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Les Ensablés – “Rome et ses vieilles églises” (1942) de Emile Mâle

Le passant désoeuvré de Rome, en ce matin de mai 1924, pouvait observer, sortant du palais Farnese, le Diario Romano à la main, un homme distingué d’un âge certain, avec un air d’autorité et un grand allant dans sa marche, mis à la mode des années d’avant la guerre avec son complet de drap bleu et son chapeau melon, traversant le cortile dessiné par Antonio da Sangallo après avoir salué fort civilement le concierge.

Le 16/12/2018 à 09:00 par Les ensablés

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16/12/2018 à 09:00

Les ensablés

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« E l’ambasciatore di Francia ? « demande notre passant à la petite marchande qui va vendre de bon matin ses bouquets au marché du Campo de Fiori  : « Certo no ! e il dottor Mâle ! un grande professore delle cose antique ! e a Roma piu cristiano non c’è ! » Et la petite marchande de fleurs a certes bien dit, mais nous allons essayer dans cette chronique de lui en apprendre davantage.

Par Antoine Cardinale

Car ce qu’ignore la petite marchande de fleurs, c’est qu’Emile Mâle, il grande professore delle cose antique, n’est pas venu à Rome dans ses fonctions de directeur de l’Ecole de Rome avec un grand enthousiasme. Il eut en effet le déplaisir d’apprendre sa nomination en ouvrant son journal ! Il eut beau supplier à Poincaré, président du conseil, qu’on le laissât finir en paix le dernier livre de son grand ouvrage, l’Art religieux et qu’on le maintînt dans son poste de professeur à la Sorbonne, Poincaré se montra inflexible en lui persuadant qu’il était le seul à pouvoir succéder à monseigneur Duchesne sans diminuer le prestige de cette fonction.

Il le reconnaîtra plus tard, c’est pourtant à Rome qu’il lui fallait finir son livre, L’art religieux après le Concile de Trente, et qu’il eût été téméraire de le faire loin de cette ville. C’est en effet à la bibliothèque du Collège romain qu’il trouvera le livre-clef de ce temps troublé : l’Iconologia de Cesare Ripa. En l’étudiant, nous dit-il, « les faits se groupaient, les chapitres se dessinaient les uns après les autres, et il me semblait que mon livre se faisait tout seul. » Ce livre ensablé, qui est aujourd’hui dans toutes les bibliographies, nous en devons la redécouverte à Emile Mâle.

C’était alors un palais bien peu logeable que le palais Farnese : le concierge lui-même n’en possèdait pas toutes les clefs ; les salons cyclopéens succédaient à d’étroites guardarobbe, à des stanze à la destination mystérieuse, à d’incompréhensibles entresols tels des chambres scellées de la mémoire, perchés au bout d’escaliers comme on en voit dans les Prisons, à d’innombrables salotti, librarie, mezzanine et jusqu’à la légendaire loggia dessinée par Giacomo della Porta. Au temps révolu de la grandeur des Farnese, le plus beau palais de Rome était un palais asphyxié, rétréci par son contenu de tableaux, de meubles, de collections d’antiques et de bibliothèques fabuleuses. Mais vidé de tout son mobilier, lorsqu’il devint le siège de l’ambassade de France en 1874, il prit alors l’apparence d’un labyrinthe démeublé, la topographie d’un foyer déshabité et la poésie d’un palais de courants d’air : dans ce deuxième étage où Emile Mâle installe sa famille, sa fille se souvient avec émotion « d’immenses couloirs, idéales pistes de trottinette, et des inscriptions mystérieuses au beau fronton des portes.»(1)

Le nouveau directeur déploie les qualités d’un gestionnaire attentif à des tâches qui dévorent le temps qu’il pourrait réserver au travail de l’historien : chantiers incessants qui veulent l’œil du maître ; inflation qui dévore les traitements des membres de l’Ecole, et dont les difficultés économiques lui tombent sur le cœur ; pour ne rien dire des innombrables réceptions au protocole tyrannique. Mais malgré ces obligations pesantes, jamais on ne surprend un mécontentement qui puisse déflorer en lui le bonheur d’être, avec les siens, au cœur de la cité du passé restauré.
Cinq années après son retour en France, c’est en 1942, dans des jours de tristesse, retiré dans la solitude où vont finir les existences prophétiques, qu’il publie Rome et ses vieilles églises, certain cependant que des temps meilleurs étaient en réserve. Mais les pages de ce livre savant et poétique, l’écrivain nous le confesse, furent écrites à Rome dans ces années heureuses où il put examiner tout à loisir les monuments qu’il décrit. Le livre débute par une introduction, Rome et la campagne romaine, qui est naturellement promise à l’anthologie des écrivains français, à côté des grandes pages du XIXème siècle, selon l’expression d’André Chastel.

Comme il est désespérant de faire court : de cette introduction on voudrait citer les vingt pages qui la composent sans en retrancher une ligne. Mais consentons !

