L'enfant contient en lui déjà tout l'avenir qui sera le sien: comme si la vie était un tissu plié que les jours lentement déploient. Cette phrase résume le roman de Jean Gaulmier: Hélène, la belle libanaise, est dès l'enfance condamnée à la solitude, d'où le titre "Hélène ou la solitude" de ce roman magnifique, lu dans la fièvre, et que je recommande au lecteur. Roman mélancolique, poétique, dont les mots, la douceur, me poursuivent encore, et qui raconte le Liban et la France de la première moitié du vingtième siècle.
Le 22/03/2012 à 17:43 par Les ensablés
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22/03/2012 à 17:43
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Par Hervé Bel
De Jean Gaulmier, je sais peu de choses: il fut écrivain, spécialiste du Proche-Orient, grand connaisseur de Gobineau (il dirigea l'appareil critique de l'édition de la Pléiade), et gaulliste de la première heure en 1940. Il fit son service militaire au Liban au 17ème régiment de tirailleurs sénégalais à qui il dédia, plus tard, son recueil de nouvelles intitulé "Matricule huit" qui fut remarqué par la critique, comme l'avait été son premier recueil "Terroir". Autant le dire, ces deux ouvrages se lisent également d'une traite (je l'ai fait). Une profonde humanité les habite. Comme il le dit lui-même dans son introduction à "Matricule huit", Gaulmier se réclame du courant littéraire "populiste" dont Dabit fut un des principaux représentants. Pour Gaulmier, ce mouvement se caractérise par la sincérité et son empathie pour le peuple.
De fait, "Hélène ou la solitude" est un roman d'une grande humanité, centré sur le personnage d'Hélène Deirani. Elle naît vers 1900, au Liban, petite fille d'un commerçant riche et fille de Joseph, homme velléitaire et buveur. La naissance d'Hélène le déçoit: il aurait préféré un fils et n'aimera pas sa fille, comme il n'aime pas sa femme Négibé, une pauvre femme épousée dans un moment où il s'est voulu gentil. Hélène vivra son enfance dans l'espoir d'être aimée par son père, bientôt convaincue qu'elle ne le sera jamais. Elle songeait à la vie qui est drôle: pourquoi n'était-elle pas un garçon, puisque ses parents le désiraient? Pourquoi le bon Dieu fait-il des choses qui ennuient les gens? Il lui aurait été si facile de rendre tout le monde heureux! Si elle avait été un garçon, peut-être son père resterait-il davantage à la maison, au lieu de descendre souvent seul à Beyrouth: il y restait deux ou trois jours; quand il rentrait, il avait l'air fatigué. Ses yeux brillaient dans sa figure ; il rudoyait les petites, faisait pleurer la maman avec des remarques méchantes sur son accoutrement, sans penser qu'elle avait à surveiller les quatre enfants.
Puis elle a onze ans, et il y a ce beau passage: Elle se met aussi à songer à plus tard. Par certains crépuscules, quand le ciel est rose comme une fleur et, à l'opposé, la Lune déjà haute, une lumière bizarre, faite des derniers rayons du jours heurtés à la pâleur nocturne, inonde le balcon. En bas Beyrouth s'éclaire de rares feux. Parfois un bateau au large fait un point lumineux qu'elle suit du regard, avant de le voir s'éteindre à l'horizon parmi les premières étoiles. Il lui semble que toute sa vie est déjà préparée quelque part (...) Songeant à la vie de sa mère, qu'elle entend encore à cette heure de la nuit fourgonner dans la maison, elle se dit que l'amour, avant tout, c'est beaucoup de misère, et elle en prend peur comme d'une punition à quoi on sait qu'on n'échappera pas. Elle est marquée au fer rouge par une enfance délaissée, une adolescence où elle voit la richesse de sa famille se dissoudre, le bon grand-père si solide disparaître, puis sa mère sombrer dans le désespoir, et sa sœur Marie dans l'infamie. La guerre 14 ruine la famille, tandis que le père boit de plus en plus.
