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Les Ensablés - "Le pays où l’on n’arrive jamais" (1955), André Dhôtel

C’est un roman étrange qui fut couronné en 1955 par le prix Femina : roman fantastique, surréaliste, régionaliste, allégorique ? Un enfant, adopté juste après la guerre par le riche diamantaire anversois Drapeur, se rappelle du « grand pays » et de « maman Jenny ». Son père adoptif a effectué des démarches pour retrouver la mère de cet enfant, mais en vain. Il voudrait maintenant que cet adolescent de quinze ans oublie le passé et se tourne vers un avenir prometteur. Ses souvenirs vagues ne sont-ils pas d’ailleurs imaginaires ?

Le 11/06/2017 à 09:00 par Les ensablés

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11/06/2017 à 09:00

Les ensablés

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Notes de voyage de L. Jouannaud

Mais l’enfant résiste, il est sûr de n’avoir rien inventé. Il fugue et  cherche le grand pays qui doit se trouver quelque part, dans la région des Ardennes, à cheval sur la France et la Belgique. On a lancé un avis de recherche. Dans sa quête, l’enfant passe par Lominval où vit Gaspard Fontarelle, qui a le même âge et n’a jamais quitté son village. Gaspard l’aide à se cacher et à échapper à son tuteur et à la police : « Pourquoi t’es-tu sauvé ?- Je cherche mon pays.- Quel pays ?- Je ne sais pas. Je cherche. » L’adolescent sera repris, mais Gaspard lui a promis de chercher lui aussi ce pays mystérieux. La métaphore est évidente, Dhôtel fait dire à un personnage : «S’il cherche son pays, c’est que là où il était, il n’est pas chez lui. » Et un autre renchérit : « Ça serait comme s’il cherchait le Paradis. »

Dès le troisième chapitre, le roman avance en zigzag, selon la fantaisie de l’auteur qui ne se soucie pas de vraisemblance. Il s’agit d’une quête, pas d’une enquête. Gaspard part en forêt chercher des champignons, rencontre un cheval pie, noir et blanc, le suit, glisse, dérape et se retrouve à califourchon. Le cheval l’emporte et Gaspard ne rentrera chez lui qu’à la fin du roman. Ce cheval, évidemment, sait où il va. Longues descriptions de la forêt ardennaise : « Le cheval reprit un train d’enfer à travers des arbres que l’on distinguait à peine de l’obscurité. »  Le cheval le conduit chez le coiffeur Baisemain, à Fumay.

Or l’enfant qui cherche son pays est justement passé chez ce coiffeur, un coiffeur extraordinaire (« sa chevelure et ses sourcils avaient un air étrange qui fit frissonner Gaspard ») qui lui conseille d’aller voir Théodule Residore. Gaspard va de Fumay à Vireux, le long de la Meuse, dans la région de Charleville-Mézières. Théodule est un jeune homme dont le père, dit-il, « a des entreprises nombreuses, collectionne les moustaches de chat, les bagues de cigare et bien d’autres curiosités. » Théodule a une voix bizarre : il est sourd, il lit sur les lèvres.

Il apprend à Gaspard qu’un  garçon d’Anvers, appelé Drapeur, qui cherchait son pays, est passé ici-même quelques jours auparavant. Il peut aider Gaspard à aller à Anvers retrouver son ami. Théodule place Gaspard sur une péniche qui descend la Meuse, rejoint l’Escaut jusqu’à Anvers. Là, il doit rencontrer Niklaas Cramer et ses deux fils Ludovic et Jérôme, qui vivent sur une péniche. Pour Gaspard, la grande aventure a commencé, et la beauté du monde se dévoile : « Ce n’était pas un voyage immense. Cependant Gaspard était ébloui par les eaux du fleuve, et par les contrées qu’on traversait. Comme si soudain la nature se multipliait. »

Niklaas et ses fils sont musiciens des rues. Et à Anvers, Gaspard, rencontre un homme à barbe rousse, très méchant, Jacques Parpoil, qui est l’homme à tout faire de Monsieur Drapeur. Si Parpoil est là, alors l’ami de Gaspard est là aussi. En effet, lui et son père adoptif vivent sur un yacht ancré dans le fleuve. Gaspard monte à bord, se fait repérer et il est retenu  prisonnier, obligé de travailler comme aide-cuisinier. Gaspard et le lecteur, et l’auteur presque, découvrent alors que ce garçon blond est une fille blonde qui s’appelle Hélène : « Comment ne s’en était-il pas douté ? Et vraiment ne l’avait-il pas pressenti sans se l’avouer, surtout à ces moments  où il ose se souvenir de ses yeux clairs ? »

