Scène habituelle dans une librairie : "Euh, vous avez le dernier Gudule ?" le libraire regarde son ordinateur, revient vers son client "C'est bien possible, mais lequel ?" Gudule fait partie de ces auteurs dont on a toujours beaucoup de mal à connaitre précisement son actualité, tellement sa bibliographie est foisonnante. C'est pour la sortie de Valentin Letendre, Frisson, amour et maléfice que nous avons décidé de rencontrer celle qui "dors le moins possible" pour pouvoir écrire.
Le 22/01/2008 à 21:56 par Fred Ricou
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22/01/2008 à 21:56
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Bonjour Gudule, la première question qui me vient à l'esprit quand on voit ta bibliographie c'est : Mais quand trouves-tu le temps de dormir ?
Ben… rarement. S'il n'y avait pas les rêves pour rendre le sommeil intéressant, dormir serait une vraie perte de temps ! C'est pour ça que je me lève, en général, vers quatre heures du matin. La nuit, c'est un moment si fabuleux pour écrire ! Personne, pas de bruit, pas de téléphone, juste mon écran et moi dans le silence et l'obscurité. Et aussi le chat, qui adore me tenir compagnie dans mes nuits d'écriture.
Donc, pour ce qui est de dormir, je dors le moins possible. Juste le temps de rêver, quoi !
Tu écris pour la jeunesse (albums et romans) et pour les adultes également est-ce que tu y prends autant de plaisir ?
Pour moi, il n'y a aucune différence. J'écris pour des lecteurs, point. Qu'ils soient filles, garçons, jeunes, vieux, ça m'est égal pourvu qu'ils prennent plaisir à mes histoires. Simplement, quand j'écris pour les jeunes, c'est l'adolescente que j'ai été (et qui est toujours vivace en moi) qui se met aux commandes. Quand j'écris pour les adultes, c'est une autre facette de moi-même qui s'investit à fond. Mais je le répète, dans un cas comme dans l'autre, je raconte les choses qui me hantent, et cela m'apporte le même bonheur.
Est-ce qu'un style te « repose » plus que l'autre ? et à partir de quand une histoire est-elle faite pour tel ou tel lectorat ?
Je ne dirais pas qu'il me repose, mais il m'évite de m'ennuyer. L'ennui est la chose qui me terrifie le plus au monde. Or, barboter sans arrêt dans les mêmes univers, répéter les mêmes choses, c'est ennuyeux. Alors, j'alterne les genres.
Lorsque je trouve une idée de livre, l'âge du lectorat s'impose de lui-même. Par le thème, bien sûr, mais surtout par l'angle sous lequel je décide de l'aborder. Ce n‘est pas par hasard si, la plupart du temps, dans les romans destinés aux adolescents, le héros est lui-même un adolescent. Le récit est présenté du point de vue de ce personnage, ce qui permet aux lecteurs s'identifier à lui, et de rentrer dans une intrigue « sur mesure ». Mais les mêmes événements, narrés d'un point de vue adulte, donneraient un livre foncièrement différent, auquel les jeunes ne trouveraient peut-être aucun intérêt. Ça a l'air un peu technique, dit comme ça, mais quand on a l'habitude, ces choix se font d'instinct, quasiment sans y réfléchir.
Ceci dit, la frontière entre littérature pour ados et littérature pour adultes est souvent floue. On trouve aujourd'hui dans les collections destinées à la jeunesse des romans classiques – Dumas, Zola, Jules Vernes, etc — qui, à l'origine, étaient destinés à un public adulte ! En ce qui me concerne, j'ai de nombreux livres à cheval sur les deux genres. « La petite fille aux araignées », entre autres, qui a pas mal circulé dans les classes de quatrième et de troisième, est paru chez Denoël dans un collection pour adultes. Et « La vie en Rose », sorti chez Grasset-jeunesse, a été repris par France-loisirs dans une collection pour adultes. À ce moment, ce n'est plus l'auteur qui se plie au lectorat, mais le lectorat qui s'adapte au livre — ce qui, à mon avis, est mille fois mieux !
J'ai lu que tu avais écrit ton premier roman quand tu étais en 6éme, tu te souviens du sujet ?
Je m'en souviens d'autant plus que je l'ai repris, trente ans plus tard, dans un livre intitulé « L'école qui n'existait pas » — avec des nuances, bien sûr, mais le fond est le même. Une pension pour jeunes filles (inspirée de celle dans laquelle on m'avait « enfermée » l'année de ma sixième) est envahie par des êtres atroces qui y fichent la pagaille. Dans la première version, il s'agissait de spectres. Dans la seconde… c'est nettement pire ! Mais ne compte pas sur moi pour te révéler le fin mot de l'histoire !
