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Les Ensablés - "Souvenirs d'un ours" de Lucien Descaves (1861-1949)

LES ENSABLES - Pour cette rentrée littéraire, un voyage dans le passé, grâce à l’entremise de l’écrivain Lucien Descaves… Lucien Descaves… Qui s’en souvient ? Son nom apparaît régulièrement dans les ouvrages d’histoire littéraire, dans le journal de Jules Renard, et même dans celui de Gide. Mais on lit son nom sans le retenir.

Le 30/09/2018 à 09:00 par Les ensablés

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30/09/2018 à 09:00

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Par Hervé Bel

Ceux qui, comme moi, apprécient Huysmans se rappellent peut-être que Descaves, naturaliste, disciple de Zola, fut un de ses plus fidèles amis. Les Céliniens doivent également le connaître, car Descaves, membre de l’académie Goncourt (il était le dixième couvert, actuellement occupé par Pierre Assouline), essaya, avec Léon Daudet, de faire donner le prix à Louis-Ferdinand Céline en 1932. Il échoua et refusa dès lors de siéger avec ses collègues. Les Proustiens, en revanche, n’oublient pas qu’il s’opposa, en vain d’ailleurs, à l’obtention du prix pour « A l’ombre des jeunes filles en fleurs. » Quant aux inconditionnels de Guitry, ils ne peuvent ignorer que Descaves le détestait.

Mais de l’œuvre de Descaves, qu’a-t-on retenu ? Rien ou pas grand-chose. Il est l’auteur d’un roman intitulé « Sous-offs » (1889), brûlot jugé suffisamment antimilitariste pour faire l’objet d’un procès dont Descaves ressortit blanchi. Ce fut son premier titre de gloire ; son second d’avoir été un des signataires du manifeste dit « des cinq » qui s’élevait contre le naturalisme de Zola, à la suite de la publication de « La Terre ». Mais il n’y eut pas de suite : aucun des cinq écrivains qui l’avaient rédigé n’a eu de postérité véritable. Pour le reste, l’œuvre de Descaves a été complètement oubliée, y compris son roman sur les aveugles intitulé « Les emmurés » que Huysmans estimait comme son meilleur livre. S’il retient encore l’attention, ce n’est pas grâce à ses écrits, mais parce à la chance qu’il a eu de vivre longtemps et de participer activement, en tant que membre de l’Académie Goncourt, à la vie littéraire française. Il a laissé un livre de souvenirs passionnant intitulé « Souvenirs d’un ours » publié peu avant sa mort et dont je recommande vivement la lecture (pour mémoire un « ours », dans le langage d’imprimerie est le nom donné à l’imprimeur, cf. Balzac dans « les Illusions perdues »).

Il y raconte sa vie. Et sa vie, c’est triste à dire, ne vaut que par ses rencontres. Né en 1861 d’un père graveur et artiste, Descaves, enfant, assiste à la Commune et en conserve un vif souvenir qui le pousse, toute sa vie, à aider les vieux communards. En 1878, il entre en apprentissage dans une banque, rue Drouot. Mais ce n’est qu’un gagne-pain, il s’y ennuie (« la stérilité de la vie de bureau est extraordinaire. ») : lorsqu’il ne travaille pas, Descaves complète son instruction : « Jeune homme, je ne fréquentai ni les cafés, ni les brasseries du Quartier latin. ». Ce qu’il aime, c’est « le travail, la lecture, les rêveries d’un promeneur solitaire et le sommeil réparateur des nuits calmes. » Descaves, influencé par Richepin et les naturalistes, écrit un petit recueil de poésie et de nouvelles qu’il soumet à l’éditeur belge Kistemaeckers. Les nouvelles sont acceptées sous le titre « Le calvaire d’Héloïse Pajadou » et paraissent en 1882. Aucun succès, mais, acte fondamental dans son existence, il va aller lui-même présenter son livre à Huysmans et Léon Hennique (tous deux futurs membres de l’académie Goncourt). Cette démarche change le cours de sa vie, et dès lors, il ne cessera plus d’être mêlé à l’Histoire littéraire avec un grand H. « Les souvenirs d’un ours » est avant tout un recueil de portraits des auteurs qu’il a croisés et qui ont, pour la plupart, laissé un nom. Il raconte sa première entrevue avec Huysmans, 10 rue de Sèvres, où l’auteur d’à vau-l’eau habitait. Huysmans lui-même lui ouvre la porte. Il a quarante ans, des cheveux en brosse, « encore drus mais blancs ». « Les yeux pétillaient dans le foyer du visage, réchauffaient la bûche inégale d’un nez important, et les cendres éteintes de la barbe, cachant à demi une bouche crispée, une grille tordue et refroidie (p.51). » Immédiatement, les deux hommes sympathisent, mais la relation n’est pas égale.

