La réalité inspire la littérature, mais l'inverse est vrai aussi. Des mots peuvent changer une vie. Le récit de Philippe Lacoche qui vient d'être publié par les Editions La Thébaïde le prouve une fois de plus.
Le 06/12/2015 à 16:55 par Les ensablés
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06/12/2015 à 16:55
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Par Hervé Bel
Mais il est nécessaire, chers lecteurs, de vous rappeler d'abord ce que sont les Editions de la Thébaïde. Créées par un journaliste passionné, absolument désinteressé, Emmanuel Bluteau, elle publient maintenant depuis plusieurs années des ouvrages rares, souvent d'ensablés, avec cette idée qu'il faut sortir des sentiers battus et ressusciter des auteurs injustement oubliés. C'est ainsi que certaines oeuvres de Jean Prévost, ce grand résistant tué dans le Vercors, ce surdoué littéraire, ont pu récemment reparaître. Toujours dans la veine résistante, La Thébaïde a publié en un volume un nombre appréciable des articles et courts récits écrits par Jacques Decour. Notons également "Faillite" de Pierre Bost (roman des années 30 sur un chef d'entreprise, remarquable!) réédité il y a plus d'un an, et que Denis Gombert a chroniqué dans les Ensablés (ici).
Cela fait réfléchir, de songer qu'à notre époque où l'on place si haut les footballeurs, les acteurs, les "peoples", les pédégés, il y a encore des gens comme Emmanuel Bluteau, capable, par passion, de fonder une maison d'édition pour "happy few" dont le "Business Plan" (pour faire anglais et à la mode) ne comporte nulle part la mention "net Profit".
Bluteau fait ce qu'il veut, au gré de ses intérêts intellectuels. Il vient ainsi de s'enticher d'un texte de Philippe Lacoche sur Vailland, qu'il m'a fait la gentillesse de m'envoyer. Autant le dire, je ne connais pas Vailland (seulement des lectures de lycée), ni Philippe Lacoche. Cette lecture était donc, à tous les points de vue, une découverte.
Avant tout celle du talent de Lacoche. Dans sa première partie, l'ouvrage comporte un récit superbe sur l'amour des livres, et notamment comment le jeune Lacoche, alors âgé de 24 ans, découvrit "325.000 francs" de Vailland dans une librarie de Felbacq de Teignier "ville cheminote, ouvrière, souvent rouge comme la couverture du livre".
Ce jour-là, la vie de P. Lacoche a été totalement bouleversée. Peut-être plus profondément qu'elle ne l'aurait été par une passion amoureuse. Un livre, lui, ne ment pas. On peut s'éloigner de lui, ne plus le comprendre, mais on ne regrette jamais d'avoir aimé un auteur, tandis qu'une femme (ou un homme...). Cet amour, Lacoche le montre avec une grande finesse, un style qui m'évoque Calet, Dabit. Il ne m'en voudra pas de le comparer à ces deux auteurs qui, comme lui, ont eu le prix populiste (en 2000), et qui sont parmi mes préférés de la littérature.
Sa vie, Philippe Lacoche la déroule avec les oeuvres de Vailland qu'il a découvert au fil du temps: Et il y eut, le 27 janvier 1981, ce cadeau de mon ex-femme, Féline: " Pour celui que j'aime (...). Pour tes 25 ans... Tendrement", avait-elle écrit avec sa jolie écriture de fille sous "Ecrits intimes". Car c'était bien les Ecrits intimes de Roger Vailland (Gallimard 1968), illustré de la magnifique photographie de l'auteur (visage émacié, nez-bec d'aigle, regard de braise de montagnard alpin, bouche charnue de libertin du XVIIIème siècle) signé Marc Garanger qu'elle m'avait offert pour mon anniversaire (...) Où avait-elle déniché ce gros livre, ce pavé? (...) Nos mémoires s'effilochent; elles sont pleines de trous, pitoyables disques durs piratés par ce monstrueux hacker qu'est le temps.
Puis après les lectures passionnées de Vailland, Lacoche nous raconte comment il rencontra ceux qui avaient approché son idole, prenant sa vieille voiture pour traverser la province.