En début d'année 2008, est paru un deuxième tome des « aventures » de Valentin Letendre (Editions Plon Jeunesse), quasiment un an après le premier. C'était prévu au départ ou tu as simplement voulu lui créer de nouvelles péripéties ?
Au départ, je n'étais pas fixée. En fait, c'est le personnage qui a décidé pour moi. Il m'a harcelée pour que je continue à le faire exister. À chaque idée que je trouvais, presque malgré moi, je me disais : « C'est une aventure pour Valentin, ça ! » Alors, bon, j'ai fini par craquer : j'ai écrit un second tome. Et maintenant, je suis encore plus attachée à lui ! Je me demande bien au combientième tome ça s'arrêtera !
Tu as une préférence pour les univers « fantastiques ». Est-ce que c'est simplement pour une raison d'aide à l'imagination où tout est permis ?
Non, je pense que c'est culturel. Mon enfance a baigné dans une atmosphère de carnaval, de légendes, de contes de fées, de fantômes et de grenouilles-qui-se- transforment-en-princes-charmants. Ces univers-là, je m'y sentais bien. Je m'y sens toujours bien aujourd'hui. Je trouve le monde tellement plus séduisant, plus drôle, plus passionnant, vu à travers le philtre de l'irrationnel ! Mais tu as sûrement raison : le fait que « tout y soit permis » doit y être pour quelque chose !
Quels sont les thèmes que tu n'as jamais abordés et pourquoi ?
Je serais tentée de te répondre : ceux dont j'ignore tout. Le sport, par exemple. Si j'en parlais, j'en parlerais mal puisque je ne pratique aucun sport, et que je ne m'intéresse à aucune forme de compétition. Le jeu également, pour la même raison. Si j'essayais d'écrire quelque chose là-dessus, ça sonnerait faux, forcément !
Je déteste les livres « truqués », ceux qui ne sont pas l'expression de ce qu'on éprouve profondément, mais se contentent d'être des exercices de style. Je te donne un exemple : il y a quelques années, l'anorexie était à la mode. La littérature, les journaux féminins, les émissions télé s'étaient emparés du phénomène et le mettaient à toutes les sauces. Une éditrice m'a demandé d'écrire un livre sur ce sujet. J'ai refusé : n'ayant jamais été anorexique, et n'ayant jamais fréquenté de près une victime de cette maladie, je ne pouvais sortir que des lieux communs ridicules ou des propos bêtement moralisateurs. Même chose pour la drogue. Malgré des demandes réitérées des éditeurs, je n'ai jamais voulu aborder ce sujet que je ne connais que par ouï dire. J'aurais l'impression de me moquer de mes lecteurs ! Il y a d'admirables textes sur ces sujets, écrits pas des personnes qui ont vécu le problème de l'intérieur. Elles seules, à mon avis, peuvent en parler correctement, avec émotion, gravité et surtout sincérité.
Quand on fait quelques recherches, on voit que beaucoup de monde dans ta famille a un lien avec l'écriture ou le dessin. Alors même question que nous avions posé à Lorris Murail, est-ce que le talent artistique est-il génétique ?
Non, je ne le crois pas. Bien sûr, il y a une sensibilité, des aptitudes qui peuvent être héréditaires, mais à mon avis, c'est surtout une affaire de contagion. La passion se transmet. Des enfants qui grandissent dans une atmosphère de création constante, de désir de créer, de bonheur de créer, acquièrent tout naturellement ce goût. Et surtout, ils sont élevés dans l'idée que lâcher la bride à son imagination, c'est bien. Que rêver, c'est utile. Qu'écrire, dessiner, inventer des histoires, s'exprimer, c'est riche. Et que, plus tard, vivre de ça, c'est possible. Ils seraient bien bêtes de ne pas en profiter !
Pour finir, question piège, combien de tes livres sortent cette année ?
25 dont 6 rééditions et 2 compil'.
Merci.
Gudule sera présente au Salon du Livre de Paris le 16/03 à 11h sur la stand Plon
Par Fred Ricou
Contact : fred.ricou@leshistoiressansfin.com
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Le Syndicat national de l’édition n’a rien contre les prélèvements. Il a simplement ses pudeurs. Quand l’argent remonte vers les auteurs et les éditeurs, le vocabulaire se fait noble : rémunération, compensation, gestion collective, partage de la valeur. Quand il risque de redescendre vers les librairies indépendantes, les éditeurs fragiles ou les auteurs, le ton change. Le même geste devient un « réflexe » qui ne serait « pas forcément sain ». Mais alors, à quel sain se vouer ?