Descaves écrit « ce fut à la fois mon ami, mon maître et mon directeur de conscience littéraire (p.51). » Huysmans, homme peu commode, semble avoir été touché par la fidélité de son ami dont il fit son exécuteur testamentaire. Mais il avait la dent dure. Dans son journal en date du 2 juin 1899, l’abbé Mugnier raconte qu’à la sortie d’un dîner chez les Descaves à Petit Montrouge, Huysmans s’exclame à propos de Madame Descaves : « Quand je songe à cette femme avec laquelle Descaves va copuler, le soir, je trouve qu’il est plus agréable d’entendre les complies et d’aller se coucher tout seul. (1) » Plus tard, en 1935, Descaves découvrira la mauvaise opinion que son maître avait de sa femme et en fut très peiné. A son retour du service militaire qui lui inspire « Sous-offs », Descaves fréquente le salon d’Alphonse Daudet, l’auteur des « Contes de mon moulin », que lui avait présenté Paul Bonnetain, auteur d’un roman « Charlot s’amuse » dont le thème, exploité selon la méthode naturaliste, avait fait scandale puisqu’il portait sur la masturbation (thème que Raymond Guérin exploitera plus tard, avec « L’apprenti »). Du salon de Daudet, Descaves écrit : « On entrait ; Daudet, sans se lever, tendait une longue main amaigrie, tournait vers le visiteur, assis au coin du bureau, son visage résigné où seule, semblait-il, la souffrance pouvait encore mettre de la vie (…). Rien ne restait étranger à Alphonse Daudet. Il abordait tous les sujets avec une aisance et une lucidité pareilles. (p.65-66) » Daudet aimait les récits de voyage, se passionnait pour l’expédition Stanley, et surtout avait une culture livresque sans pareil. Souffrant, Daudet ne pouvait plus dormir et lisait donc, la nuit. Comme l’écrit joliment Descaves : « Les jours avaient pour lui deux fois vingt-quatre heures et, comme des rats, amis du silence et des solitudes, tous les volumes de la bibliothèque attendaient qu’il fût couché pour envahir sa chambre, grimper le long de son lit et courir sur les couvertures (p.67).

A l’occasion de ces visites, Descaves rencontre Léon Daudet, futur membre de l’Académie Goncourt, et soutien indéfectible de Proust et de Céline. Grâce à Huysmans, il fréquente le terrible Léon Bloy, et l’étrange Villiers de l’Isle-Adam, l’auteur des “Contes cruels”, aussi pauvre que l’était Bloy. Descaves raconte plusieurs anecdotes savoureuses sur Villiers. Le 14 juillet 1887, en compagnie de Huysmans, il se rend chez Villiers pour lui proposer de dîner avec eux chez son père. “A cinq heures de relevée, il (Villiers) était encore couché et travaillait dans son lit. Il accepta mon invitation et ne demanda que la permission (…) d’emmener Totor, son petit garçon. Une femme de ménage que nous sûmes plus tard être sa mère, habilla rapidement l’enfant (p.70).” A cette occasion, Villiers se met au piano : “Le bouquet du feu d’artifice fut La mort des amants de Baudelaire, mise en musique par (…) Villiers lui-même.” La soirée dure jusqu’à trois heures du matin.