On lit ce texte d'une traite, amusé, nostalgique aussi, car cet amour de Lacoche, nous l'avons eu aussi... Mais pour d'autres auteurs. Le mien est Marcel Proust. J'avais seize ans lorsque mon professeur de français me conseilla cette lecture qui allait bouleverser ma vie, en me confirmant dans ma vocation. Comme Lacoche, j'ai tout lu et relu. D'abord attaché à l'oeuvre, je me suis tourné vers l'homme, et je n'ai eu de cesse de découvrir tous les témoignages qui le concernent, étant né malheureusement à une époque où tous les amis de Proust étaient déjà morts. Proust accompagne ma vie depuis, comme Vailland enchante celle de Lacoche. Je retourne à lui, comme l'on va voir un vieil ami, en sachant qu'on ne sera pas déçu. Les livres de Marcel, toujours avec moi, ont fini par se confondre avec ma propre existence. Avec le temps, mes lectures successives m'ont révélé des aspects insoupçonnés par le jeune adolescent que j'étais, et qui lut d'abord Proust pour savoir ce qu'était l'amour pour une jeune fille...
L'ouvrage de Lacoche comporte également l'interview qu'il réalisa avec un des proches amis de Vailland. Vailland était inclassable. Communiste convaincu, obtus parfois, mais qui eut le courage, contrairement à Aragon, de se séparer des camarades le moment venu. Homme distingué, raffiné, courageux, mais égoïste, sensuel et qui fit souffrir ses femmes. Homme inclassable, enfin, et qui, malgré ses orientations politiques, peut être considéré comme un "hussard" de gauche. Ceux qui aiment Vailland ne bouderont pas leur plaisir, de même qu'ils liront le texte de l'oratorio (oui, "oratorio") que Lacoche a composé sur Vailland.
Tout cela m'engage à lire rapidement les romans de Philippe Lacoche (dont Le Pêcheur de nuages publié au Dilettante en 1996).
Hervé BEL
Par Les ensablés
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Nouveau livre de Freida McFadden en poche rime souvent avec nouvelle entrée dans le Top 10 — et pas à n’importe quelle place : Le Dîner s’installe directement en tête, avec 88.707 ventes en une seule semaine, du 29 juin au 5 juillet. Une entrée phénoménale. Derrière, les cahiers de vacances conservent pourtant leur mainmise sur le classement, dont ils occupent huit des dix premières places.
10/07/2026, 13:00
Houaria, roman de l'auteure algéro-syrienne Inam Bioud, est paru en 2025, dans la collection Khamsa, co-créée par les éditions Barzakh en Algérie et les éditions Philippe Rey en France. Ce roman polyphonique met en avant plusieurs personnages. Leur point commun, la lettre « H » présente dans le prénom de chacun.e : Hadia, Hicham, Houari… Par Ghozlène Benabi.
10/07/2026, 09:40
Dans Le fabuleux piano, à paraître le 27 août chez Robert Laffont, Sonia Devillers retrace l’histoire d’un instrument disparu, le piano de la famille Enoch, éditeurs de partitions, en l’inscrivant dans celle des milliers de pianos volés aux familles juives à Paris pendant l’Occupation, puis déplacés jusqu’aux confins du IIIe Reich. À travers cette enquête, l’autrice explore à la fois la spoliation, la mémoire familiale et la place intime que peuvent occuper les objets dans la transmission.
10/07/2026, 08:56
Avec Entre amis (Actes Sud), premier roman de Hal Ebbott traduit de l’anglais (États-Unis) par Laure Manceau et publié le 26 août, l’auteur met en scène deux familles liées par une amitié ancienne, soudain confrontées à un acte de violence qui bouleverse leurs certitudes et révèle les tensions sociales, intimes et familiales longtemps restées sous silence.
10/07/2026, 06:56
Cal Macleod revient d’Édimbourg vers Falabay, dans les Hébrides extérieures, avec un sac à dos, un sac-poubelle et des secrets que l’île devine avant même qu’il pose le pied sur le quai. Son père John, tisserand, éleveur et chantre d’une foi sans souplesse, l’attend avec Ella, les moutons, la mer et le poids du nom familial. Traduit de l’anglais d’Écosse par Charles Bonnot, John, Fils de John, noue retour au pays, désir, honte et filiation dans un roman rude, drôle et profondément habité. Généalogie à ouvrir le 26 août.