Gaspard arrive à sortir de sa cabine en s’extirpant par le hublot. Hélène lui parle alors de ce pays dont elle se rappelle : « Des chênes, des bouleaux et en même temps des palmiers. Une forêt avec une clairière. Un peu plus loin on apercevait une mer bleue. » Ce paysage, dans la région des Ardennes, est impossible, inventé, imaginaire. Il lui reste de cette époque un livre d’images où est écrit « en grosses lettres malhabiles, un peu effacées » : «  Maman Jenny au grand pays ». Hélène est décidée à retrouver ce pays et son passé: « Toute ma vie est là-bas, et je veux vivre avec maman Jenny. »

Hélène a raison. Elle a raison de croire en ses souvenirs d’enfant. Elle a raison de s’obstiner à chercher, c’est-à-dire de refuser la vie qu’on lui propose, avec son père adoptif qui veut faire d’elle une grande artiste. Et Gaspard a raison de la croire, et de chercher avec elle ce grand pays.

On arrivera à ce pays après toutes sortes de hasards. Le yacht part pour les Bermudes où son père adoptif veut installer Hélène. Aux Bermudes, Gaspard essaie de la faire évader, elle tombe d’un toit, elle est entre la vie et la mort pendant 10 pages. Hélène s’obstine (« Rien ne prouve que maman Jenny est morte », « c’est possible de retrouver ce pays, il a l’air fantastique mais, comme il existe, on le découvrira forcément »), Gaspard la croit toujours. Le yacht revient à Anvers.

Gaspard y retrouve Niklaas et ses fils, qui vivent dans une roulotte et parcourent la région. Niklaas a entendu parler du grand pays, et il y conduit Gaspard : c’est un château avec un parc et un lac immenses. Et il y a des orangers et des palmiers dans des caisses qu’on rentre l’hiver. Nous y sommes. Ce château appartient à Emmanuel Residore, le père de Théodule du chapitre IV,  qui produit des films et apprécie beaucoup l’histoire d’Hélène : « Nous sommes entraînés dans le fantastique, voyez-vous. La vie n’est pas autre chose qu’un film. » Il faut alors retrouver Hélène, l’amener au château : « Je ne sais pas, je ne reconnais rien. C’est plus beau que je ne croyais, mais voilà sûrement le grand pays de maman Jenny. »

Ce pays existe donc sans exister : c’était un parc. Hélène va maintenant habiter ce château et devenir actrice. Et Emmanuel Residore apprend à la jeune fille que sa mère Jenny, ancienne propriétaire du château, est une actrice qui est partie à l’étranger et on la croit morte.

Le grand pays est un idéal : « On a le loisir de songer que la terre entière c’est le grand pays, mais cela ne nous satisfait pas complètement. On se dit qu’il faut rendre la terre encore plus belle, par le bonheur des hommes et par les histoires que l’on reprend inlassablement. Il semble que la vie sera toujours inachevée. Mais on demande une chance supplémentaire. »

On a rapproché ce roman du Grand Meaulnes, où il y a aussi la quête d’un endroit merveilleux, avec des adolescents et des artistes ambulants. Les deux textes n’ont rien à voir. Le roman d’Alain-Fournier est un drame où l’on meurt. On ne meurt pas chez Dhôtel et tout finit bien. On est plutôt dans la veine de Rimbaud l’Ardennais, que Dhôtel appréciait, auquel il a consacré un essai. Rimbaud écrit que la vraie vie est absente et veut fixer des vertiges, avec des scènes colorées et féériques, qui se déroulent sous nos yeux quand on sait voir sans les lunettes grises de la raison profiteuse. Féérie est un mot que Dhôtel appréciait[1], un mot rimbaldien. Relisons  « Fairy », dans Illuminations : « Pour Hélène se conjurèrent les sèves ornamentales dans les ombres vierges et les clartés impassibles dans le silence astral. L’ardeur de l’été fut confiée à des oiseaux muets et l’indolence requise à une barque de deuils sans prix par des danses d’amour morts et de parfums affaissés. » Ce roman singulier a son charme. Il fait penser aux tableaux mystérieux de Paul Delvaux, avec leurs bizarres personnages dans des halls de gare. Il faut se rappeler que la guerre est encore proche quand Dhôtel l’écrit : il y a partout des veuves et des orphelins. Le désir de retrouver  les disparus et de reprendre la vie où elle a été interrompue est très fort. Au drame récent, il fallait opposer l’espoir.