Une autre fois, Huysmans organise un dîner chez lui. Villiers fait de la boxe avec un certain Louis Montchal. Puis à table, il chante, se met en scène “tout cela d’un comique irrésistible, sans pareil ! Il était capable de déclamer le monologue d’Hamlet, mieux, de le jouer à la commande.” Deux ans plus tard, en 1889, Villiers, issu d’une des plus vieilles noblesses françaises, mourait dans la misère, reconnaissant in extremis son fils Totor en épousant sa compagne qui ne savait même pas écrire… …

L’année 1887 fut décidément décisive pour Descaves. Cette année-là, parrainé par Alphonse Daudet et J.K Huysmans, il est admis pour la première fois au Grenier d’Auteuil où Edmond de Goncourt recevait. “Tous les dimanches, Goncourt, vieux maréchal des lettres, à demi-couché sur un large divan, au fond de la pièce, un foulard blanc au cou, accueillait ceux que l’on a représentés comme ses thuriféraires et qui n’étaient que ses admirateurs respectueux.” Là, se rencontraient Zola, Daudet, Bracquemond, Huysmans, Hennique, Bourget, Heredia, Mirbeau, etc.

“Il (Goncourt) ne causait pas de longue haleine et la conversation était ordinairement sans éclat jusqu’à l’arrivée de Daudet. Goncourt parlait peu, écoutait, se contentait de résumer en formules brèves les opinions des uns et des autres sur un livre, une exposition, une pièce de théâtre ou un tableau… (p.81)” S’agissant de son œuvre, “Certes, il avait dans son œuvre une foi absolue, et s’il interrogeait, comme Dumas à ses derniers jours, sur la valeur de son apport et la destinée de sa production, ce n’était pas pour en préjuger la fragilité, au contraire (p.81).” On sait ce qu’il en est advenu. Qui lit encore Manette Salomon ? De Goncourt, on ne retient que le prix, et de Descaves, sa participation à l’Académie fondée en 1903 grâce au testament de Goncourt. Un chapitre entier des “Souvenirs d’un ours” s’intitule “Jules Renard”, auteur du fameux “Poil de Carotte” (cf. article de Laurent Jouannaud consacré à ce roman) et de “L’écornifleur”.

Mais il est peut-être significatif de noter que Descaves ne parle de Renard que pour rappeler qu’il aida sa veuve. Descaves aimait rendre service, par bonté ou, selon René Benjamin dans son livre à charge “La galère des Goncourt”, pour obliger les gens à la gratitude. Mais au fond qui était Descaves ? En parlant de ce qu’il a vu, j’en oublie ce qu’il était. Les témoignages concordent sur un point : Descaves était quelqu’un très sérieux, plutôt bougon, procédurier dès lors qu’il s’agissait de l’Académie. Il avait une marotte : la Commune qu’il n’avait pourtant connue qu’enfant, et sur laquelle il était intarissable comme l’indique Jules Renard dans son Journal (2). Il est peut-être significatif de noter que le Journal de Renard (comme celui de Mugnier d’ailleurs) ne comporte aucune description précise de Descaves, en bien ou en mal, et que les mots d’esprit rapportés sont absents. L’éditeur Stock estimait que “Descaves était un faux brave homme (3).”

Dans son livre cité plus haut, René Benjamin à qui Descaves ne pardonna jamais l’élection de Sacha Guitry à l’Académie, le décrit comme un homme médiocre, un “Pense-petit (4)”. Il ajoute quelques détails : “Il a toujours travaillé debout, sur un pupitre haut, reçu debout, grogné debout ; d’abord, parce qu’étant petit, même debout, il paraît assis ; ensuite, parce que les vrais ouvriers, ceux qui lui plaisent, travaillent debout ; enfin parce qu’il mettait du défi et une leçon dans son attitude (5).” La rancœur est évidente, et sans doute la mauvaise foi. Si Benjamin eut le Goncourt pour son livre “Gaspard”, ce fut grâce à Descaves, et s’il fut membre de l’académie, il le dut encore à lui. Laisser entendre qu’un homme fut bon toute sa vie par intérêt, celui de susciter la reconnaissance, est un peu court, en tout cas invérifiable. Et l’on peut, dans ces conditions, douter de tout et de tous.

Si les actes seuls comptent, alors Descaves mérite plus de considération. Il était fidèle en amitié, eut une vie honnête, et servit la littérature sans y trouver la fortune. Il eut ses petitesses, mais qui n’en eût jamais ? Relevons d’ailleurs dans les dernières pages des “Souvenirs d’un ours”, ces mots à propos de René Benjamin qui lui en avait pourtant fait voir : “Je ne veux pas davantage clore ces pages sans atténuer ma rigueur envers Benjamin qui est aujourd’hui, à mes yeux, plus à plaindre qu’à accabler. Son fils (…) a été tué le 9 février 1945 sur le front d’Alsace (…) La douleur d’un père ne m’a jamais laissé insensible (p.293).”

