Journée exceptionnelle du déclin de Samuel Cramer ou la petite musique des prix. Les prix font couler beaucoup d’encre. Font battre plus forts les cœurs des éditeurs et des auteurs. Jusqu’à la sentence. Rares sont les prix où l’on trouve deux lauréats. Les prix littéraires ne ressemblent ni au palmarès du Festival de Cannes, ni aux Césars, ni aux Oscars…
Le 24/09/2016 à 11:34 par Félicia-France Doumayrenc
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24/09/2016 à 11:34
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Mais ils font basculer dans une attente, dans un espace-temps qui peut se transformer en délice ou en abîme.
Ainsi pourrait-être La journée exceptionnelle du déclin de Samuel Cramer qu’Agnès Michaux nous met en situation dans le présent de ce jour particulier où son héros écrivain de son état attend sans grand espoir le verdict du prix sur lequel il est dans la dernière liste.
Ce qui pourrait être un roman ordinaire qui décrirait une journée exceptionnelle en raison même de l’attente du verdict, est en réalité un puzzle de mots, de fils tendus, de labyrinthes pensés que tend l’écrivaine à un lecteur qui se laisse emporter dans des les circonvolutions de la pensée de Cramer.
L’écriture d’un roman en cours lu par un jeune garçon ami de l’auteur met en perspective, le roman dans le roman et positionne le lecteur dans une quête haletante. Qui est qui est ? Qui joue avec qui ? Où est la réalité, la fiction, le passé, le présent, le futur ?
Sont-ce les bottes rouges de Dawn, la compagne qui le délaisse ? Michel (Houellebecq) ? Sibelius ? Duras ? Rimbaud ? Hölderlin ? Les garçons du Rouquet ou du Flore où Cramer boit à s’en rendre malade ? Les églises ? Venise ? Paris ?
Étrange jeu de phrases où les portes s’ouvrent pour mieux se refermer et ouvrir d’autres fenêtres sur des mots tous plus poétiques et caustiques les uns que les autres.
On me reproche mon sens de l’humour, ou plutôt le sens de mon humour. On dit que j’ai un humour terrible. Moi, je prétends que j’ai l’humour délicat, l’humour de celui qui sait que les choses vont atrocement finir.
Pourtant, si je me suicidais, ils trouveraient que ce n’est pas mon genre et ils auraient raison.
(…)
Je ne suis pas pessimiste. Je déteste le pessimisme. Mon genre c’est le tragique. Mon genre, c’est la souffrance, non comme tourment du ventre, mais comme qualité de cœur. Mon genre c’est la vie. Les corbeaux noirs m’emmerdent.
Cramer n’est pas un homme du misérabilisme, il est un auteur qui s’affirme dans la lignée de l’homme de Charleville. Il est « Je. Car le poète dit toujours “je”. (…) Je, l’Amiral, homme des grands voyages horizontaux et verticaux. »
Agnès Michaux nous emporte bien au-delà de ce à quoi l’on peut s’attendre. Elle réussit à dérouter totalement le lecteur et à l’intégrer dans l’univers de son héros. Étrange roman que le sien, qui est sans nul doute son plus abouti, que la romancière semblait porter en elle depuis toujours et qui semble être sorti d’un jet comme une implacable nécessité. C’est un livre poème, un livre choral, où la poésie transparaît et où la sensibilité de l’auteure est sous chaque mot, chaque phrase, chaque virgule, chaque point, chaque silence.
Il faut se laisser porter par eux et faire avec l’écrivaine le voyage à l’envers comme elle l’écrit sous la plume de Cramer :
« Le voyage à l’envers, je l’ai fait. Éthiopie – Charleville (…)Non, ne pas se retourner. Chercher l’ailleurs. »
La journée exceptionnelle du déclin de Samuel Cramer se lit d’une traite. Agnès Michaux entraîne le lecteur dans son univers. De cet univers, on sort grandi, différent. On en vient à regretter que ce roman ne soit pas sur une liste de ces prix tant attendus. Il le mériterait, en effet, et de très loin. Car : « Éteignez la lumière. Ce monde est trop beau. » Ce monde c’est celui fascinant de l’écrivaine.
Par Félicia-France Doumayrenc
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Matthias Zschokke aime les personnages qui trainent derrière eux une vie banale faite de tâches ingrates et répétitives dans une administration quelconque, des personnages qui semblent ne pas exister, ne pas avoir d’emprise avec le réel. Et pourtant, dans les insignifiantes vies de ces personnages-là, existent une multitude de détails, de petits incidents qui en disent long sur un univers lunaire, poétique, à la limite de l’imaginaire. Une traduction de Isabelle Rüf. Parution le 16 janvier aux éditions Seuil.
08/01/2026, 12:02
Dès l’ouverture, Toussaint Noël frappe sans ménagement. Pas de montée progressive, pas de décor aimablement planté : une adolescente morte, une cabane sordide, un flic à bout. « Debout au-dessus du cadavre sans tête de la petite Tsvetana, treize ans… la nausée m’a submergé ». Tout est là : la violence du monde, l’usure morale, et cette ligne de fracture à partir de laquelle plus rien ne sera réparable. À paraître le 18 février.
08/01/2026, 10:20
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