09/07/2026, 13:07
Hier, la terre a tremblé. Les bars autour de chez moi étaient en ébullition : l’Égypte menait 2-0 contre l’Argentine, championne du monde en titre, dans le dernier huitième de finale de la Coupe du monde. L’Albiceleste n’avait pas dit son dernier mot ; moi, je perdais les miens. En quelques minutes seulement, Lionel Messi a mis le match à l'envers. À l’arrivée : 3-2, pleurs, soulagement. Et vertige.
08/07/2026, 22:51
S’il est loisible de méditer sur les mystères insondables du monde que nous habitons, le fait que la science parvienne à le rendre compréhensible devrait, en soi, être un sujet d’étonnement. Pourquoi l’ingéniosité du vivant anticipe-telle nos techniques ? Pourquoi les mathématiques les plus abstraites décrivent-elles le réel ? Conjuguant sciences sociales et sciences du vivant, Bernard Lahire remonte aux racines du réalisme pour élucider l’« éternel mystère » : pourquoi comprenons-nous le monde ?
08/07/2026, 08:00
Françoise Theillou explore la relation complexe d’André Malraux à l’amour et aux femmes, à peu près absente de son œuvre et des grandes biographies qui lui ont été consacrées. L’écrivain a volontairement brouillé les pistes entre réel et imaginaire, taisant l’intime et rejetant toute lecture biographique de son œuvre. Ce sont surtout les femmes qui l’ont aimé, Clara, Josette, Madeleine, Sophie, qui ont permis de lever en partie le voile, chacune révélant un Malraux différent.
08/07/2026, 07:00
Jeunesse à la Fleur est le premier roman de Rym Khelil paru en 2025 aux éditions Barzakh. Le récit autofictif - c'est-à-dire que l'auteure s'inspire de son vécu en y mêlant la fiction - se déroule à Alger, pendant la décennie noire et met en scène des adolescents se préparant au BAC. Par Ghozlène Benabi.
07/07/2026, 17:18
Si vous avez envie de jouer aux espions à l'ombre de Téhéran pour apprendre tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'émirat de Bahreïn. Une ambiance à la John Le Carré dans ce roman qui a été écrit en 2023 mais qui éclaire parfaitement les conflits d'aujourd'hui.
07/07/2026, 16:17
En 1924, Carrie Buck, 17 ans, est envoyée dans une institution de Virginie où médecins, juges et travailleurs sociaux préparent sans le lui dire le procès qui doit légitimer sa stérilisation. À partir de l’affaire Buck v. Bell, Marouane Essadek construit, chez Noir sur Blanc, un premier roman documenté et rageur sur l’eugénisme américain, ses discours de progrès et les vies qu’il a méthodiquement confisquées.
07/07/2026, 11:10
À l’automne 1938, Henri vit auprès de Rachel, son épouse atteinte de sclérose en plaques, dans une clinique près de Liège. Marcelle, pianiste en tournée entre le Maroc, l’Égypte et l’Italie, lui écrit depuis les gares, les paquebots et les chambres d’hôtel. Célia Houdart publie chez POL Notre-Dame-des-Anges et transforme une correspondance familiale couvrant les années 1935 à 1944 en un roman de désir, de maladie et de guerre imminente. Révélation le 20 août.
07/07/2026, 11:03
Un verre Musclor brisé, des assiettes sorties des placards, des coupures du Dauphiné libéré : sur le point de déménager après une rupture, la narratrice de Choses que je croyais perdues emballe davantage qu’un appartement. Clémentine Mélois transforme ces restes domestiques en récit d’apprentissage vif, drôle et fissuré, où chaque objet remet une histoire en circulation. À retrouver, le 20 août.
07/07/2026, 11:02
Plus d’ouvriers, plus de conducteurs de bus, plus de vendeurs… La société israélienne est à l’arrêt. À Tel-Aviv, Ariel et Alaa sont voisins et amis. L’un est journaliste, un sioniste libéral, critique à l’égard de l’occupation militaire de la Cisjordanie et de Gaza, mais fidèle au projet du pays ; l’autre, cameraman palestinien, est hanté par les souvenirs de sa grand-mère récemment décédée, jamais remise de la Nakba et de la perte de sa ville, Jaffa.