Pierre Assouline raconte pour l’année 1923 une anecdote dans son livre “Du côté de chez Drouant (6) qui témoigne selon moi du caractère scrupuleux de Descaves : ‘Bizarrement, Lucien Descaves appelle à la dissolution de la société littéraire des Goncourt dans un article publié par Comoedia ; enfin, il le dit sans l’écrire tout à fait mais en le pensant très fort, c’est ainsi que chacun l’entend, et tout cela pourquoi ? Parce qu’il lui apparaît désormais impossible de respecter une clause du testament (Goncourt) stipulant que le prix doit aller au meilleur roman de l’année car nul ne peut en lire quatre-cents.’ Réflexion qui reste d’actualité, à l’heure où les romans sont encore plus nombreux et réservés à certaines maisons d’édition, tandis que d’autres sont automatiquement exclues. Descaves prenait sa tâche au sérieux. Il termine son ouvrage par cette citation du poème de Vigny : ‘Fais énergiquement ta longue et lourde tâche/Dans la voie où le sort a voulu t’appeler,/Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. ’

Descaves meurt en 1949 et depuis le silence s’est fait sur son nom.

(1)   Journal de l’abbé Mugnier, page 114. Mercure de France. A noter Descaves est cité plus de 40 fois dans ce journal célèbre.

(2)   Journal de Jules Renard, p.1156. Pléiade.

(3)   Journal de l’abbé Mugnier, op.cit. page 172

(4)   La galère des Goncourt, p.18. L’élan, 1948.

(5)   La galère des Goncourt, p.17. L’élan, 1948.

(6)   Du côté de chez Drouant, p ; 43 Gallimard, 2013     

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07/12/2025, 17:00

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Les Ensablés - Les Réveillés de la vie et Les Irréductibles de Zoé Oldenbourg

Avec Les réveillés de la vie (1956) et Les Irréductibles (1958), Zoé Oldenbourg (1916-2002) retrace l’histoire d’un amour impossible. De la fin des années 1930 à l’aube des années 1950, Elie et Stéphanie se cherchent et se fuient dans une valse-hésitation cruellement heurtée par la guerre. Semblable à son premier diptyque médiéval qu’il l’avait révélée, la romancière-historienne projette ici ses personnages dans la lumière contemporaine du XXe siècle où s’étirent encore les ombres portées du Moyen Age et ses dilemmes spirituels.

Par Nicolas Acker.

23/11/2025, 10:00

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Les Ensablés - Huysmans vivant d'Agnès Michaux

Bravo à Agnès Michaux d’avoir osé s’attaquer à Huysmans dans son épais volume publié au Cherche Midi il y a peu ! Il fallait le faire ! « Huysmans vivant » est la première biographie depuis celle de Robert Baldick publiée en 1958 (chez Denoël). Vieil admirateur du romancier, je me la suis procurée aussitôt, curieux de voir comment cette romancière (La fabrication des chiens) et spécialiste de la fin du XIXème siècle a pu traiter ce sujet vaste et ardu. En effet, aborder la vie de Huysmans, c'est aussi évoquer tout un pan de la littérature du XIXeme siècle.
Par Hervé Bel

09/11/2025, 09:00

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Les Ensablés - La Maternelle de Léon Frapié

Que reste-t-il de nos Goncourts ? Nombre d’heureux lauréats de ce prix littéraire tant convoité ne sont pas passés à la postérité et leurs romans sont aujourd’hui bien ignorés... Entre les oubliettes où ils churent et le Panthéon des auteurs consacrés, se maintiennent bon an mal an quelques romanciers dont la notoriété subit certes des éclipses, mais dont on redécouvre périodiquement l’intérêt. Par Marie Coat

 

26/10/2025, 09:00

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Les Ensablés - Le tout sur le tout, de Henri Calet (1904-1956)

Henri Calet (de son vrai nom Raymond Barthelmess) n'est pas un inconnu pour Les Ensablés qui l'ont abondamment célébré, notamment au travers de son roman majeur Monsieur Paul (publié en 1950). C'est que l'homme qui se devine au travers d'une œuvre largement autobiographique, est éminemment énigmatique et attachant, se caractérisant, selon les termes de son biographe Michel P. Schmitt par « un fin humour allié à la peine de vie la plus noire » . Dans l'un des articles que Les Ensablés lui ont consacrés, il est dit que « La vie de Calet fut riche en aventures dans sa première moitié, beaucoup moins dans la seconde ».

