Je ne me souviens plus comment je suis tombé sur ce roman à la couverture écornée. Une vieille édition du livre de poche, les pages aux bordures jaunies, le papier un peu cassant. Un de ces flux et jusants de notre existence dont on perd la mémoire, avait fait échouer ce petit volume sur un des rayons de ma bibliothèque. Mon regard avait dû passer des dizaines de fois devant avant que le dos cassé aux couleurs criardes ne l’arrête.
Par Carl Aderhold
Le 25/02/2018 à 09:00 par Les ensablés
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25/02/2018 à 09:00
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Un hasard, une rencontre fortuite comme celle que l’on fait parfois certains soirs dans un café. Un buveur à la table d’à côté accroche votre regard, la conversation s’engage, d’abord incertaine, chaotique, puis peu à peu prenante, bercée par le rythme de l’alcool qui lentement rend le monde chaud, presque accueillant.
À l’image de l’auteur de ce roman, Albert Vidalie, dont Hervé Bel a dressé un beau portrait dans une ancienne chronique des Ensablés.
À l’image de ce roman, qui débute sans direction apparente. La bonne ferte, la bonne aventure en gitan. Le roman porte bien son titre, une suite de hasards, de rencontres, heureux ou malheureux, qui semblent porter le héros comme le vent d’automne les feuilles des arbres.
Les deux premiers chapitres commencent telles deux histoires parallèles. D’un côté le monde des « gitous », des « rabouins », des termes oubliés aujourd’hui pour désigner les gitans. On suit une roulotte sur les route du Lot, en compagnie d’un vieil homme silencieux et d’une jeune fille à la beauté animale. Il y a dans la brève description de leur existence, faite de nomadisme et de liberté, des effluves tendres qui rappellent le poème d’Aragon, L’Étrangère, chanté par Montand : « Il existe près des écluses / Un bas quartier de bohémiens / dont la belle jeunesse s’use / à démêler le tien du mien » …
Le chapitre suivant, lui, nous plonge dans le milieu étriqué, étouffant des notables de province. En l’occurrence ceux d’une petite localité du Lot, Penne. « Les Parmesny avaient décidé de donner un grand bal », pour les dix-sept ans de leur fille, Julienne. Cette grande affaire retient toute l’attention des habitants de la région.
En quelques pages, Vidalie brosse deux tableaux, deux univers aussi éloignés que possible l’un de l’autre. Les nomades qui cèdent à leurs instincts sans faux-semblant et les sédentaires inquiets de ne jamais prêter le flanc à la médisance, à la rumeur, les gitans qui vivent au jour le jour, les notables qui, patiemment, thésaurisent.
L’action se déploie ensuite parmi ces bourgeois provinciaux, dont Vidalie nous décrit avec ironie et humanité tout à la fois, les insatisfactions, leur ennui, leur stratégie pour ne pas répondre à l’appel des sens. Une veuve confite en une dévotion qui lui sert de rempart contre les hommes et leurs désirs, élève seule un fils au talent prometteur, François Jauris.
Âgé de 25 ans, le jeune homme est incapable de comprendre les émois qui l’agitent, pose au romantique taciturne et sombre. Julienne sa cousine de 17 ans partage la même agitation et la même incapacité à trouver une réponse. Ainsi lancé le roman paraît emprunter la voie des drames bourgeois, des amours impossibles ou contrariés. Mais c’est alors qu’entre en jeu la mère de Julienne, femme délaissée par son mari, qui trompe son insatisfaction à la terrasse de sa maison. Elle observe les passants sur les chemins longeant le Lot, s’imagine des amours violents avec eux.
Les deux jeunes gens avancent à l’aveugle. Un soir François lâche quelques phrases sur l’amour à Julienne. Elle se méprend, s’éprend de son cousin en secret, pendant qu’il tombe sous le charme de la mère. Mais là encore, Vidalie surprend son lecteur. Le drame qui s’en suivra jettera François sur les routes du Sud-Ouest en compagnie de l’envoûtante gitane, Maline pour un parcours initiatique des plus étranges, loin du monde pesant des notables.
Délaissant l’univers des banlieues et du Paris des années 1950, Vidalie excelle à décrire les paysages de la campagne lotoise, avec ses sous-bois touffus, ses routes désertes et trônant au milieu, puissant et indifférent aux peines des hommes, le Lot, véritable démiurge de ce roman, toujours allant, toujours charriant.
