commence par se méfier de sa propre mémoire. C’est une excellente manière d’entrer dans Toute la famille a eu de la chance. « Aujourd’hui, j’ai conscience d’enjoliver. J’en fais une légende. » Le narrateur ne promet donc ni archive pure ni reconstitution infaillible. Sortie le 15 octobre.
06/10/2026, 12:55
Il y a les livres sur la parentalité, avec leurs principes, leurs méthodes, leurs lendemains mieux organisés. Et puis il y a 17 h 30. Le travail n’est pas fini, les enfants reviennent dans le cadre, le dîner se rapproche et quelqu’un pense soudain : « Purée... Il est déjà 17h30 ! » Quelques cases plus loin tombe le verdict : « J’ai rien foutu. » Mom Alone habite exactement cet espace-là : celui où les bonnes intentions se froissent au contact du réel.
05/10/2026, 17:30
Cette semaine, la Booksletter explore cinq livres qui déplacent le regard sur l’histoire, la morale et nos sociétés : l’économie quotidienne de la Rome antique, les grandes expéditions britanniques en Antarctique, l’humour noir face à la mort, les marchés jugés moralement « répugnants » et le poids de l’époque dans les trajectoires criminelles. Cinq lectures pour éclairer autrement des questions anciennes et très contemporaines, sans simplifier.
03/10/2026, 11:13
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