Par Isabelle Luciat.

12/10/2025, 09:00

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Les Ensables - Les modérés, d'Abel Bonnard

Le parcours d’Abel Bonnard  (1883-1968) est l’un des plus surprenants parmi les écrivains du XXe siècle. Son destin intellectuel et politique est un précipité d’ambiguïtés, de compromissions et de fulgurances. Par Nicolas Kinosky 

28/09/2025, 10:42

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Les Ensablés - La Reine battue, d'Henri Duvernois

Le propre du « petit maître » est d’être discret. Un temps, il s’impose, il plaît... Puis disparaît, écrasé sous les poids des « grands ». C’est que l’on ne peut pas retenir tout le monde. J’ai mes « petits maîtres » favoris, et l’un d’eux, vous le savez peut-être, car j’en ai déjà parlé, s’appelle Henri Duvernois. Récemment, dans un vide-grenier, perdu dans un amas de livres vendus un euro chacun, je suis tombé sur son roman « La Reine battue » publié sur papier alfa bouffant dans la belle collection de luxe Le livre de demain, où le texte s’orne de gravures. Je l’ai acheté évidemment, sachant à l’avance que je ne serais pas déçu. Par Hervé Bel.

14/09/2025, 10:00

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Les Ensablés - La Pierre angulaire, de Zoé Oldenbourg

Zoé Oldenbourg (1916-2002) fut longtemps associée aux succès d’édition de grandes fresques médiévales. Son premier livre, Argile et Cendres (1946) qui suit les péripéties d’un petit seigneur partant pour les croisades, impressionna tellement par sa précision et son ampleur qu’on y vit un potentiel Goncourt. Le couronnement arrivera finalement en 1953 avec son second roman La Pierre angulaire qui remporte le Prix Femina. Zoé Oldenbourg y expose les tableaux contrastés d’un Moyen-Âge où même les âmes les plus abjectes vivent dans l’espérance du salut éternel. Par Nicolas Acker.

31/08/2025, 09:00

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Les Ensablés - La vierge et le taureau, de Jean Meckert

Les éditions Joëlle Losfeld poursuivent avec bonheur la réédition des romans de Jean Meckert  (1910-1995). Le dernier en date, La vierge et le taureau, occupe une place à part dans l’œuvre de Meckert. D’abord parce qu’il s’agit du dernier publié sous son propre nom. S’il continue à publier par la suite, ce sera désormais sous le pseudonyme de Jean Amila, bien connu des amateurs de romans policiers. Dernier roman de Meckert donc, La vierge et le taureau est aussi entouré d’une légende noire qui fait de ce livre, une sorte d’ouvrage maudit qui a donné libre cours à de nombreuses spéculations. Par Carl Aderhold

17/08/2025, 09:00

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Les Ensablés - Le wagon à vaches (1953), de Georges Hyvernaud

Sa prose noire et acérée rappelle Raymond Guérin. Son ironie pessimiste penche du côté d’Emmanuel Bove. Le phrasé rageur est célinien. Nous sommes en 1953 lorsque Georges Hyvernaud publie son deuxième récit le Wagon à vaches. On y retrouve la veine existentialiste, sans le torse bombé de l’intellectuel engagé. Par Nicolas Acker.

27/07/2025, 09:00

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Les Ensablés - La fin de la IIIe République, de Emmanuel Berl

Paru en 1968 dans la célèbre collection de Gallimard, « Les trente journées qui ont fait la France », La fin de la IIIerépublique est republiée quelques années plus tard dans une autre collection intitulée «Témoins». Ce passage révèle bien à la fois la nature de cet ouvrage mais aussi celle de son auteur, Emmanuel Berl (1892-1976). S’il est aujourd’hui tombé dans l’oubli (tout juste certains se souviennent qu’il fut le mari de la chanteuse Mireille), il a pourtant marqué la vie intellectuelle des années 1930 par ses positions que ses biographes qualifient volontiers d’inclassables. Par Carl Aderhold

06/07/2025, 10:45

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Les Ensablés - Le roi dort, de Charles Braibant