La nostalgie propre aux romans de Vidalie agit ici aussi, mais les univers décrits n’ont pas le même charme que les petits bistrots d’autrefois, où venaient échouer toute cette humanité vaincue, entêtante.
Ici la magie des bohémiens a vieilli. Notre époque ne voit plus les gens du voyage comme un appel à la liberté et aux horizons nouveaux. La roulotte au cheval silencieux a cédé la place dans l’imaginaire à la caravane tirée par la « merco », comme le clochard philosophe au SDF et son chien agressif.
De même les notables de province n’ont plus le charme discret de la bourgeoisie, ils ont cessé d’engendrer rejet et ironie, leurs turpitudes d’alors paraissent bien innocentes à l’heure d’Internet et des clubs échangistes…
Quand la photo a trop jauni, elle n’est plus qu’un cliché, son parfum évocateur s’en est allé.
Le portrait des trois femmes qui marquent les étapes initiatiques de François pour devenir un homme a lui aussi l’arôme éventé des visions d’autrefois : la jeune fille naïve qui croit au pouvoir de chaque mot prononcé, la mère qui met autant d’énergie à s’abandonner dans les bras de François qu’à tenir secrète cette liaison, la bohémienne réduite à la satisfaction de ses caprices… Tableau auquel on pourrait ajouter le portrait de la mère de François, responsable de son propre malheur par la peur de la chair.
Un vieux fond de misogynie propre aux clients nocturnes des cafés qu’aimait tant Vidalie rend ces personnages un peu raides, mécaniques. Et pourtant, même altéré, il y a un charme certain à ce roman. Vidalie ne perd jamais de vue l’histoire. Il est pareil à un de ces conteurs magnifique, qui vous tiennent sous leur coupe tant que vous ignorez la fin de l’histoire.
Car on s’attache à François, son héros. Indécis et entier, timide et résolu, il nous rappelle l’« âge des mélancolies », comme l’appelle Vidalie, âge où nous pouvions à la fois faire preuve de la plus insigne irrésolution et de la plus grande des audaces. « En ce temps-là, j’étais crédule / Un mot m’était promission, / Et je prenais les campanules/ pour des fleurs de la passion »…
Par Les ensablés
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Un meurtre pour préparer l’arrivée d’un bébé, une greffe d’utérus dans le métavers, des rêves fabriqués en forêt ou un trésor enfoui dans l’histoire coloniale de La Réunion : nul besoin de 500 pages pour ouvrir de vastes horizons. Du noir à l’imaginaire, de la romance à la poésie, voici dix ouvrages (francophones) à découvrir avant la fin des vacances. À raison d’un titre tous les quatre ou cinq jours, la rentrée peut bien attendre.
18/07/2026, 09:08
L’heure du digital, l’océan de l’information ne cesse de s’étendre. Toute recherche apporte son flot de réponses et il n’est pas toujours facile de naviguer entre renseignements officiels, astroturfing (une stratégie de manipulation et d’influence), fake news et propagande.
18/07/2026, 08:00
Martin Reinhard est vétérinaire. Il vient de reprendre un cabinet sur le déclin à Château-Chinon. Mais depuis quelque temps, ce géant qu’on verrait bien en troisième ligne sur un terrain de rugby se sent épuisé. Et le climat automnal n’arrange rien à son état vaguement dépressif. Pire, un matin, alors qu’il observe des chevreuils à proximité de sa maison, une étrange tache bleue apparaît dans son champ de vision.
18/07/2026, 07:00
Un téléphone sonne, une femme tombe, trois générations retrouvent la parole. Entre Porto Rico et les États-Unis, Jeanine Cummins remonte les silences d’une lignée de femmes. Parle-moi de chez nous (trad. Christine Auché) est une saga généreuse, traversée d’images splendides, qui pèche surtout lorsqu’elle explique ce qu’elle vient de si bien faire sentir.
17/07/2026, 16:23
Le Dîner, de Freida McFadden (trad. Karine Xaragai), reste en tête des meilleures ventes du 6 au 12 juillet 2026, avec 42.080 exemplaires écoulés. Derrière, La Prof remonte à la deuxième place. Pour le suspense, il faudra repasser : les huit autres titres du Top 10 sont encore des cahiers de vacances.