08/06/2026, 12:28
Quatre ans après son lancement, le Paris Book Market s’impose comme un rendez-vous majeur du commerce international des droits. Pierre Astier et Laure Pécher saluent ce succès dans un texte adressé à ActuaLitté... Tout en appelant à ouvrir plus largement l’événement aux agents, scouts et professionnels étrangers qui gravitent déjà autour de la place parisienne.
08/06/2026, 11:47
Un arbre suspendu au-dessus d’un îlot rocheux, la guilde de Fairy Tail reconstituée à taille réelle, des fac-similés de planches et des croquis de travail : aux Rendez-vous de la BD d’Amiens, l’exposition Fairy Tail, une épopée draconique propose une traversée de l’univers créé par Hiro Mashima. Un parcours qui s’intéresse autant à l’imaginaire de la série qu’à sa fabrication.
07/06/2026, 19:26
Au festival Passeurs de Livres, il y a les grands rendez-vous annoncés, les conférences, les auteurs attendus, les maisons mises à l’honneur. Et puis il y a les allées. Les tables serrées sous le chapiteau, les livres empilés, les affiches accrochées aux grilles, les auteurs qui se lèvent pour présenter un roman, un témoignage, une vie. C’est là aussi que se raconte une partie de cette édition 2026, consacrée aux « Difficiles libertés ».
07/06/2026, 09:30
Aux Rendez-vous de la BD d’Amiens, Les Monstres d’Emil Ferris fait dialoguer Moi, ce que j’aime, c’est les monstres avec la collection du Frac Picardie. Le parcours explore le journal intime, le polar, le gothique, Chicago, la Shoah ou encore la puissance féministe d’une œuvre où les monstres deviennent une façon de lire le monde.
06/06/2026, 19:46
À la bibliothèque Louis Aragon, dans le cadre des RDVBD 2026, La Revanche des bibliothécaires déploie l’univers de Tom Gauld avec une élégance rare. Le dessinateur écossais y confirme ce talent singulier : faire rire avec trois traits, un sens parfait du décalage et une culture graphique qui ne pèse jamais. Une exposition vive, malicieuse et profondément réjouissante.
05/06/2026, 18:41
Guilhem Méric, auteur de romans de l’imaginaire, analyse les difficultés croissantes du monde du livre. Entre baisse des ventes, concurrence des écrans et transformation des usages culturels, il alerte sur une crise de l’attention qui touche aujourd’hui toute la chaîne de l’édition.
05/06/2026, 16:57
À la Maison de la Culture d’Amiens, les 30es Rendez-Vous de la Bande Dessinée accueillent « Mickey, tout a commencé par une souris ». L’exposition du Fonds Glénat, visible du 5 juin au 14 septembre 2026, remonte le fil d’une icône née au cinéma, passée par la presse et devenue, vitrine après vitrine, une petite machine à souvenirs.
05/06/2026, 15:32
En 2024, David Piovesan proposait une analyse des Rencontres nationales de la librairie, qui s'étaient déroulées à Strasbourg : désormais, le marché de la librairie se relit sous un jour plus politique. Les libraires ont bâti un récit collectif puissant face aux plateformes. Reste une épreuve plus rude : convertir cette identité professionnelle en modèle économique durable.
04/06/2026, 16:55
La vente en ligne a changé d’échelle. Pour rester visibles, les librairies indépendantes doivent-
elles construire une puissance collective ? Renny Aupetit, propriétaire de la librairie Le Comptoir des Lettres (Paris, 5e), pose la question.
04/06/2026, 11:47
La réponse de l’édition indépendante à la concentration doit passer par le collectif. Car, pour ne rien arranger, le plus important parmi ces groupes la double d’une offensive idéologique délétère. La coopérative OPlibris nous adresse un texte, affirmant ses valeurs, autant que ses objectifs.
02/06/2026, 17:37
Voici un petit texte, rafraîchissant – ce qui ne manque déjà pas d'à-propos quand il pleut. Il est extrait d'une suite théâtrale que Christophe Esnault est en train de constituer. Et qui s'autorise pensée critique et humour. « Comme toujours je suis très mignon avec ce microcosme éditorial et simili culturel », nous explique-t-il. Et on le croit sur parole, bien entendu. Jugez sur pièce.
02/06/2026, 12:24
Les petites poupées, collées sur des morceaux de carton, sont si minuscules, si délicates, qu’elles semblent n’exister que par la fantaisie d’un enfant : des nuages soufflés par le rêve, fragiles comme les bateaux des pêcheurs bretons qui naviguaient pendant des mois dans la brume, autour de l’Islande.