Et Maman Jenny ? Elle vit encore, et c’est le cheval pie, réapparu au dernier chapitre, qui conduit toute la troupe jusque chez elle. Hélène porte un bracelet que sa maman reconnaît immédiatement, comme dans toutes les histoires d’enfants perdus et retrouvés. Désormais ils continueront ensemble la route. Et bien sûr, Gaspard et Hélène resteront « unis toute leur vie ».

Le pays où l'on arrive jamais - André Dhôtel - Editions J'ai Lu - 9782290200612 - 4€


[1] « Il est sûr que j’ai toujours été attiré par la féérie. Je me souviens avoir, à l’âge de dix-huit ans, envoyé à une revue une nouvelle, qui me fut refusée, évidemment : eh bien, elle était féérique. Désormais, je ne conçois pas d’écrire un livre qui ne soit féérique. » (L’école buissonnière. Entretiens avec Jérôme Garcin, Editions Pierre Horay, 1984)

DOSSIER - Le métier d'éditeur : mythes et légendes au pays des histoires

Par Les ensablés
Contact : contact@actualitte.com

6 Commentaires

 

Karibou 2016

16/06/2018 à 16:10

C'est un livre que j'ai lu à 10ans, quarante après, il résonne toujours en moi, je l'ai relu 20 ou 30 fois, c'est un peu ma thérapie quand le moral est en baisse! L'espoir c'est le maître mot de ce merveilleux roman.

Pierre

10/08/2018 à 00:18

Comme beaucoup peut être j ai découvert ce livre en6eme au collège.j en remercie mon professeur de français madame Gasnier. C’était en 1969 ou 1970...Je me rappelle de notre long travail en cours de français avec ce livre qui m ‘a indéniablement marqué.

Bahidja kadri

22/10/2019 à 16:24

:roll: :snake:?????

Jacques

13/02/2021 à 23:16

C'est le premier livre que j'ai lu deux fois , j'avais 10-11 ans.
Et j'en ai gardé un souvenir mystérieux limité au titre et au cheval pie., ayant oublié l'histoire. Aujourd'hui à 70 ans je le relis et j'y réfléchis

emilie

21/02/2021 à 11:01

Je partage à peu près la même expérience. Je l'ai lu la première fois, tôt, vers 8-10ans et cela m'avait marqué mais je ne me souvenais plus de l'histoire. Je l'ai relu autour de mes 25 ans. C'était troublant de le relire et de le redécouvrir.
Et maintenant j'ai de nouveau envie de le relire.

STEVEN

18/07/2024 à 14:23

Un livre que j'ai lu en primaire. J'ai aujourd 'hui 58 ans et voila des années, que je recherche le titre de ce roman que j'avais apprécié. Enfin voila chose faite. Je pense que je vais l'acheter.

Le pays où l'on arrive jamais

André Dhôtel

Paru le 01/09/1999

249 pages

J'ai lu

4,00 €

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Né en 1908 à Varsovie, Vladimir Malacki - devenu par la suite Jean Malaquais  (1908-1998) - quitta la Pologne à l'âge de 18 ans pour venir vivre en France. Mobilisé en 1939, il fut fait prisonnier, puis parvint à s'évader. Juif et apatride, il partagea alors l'existence précaire de nombre de personnes réfugiées à Marseille dans l'espoir d'obtenir un visa. Grâce à l'aide de son ami Gide, il obtint ce précieux sésame et gagna les Etats-Unis où il vécut plusieurs années, enseignant la littérature. Malaquais n'a publié que trois romans : « Les Javanais » (prix Renaudot 1939),  « Le Gaffeur » (publié en 1953), tous deux objets de précédents articles et  « Planète sans visa », grand roman de la France sous l'occupation, publié en 1947 et qu'il remania jusqu'à ses derniers jours. Ce roman de plus de 500 pages a été réédité en 1999 après sa mort.