Il faut monter au Janicule vers le soir pour contempler Rome. De la terrasse de San Pietro in Montorio on l’a presqu’entière sous les yeux et elle charme d’abord par ses belles lignes et sa couleur fauve. Comme au temps des Césars, des jardins magnifiques la couronne d’une sombre verdure. Martial, qui la décrivait de l’endroit où nous sommes, croirait encore la reconnaître : seuls les dômes l’étonneraient, car aux nombreux temples ont succédé d’innombrables églises. Au moment où le soleil va disparaître la ville se transfigure ; c’est alors qu’elle se revêt toute entière d’or rose, minutes merveilleuses que Claude Lorrain a fixées pour nous. Des montagnes lointaines d’un bleu sombre ou d’un bleu aérien, suivant les heures du jour, dessinent à l’horizon un demi-cercle majestueux.
C’est du Janicule qu’il faut voir la ville, mais c’est du Monte Cavo qu’il faut découvrir le vaste champ clos où Rome joua sa vie pendant les premiers siècles de son histoire. L’horizon est splendide. Il s’étend bien au-delà de l’Etrurie méridionale, jusqu’aux Monts Ciminiens, vaporisés dans l’éther, limite redoutable que longtemps les légions n’osèrent franchir…Une horreur sacrée s’empare de Virgile quand il nomme les divinités de ces âges lointains, quand il décrit les peuples de la vieille Italie : ceux de Preneste avec leurs casques à peaux de loups, ceux du Soracte et des Monts Ciminiens qui marchaient en chantant : les Hirpins, armés d’épées de bronze, et les Marses conduits par des prêtres charmeurs de serpents. Il croyait avoir atteint l’origine des âges.

Les églises de Rome

Combien d’églises dénombre-t-on à Rome ? Deux cent, trois cents cinquante ? Emile Mâle nous le dit dans le passage ci-dessus, elles sont innombrables ! et tout décompte paraît voué à l’échec. A Rome une église n’appartient pas à un seul temps : le Temps s’y dépose : un siècle a reconstruit ce que l’incendie ou l’inondation a pu détruire, mais le siècle suivant, dans un grand retour en arrière, revient à des solutions très anciennes –comme on le voit à Sainte-Marie Majeure dans laquelle les mosaïques de la basilique de Libère voisine avec les géniales « retouches » à l’antique que réalisa Fernandino Fuga au cœur du Siècle des Lumières- parfois comme à Saint-Clément, le Temps a empilé en couches régulières les styles et les époques, comme une ménagère empile ses draps, sans négliger de conserver par-dessous un autel de Mithra, ou comme à Saint-Barthélemy un puits sacré voué à Esculape. Car par-delà l’ère chrétienne, Emile Mâle ne manque pas de nous rappeler que les Romains –au moins sous la République- furent selon l’expression du poète grec les plus pieux des mortels : le sol même de la Ville était sacré et pour cette raison, la délimitation en était minutieuse ; le Tibre lui-même était une divinité dont les inondations étaient scrutées comme des oracles.

Il y a aussi les églises disparues, qui est un chapitre à faire et qui pourrait tenter un historien, à la condition qu’il sache sentir la poésie de cet inventaire : le vieux Saint-Pierre disparu avec ses deux absides qui voulaient répliquer la Panthéon d’Agrippa, ou la basilique de Maxence que Constantin acheva et qui la première porta témoignage de la religion nouvelle –et antiquum documentum novo cedat ritui- et dont les ruines formidables se voient encore près de Sainte Marie Romaine 2.

Ajoutons que c’est une chanson charmante que le nom des églises de Rome : elle mêle les curiosités de la toponymie, les grands témoignages de l’Histoire, les vieilles superstitions romaines et des souvenirs qui appartiennent à vous seulement. Saint Jean de Latran qui nous renvoie infiniment loin, à la noble famille des Laterani ; l’église des Quatre Saints Couronnés, dont on ne sait rien sinon qu’ils y eut là quatre martyrs militaires qui furent décollés ; Sainte Marie de l’Enfer, qui garde close ce que la vieille légende romaine donnait pour une des entrée de l’Enfer ; les églises que la piété populaire s’est plu à donner à deux saints à la fois : Vincent et Anastase, Cosme et Damien bien sûr, Boniface et Alexis, et tant d’autres ; les églises dédiées à Marie : il vous en vient dix à l’esprit, une rapide recension de Rome et ses vieilles églises vous en donne vingt ! Il y a celles dont l’histoire vous est obscure et que vous gardez pour votre prochain voyage à Rome afin d’en élucider l’histoire comme Saint Bernard des Thermes, San Lorenzo in Lucina, Saint Charles aux Quatre fontaines ; enfin les églises que ralliaient les pèlerins de toutes les nations : Saint Louis des Français, Saint André d’Ecosse, Saint Antoine des Portugais, ou Saint Nicolas des Lorrains que Claude Gellée n’eut garde d’oublier dans son testament.