02/06/2026, 11:10
Malgré une meilleure visibilité sur les réseaux sociaux ou dans les médias, le sujet de la voyance reste encore tabou. Toutefois, je peux accorder aux sceptiques que leur méfiance n’est pas toujours sans objet, car tout dépend de quel type de voyance on parle. Il règne effectivement une grande confusion dans ce monde mystérieux et inquiétant, mais, cependant, très attirant de la voyance. Alors vous êtes en droit de vous demander : illusion, arnaque ou don réel ? Par Sabrina Depraz, autrice de La voyance : mode d'emploi.
02/06/2026, 06:25
Au début de l'année 2005, j'avais posté sur biblio-fr un vœu que le BBF reprit en ouverture de son numéro consacré à la "Mort et transfiguration des catalogues" : "Le catalogage et l'indexation prennent leur place au musée de la bibliothéconomie." Anne-Marie Bertrand y voyait une transfiguration en marche. Vingt ans plus tard, je rouvre le dossier, cette fois avec l'IA générative comme pièce à conviction.
31/05/2026, 10:48
La France ne connaît pas une canicule généralisée, mais certains départements restent concernés par une vigilance canicule, après un épisode de chaleur inédit pour un mois de mai. Derrière le dôme anticyclonique, la masse d’air subtropicale et le réchauffement climatique, la question météorologique se déplace : non plus seulement combien de degrés, mais quelles vies deviennent plus fragiles sur une planète moins habitable ?
30/05/2026, 16:10
Du 29 au 31 mai 2026, le Grand Narbonne donne rendez-vous aux passionnés de lecture, aux familles et aux jeunes lecteurs pour la 12e édition de son Salon du livre. Pendant trois jours, la ville de Narbonne devient un espace de circulation des textes et des idées, entre rencontres, lectures et propositions artistiques, attirant chaque année un public toujours plus nombreux.
26/05/2026, 17:16
La nouveauté domine-t-elle désormais trop fortement l’économie de la librairie ? Dans cette analyse, Jean-Charles Caplier, directeur commercial chez Dilisco, analyse le ralentissement du réassort du fonds, moins comme un désintérêt des libraires que comme le symptôme d’un marché sous tension, pris entre trésoreries fragilisées, rotation ralentie, surproduction et pression permanente de l’actualité éditoriale.
22/05/2026, 09:06
En Corée du Sud, le livre ne se défend plus seulement contre l’IA : il devient une donnée qualifiée, négociable, rémunérée. En France, le législateur avance par un autre chemin, plus contentieux mais décisif : rendre prouvable l’usage des œuvres par les modèles. Entre opt-out, AI Act et présomption d’utilisation, l’industrie du livre quitte l’indignation pure pour entrer dans le dur du rapport de force.
21/05/2026, 13:00
Tout le secteur du livre s'interroge aujourd'hui sur la place des librairies indépendantes face à la montée de l’extrême droite, le poids du groupe Bolloré dans l’édition et la responsabilité des libraires dans la défense du pluralisme démocratique. Dans ce texte proposé par Christophe Marie, co-gérant de la librairie Au saut du livre, à Joigny, dans l’Yonne, tout un pan de l'industrie du livre est questionné. Et ses clients avec lui.
21/05/2026, 10:21
Canal+ a donné un nom à la peur qui traverse désormais l’édition : la liste noire. L'intervention de Maxime Saada, président du directoire de Canal+, qui refuse désormais de travailler avec les 600 personnes ayant signé une petition contre son patron, Vincent Bolloré, introduit une singulière logique de groupe.
18/05/2026, 13:09
Encyclopaedia Britannica et Merriam-Webster poursuivent OpenAI, accusé d’avoir utilisé leurs contenus pour entraîner ChatGPT et de capter leurs lecteurs par des réponses proches de leurs textes. Au-delà du droit d’auteur, l’affaire pose une question qu’Umberto Eco avait placée au cœur du Nom de la rose (trad. Jean-Noël Schifano) : qui garde la bibliothèque, qui classe le savoir, qui vérifie la réponse quand la source disparaît ?
16/05/2026, 11:17
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Étienne Klein perd son doctorat après une enquête sur le plagiat de sa thèse “Je suis plus français que toi, parce que moi, j’ai choisi” : dans les allées de Passeurs de Livres Plagiat d'Étienne Klein : des excuses au règlement de comptes Lionnel Astier : “Tout ce qui leur restait, c’était la parole”
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