25/05/2025, 09:41

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Les Ensablés - La Saint-Michel et le Pont Euxin d'Anne Lacroix, par François Ouellet

Anne Lacroix (1897-1982) n’aurait publié qu’un seul roman, La Saint-Michel et le Pont-Euxin chez Grasset en janvier 1933. À cette date, elle a déjà commencé un deuxième roman, Rézle (et même annoncé un troisième titre, Les Bergers d’Arcadie), soumis en décembre de la fin de cette même année pour le Prix du roman du Temps ; les quelques voix qu’elle récolte seront insuffisantes pour qu’elle obtienne ce prix qui consiste dans la publication du roman dans les pages du quotidien. Mais, cinq ans plus tard, en mars 1938, Rézle paraîtra en feuilleton dans Le Temps. Il ne semble pas que la carrière d’Anne Lacroix ait connu d’autres développements. Par François Ouellet.

11/05/2025, 09:00

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Les Ensablés - L'Impassible de Frédéric Berthet (1954-2003)

Lorsque la critique d’un livre est aussi intéressante, voire plus, que le livre dont elle parle, lorsqu’on se régale de son style, de son ironie, de sa drôlerie, et si transparaît à travers ses mots l’originalité de l’homme lui-même, alors on peut se dire qu’elle est elle-même œuvre littéraire, et que son auteur est un sacré bonhomme. Voilà la réflexion que je me suis faite après la lecture de ce recueil d’articles de Frédéric Berthet, récemment paru chez La Table Ronde sous le titre L’Impassible. Par Hervé BEL

27/04/2025, 09:00

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Les Ensablés - Happe-Chair de Camille Lemonnier (1844-1913)

Happe-Chair, un titre qui a tout de suite attiré mon attention. Je me trouvais alors dans une des dernières librairies anciennes de la rue Saint-Sulpice (pour combien de temps encore sera-t-elle là ?), dans la bonne odeur des vieux livres, lorsque je suis tombé sur la réédition de 1908 de ce roman de Camille Lemonnier publié une première fois en 1886 chez Kiestmaeckers…  par Hervé Bel. 

13/04/2025, 12:28

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Les Ensablés - Jacques Rivière, Sentiments et critique

À l’occasion du centenaire de sa mort, la collection Bouquins consacre un volume à Jacques Rivière, critique et essayiste, véritable cheville ouvrière de la Nouvelle revue française dont il assura la direction durant plus de 10 ans. Mort prématurément en 1925 à l’âge de 39 ans, celui qui fut à la fois le grand ami et le beau-frère d’Alain Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes, révèle par la quantité d’articles qu’il donna à la revue une perspicacité critique étonnante. Sensuelle et inspirée. Par Denis Gombert

30/03/2025, 09:00

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Les Ensablés - Lire sous l'occupation de Jacques Cantier

Le monde des livres sous l’Occupation a déjà été étudié par l’historien Jacques Cantier qui s’était intéressé à la trajectoire de l’une des figures maudites des lettres françaises avec sa biographie de Pierre Drieu La Rochelle (Perrin, 2011). Cette fois, avec Lire sous l’Occupation, publié en 2019 et en poche en 2024 aux Éditions CNRS, il nous présente un panorama global de la lecture entre 1939 et 1945. , par Nicolas Acker.

16/03/2025, 16:50

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Les Ensablés - La femme qui boit de Colette Andris, par Marie Coat

En mars 2023, Gallimard publiait dans sa collection L’imaginaire un grand succès de son catalogue paru en 1929, réédité à huit reprises puis repris en 1934 dans sa collection de poche : La femme qui boit », première oeuvre d’une jeune femme de 29 ans, Pauline Toutey. Par Marie  Coat

02/03/2025, 19:56

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Les Ensablés - Le gaffeur de Jean Malaquais

Né en 1908 à Varsovie, Vladimir Malacki - devenu par la suite Jean Malaquais - quitta la Pologne  à l'âge de 18 ans pour venir vivre en France. Cette période de sa vie fut marquée par une grande précarité et  par la volonté farouche de vivre de sa plume. Mobilisé en 1939 puis fait prisonnier, il s'évada et émigra vers le continent américain. Par Isabelle Luciat

16/02/2025, 10:09

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Les Ensablés - Le Boucher des Hurlus de Jean Meckert