Laissons Emile Mâle nous conduire dans la première d’entre elles. Sainte Sabine s’élevait en un temps où saint Augustin vivait encore. Cette basilique, pleine de la sagesse grecque, nous paraît être une œuvre du génie harmonieux de la Grèce, d’une perfection que porte ses vingt- quatre colonnes corinthiennes de marbre de Paros, cannelées et rudentés, d’une beauté qui n’a pas d’équivalent dans la Ville entière. Nous savons pourtant que Sainte-Sabine fut élevée dans ces années terribles qui suivirent le sac de Rome en 410.Ces « belles prêtresses des dieux converties à la religion nouvelle » viennent-elles du temple de Junon, ou d’un riche palais détruits par les Goths d’Alaric ? On ne le sait. Les archéologues nous apprennent en revanche qu’ici s’élevait une demeure qu’une chrétienne appelée Sabine offrit au culte de la communauté au temps des persécutions, titulus Sabinae ; pleine des souvenirs antiques, elle nous semble encore dans sa nouveauté. En ce temps-là, saint Augustin écrivait la Cité de Dieu, qui désignait à l’espoir des croyants une cité des âmes, inexpugnable et rempli des trésors de l’Esprit. Ceux qui construisirent Sainte Sabine n’avait pas renoncé tout à fait, il me semble, à recevoir ici-bas quelque chose qui ressemblât au silence et à la lumière céleste ; les lugubres dévastations des Barbares avait laissé intacte leur espoir. Comme on mesure ici combien l’art antique demeure l’accès libérateur à la clarté et au monde des formes pures ! Pourtant, l’emploi de l’arcade sur colonne dans la nef d’une part ; la porte de bois à deux battants d’autre part dont les bas-reliefs montrent des sculpteurs familiers de l’architecture syrienne et des thèmes du christianisme d’Orient : il faut décidément voir dans Sainte-Sabine un exemple remarquable de l’union du rythme de l’architecture classique et de la douceur sensuelle de l’Orient. Comme il est difficile d’imaginer, dans cette église qui respire la lumière et la sagesse gagné sur la folie d’un monde qui semblait toucher à sa fin, comme il est difficile d’imaginer qu’on crie ici, le Vendredi Saint, à l’heure où expire le Christ, comme dans toutes les églises de Rome, le glaçant  Consummatum est !

Parmi les autres visites où nous entraîne l’auteur, j’aime particulièrement à le suivre à la chapelle de Sainte Pétronille. Cette sainte sortie de la légende chrétienne qui en fit la fille de Pierre ne trouve qu’une place modeste dans l’Art religieux après le Concile de Trente : une page à peine et toute dédiée à la description du tableau du Guerchin qui occupe à Saint-Pierre la chapelle dédiée à la sainte. Dans Rome, Emile Mâle en développe l’histoire qui vient recouvrir quinze siècles de l’histoire de la Ville en une sorte de panorama inoubliable : des premières persécutions jusqu’à la Pieta de Michel Ange en passant par le sacre de Charlemagne, des catacombes à l’ancienne basilique Saint-Pierre, il brosse une fresque où les plans de l’Histoire et ceux de la légende sont parfaitement tracés, justement délimités et également passionnants.

Ecoutons pour finir, le vieil historien s’émanciper un peu de la science et nous transporter en voyant –en poète- dans la ville d’Otton III, cet étrange empereur, jeune homme épris de la Grèce, au cœur de ce farouche Xème siècle où il semblait que jamais la lumière ne pût regagner sur la nuit de la civilisation.
Il y avait dans cette Rome une grandeur et une désolation que nous pouvons à peine imaginer. Qu’était la Rome de Chateaubriand auprès de celle-ci ? Les pèlerins y accouraient pour vénérer le tombeau des apôtres, mais ils étaient retenus par un enchantement. Ils avaient sous les yeux un spectacle inouï : des palais à moitié dépouillés de leur revêtement de marbre, des statues renversées, des villas patriciennes décorées de leur nymphées, dont les derniers restes ne disparurent qu’au XVIème siècle, des thermes gigantesques abritant encore sous leur voûtes leurs piscines taries, leurs cuves de porphyre et les divinités marines de leur mosaïque, la masse écrasante des cirques, des théâtres, des tombeaux impériaux, dont cinq siècles n’avaient pas encore triomphé, et ça et là, sur les collines, les restes des vieux bois sacrés au sombre feuillage. La Rome imaginaire de Hubert Robert, cette Rome de rêve, où un sphinx égyptien est couché auprès d’un portique aux colonnes bleuies par l’incendie, où de hautes voûtes laissent apercevoir au loin l’abside à caissons d’un temple dont les arbres disjoignent les pierres : c’est la Rome de Otton III.

« J’ai vu le rêve éternel ! »

Puisque nous avons aimé le guide, faisons connaissance avec lui et avec l’itinéraire intellectuel qui fut le sien. C’est à l’Ecole Normale que sa vocation d’historien se forme, au cœur de la capitale, « reste oublié du vieux Paris mystique, où les maisons religieuses étaient encore nombreuses » ; les maîtres se nomment Brunetière, Boissier, Monod, et au passage d’un professeur à l’allure modeste, les élèves murmurent « c’est monsieur Pasteur, il inventera bientôt le vaccin contre la rage ! ». La soif de savoir, un travail de tous les instants, mais jamais, sa correspondance en témoigne, de fièvre et de révolte : Georges Perrot qui vient de succéder à Fustel de Coulanges, suit avec attention cet élève qui promet d’être l’helléniste le plus doué de sa génération. Mais lentement, dans cette école que la République rend intolérante, qui congédie l’aumônier, transforme la chapelle en salle de billard, et dans laquelle Lucien Herr façonne déjà une génération de socialistes, Emile Mâle sent « la grandeur et la bienfaisance de cette religion qui n’a pas de commune mesure avec les autres » prenant conscience « qu’un grand fleuve de croyance millénaire a roulé son dernier flot » jusqu’à lui.

En 1886, les vacances venues, il prend le train pour la Provence : beauté monumentale des cyprès, bosquets de chênes verts comme des bois sacrés, rivages, inviolés alors, d’une mer au bleu tranchant qui porta toute l’histoire du monde : « Au flanc d’une colline, un champ d’oliviers apparut. Enfin je contemplais l’arbre de Minerve, que je voyais pour la première fois, et je compris que j’entrai dans le royaume de la beauté »

C’est au milieu des ruines que Rome laissa partout que le Moyen-Age va lentement entrer dans l’esprit de Emile Mâle : à Avignon, le Palais des Papes, à Arles, Saint-Trophime, puis passant en Italie, le Campo Santo à Pise et enfin à Florence : « Ce fut à Santa Maria Novella que je reçus le coup de foudre qui décida de ma vie et fit de moi non un historien de l’art grec, comme je l’avais cru, mais un historien de l’art du Moyen-Age : la chapelle des Espagnols, monde grave et profond, résumé grandiose de la chrétienté, me remplit d’admiration et d’étonnement ».Contemplant cette oeuvre triomphale dans laquelle tout cependant, cum pondere et mensura, est réglé par une pensée ordonnatrice et toute bienveillante à l’être humain.

