Le roman de Barjavel, « roman extraordinaire » dit le sous-titre, est publié en 1944 chez Denoël, mais circonstance fort imprudente, il a paru précédemment en feuilletons dans l’hebdomadaire ultra-collaborationniste "Je Suis Partout" que dirigent alors, entre autres, Robert Brasillach et Lucien Rebatet... Quels étaient les sentiments de Barjavel à l’égard de la ligne éditoriale du journal ? On n’en sait rien et on n’en saura pas plus en lisant l’interview qu’il donna le 12 mars 1943 à propos d’un autre ouvrage « Ravage » si ce n’est qu’il faisait sienne la maxime de Céline selon laquelle "l’avenir n’est pas une plaisanterie".
Le 05/03/2017 à 09:00 par Les ensablés
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05/03/2017 à 09:00
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Par Henri-Jean Coudy
On apprendra seulement dans cette interview qu’il est né à Nyons dans la Drôme, "au coeur d'une vallée couverte d'oliviers, avec alentour de hauts rochers et des grottes où, enfants, nous allions à la chasse aux chauve-souris. Je ris un brin quand je pense qu'entre deux fournées de pain, mon boulanger de père va peut-être lire mon premier roman."
Après avoir fait laguerre de 40 chez les Zouaves, il entre au Progrès de l'Allier, correspondant à Vichy et chargé de divertir pendant la saison les plus riches hépatiques du continent. En même temps il fait partie d'une compagnie de comédiens amateurs spécialisée surtout dans Labiche et François Coppée. "Un beau jour de 1935, Denoël vint faire une conférence à Vichy, j'étais chargé de le présenter au public, nous avons bavardé toute la nuit et à l'aube mon patron d'aujourd'hui m'offrait de travailler chez lui".
Rien de bien compromettant si ce n’est qu’il fallut quand même en rendre compte, sans suite apparente, à la Libération (à cette époque, il assura même l’intérim de Denoël, qui, lui, avait de sérieux ennuis et fut mystérieusement assassiné en décembre 1945).
C’est à l’aube que fut écrit le roman, entre cinq et sept heures du matin, avant le début de la journée de travail. C’est un roman de science-fiction, si l’on veut, dans la veine de celui du britannique HG Wells La Machine à explorer le temps. On le lit d’une traite, emporté par l’enthousiasmante perspective de sortir de son époque (et celle de la parution du livre n’était pas particulièrement réjouissante).
Et de suivre, comme le titre l’indique, la très imprudente démarche d’un professeur de mathématiques et d’un physicien, qui grâce aux travaux du premier a percé les secrets de la domination du temps.
La découverte est vertigineuse en soi ; elle permet, grâce à une étrange matière, la « noelite » à laquelle est rattachée un simple compteur et un scaphandre, de changer d’époque.
C’est le jeune professeur de maths qui s’y colle tandis que l'obésité empêche le physicien de l’accompagner.
Après s’être amusé à de faibles variations de temps, il découvre les joies d’aller chercher de la nourriture abondante quelques années avant la seconde guerre mondiale ou, encore mieux, d’aller piller dans un passé plus lointain des gens qui, de toutes façons, sont déjà morts pour financer les temps difficiles du début des années quarante.
Et puis, il y a Annette, la fille du physicien, auquel le pourtant gauche prof de maths est loin d’être insensible et réciproquement.
Mais comment des savants pourraient- ils se borner à de pareils enfantillages ? Comment ne pas se poser la question de l’avenir de l’humanité et mieux encore ce que leur découverte pourrait réparer de catastrophes et de malheurs ?
Bien entendu, c’est ouvrir une redoutable boîte de Pandore.
L’avenir, l’avenir très lointain, celui de l’an 100 000, on le savait déjà un peu avec Wells, n’a pas de quoi réjouir les enfants des Lumières et de la raison raisonnante. C’est une bien étrange société que découvre Saint-Menoux (puisqu’il s’appelle ainsi), qui tient plus drd insectes organisés que des inflexibles roseaux pensants que sont, paraît-il, les humains.