Jean Meckert (alias Jean Amila, 1910-1995) est mort il y a trente ans… Pas tout à fait mort, car ses romans ont continué d’être réédités et nous n’avons pas manqué d'en parler dans nos colonnes (1). Cette fois, c’est la courageuse Ronces éditions (2) qui republie Le boucher des hurlus paru chez Gallimard en 1982 et signé du nom Jean Amila qu’il avait adopté pour ses romans publiés dans la Série Noire. Par Hervé BEL

02/02/2025, 19:38

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Les Ensablés - L'inconstante de Marie de Régnier

Fille de José Marie de Heredia, épouse du poète Henri de Régnier, Marie de Régnier n’eût peut-être d’autre choix que de devenir une femme de lettres. Mais en adoptant un nom d’homme tout de même, société corsetée oblige ! C’est ainsi que Marie de Régnier entama très tôt une carrière littéraire au confluent de deux siècles, à la période de la Belle Epoque, sous le nom de de Gérard d’Houville, puis de Gérardine (la renommée de Caroline Rémy, dite Séverine, étant peut-être passée par là). Par Denis Gombert.

19/01/2025, 09:00

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“Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage”

Il est des éditeurs que l’on écoute. Stéphane, des très qualitatives Éditions des Instants, est de ceux-là. Ceux qui lisent mes chroniques le savent : je chronique assez peu de littérature, étant plutôt spécialisée dans les livres d’Histoire et toutes ses déclinaisons. Ainsi, quand Stéphane me proposa de m’envoyer Siméra en Crète, premier livre de Catherine Sourd, j’ai dit oui. Mais, honnêtement, je ne saurais vous dire pourquoi. Une forme d’instinct, peut-être. Ou la Crète…

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George Sand. La passion de la vie

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Pass culture : comment le cinéma a détrôné le livre début 2026 ?

Cinq ans après son lancement, le dispositif gouvernemental connaît un virage historique. Après avoir représenté une locomotive pour la lecture, notamment de mangas, un genre encore récemment adoubé par le chancelier de l’Institut de France Xavier Darcos, le Pass Culture voit en 2026 le cinéma s'imposer comme le premier secteur de dépenses.

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Trois volumes pour comprendre les batailles du canon littéraire

Quels sont les textes qui méritent d'être transmis, étudiés et célébrés ? Derrière cette question apparemment simple se cache l'une des problématiques les plus anciennes et les plus sensibles des études littéraires : celle du canon. Ensemble d'œuvres reconnues comme exemplaires ou incontournables, le canon ne relève jamais d'une sélection neutre. Il résulte de choix historiques, culturels, institutionnels et politiques qui évoluent au fil du temps.

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Repenser le traité dans la littérature latine

Comment l’étiquette générique « traité » utilisée pour des pans entiers de la littérature latine masque la place importante du destinataire, qu’il soit déterminé ou indéterminé ? 

09/06/2026, 07:00

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L’écrivain que tout le monde a lu sans le savoir : Stephen Crane

En 1953, un journaliste demande à Hemingway qui l’a formé. Il cite Stephen Crane. Pas Fitzgerald. Pas Flaubert. Ralph Ellison dit la même chose, avec d’autres mots : Crane est à l’origine de la quasi-totalité de la fiction américaine du vingtième siècle, y compris la sienne. Henry James, qui distribuait ses compliments avec une parcimonie de banquier, répétait qu’il avait un grand, très grand génie. Par Charles Garatynski.

08/06/2026, 17:07

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George Sand comme vous ne l’avez jamais lue

Sous la plume de la romancière, nouvelliste et dramaturge Ella Balaert, les éditions Cours Toujours nous offrent un livre qui ressemble à une boîte de chocolats, où toutes les douceurs seraient excellentes et dans laquelle on picore au gré de ses envies. Ce livre, c’est tout sur George Sand (ou presque), et, en cette année du 150e anniversaire de sa disparition, en parler est une merveilleuse façon de lui rendre hommage.

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Dans la rue des Camélias, l’innocence face à la violence

« On m’a abandonnée dans le carrer des Camèlies, contre la grille d’un jardin, et le veilleur m’a trouvée au petit matin. Le monsieur et la dame qui habitaient la maison voulaient bien de moi, mais sur le moment il paraît qu’ils ne savaient pas quoi faire : me garder ou me donner aux bonnes sœurs. » Voici comment tout a commencé pour cette petite fille, trouvée dans un couffin, accompagnée d’un simple papier : « Cécilia Ce », rien de plus.