Le voyage devait se continuer jusqu’à Rome : sur l’antique pavé, nous dit-il, il titube comme un homme ivre : « Je viens de réaliser le rêve éternel : j’ai vu Rome !» et le futur auteur du chef-d’œuvre sur lequel nous nous penchons aujourd’hui, se confie avec découragement : « Il n’y a plus à faire sur Rome une phrase qui n’ait été faite » !
Cet homme modeste ne se reconnut jamais d’autre mérite que « d’aller d’église en église, de monument en monument, en admirant et en essayant de comprendre ». Ce fut un singulier mérite que nul cependant ne se souciait d’émuler ! « Quand je parcourais la France au temps de ma jeunesse, j’allais d’église en église sans rencontrer un archéologue, un artiste ou même un voyageur ; je passais des heures à admirer sans que personne vînt jamais partager mon admiration. »

Son mérite pourtant dépasse infiniment ses pérégrinations de jeunesse : en 1895 il publie sa thèse sur l’Art Religieux au Moyen-Age et qu’il développera tout au long de sa vie, formant une suite formidable de quatre volumes qui contient une vie d’études. Son œuvre bouleversera les certitudes historiques, lui vaudra tous les honneurs académiques et lui créera aussi une sorte de culte entretenu par un cercle étroit des esprits les plus supérieurs de son époque.

Je ne voudrais pas laisser croire que Emile Mâle appartint entièrement à la Ville : il fut profondément de son pays, celui de Commentry où il naquit et celui de Monthieux, pays de son enfance, où il retourna dans sa vieillesse, au seuil de l’éternelle lumière. Car ainsi qu’il le dit dans ses souvenirs : « Lorsque je pense au printemps, ce ne sont pas les bords du lac de Nemi, ni les orangers de Sicile, mais le clos de Monthieux qui me revient à l’esprit ».
C’est là dans ce pays de sources vagabondes, aux traditions millénaires, au cœur de ce qui fut  la Gaule, qu’il finit ses jours ; il nous a confié dans quelques vers ce que fut son attente : « Mon enfance est là, qui rêve sous un arbre / Et lorsque toute émue elle m’apercevra / En me tendant les bras elle me sourira »

S’il fallait trouver un saint patron aux historiens de l’art, c’est lui : cet homme d’une foi tranquille et profonde, se recommande par l’importance d’une œuvre qui donna à comprendre et pas seulement à admirer le Moyen-Age, ses édifices religieux et son iconographie. Un saint opère de miracles, il faut l’invoquer et il figure dans le calendrier, ce Diario romano qui dans la Ville vous indique le saint du jour, son histoire et ses miracles. La mémoire de Emile Mâle n’en demande pas tant ; il lui suffira que vous ouvriez un de ses livres « en admirant et en essayant de comprendre »  avec, selon son exemple, cette tranquille confiance dans la force que la beauté donne à l’être humain.

1 Toutes les citations de la correspondance, des souvenirs d’Emile Mâle –longtemps inédits- et  ceux de sa fille Gilberte Emile-Mâle ont été rassemblés dans Souvenirs et correspondances de jeunesse, CREE, 2001
2 Ce serait un autre chapitre intéressant, mais le temps a manqué à Emile Mâle : celui des églises de Constantin. Outre la basilique de Maxence, la liste comporte Saint-Jean de Latran, Sainte-Croix-de-Jérusalem, vouée au souvenir de sa mère, la basilique de Saint-Laurent, celle de Saint-Paul sur la route d’Ostie, ou Sainte-Constance sur la via Nomentana !
3 Heinrich Wölfflin, Réflexions sur l’histoire de l’art, Flammarion, 1982
4 Emile Mâle, Arts et artistes du Moyen Age, Préface, Colin, 1927

2 Commentaires

 

Christine Belcikowski

19/12/2018 à 06:09

L'écriture d'Émile Mâle est magnifique, pleine d'âme ; celle d'Antoine Cardinale, aussi.

Antoine Cardinale

19/12/2018 à 17:01

Merci Madame de cet éloge qui dépasse mon mérite ! Il n'a pas échappé à votre lecture, aussi attentive qu'indulgente, que le passage sur Sainte-Sabine, qu'une erreur de police -maintenant réparée- semblait donner à Emile Mâle, devait être plus modestement rendu à l'auteur de ces lignes !

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Les Ensablés - "L'ordre" de Marcel Arland (1899-1986), par François Ouellet

Après plusieurs mois d'absence, nous retrouvons avec une grande joie notre excellent ami et chroniqueur François Ouellet. Qu'il soit remercié pour sa fidélité à notre équipe.