07/07/2026, 09:00
Vous pensez avoir une famille dysfonctionnelle ? Attendez de rencontrer les Flynn. Rien ne va plus chez eux. La mère tente de sauver son mariage en s’essayant au couple libre, tandis que le père s’enfonce dans une crise existentielle forcément pathétique.
07/07/2026, 08:00
Après Servir les riches, sa première enquête retentissante chez les grandes fortunes, Alizée Delpierre poursuit sa réflexion sur les rapports de domination et d’exploitation. Dans ce nouveau terrain inédit nourri de nombreux témoignages et de scènes stupéfiantes, elle fait tomber un tabou : aujourd’hui en France, autour de nous, dans tous les secteurs d’activité, il existe des travailleurs que leurs employeurs traitent comme des esclaves.
07/07/2026, 07:00
34-32 à Christchurch, samedi 4 juillet : pas besoin de canicule pour suffoquer durant cette première journée des phases de poule. Nouvelle-Zélande – France, affiche de rêve du Championnat des Nations. Oppressés, les Bleus ont cédé face à des All Blacks qui les ont usés sans jamais vraiment les écraser. Duel de titans ? Sûr. Et pour mieux le mesurer, je vous propose trois œuvres pour mieux le comprendre.
06/07/2026, 20:30
À Shefa Amr, Aïda grandit parmi les champs, les figuiers, les bœufs et Adam, le garçon juif du voisinage. Puis viennent les mariages contraints, l’exode, Beyrouth, les guerres et les appartements que l’on quitte avant d’avoir pu les appeler maison. Dans Ici commence la terre, Jadd Hilal suit plusieurs générations palestiniennes à travers une mémoire qui refuse de se laisser déraciner. Généalogie à suivre le 21 août.
06/07/2026, 13:15
Rémi a longtemps cru sa mère morte. À quinze ans, il découvre que Minerve vit sous le nom de Lolita B., ancienne figure de téléréalité devenue matière à requêtes, moqueries et fantasmes publics. En suivant son fils, sa mère et ceux qui ont contribué à la transformer en spectacle, De guerre ou d’ailleurs compose un roman noir et social d’une violence saisissante. Dans les tranchées, le 20 août.
06/07/2026, 11:32
Tombeau de Parsifal, de Dimitri Bortnikov, paraîtra le 19 août aux éditions Rivages. Dans ce roman, un écrivain franco-russe retourne dans sa ville natale après vingt ans d'absence afin de comprendre les circonstances de la mort de sa mère. Ce voyage, nourri par les souvenirs, la culpabilité et la quête de justice, devient une exploration de la mémoire et des frontières entre vengeance, pardon et responsabilité.
06/07/2026, 09:29
Lait cru, premier roman de Steve Poutré, paraîtra le 20 août 2026 aux éditions Les Escales. Lauréat du Prix littéraire du Gouverneur général, ce roman plonge le lecteur dans une ferme laitière québécoise où un enfant grandit au sein d'une famille marquée par les troubles psychiques, la rudesse du monde agricole et une violence omniprésente.
06/07/2026, 08:23
Suzanne Valadon, l'insoumise, d'Agnès Clancier, paraîtra le 25 août aux éditions des Instants. Ce roman biographique retrace le parcours de Suzanne Valadon, artiste majeure de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, en revenant sur son ascension dans un univers artistique largement dominé par les hommes et sur l'affirmation d'une liberté qui irrigue toute son œuvre.
06/07/2026, 07:14
Du retour d’Adamsberg au conte végétal de Charlotte Monsarrat, le premier semestre 2026 a fait émerger des succès de librairie aussi bien que des échappées plus discrètes. Tous publiés entre le 1er janvier et le 30 juin, ces sept romans écrits en français offrent, avant le déferlement de la rentrée, une cartographie vivante des lectures qui ont compté. Et compteront encore ces prochaines et estivales semaines.
05/07/2026, 14:48
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