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Une correspondance d'esprit et d'estoc

Ces échanges épistolaires directs et sans fard valent d'emblée par la qualité des duellistes. Les amateurs de confidences intimes en seront cependant pour leurs frais, tant sont couverts d'un voile pudique les sentiments de chacun. Par Bertrand Levoyer, contributeur régulier de la Revue des Deux Mondes.

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Goethe, Kim Il-sung, censure : la Booksletter ausculte les croyances du pouvoir

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Sous le règne de Freida McFadden, le thriller français perce et la cuisine recule

Freida McFadden conserve la première place des meilleures ventes pour cette nouvelle semaine (26/06 au 31/06) avec La prof, publié chez J’ai lu. Le roman s’écoule à 25.564 exemplaires sur la semaine et atteint un cumul de 158.372 ventes en cinq semaines de présence. 

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Le Temps des Ombres : quatre saisons, deux têtes de mule et un monde à sauver

Pour que notre grand patron sollicite en urgence votre serviteuse, fallait-il qu’il fût conquis par sa découverte. Ou né de la dernière pluie, c’est selon. Le fait est que cette série en quatre volumes incarne ce que l’on qualifierait volontiers de rendez-vous raté — voire de ratage complet pour la librairie, passée à côté d’un travail magnifique — n’ayons pas peur des mots : d’une véritable épopée à hauteur d’enfant, totalement magique.

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Un roman noir, drôle et cruel sur notre époque : Les Terres mortes

Les Terres mortes, roman de Gabriel Boksztejn (Editions Unicité) est une satire grinçante de notre époque. L’auteur dresse le portrait moral de notre société progressiste dévorée par le capitalisme, par la bêtise inhérente aux rapports humains, par les relations virtuelles qu’engendre la licence autorisée sur les réseaux sociaux.

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Les maisons parachutées : un polar historique signé Didier Daeninckx

Cette enquête de Didier Daeninckx dans la mémoire des résistants et déportés est une poignante immersion au cœur des années 50 de l’immédiate après-guerre. On y découvrira quelques affaires assez incroyables !

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Avec Du mépris, Bégaudeau (éditions Cause perdue) perpétue un thème devenu central chez lui depuis son précédent livre : la dénonciation des usages moraux dans le langage politique contemporain à gauche. Son intuition de départ est stimulante : il observe que l’accusation de « mépris » s’est généralisée au point de devenir une catégorie réflexe du débat public. Le problème est que cette intuition, à force d’être martelée, finit par de même par concerner son auteur.

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Il y a dix ans ce 25 juin, Maurice G. Dantec mourait à l’âge de 57 ans à Montréal où il s’était exilé. Celui qui avait brûlé sa vie au feu des paradis artificiels était-il un techno-romancier mystique et réac ? Retour sur un livre charnière hybride qui annonce le tournant de son œuvre jusqu’en 2014 : Villa Vortex. Par Olivier Stroh.

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Escoffier, l’excellence au service des autres

Plein Vent vient de publier une bande dessinée des plus alléchantes puisqu’il s’agit de la biographie du maître de la cuisine moderne, le grand Auguste Escoffier. L’auteur Yvon Bertorello et le dessinateur Cédric Fernandez se sont entourés, pour cela, de Michel Escoffier, arrière-petit-fils du chef et président de la Fondation Auguste Escoffier à Villeneuve-Loubet, ainsi que de Stéphane Bern, que l’on ne présente plus.

02/06/2026, 15:51

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L’Aigle et le Serpent : meurtres en série sous l’Empire

Les Éditions du 38 viennent de publier le premier roman de Maxime Carpentier, L’Aigle et le Serpent. Ce roman historique se déroule à l’automne 1806, une période secouée par une vague de meurtres qui va entraîner l’inspecteur de la Police générale Armand Drone, affecté au service de Son Excellence le ministre Joseph Fouché, du Havre à Paris, à la poursuite d’un assassin aux gants clairs.

02/06/2026, 15:50

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Famille choisie de Jérôme W.Capèle : « Si tu penses que c’est trop : rajoutes- en… »

Ce qui est jubilatoire dans les livres polémiques, c’est de se réjouir de l’inavouable et de nos silences coupables ou honteux, tout en se reconnaissant dans les caricatures. Famille choisie, sous-titrée « Hontes & fierté d’une communauté en bordel », n’est pas un pamphlet, ni un essai, ce livre est le regard d’un militant gay sur la communauté actuelle. Et le constat est autant amer que tendre car de la construction d’une communauté soudée par le SIDA, Jérôme W.Capèle observe une société individualiste dans laquelle le « je » a remplacé le « nous ».