Il y a des écrivains plus profondément ensablés que Marcel Arland. Pourtant, aujourd’hui, Arland n’est pas tellement plus que l’évocation d’un nom. Il survit tant bien que mal par le souvenir de sa collaboration à La Nouvelle Revue française, dont il a pris la direction avec Jean Paulhan au lendemain de la Seconde Guerre. Chez les libraires, on trouvera, avec un peu de chance, un ou deux titres, comme son premier livre, Terres étrangères, un récit de 1923 réédité dans la collection L’Imaginaire en 1996, ce qui commence à dater ; on trouvera plus facilement sa correspondance avec Paulhan, éditée par Jean-Jacques Didier chez Gallimard en 2000.

12/07/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Raphael" (1886) de Eugène Müntz – 2e partie

Cet article fait suite à celui du 14 juin sur Eugène Müntz. Après avoir replacé, selon sa méthode, l’activité artistique comme un facteur central de compréhension de la civilisation de la renaissance, tout en se livrant à un examen documentaire des premières années de Raphaël, Eugène Müntz nous accompagne dans le développement du jeune peintre, fraîchement sorti de son apprentissage dans l’atelier du Pérugin pour partir à la conquête de Florence.

28/06/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Raphael" (1886) de Eugène Müntz (1845-1902) 1ère Partie

Sous son imposante reliure de basane noire, c’est un intimidant in-quarto de plus de sept cent pages ; sur le plat figure un lourd médaillon de cuivre doré légendé Raphael Sanctius, représentant en buste le profil d’un homme jeune, aux cheveux longs, coiffé d’une barrette aux revers élégants.

A l’abri de cette présentation austère, dorment en sûreté, sous les serpentes qui craquent encore sous le doigt, de riches illustrations. Le trésor des notes critiques, le précieux catalogue des œuvres et la substance d’un texte éloquent font à ce livre un fermoir invisible dont seules la curiosité du savant et l’intrépidité de l’érudit possèdent la clef. C’est un livre réservé aux études profondes et au calme des bibliothèques, parlant à voix basse dans le silence des lampes. Le temps venu, on en soulève la lourde couverture comme on pousse la porte d’un ami qu’on ne se savait pas avoir.

14/06/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Un amour platonique" de Paul Alexis (1847-1901)

Découvrir la littérature, c'est dérouler une pelote. En allant d'un auteur lié à un autre, voilà, comment le paysage littéraire se dessine peu à peu... Les Ensablés ont abordé récemment Léon Hennique (à lire ) et son roman étrange Un caractère. Voici maintenant Paul Alexis (1847-1901). Comme Hennique, il fut un fidèle d'Emile Zola et fournit l'une des six nouvelles du recueil des Soirées de Médan (1880).

31/05/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Le soleil des indépendances" de Ahmadou Kourouma

Chers lecteurs, nous sommes heureux d'accueillir à nouveau Henri-Jean Coudy qui, après de longs mois de silence, nous revient avec un nouvel ensablé, Ahmadou Kourouma.

Ahmadou Kourouma, né en 1927, en Afrique Occidentale Française, était Ivoirien même s’il suivit des études secondaires à Bamako, alors grande ville du Soudan français devenue après 1960  la capitale de l’état du Mali. Il aura donc connu les dernières années de la colonisation française puis le début des nouveaux états indépendants.

17/05/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Un caractère" de Léon Hennique (1851-1935)

Je suis tombé par hasard sur un roman de Léon Hennique, paru en 1889, intitulé "Un caractère". Il s'agit d'un livre qui a certes vieilli, mais mérite, comme le soulignait Octave Mirbeau, d'être lu. Surtout, il permet de découvrir son auteur qui joua un grand rôle dans l'histoire littéraire française, tout comme son camarade Lucien Descaves, d'ailleurs, que nos lecteurs connaissent mieux désormais (voir ici). Avec Hennique, on retrouve Goncourt, le naturalisme et... l'occultisme de la fin du dix-neuvième siècle.

01/05/2020, 09:00

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Les Ensablés – "Ecrits sur l’art" de Joris Karl Huysmans (1848-1907)

Joris-Karl Huysmans tenait à distance le grand public : même dans la période où la charité chrétienne gagna un petit avantage sur son pessimisme natif, il douta toujours qu’il fût possible de ramener par l’éducation, ou par l’admiration, le public vers l’art[1].

Ce grand solitaire est maintenant entré dans cette constellation très peuplée, la Pléiade ; avec Soumission, M. Houellebecq a remis Durtal à la mode ; cet hiver encore, le musée d’Orsay a consacré à Huysmans critique d’art une curieuse exposition dont il y aurait beaucoup à dire ; les rééditions se multiplient, comme celle que les Cahiers de l’Herne consacrèrent en 1985 à l’auteur.

Les éditions Bartillat se joignent à cette vogue en apportant leur contribution : la riche édition des Ecrits sur l’art, établie par Patrick Lormant, deviendra inévitablement le bréviaire des amateurs de Huysmans. Tout le parcours critique de l’auteur est rassemblé là, des premiers et respectueux essais du début de la carrière littéraire jusqu’à la grande conversion à l’art chrétien des années 1890, en passant par le chamboule-tout des critiques des Salons annuels.

19/04/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Sur le chemin des glaces" (1988) de Werner Herzog

La marche comme expérience mystique... En novembre 1974, le réalisateur Werner Herzog apprend que sa grande amie Lotte Eisner, célèbre critique de cinéma allemande qui vit et travaille à Paris à la cinémathèque française, est très gravement malade. Elle risque de mourir.  « J’ai répondu : cela ne se peut pas ». Saisissant une veste, une boussole et un sac, Herzog part sur le champ pour la retrouver. Mais il fera le voyage à pied, convaincu que c’est par la marche, vécue comme un acte de foi, qu’il sauvera son ami. Tête baissée, il se lance dans un improbable périple au cœur de l’hiver, quittant Munich pour rejoindre Paris. Sur le chemin des glaces est le journal de bord de sa folle aventure.