« Nos pays ne sont pas beaux...mais il y a en eux une espèce de grandeur calme et comme un peu dédaigneuse qui est beaucoup plus captivante que la beauté ». Ainsi Charles Braibant (1889-1976), Champenois de lignée et de coeur, décrit-il sa région d’élection dans son roman Le roi dort qui, s’il rata de peu le prix Goncourt, fut couronné du Renaudot en 1933. Par Marie Coat

 

22/06/2025, 09:00

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Les Ensablés - La peau et les os de Georges Hyvernaud

Dans la fosse commune de l’oubli, Georges Hyvernaud n’a non seulement rien fait pour l’éviter - en ne publiant que deux livres de son vivant - mais y a sauté à pieds joints. La Peau et les os (1949), court mais édifiant récit de sa captivité pendant la seconde guerre mondiale, puis Le Wagon à Vaches (1953), roman implacable de l’impossible réadaptation à une vie dite normale, prouvent que l’écrivain avait pris le parti non négociable d’une vérité humaine très difficile à vendre. Par Nicolas ACKER.

08/06/2025, 19:15

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Les Ensablés - Planète sans visa, de Jean Malaquais

Né en 1908 à Varsovie, Vladimir Malacki - devenu par la suite Jean Malaquais  (1908-1998) - quitta la Pologne à l'âge de 18 ans pour venir vivre en France. Mobilisé en 1939, il fut fait prisonnier, puis parvint à s'évader. Juif et apatride, il partagea alors l'existence précaire de nombre de personnes réfugiées à Marseille dans l'espoir d'obtenir un visa. Grâce à l'aide de son ami Gide, il obtint ce précieux sésame et gagna les Etats-Unis où il vécut plusieurs années, enseignant la littérature. Malaquais n'a publié que trois romans : « Les Javanais » (prix Renaudot 1939),  « Le Gaffeur » (publié en 1953), tous deux objets de précédents articles et  « Planète sans visa », grand roman de la France sous l'occupation, publié en 1947 et qu'il remania jusqu'à ses derniers jours. Ce roman de plus de 500 pages a été réédité en 1999 après sa mort.

25/05/2025, 09:41

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Les Ensablés - La Saint-Michel et le Pont Euxin d'Anne Lacroix, par François Ouellet

Anne Lacroix (1897-1982) n’aurait publié qu’un seul roman, La Saint-Michel et le Pont-Euxin chez Grasset en janvier 1933. À cette date, elle a déjà commencé un deuxième roman, Rézle (et même annoncé un troisième titre, Les Bergers d’Arcadie), soumis en décembre de la fin de cette même année pour le Prix du roman du Temps ; les quelques voix qu’elle récolte seront insuffisantes pour qu’elle obtienne ce prix qui consiste dans la publication du roman dans les pages du quotidien. Mais, cinq ans plus tard, en mars 1938, Rézle paraîtra en feuilleton dans Le Temps. Il ne semble pas que la carrière d’Anne Lacroix ait connu d’autres développements. Par François Ouellet.

11/05/2025, 09:00

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Chaque semaine, la Booksletter, relancée par l’association Les Amis de Books, explore les livres publiés dans le monde. Essais, enquêtes et romans y éclairent l’histoire, la politique, les sociétés et leurs contradictions. Dans cette édition, cinq ouvrages invitent à remonter le cours de la Volga, à revisiter les méthodes de Roy Cohn, à comprendre les mobilisations populaires, à retrouver des résistantes basques et à interroger la dette publique.

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Les Uns et les Autres raconte en effet beaucoup de choses. Des histoires d’amour. Des séparations. Des ambitions. Des rencontres. Des enfants. Des morts. Mais le film raconte surtout que nous vivons des vies personnelles à l’intérieur d’une Histoire qui, elle, ne nous demande jamais notre avis. Propos recueillis par Jean-Charles Bettan, psychanalyste à Cannes.

 

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Dès le préambule, la subjectivité du philosophe est impossible à séparer de ce qu’il raconte. Mais comment écrire ses mémoires partagés avec ce que l’on a vu, ceux que l’on a rencontrés, les causes que l’on a défendues ou abandonnées, les conflits que l’on a traversés ou atténués, et surtout les noms qui nous ont influencés ? Tout cela compose peu à peu le tableau d’une époque qui n’existe plus tout à fait, mais aussi l’image d’un homme dont l’identité elle-même est déjà un récit.