Le Liban est pendant un moment un chaos où l'on meurt de faim. Puis arrivent les Français, accueillis en libérateur, et qui remettent de l'ordre. Le père d'Hélène, Joseph, n'est plus qu'une loque qui gaspille les derniers sous de sa famille, tandis que son beau-frère Émile qui a épousé une de ses sœurs, fait prospérer l'héritage reçu du grand-père. Pauvre Joseph marqué au fer rouge, lui aussi! Homme intelligent que le commerce n'intéressait pas, et qui n'a pas su trouver sa voie. Il a bien un frère, Fouad, mais celui-ci, poète asocial, homme bon, ne peut aider personne, vivant lui-même dans une cabane. On ne sait d'où vient cette malédiction, du grand-père sans doute, mais pourquoi? On ne le saura pas, on le devine. Les pères trop forts, trop admirables, tuent parfois leurs petits enfants. Alors, perdu pour perdu, Joseph se suicide à petits feux, buvant toujours plus, jusqu'à en mourir, laissant Hélène et sa mère dans la cruelle nécessité de demander de l'aide au cousin Émile. Là commence vraiment l'histoire d'Hélène, à jamais délaissée par son père. Quoique douée, jolie, elle s'estime indigne de vivre, d'être heureuse, d'être aimée. Il n'y a pas de place pour elle. Très vite, poussée par son oncle Émile, elle épouse un Français nommé Karl Schögel, un sous-officier chez les spahis, Alsacien de Strasbourg, une brute, un mauvais, une bête, si bête. C'est un personnage à la Céline. Le plus terrible, c'est qu'elle sait à l'avance que sa vie est un échec. Schögel l'emmène à Strasbourg vivre dans sa famille, des travailleurs, la mère jalouse et le père bonne pâte. Et elle la petite libanaise qui avait vécu sous le soleil, dans le luxe, se retrouve dans une mansarde, livrée aux désirs de Schögel qui boit, la trompe, lui fait finalement un enfant.
La chute est sans fin. Où qu'elle aille, l'humanité est cruelle. Ceux qui sont gentils sont écrasés, détruits par les gens qui n'ont ni foi ni loi. On dirait parfois (notamment dans la gargotte qui leur sert de pension) qu'on est entrain de lire du Céline, qu'on est à Courbevoie. C'est curieux, on dirait les gens comme Hélène, bons et faibles, condamnés à frayer avec les méchants, les indifférents, et à souffrir. La méchanceté est le reflet de la bonté. A propos d'un capitaine dont la vie maritale lui a été racontée, Hélène se dit que que cette femme a été pour lui comme Karl pour elle exactement, une cause d'épouvantable misère. Mais c'est toujours la même chose : les hommes gentils épousent des femmes sans cœur et celles qui voudraient bien faire tombent sur des brutes. Et puis, un jour, l'homme idéal peut-être, croisé dans un restaurant, et le début d'une histoire où, soudain, avec elle, on se prend à espérer que la solitude n'est pas inéluctable, et que chacun a sa chance. Il n'y a aucun doute: il est l'homme de sa vie, elle est la femme de la vie de cet homme. La vie les sépare. Le devoir, le sien, celui d'une épouse, l'y oblige, et elle se retrouve à Paris, loin de lui, avec Schögel qui tourne mal. Est-ce que la damnation cessera?
Lisez la première page, vous n'arrêterez plus.
Hervé Bel - Mars 2012
Par Les ensablés
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Un téléphone sonne, une femme tombe, trois générations retrouvent la parole. Entre Porto Rico et les États-Unis, Jeanine Cummins remonte les silences d’une lignée de femmes. Parle-moi de chez nous (trad. Christine Auché) est une saga généreuse, traversée d’images splendides, qui pèche surtout lorsqu’elle explique ce qu’elle vient de si bien faire sentir.
17/07/2026, 16:23
Le Dîner, de Freida McFadden (trad. Karine Xaragai), reste en tête des meilleures ventes du 6 au 12 juillet 2026, avec 42.080 exemplaires écoulés. Derrière, La Prof remonte à la deuxième place. Pour le suspense, il faudra repasser : les huit autres titres du Top 10 sont encore des cahiers de vacances.
17/07/2026, 12:31
Un pays jamais nommé s’effondre derrière eux ; devant, toutes les routes filent vers le nord. Dans Septentrionale, Karim Kattan lance Maryam et Joseph à travers une nuit de guerre, de prodiges et de souvenirs. Porté par les trajectoires queer de ses deux protagonistes, ce roman de l’exil mêle argot, visions cosmiques et tendresse sans édulcorer les violences héritées. Une traversée saisissante, parfois freinée par des symboles trop appuyés. Sortie le 4 septembre.
17/07/2026, 10:37
Frédérique a 35 ans, quelques centimètres de trop selon les autres, un ex qu’une mesure d’éloignement lui interdit d’approcher et une faim d’amour impossible à rassasier. Lorsque Gabriel la défend dans la rue, elle ne rencontre pas un homme : elle invente un couple. Avec Elle le mangerait, Nicolas Robin signe une comédie noire nerveuse, drôle dans son aveuglement, glaçante dans sa logique. À table, le 27 août.