05/04/2020, 09:00

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Les Ensablés - "le dernier dimanche de Sartre" de Jean-Pierre Enard

Dans son essai "Un bon écrivain est un écrivain mort", Jean-Pierre Enard insistait sur le fait qu'un roman, comme le cinéma, le théâtre, la peinture ou n'importe quel autre mode d'expression, s'apprend. Ce qui ne signifie pas qu'il s'enseigne (...) Le langage, c'est comme le bois ou la pierre: un matériau. Écrire, c'est le travailler. On admet qu'un sculpteur apprenne sa technique. Et qu'un acteur fasse de la gymnastique ou place sa voix avant de monter sur scène. C'est pareil pour l'écrivain. Il doit s'exercer.

La mort est  une condition nécessaire mais non suffisante pour faire un bon écrivain. Enard en est la preuve: il est mort, c'était un bon écrivain, mais il n'est toujours pas considéré comme méritant une redécouverte. Faute de chance, seulement. Parce que ses livres valent d'être lus. Ce ne sont pas des grands crus, plutôt de la catégorie agréable des rosés, des blancs frais, avec de la buée sur le verre, qu'on boit avec plaisir en été à la terrasse des cafés, avec l'impression fugace d'être heureux.

22/03/2020, 09:00

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Les Ensablés - "La Maternelle" de Léon Frapié (1863-1949)

Parue en 1904, "La Maternelle" obtint le prix Goncourt au deuxième tour de scrutin, face, notamment, à Charles-Louis Philippe (que nos lecteurs des Ensablés connaissent bien) et Emile Guillaumin (pourtant favori avec son roman "La vie d'un simple"). Son auteur, Léon Frapié, était employé à l'hôtel de ville de Paris et marié à une institutrice qu'il avait beaucoup interrogée pour écrire ce roman étonnant, à mi-chemin entre la fiction et le documentaire. Il n'a pas perdu de son actualité quant aux questions qu'il pose sur l'école. Il vient de reparaître grâce aux éditions L'Eveilleur.

08/03/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Anna" d'André Thérive

Chers lecteurs des Ensablés, La Thébaïde publie ces jours-ci un des romans que je place parmi les meilleurs. Jusqu'à ce jour, il n'avait pas été réédité. Nous en avions déjà parlé en 2014: il s'agit d'Anna. Précipitez-vous si vous aimez Maupassant, Flaubert et Huysmans (dont d'ailleurs Thérive était un spécialiste). Il vous faut d'autant plus vous procurer ce texte exceptionnel qu'il est préfacé par notre excellent ami, collaborateur des Ensablés, François Ouellet qui, depuis des années, pour notre plaisir, explore la littérature française des années 30.

23/02/2020, 09:00

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Les Ensablés - “Histoire artistique des ordres mendiants”, de Louis Gillet (1876-1943)

« …dans le silence de ce jour naissant, je veux regarder le monde avec des yeux remplis d’amour »
Saint François d’Assise

Ce livre est un cours d’histoire de l’art que l’auteur donna à l’Institut catholique de Paris. Il est composé de dix leçons, qui suivent le développement des formes artistiques qu’inspirèrent les ordres mendiants du XIIIème siècle au milieu du XVIIème siècle ; le titre répond de l’austérité du sujet, mais il paraît utile de redonner vie à cette étude, en particulier lorsque l’occasion se trouve de mesurer l’état d’ignorance qui règne sur cette matière.

09/02/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Le rire de Caïn" de José-André Lacour (1919-2005)

Comment est-il possible que ce livre ait échappé à ma vigilance ? A sa parution, en 1980, je n'avais pas encore 20 ans, mais je lisais déjà beaucoup. Sans doute a-t-il été signalé dans quelque journal et l'ai-je ignoré parce qu'à l'époque je ne lisais que des classiques, et qu'en plus ce Rire de Caïn était un roman d'un Belge obscur, un certain José-André Lacour. De la littérature belge, je ne connaissais que Simenon et Rodenbach, ce qui m'allait assez, et depuis je n'ai gère progressé, ajoutant simplement à ma liste Armel Job... Mais la Petite Vermillon (la Table ronde) m'a envoyé récemment ce "Rire de Caïn" réédité pour le centenaire de son auteur, et je l'ai lu... C'est admirable de bout en bout!

26/01/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Monsieur Ripois et la Némésis" de Louis Hémon

Don Juan: subst. masc. Séducteur, le plus souvent libertin et sans scrupule (définition du Trésor de la langue française). Même s'il n'est pas un libertin, Monsieur Ripois, le héros du roman de Louis Hémon (1880-1913), est assurément un don Juan. Il séduit les femmes qu'il rencontre et les exploite sans scrupule. Mais, contrairement à son auguste ancêtre, Monsieur Ripois n'a aucune classe; il ne s'attaque qu'aux petites ouvrières, puis aux femmes fragiles, celles qu'il est certain de pouvoir conquérir et exploiter.

12/01/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Visage perdu" de Roger Vercel, par Carl Aderhold

Visage perdu est l’un des derniers romans de Roger Vercel, paru en 1953, quatre ans avant sa mort. L’auteur de Remorques (qui a déjà fait l’objet d’une chronique sur les Ensablés) et de Capitaine Conan retrouve ici un thème qui lui est cher. Le courage qu’il faut pour affronter le quotidien.