17/07/2026, 12:31
Un pays jamais nommé s’effondre derrière eux ; devant, toutes les routes filent vers le nord. Dans Septentrionale, Karim Kattan lance Maryam et Joseph à travers une nuit de guerre, de prodiges et de souvenirs. Porté par les trajectoires queer de ses deux protagonistes, ce roman de l’exil mêle argot, visions cosmiques et tendresse sans édulcorer les violences héritées. Une traversée saisissante, parfois freinée par des symboles trop appuyés. Sortie le 4 septembre.
17/07/2026, 10:37
Frédérique a 35 ans, quelques centimètres de trop selon les autres, un ex qu’une mesure d’éloignement lui interdit d’approcher et une faim d’amour impossible à rassasier. Lorsque Gabriel la défend dans la rue, elle ne rencontre pas un homme : elle invente un couple. Avec Elle le mangerait, Nicolas Robin signe une comédie noire nerveuse, drôle dans son aveuglement, glaçante dans sa logique. À table, le 27 août.
17/07/2026, 10:37
Jeanne, Eric et Abdallah sont adolescents quand ils forment un groupe de musique : Les Pirouettes Cacahuètes. Ils voulaient fabriquer du son, une matière sauvage pour contrer l’effondrement annoncé, mais jamais le trio n’aurait imaginé alimenter une révolution à venir.
17/07/2026, 09:00
Antoine Hummel propose un jeu. Son dispositif littéraire caustique entreprend de nous décoller du régime permanent de sollicitation que produisent les algorithmes de plateformes et d’applications. En se confrontant à YouTube et en laissant s’insinuer l’intelligence artificielle, le texte explore ce que deviennent l’attention, le jugement et la création lorsque la répétition du même et la suggestion algorithmique enclosent notre appréhension du monde.
17/07/2026, 08:00
L’eau est devenue l’or bleu du XXIe siècle, une ressource rare et convoitée, au cœur des équilibres géopolitiques. Dans un monde sous tension, Léa, ingénieure spécialiste du traitement de l’eau, travaille sur des technologies de pointe censées répondre à la pénurie. Lorsque la crise s’intensifie, elle est mobilisée au sein de Blue Corps, une unité internationale chargée de sécuriser les ressources hydriques, considérées comme des infrastructures critiques.
17/07/2026, 07:00
Après une série de contaminations venues du vivant, les bêtes ont presque disparu, la viande se rationne et le Sanum organise un monde d’interdits, de protocoles et de surfaces désinfectées. Augustin, enfant rescapé d’une forêt interdite, croise Vadim, bureaucrate carniste, masculiniste et futur Guide d’une communauté hors contrôle. Avec Les Carnivores, publié chez Denoël, Guillaume Nail signe un roman brutal, organique, parfois saturé, mais traversé d’une vraie puissance de vision.
16/07/2026, 17:31
Un polar sur fond historique qui rappelle beaucoup l'ambiance de la Trilogie Berlinoise de Philip Kerr. À Munich en 1946 sous l'occupation US, les destins de réfugiés, profiteurs, militaires, prisonniers, s'entrecroisent tandis qu'un serial-killer s'attaque à des jeunes femmes.
16/07/2026, 11:21
En cherchant le piano laissé à Bucarest par sa grand-mère, Sonia Devillers rencontre un autre instrument disparu : un Érard de concert, numéro 68037, acheté par la famille Enoch en 1892, volé par les nazis en 1943 et jamais retrouvé. Dans Le fabuleux piano, publié chez Robert Laffont, elle compose un récit-enquête ample, sensible et très documenté sur les objets spoliés, les morts sans tombeau et la musique comme dépôt de mémoire. Début des gammes, ce 27 août.
16/07/2026, 10:38
Une narratrice connue sous le nom de Rose de Nuit vend des fiches de lecture, se dispute avec une bibliothèque et repart avec un livre blanc qui n’en est peut-être pas un : Une sculpture. Quand l’artiste Ari Bosochur lui propose de participer à une rétrospective où les œuvres seraient remplacées par leur récit, tout se met à glisser. Gaëlle Obiégly signe un roman brillant, drôle et très mobile sur l’art, la parole, le soin et les vies qu’on tente d’ordonner. Rien à voir, peut-être à lire, ce 20 août.
16/07/2026, 10:33
Dans le comté de Mayo où il a grandi, l’Irlandais Colin Barrett pose un regard bienveillant sur l’humanité de ses compatriotes et nous livre un recueil de nouvelles d’une remarquable unité de ton, très rural, très social.