Et puis, quel ordre du temps peut se concevoir si l’on peut revenir en arrière et y introduire des modifications, que va-t-il rester du présent ?
N’est-ce pas au cours d’un des raids de pillage que multiplie Saint-Menoux que s’interrompt un mariage d’où aurait dû sortir un architecte qui donc n’aura jamais existé et dont pourtant l’œuvre bâtie est toujours bien en place dans le présent ?
Alors, le temps est-il une inexorable nécessité ou peut-il être modifié à tout moment ? Et que peut-on vraiment faire dans l’intérêt de l’humanité ?
Sainte-Menoux aura tort de n’écouter que son bon cœur et sa curiosité ; elles sont rarement récompensées et l’on s’engage sur des voies bien imprudentes où tout, oui tout, peut se perdre…
Barjavel écrivit d’autres romans qui rencontrèrent un public, travailla sur des scénarios de cinéma, en particulier les Don Camillo mais également Le Guépard et, dans les années soixante-dix où je serais bien revenu si je disposais des moyens techniques de Saint-Menoux, il tenait une chronique plutôt pépère dans le Journal du Dimanche.
Mais c’est pour le Voyageur imprudent qu’il mérite d’être dans nos mémoires.
Henri-Jean Coudy - février 2017
Par Les ensablés
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En 2010, Emmanuel Lepage embarque à bord du Marion-Dufresne pour un magnifique voyage vers les Terres Australes et Kerguelen. Il en a tiré ce magnifique carnet de voyage où la chaleur et l'humanité des scientifiques isolés là-bas luttent contre la violence des éléments naturels de ces terres inhospitalières.
03/12/2025, 10:07
Pourquoi éprouvons-nous spontanément de la sympathie pour les gaffeurs ? Aimons-nous ceux qui nous font rire à leurs dépens par réflexe ou est-ce une simple réaction nerveuse à l’idée que cela pourrait nous arriver ? Quoiqu’il en soit, dans son roman Belle de match (Editions Sixième(s)), Laurent Chiambretto ne se moque pas de son personnage mais nous invite à rire avec lui de ses malheurs.
03/12/2025, 08:00
Traduit de l’espagnol (Argentine) par Laura Alcoba, Je suis une idiote de t’aimer, de Camila Sosa Villada est un recueil de neuf nouvelles. Il met en scène des héroïnes inoubliables – journalistes, nonnes, grand-mères, enfants, chiennes ou renardes – toutes animées par une même volonté de survie.
03/12/2025, 07:00
L'histoire vraie de Robert-Houdin, l'illusionniste français que l'armée de Napoléon III envoya en Algérie en 1856 pour contrer les marabouts soufis de la rébellion. Un petit tour de passe-passe en images dans les coulisses de notre histoire coloniale.
02/12/2025, 16:08
Plonger dans L’Être et le roman revient à s’installer dans une salle immense où les voix de Boccace, Rabelais, Homère ou encore Gombrowicz se répondent à travers les siècles. L’ouvrage n’est pas seulement une méditation sur l’art romanesque : il explore, avec ampleur et précision, ce qui fait de la littérature un espace unique pour penser la liberté, l’existence et le beau.
02/12/2025, 12:31
Publié en 2025, Les dérives d’un continent s’inscrit dans un moment de recomposition internationale marqué par le retour des logiques de puissance, la fragmentation politique latino-américaine et la montée de concurrents systémiques aux États-Unis. Alain Rouquié, diplomate et politiste reconnu, reprend ici une réflexion menée depuis plusieurs décennies sur la place singulière de l’Amérique latine dans l’architecture occidentale.
02/12/2025, 11:59
Le silence est un voyage qui mène du rejet à la libération ; une sorte de refuge dans lequel chaque individu entretien des non-dits, des rancœurs, des secrets et pourquoi pas des espoirs. Rouille de Camille Leyvraz, un roman proposé par La Veilleuse Éditions.
02/12/2025, 10:00
Conte horrifique, roman sur la cellule familiale, ses mensonges, ses legs impossibles et le sort réservé aux filles : ce premier livre aborde l’emprise avec une envoûtante maîtrise des scènes et nous tient en haleine jusqu’à la dernière page.