29/12/2019, 09:00

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Les Ensablés - Chroniques du Lac : "La dernière harde" de Maurice Genevoix

En ce début novembre où la campagne automnale résonne des aboiements des chiens et des coups de fusil, la lecture de la Dernière Harde de Maurice Genevoix se savoure comme une gourmandise de saison. Nul besoin d’être passionné de chasse ou féru de vénerie pour partager la vie mouvementée et captivante de la harde des Orfosses.

15/12/2019, 09:00

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Les Ensablés – "Miroir du temps" d'André Suarès (1868-1948)

Paru aux éditions Bartillat, Miroir du temps est un recueil d’articles d’André Suarès - certains inédits - de préfaces, de fragments de correspondance, voire de documents plus intimes encore, comme le testament de l’écrivain : peu de livres permettront de saisir aussi complètement un auteur qui sort lentement d’un oubli et dont les plus connaisseurs parmi les lecteurs ne pouvaient citer que le Voyage du Condottiere.
Ce recueil de textes parvient à restituer, en marquant la chronologie, les thèmes qui habitent son oeuvre. Des thèmes dont l’actualité permet de rendre cet auteur à son temps tout en le ramenant au nôtre. André Suarès écrivit toute sa vie le manifeste d’un art nouveau, qu’il souhaitait tout à la fois classique et régénérateur ; à l’imitation aussi de ce Speculum majus, ce Miroir dans lequel Vincent de Beauvais mit toutes les certitudes du Moyen-Age et qui voulut, selon Louis Gillet, « lier en système tout l’héritage des connaissances venues de l’Antiquité, le legs intellectuel de la Grèce, avec les vérités de la Révélation ».             
Après avoir lu avec attention l’érudite préface de M.Barsacq, les amateurs feront de Miroir du temps l’avant-propos nécessaire aux œuvres de ce grand écrivain : toute la diversité, toutes les contradictions de l’écrivain, et l’essence de son style, sont là.

01/12/2019, 09:00

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Les Ensablés - "Le joug" de Marion Gilbert, roman de la maternité martyrisée

Originaire de Montivilliers, en Seine Maritime, la romancière Marion Gilbert (pseudonyme d’Odette Maurel) a fait paraître une bonne vingtaine de titres entre Du sang sur la falaise (1913) et Les Scandalisés (1950), des romans psychologiques qui ont souvent la Haute-Normandie pour décor. Journaliste, elle a mené des enquêtes pour Le Matin, Le Petit Journal, Illustrations et d’autres. Traductrice avec Madeleine Duvivier, pseudonyme que s’était choisie sa sœur, elle a donné à lire en français Charles Dickens, P. G. Wodehouse et Charlotte Brontë. Féministe, elle prononça une conférence, en 1925, qu’on peut consulter en ligne.

17/11/2019, 09:00

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Les Ensablés - "Journal de travail (1929-1943)" de Jean Prévost

L'éditeur Emmanuel Bluteau a des auteurs qu'il chérit particulièrement: l'un d'eux est Jean Prévost, écrivain et résistant, mort les armes à la main dans le Vercors en 1944 à l'âge de 43 ans. Après avoir publié "L'affaire Berthet" que nous avons chroniqué, La Thébaïde fait paraître aujourd'hui Le journal de travail (1929-1943) de ce même Jean Prévost avec une préface de Jérôme Garcin (à qui l'on doit un "Pour Jean Prévost", biographie parue en 1994).  "J'ai toujours pensé, écrit ce dernier (...) que Jean Prévost s'apprêtait à donner, après la guerre, son grand roman, son oeuvre majeure." Le destin ne l'a pas voulu. Et on lira donc ce journal de travail, cette "arrière-boutique" de l'écrivain, avec un sentiment mêlé d'admiration et de tristesse pour cette promesse qui s'annonçait déjà et ne fut pas tenue.

03/11/2019, 09:00

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Les Ensablés - "Jours de colère" (1989) de Sylvie Germain

Sylvie Germain est née en 1954 à Châteauroux. Formée à la philosophie, notamment auprès d’Emmanuel Levinas et de Daniel Charles, elle a été documentaliste puis professeur de français et de philosophie au lycée français de Prague, avant de se consacrer à sa seule activité littéraire. Elle obtient le prix Femina en 1989 pour son roman Jours de colère. Elle n'est pas un ensablée, mais on ne parle pas assez d'elle.

20/10/2019, 09:00

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Les Ensablés – "L’Altana ou la vie vénitienne" (1928) de Henri de Régnier (1864-1936)

Si l’on n’avait pas rêvé d’être heureux, la vie serait sans cruauté. (Marcel Proust)
Avec trois chroniques sous la plume de Hervé Bel, l’une sur Histoires incertaines, l’autre sur son entourage, le Club des longues moustaches, la dernière enfin, sur son fils, Pierre de Régnier qui écrivit Chroniques d’un patachon, Henri de Régnier est l’auteur dont l’univers est le plus relancé parmi les Ensablés, et il en est devenu au fil du temps à la fois le champion et l’emblème. Il y a donc quelque chose d’intimidant à rajouter quelques pages et un quatrième opus à cette œuvre de réhabilitation ; on redoute de déplaire ; on soupçonne que clandestinement, quelque part entre Paris et Venise, se réunit encore ce Club des Longues moustaches, que M.Bulteau (1) a admirablement décrit, redoutable cénacle agissant qui peut faire réussir ou échouer une carrière littéraire !