02/06/2026, 10:09

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Dollar, Eco, Musk, sommeil : les cinq livres qui éclairent l’époque

Chaque semaine, la Booksletter relit l’actualité à travers les essais, les récits et les enquêtes qui déplacent le regard. Cette livraison suit la longue histoire des monnaies mondiales, revient sur Umberto Eco dix ans après sa mort, traverse Berlin sous Hitler, interroge le paradoxe Musk et éclaire le sommeil humain, entre histoire économique, mémoire, pouvoir, sciences du vivant et fragilités contemporaines de notre époque en plein trouble.

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Marilyn Monroe, cent ans et toujours chérie

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Quitter l'enfance : le conte noir et fascinant de Léa Tourret

Avec Les enfants sont allés au bois, Léa Tourret confirme une voix littéraire déjà très singulière dans le paysage contemporain : une écriture capable de restituer l’enfance non comme un âge innocent, mais comme un territoire brutal, sensuel et profondément politique. Publié dans la collection Blanche de Gallimard, le roman commence comme un récit de colonie de vacances avant de basculer progressivement vers une fable inquiétante sur l’exclusion, la peur collective et le passage à l’adolescence.

01/06/2026, 16:22

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Eddie Pump reprend la route dans un Far West sans morale

Suite de l’ascension sociale au Far West d’un beau gosse sans scrupules : épisode 2 de la série « très librement inspirée » des immigrés allemands qui se ruaient vers l’or… Comme un certain Frederick Trump.

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Terre et ciel : Raharimanana transforme le mythe en vertige

Dans Terre et ciel, sous-titré Tantara, Raharimanana compose une fresque de parole, de filiation, de conquête et de métamorphose. Porté par une langue incantatoire, le roman suit une quête héroïque qui se retourne contre ses propres certitudes : le destin, l’héritage, la possession et la liberté s’y affrontent dans un monde où chaque mot semble né d’un chant ancien.

01/06/2026, 07:30

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Dominique Sylvain plonge Brooklyn dans les fantômes du passé

Avec L’Inconnue de Brooklyn, Dominique Sylvain inscrit le roman noir dans une mémoire longue : celle d’une enfance à Bensonhurst, d’un trio soudé par la violence, puis d’un deuil impossible. Lou, Sharon et Josh traversent les années, les crimes, les fidélités troubles et le cinéma, dans un récit où Brooklyn devient moins un décor qu’une chambre d’échos.

01/06/2026, 06:00

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Pump, tome 2 : sexe, mensonge et idéaux

Le décor : une ville paumée de l'Ouest sauvage comme il y en a mille. Les protagonistes : un jeune homme d'affaire sans foi ni loi et une intrigante qui le tient par la peau du cou (ou le scrotum, allez savoir). L'enjeu : une place au soleil dans un univers où tous les coups sont permis. Le deuxième tome de Pump est peut-être moins surprenant que le premier, mais développe le même questionnement cynique, sur les limites de la morale et du recours à la violence dans un jeu où l'argent et le pouvoir sont les portes d'entrée de la respectabilité.

31/05/2026, 10:40

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Claire Lombardo transforme la famille en champ de mines

Après Tout le bonheur du monde (trad. Laetitia Devaux, 40.000 exemplaires), Claire Lombardo retrouve les grandes architectures familiales avec Comme au premier jour, traduit par Laetitia Devaux. Une rencontre fortuite au supermarché rouvre chez Julia la mémoire d’un mariage, d’une maternité inquiète, d’une amitié ancienne et d’une faute jamais entièrement refermée. Le quotidien devient alors le lieu exact des failles.

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Real Madrid ou Manchester City : deux empires du football racontés par les livres

Le Real Madrid et Manchester City dominent depuis plusieurs saisons les discussions autour du football européen. Mais derrière les trophées, les statistiques et les débats tactiques, une autre littérature s’est développée : celle des livres consacrés à ces deux géants du football contemporain. Biographies, enquêtes, récits historiques ou analyses tactiques racontent aujourd’hui deux visions très différentes de la domination européenne.

30/05/2026, 08:45