17/07/2026, 10:37
Jeanne, Eric et Abdallah sont adolescents quand ils forment un groupe de musique : Les Pirouettes Cacahuètes. Ils voulaient fabriquer du son, une matière sauvage pour contrer l’effondrement annoncé, mais jamais le trio n’aurait imaginé alimenter une révolution à venir.
17/07/2026, 09:00
Antoine Hummel propose un jeu. Son dispositif littéraire caustique entreprend de nous décoller du régime permanent de sollicitation que produisent les algorithmes de plateformes et d’applications. En se confrontant à YouTube et en laissant s’insinuer l’intelligence artificielle, le texte explore ce que deviennent l’attention, le jugement et la création lorsque la répétition du même et la suggestion algorithmique enclosent notre appréhension du monde.
17/07/2026, 08:00
L’eau est devenue l’or bleu du XXIe siècle, une ressource rare et convoitée, au cœur des équilibres géopolitiques. Dans un monde sous tension, Léa, ingénieure spécialiste du traitement de l’eau, travaille sur des technologies de pointe censées répondre à la pénurie. Lorsque la crise s’intensifie, elle est mobilisée au sein de Blue Corps, une unité internationale chargée de sécuriser les ressources hydriques, considérées comme des infrastructures critiques.
17/07/2026, 07:00
Après une série de contaminations venues du vivant, les bêtes ont presque disparu, la viande se rationne et le Sanum organise un monde d’interdits, de protocoles et de surfaces désinfectées. Augustin, enfant rescapé d’une forêt interdite, croise Vadim, bureaucrate carniste, masculiniste et futur Guide d’une communauté hors contrôle. Avec Les Carnivores, publié chez Denoël, Guillaume Nail signe un roman brutal, organique, parfois saturé, mais traversé d’une vraie puissance de vision.
16/07/2026, 17:31
Un polar sur fond historique qui rappelle beaucoup l'ambiance de la Trilogie Berlinoise de Philip Kerr. À Munich en 1946 sous l'occupation US, les destins de réfugiés, profiteurs, militaires, prisonniers, s'entrecroisent tandis qu'un serial-killer s'attaque à des jeunes femmes.
16/07/2026, 11:21
En cherchant le piano laissé à Bucarest par sa grand-mère, Sonia Devillers rencontre un autre instrument disparu : un Érard de concert, numéro 68037, acheté par la famille Enoch en 1892, volé par les nazis en 1943 et jamais retrouvé. Dans Le fabuleux piano, publié chez Robert Laffont, elle compose un récit-enquête ample, sensible et très documenté sur les objets spoliés, les morts sans tombeau et la musique comme dépôt de mémoire. Début des gammes, ce 27 août.
16/07/2026, 10:38
Une narratrice connue sous le nom de Rose de Nuit vend des fiches de lecture, se dispute avec une bibliothèque et repart avec un livre blanc qui n’en est peut-être pas un : Une sculpture. Quand l’artiste Ari Bosochur lui propose de participer à une rétrospective où les œuvres seraient remplacées par leur récit, tout se met à glisser. Gaëlle Obiégly signe un roman brillant, drôle et très mobile sur l’art, la parole, le soin et les vies qu’on tente d’ordonner. Rien à voir, peut-être à lire, ce 20 août.
16/07/2026, 10:33
Dans le comté de Mayo où il a grandi, l’Irlandais Colin Barrett pose un regard bienveillant sur l’humanité de ses compatriotes et nous livre un recueil de nouvelles d’une remarquable unité de ton, très rural, très social.
16/07/2026, 10:19
Pâquerette a 28 ans. Elle est laborantine, et follement amoureuse de Jean-Benoît, son fiancé, qu’elle considère comme l’homme parfait. Un soir, après sa journée de travail, elle rentre chez elle, avec dans sa poche, un ticket de Loto sur lequel elle a coché tous les numéros qui racontent leur histoire d’amour. Installée devant la télé, elle retient son souffle. Les chiffres tombent… un par un. Jusqu’au dernier : jackpot, trente-deux millions d’euros !
16/07/2026, 08:00
Près de l’ancienne mine creusée par les Britanniques, une veuve assiste aux recherches des victimes dans un lac artificiel. Un homme en combinaison plonge puis remonte sans cesse des eaux. Elle tremble à l’idée de ce qu’il pourrait repêcher. Traduit du grec par Nicolas Pallier.