16/07/2026, 10:19
Pâquerette a 28 ans. Elle est laborantine, et follement amoureuse de Jean-Benoît, son fiancé, qu’elle considère comme l’homme parfait. Un soir, après sa journée de travail, elle rentre chez elle, avec dans sa poche, un ticket de Loto sur lequel elle a coché tous les numéros qui racontent leur histoire d’amour. Installée devant la télé, elle retient son souffle. Les chiffres tombent… un par un. Jusqu’au dernier : jackpot, trente-deux millions d’euros !
16/07/2026, 08:00
Près de l’ancienne mine creusée par les Britanniques, une veuve assiste aux recherches des victimes dans un lac artificiel. Un homme en combinaison plonge puis remonte sans cesse des eaux. Elle tremble à l’idée de ce qu’il pourrait repêcher. Traduit du grec par Nicolas Pallier.
16/07/2026, 07:00
Un soir de fête nationale, les Bleus rêvaient d’une troisième finale de Coupe du monde consécutive. À Arlington, dans l’agglomération de Dallas, l’Espagne les a privés de ballon, de souffle et d’avenir : 2-0, sans véritable contestation. Pour raconter cette chute, trois livres : Le Cœur du pélican pour la France, Rouge ou mort pour la Roja et Les Derniers Jours de Roger Federer pour une rencontre dont l’issue s’est dessinée bien avant le coup de sifflet final.
15/07/2026, 21:35
Inauguré en mai 1804 dans l'actuel 20e arrondissement, le Père-Lachaise est devenu en quelques décennies le cimetière le plus réputé de Paris. L'éponyme confesseur du Roi-Soleil n'a jamais dû, de son vivant, imaginer une telle postérité. Par Jacques Lucchesi.
15/07/2026, 15:51
Dans une ferme isolée d’une vallée pyrénéenne, un patriarche agonise. Ses enfants reviennent, chargés de rancœurs, de secrets, de fatigue et de comptes jamais réglés. Dehors, l’orage cogne. Dedans, Judith tient la maison, Maud prie, les chiens veillent, la fratrie s’observe. Je ne suis pas venu apporter la paix, ou la tragédie familiale noire revue par Nicolas Martin, organique, parfois excessive, mais d’une puissance d’atmosphère rare. À partir du 3 septembre.
15/07/2026, 15:12
À la mort de Christian Monnay, écrivain culte retiré du monde depuis trente ans, sa fille Chloé découvre que ses neuf manuscrits inédits ne contiennent que des pages blanches. Pour préserver sa mère aveugle, puis pour exister enfin comme autrice, elle glisse ses propres romans sous le nom du père. Anne Pitteloud signe une comédie noire, fine et acide sur la filiation, l’imposture et les légendes que fabrique le monde littéraire. Généalogie à découvrir le 21 août.
15/07/2026, 12:15
La cuvée Vargas est un bon cru : un roman sans surprise, assez convenu, mais qui ne décevra donc pas les fans d'Adamsberg et de cette auteure, spécialiste des dialogues décalés, un brin déjantés : quand la poésie affleure du sous-jacent au-delà des apparences de notre monde que l'on croit rationnel.
15/07/2026, 11:20
Comme il y a une dialectique de la raison, il y a une dialectique de la mémoire qui métamorphose le souvenir de la révolte en culte de l’ordre, les anniversaires des révolutions en défilés militaires, l’héritage de la Shoah en légitimation d’un État génocidaire ; ainsi s’affrontent les romans nationaux et la tradition des vaincus, le culte des héros et les traces laissées par les sans-nom, les monuments et les remémorations dissidentes.
15/07/2026, 09:00
Avec Les Désarmantes, son troisième roman à paraître le 21 août 2026 aux éditions Fugue, Caroline Bouffault imagine une France devenue une république pacifiste dirigée exclusivement par des femmes, où l’arrivée d’une journaliste étrangère vient révéler les contradictions d’un modèle fondé sur l’exclusion des hommes.
15/07/2026, 07:48
À l’approche de la rentrée littéraire, les piles de livres à paraître ne tarderont pas à chasser celles du printemps. Il reste pourtant un mois et demi pour revenir vers des romans, récits et objets littéraires publiés entre janvier et juin 2026, parfois passés sous les radars malgré leur singularité.
14/07/2026, 15:01
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