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Tiphaine Raffier : mourir sous le regard des autres

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07/10/2026, 10:00

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Esquisse d’une serial killer : derrière la Diabolique, une enquête dérangeante

Le titre désigne déjà un piège. Esquisse d’une serial killer (trad. Pierre-Mong Lim) promet le monstre, la mécanique du crime, peut-être le frisson confortable du true crime. Hu Mu-ching fait exactement l’inverse. Elle revient vers Lin Yu-ju, condamnée à mort à Taïwan pour trois meurtres et très vite figée par les médias sous un surnom : la Diabolique. Ébauche prévue le 15 octobre.

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Le souci de vivre : parler de la mort pour donner du sens à l’absurde

Il y a des livres qu’on offre sans raison particulières, juste pour faire plaisir, petit format, une centaine de pages, un prix raisonnable, un livre qui pique notre curiosité ; vous connaissez toutes et tous ce genre de livre qu’on lit en une après-midi et qui laisse une empreinte importante par la suite. Le souci de vivre d’Olivier Carré fait partie de ces livres qui reste longtemps en mémoire tant il parle d’un sujet auquel nous tous aurons à faire face un jour ou l’autre : la mort. 

06/10/2026, 17:57

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Lola Lafon enferme quatre amis dans un aéroport sous tension

Une valise, un mot, une fracture politique : voici la nouvelle pièce de Lola Lafon. Une valise dépasse de quelques centimètres et, avec elle, tout déborde. Dans une salle d’embarquement, quatre amis d’une quarantaine d’années devraient partir en vacances. Décollage (ou pas), le 15 octobre.

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Sur la route du retour de Franck Maubert : révéler la nudité désolée

Il y a un principe dans la vie sur lequel il est difficile d’y revenir : on ne peut pas donner l’amour que l'on n’a pas reçu. Pour Franck Maubert, l’amour non reçu vient de cette mère distante, froide, qui le place durant sa petite enfance chez un couple vivant dans une ferme, puis viendra le reprendre pour le laisser à ses parents, couple âgé qui se désintéresse de lui avant de le conduire contrainte chez elle. De cette enfance heureuse en campagne, l’auteur découvrira la joie du silence et une quête mystique dans les églises.

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Le Parfum des feuilles de thé : quitter Tokyo pour recommencer

Tokyo s’éloigne, la route monte, le béton cède aux pentes de Shizuoka. Mayumi et Akane ont trente-cinq ans, sont amoureuses et décident de reprendre la plantation de thé du grand-père d’Akane, affaibli par un AVC. Sur le papier, tout ressemble au fantasme contemporain du grand départ : quitter la ville, retrouver la terre, repartir de zéro. Infusion dès le 15 octobre.

06/10/2026, 14:06

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Voyage avec un âne : ce que Modestine change au récit de Stevenson

Il part à pied pour se remettre d’un chagrin, s’équipe beaucoup trop, achète une ânesse pour porter le tout et découvre presque aussitôt qu’elle n’a aucun goût pour les itinéraires bien tracés. Voyage avec un âne dans les Cévennes tient depuis 1879 sur ce délicieux désaccord entre un homme qui veut avancer et Modestine, qui préfère brouter. Parution le 15 octobre

06/10/2026, 13:32

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Toute la famille a eu de la chance : Auschwitz au bout du couloir

Philippe Schwartz commence par se méfier de sa propre mémoire. C’est une excellente manière d’entrer dans Toute la famille a eu de la chance. « Aujourd’hui, j’ai conscience d’enjoliver. J’en fais une légende. » Le narrateur ne promet donc ni archive pure ni reconstitution infaillible. Sortie le 15 octobre.

06/10/2026, 12:55

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Mom Alone : la maternité solo, sans filtre et sans mode d’emploi

Il y a les livres sur la parentalité, avec leurs principes, leurs méthodes, leurs lendemains mieux organisés. Et puis il y a 17 h 30. Le travail n’est pas fini, les enfants reviennent dans le cadre, le dîner se rapproche et quelqu’un pense soudain : « Purée... Il est déjà 17h30 ! » Quelques cases plus loin tombe le verdict : « J’ai rien foutu. » Mom Alone habite exactement cet espace-là : celui où les bonnes intentions se froissent au contact du réel.

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