16/07/2026, 07:00
Un soir de fête nationale, les Bleus rêvaient d’une troisième finale de Coupe du monde consécutive. À Arlington, dans l’agglomération de Dallas, l’Espagne les a privés de ballon, de souffle et d’avenir : 2-0, sans véritable contestation. Pour raconter cette chute, trois livres : Le Cœur du pélican pour la France, Rouge ou mort pour la Roja et Les Derniers Jours de Roger Federer pour une rencontre dont l’issue s’est dessinée bien avant le coup de sifflet final.
15/07/2026, 21:35
Inauguré en mai 1804 dans l'actuel 20e arrondissement, le Père-Lachaise est devenu en quelques décennies le cimetière le plus réputé de Paris. L'éponyme confesseur du Roi-Soleil n'a jamais dû, de son vivant, imaginer une telle postérité. Par Jacques Lucchesi.
15/07/2026, 15:51
Dans une ferme isolée d’une vallée pyrénéenne, un patriarche agonise. Ses enfants reviennent, chargés de rancœurs, de secrets, de fatigue et de comptes jamais réglés. Dehors, l’orage cogne. Dedans, Judith tient la maison, Maud prie, les chiens veillent, la fratrie s’observe. Je ne suis pas venu apporter la paix, ou la tragédie familiale noire revue par Nicolas Martin, organique, parfois excessive, mais d’une puissance d’atmosphère rare. À partir du 3 septembre.
15/07/2026, 15:12
À la mort de Christian Monnay, écrivain culte retiré du monde depuis trente ans, sa fille Chloé découvre que ses neuf manuscrits inédits ne contiennent que des pages blanches. Pour préserver sa mère aveugle, puis pour exister enfin comme autrice, elle glisse ses propres romans sous le nom du père. Anne Pitteloud signe une comédie noire, fine et acide sur la filiation, l’imposture et les légendes que fabrique le monde littéraire. Généalogie à découvrir le 21 août.
15/07/2026, 12:15
La cuvée Vargas est un bon cru : un roman sans surprise, assez convenu, mais qui ne décevra donc pas les fans d'Adamsberg et de cette auteure, spécialiste des dialogues décalés, un brin déjantés : quand la poésie affleure du sous-jacent au-delà des apparences de notre monde que l'on croit rationnel.
15/07/2026, 11:20
Comme il y a une dialectique de la raison, il y a une dialectique de la mémoire qui métamorphose le souvenir de la révolte en culte de l’ordre, les anniversaires des révolutions en défilés militaires, l’héritage de la Shoah en légitimation d’un État génocidaire ; ainsi s’affrontent les romans nationaux et la tradition des vaincus, le culte des héros et les traces laissées par les sans-nom, les monuments et les remémorations dissidentes.
15/07/2026, 09:00
Avec Les Désarmantes, son troisième roman à paraître le 21 août 2026 aux éditions Fugue, Caroline Bouffault imagine une France devenue une république pacifiste dirigée exclusivement par des femmes, où l’arrivée d’une journaliste étrangère vient révéler les contradictions d’un modèle fondé sur l’exclusion des hommes.
15/07/2026, 07:48
À l’approche de la rentrée littéraire, les piles de livres à paraître ne tarderont pas à chasser celles du printemps. Il reste pourtant un mois et demi pour revenir vers des romans, récits et objets littéraires publiés entre janvier et juin 2026, parfois passés sous les radars malgré leur singularité.
14/07/2026, 15:01
À la veille de la Révolution française, Paris se pense comme une terre de liberté, régie par le principe selon lequel « il n’y a pas d’esclaves en France ». Pourtant, pour les esclaves venus des colonies chercher refuge dans la capitale, cette promesse se révèle fragile et souvent illusoire.
14/07/2026, 09:00
Alors qu’elle prend la route pour tenter de calmer ses angoisses, Coro se retrouve sur des sentiers déserts, sans téléphone portable, frôlant la panne sèche. La nuit progresse, et alors qu’elle s’aventure au bout d’un chemin étroit pour demander de l’aide, elle arrive devant un grand portail noir. Elle va découvrir une demeure isolée, entourée de végétation et peuplée d’animaux. La communauté de femmes qui y vit propose son aide à Coro.
14/07/2026, 08:00
Arrêté en Iran le 12 octobre 2022, Olivier Grondeau a passé 887 jours en prison avant sa libération, le 17 mars 2025. Dans Joseph dans la nuit, publié chez L’Iconoclaste, il revient sur ses 72 jours de garde à vue sous l’autorité du ministère du Renseignement. Un récit d’enfermement, de peur et de résistance intérieure, porté par une langue nette, poétique et vibrante, où les rêves, les camarades et Hafez maintiennent un peu de monde au fond du noir.
13/07/2026, 16:18
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