02/12/2025, 08:00
Faut-il partir au bout du monde pour se retrouver ? C’est la question que se pose Manon, océanologue et mère divorcée, encore meurtrie par une déception amoureuse. Son cœur brisé la ramène sur les rivages de son enfance en Sicile, entre les bras d’une grand-mère tendre et la mémoire d’un père marin disparu en mer.
02/12/2025, 07:00
On connaît Mircea Eliade avec une pipe, des lunettes trop grandes et un air de professeur occupé à réinventer la « science des religions ». Historien du sacré, maître de conférences à Chicago, auteur du Sacré et le Profane et du Mythe de l’éternel retour, sa réputation s’épanouit surtout dans les bibliographies universitaires et chez les fervents du spirituel, beaucoup moins dans les listes de romans à lire l'été.
01/12/2025, 18:22
Le titre Mes Chéries n’a rien de mystérieux : c’est un clin d’œil direct à Clarice Lispector, dont un recueil de lettres à ses sœurs porte le même titre dans sa traduction française, publiée aux éditions des femmes – Antoinette Fouque. Chez François Kasbi, ces « chéries » ne sont pas ses sœurs mais les femmes autrices qui ont marqué sa vie de lecteur.
01/12/2025, 11:33
La littérature doit créer des paradis, des enfers ou des réalités nouvelles – ou elle n’est pas. Simultanément, Lolita, de Vladimir Nabokov (éditions Gallimard, 2001, traduction de Maurice Couturier) ouvre un éden et un enfer incandescents, une idylle aux ombres infernales, en nous plongeant dans la conscience d’un pédocriminel amoureux fou d’une jeune fille fantasmée qui, par sa désinvolture lascive, ses ambivalences insondables, le fait échapper à sa dépression, à son ennui d’exister dévorant.
01/12/2025, 09:59
La joie ne dépendrait ni de la clémence du réel ni d’un tempérament favorable, mais d’un positionnement intérieur. Ainsi, Antoine Leiris opposait à la haine « l’amour qu’il porte à son petit garçon » et affirmait n’avoir « pas de temps à [leur] consacrer ». La joie apparaît ainsi comme une manière de se soustraire à des forces qui chercheraient à confisquer la vie.
01/12/2025, 09:26
Chimères tropicales (Robert Laffont) plonge le lecteur au cœur de la jungle, dans un univers où se mêlent sensations, illusions et mystères. À la manière de La Sauvagière, Corinne Morel-Darleux explore notre lien intime au monde sauvage et à la part d’imaginaire qui le façonne.
01/12/2025, 08:30
Cette semaine (du 17 au 23 novembre), le classement ressemble à un duel de générations : d’un côté, Astérix, en pleine forme gauloise, de l’autre, Inoxtag, dont le tome 2 d’Instinct surgit comme un météore qui scalpe l'Everest. Autour d’eux, le Goncourt 2025 poursuit sa longue marche, Freida McFadden continue son quadrillage du top et la BD franco-belge glisse un pied entre les deux géants.
28/11/2025, 12:41
Annaë a 15 ans. Le lycée, c’est un peu compliqué, pour elle. Ses meilleures amies depuis l’enfance – Malia, Jasmine et Aline – sont toutes plus occupées les unes que les autres, si bien qu’elles n’ont plus le temps de se voir comme avant. Pourtant, en parallèle de ses soucis d’adolescente, le quotidien se fissure lorsque Romuald, un camarade de classe, disparaît du jour au lendemain sans laisser de trace. Que lui est-il arrivé ? Est-il vraiment parti de son plein gré ?
28/11/2025, 12:39
Fini les crabes, les monstres et les parcs d’attractions : dans Knight Club, Arthur de Pins délaisse les rivages contemporains pour s’aventurer au cœur des Croisades, livrant une fresque médiévale aussi élégante qu’irrévérencieuse. Entre épopée, satire et western oriental, l’auteur signe une aventure foisonnante, traversée de références assumées et d’un souffle narratif qui ne faiblit jamais.
27/11/2025, 16:12
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