06/10/2019, 09:00

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Patagonie route 203 : un road trip comme un tango

ROMAN ETRANGER - L’Argentin Eduardo Fernando Varela a attendu l’âge de soixante ans pour écrire son premier roman, et c’est un chef-d’oeuvre ! La sidération admirative si savoureuse que suscite sa lecture et que je peine à quitter rend le partage hasardeux. Je vais, par conséquent, vous en parler de façon très simple, pressée par la peur de trahir un tant soit peu ce merveilleux roman qui va forcément faire date dans la production littéraire contemporaine latino-américaine.

24/02/2021, 09:01

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Diplomates et espions français, héros oubliés : les ombres des Balkans

HISTOIRE - Expropriations, humiliations, privations, spoliations, travail forcé, tortures, fusillades massives, trains de la mort, sous-alimentation dans les camps de concentration, et dans les chambres à gaz des camps d’extermination, fours crématoires… Tel fut le triste sort de millions de Juifs d’Europe au cours de la Seconde Guerre mondiale, avec environ six millions de personnes, femmes, hommes, vieillards, enfants, éradiqués dans le cadre de la solution finale promulguée par les nazis à partir du 31 juillet 1941. 

 

24/02/2021, 09:00

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Shy : 14 ans et timide à en mourir, pourra-t-elle sauver le monde ?

MANGA SHONEN - Au milieu du 21e siècle, des héros sont apparus sur Terre, et y maintiennent la paix depuis. Chaque pays a le sien, sauvant les citoyens des dangers du quotidien. Mais l’héroïne du Japon est plutôt mal taillée pour son rôle : réservée et solitaire, elle est surtout bien frêle du haut de ses 14 ans. Quand une mystérieuse menace surgit de l’ombre, sera-t-elle à la hauteur ?

24/02/2021, 09:00

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Permafrost : au final, apprendre ce qui compte

RÉCIT ÉTRANGER - Permafrost, un mot avec lequel se définit Eva Baltasar. Comme gelée à l’extérieur, elle s’est construit une carapace et plus rien ne l’atteint. Elle fait pourtant preuve d’une grande sensibilité dans ce récit intimiste écrit à la première personne.

24/02/2021, 08:58

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Eliete, la vie normale, et bousculer les contours du monde 

ROMAN ETRANGER - Dulce Maria Cardoso m’était inconnue avant que Valério Romão (écrivain portugais magistral, également publié chez Chandeigne) me glisse son nom alors qu’il regardait le rayon lusophone de la librairie. Du genre : « Ah ? Vous n’avez pas Dulce Maria Cardoso en rayon ? » Il n’en fallait pas beaucoup plus pour que le libraire (un peu vexé) que je suis se jette sur Eliete, la vie normale, de cette romancière mystérieuse et adulée.

24/02/2021, 08:57

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Les Déraisonnables, d'Olivier Auroy : désapprendre à raison garder

AVANT-PREMIÈRE – Ce qu’il faut d’audace pour changer le cours de son existence ! Comment Madeleine, paisible sexagénaire brutalement licenciée, et Camille, une jeune geek un peu paumée, un peu rebelle, vont-elles nouer une amitié improbable et s’offrir un nouvel élan ? Jusqu’où Pietro, retraité, est-il prêt à aller pour ranimer la mémoire défaillante de sa femme ? Ce voyage sur les traces d’un fantôme dans le sud de l’Italie ne risque-t-il pas de lui faire perdre son grand amour s’il parvient à ses fins ? 

23/02/2021, 15:23

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Des Zigues et des Âmes : banlieue, immigration et autres découvertes

AVANT-PREMIÈRE – Husayn a treize ans lorsqu’il est emporté par son cerf-volant bien au-delà de Jalaland, son pays natal. Un voyage initiatique qui le conduira de la rivière des Perles à Cergy dans le Val-d’Oise. En France, le garçon découvre la banlieue, ses cités, ses jeunes, ses migrants, ses barbus. Rattrapé par les autorités, il fait connaissance avec les mystères de l’administration, explore la capitale, se lie d’amitié avec des femmes et des hommes de tous horizons.

23/02/2021, 14:56

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Sexuellement vôtre, de Murielle Lévêque

Sexuellement Vôtre est un ensemble de petites histoires pornographiques que j'écrivais chaque jour à mon ex-compagnon. Au départ il s'agissait d'un petit jeu pour pimenter notre relation à distance. Pour tout avouer, il n'était pas dédié à être publié, mais les aléas de la vie ont fait que nous nous sommes séparés et après avoir mûrement réfléchis et en avoir parlé à ma famille, j'ai pris la décision de le publier.

23/02/2021, 14:49

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Quid du stress ? Quid du bien-être ?,  Denise Perigault    

Le stress est un concept à la mode : tout le monde en parle car chacun peut en ressentir les effets, plutôt négatifs d'ailleurs. En effet, nous n'entendons pas ou peu les gens parler de stress lorsqu'il est question de bon stress.
Qu'est-ce en fait que le stress ? Pourquoi le stress ? Comment réagir au stress ? Comment éviter un très mauvais stress ? Autant de questions auxquelles on ne prend pas le temps de réfléchir.

 

23/02/2021, 12:38

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Un timbre pour célébrer les 200 ans de l'École nationale des Chartes

Le 23 février 2021, La Poste émetra un timbre représentant la célèbre institution. Au cours de ses deux cents ans d’existence, l’École a participé à tous les mouvements politiques, sociaux et culturels de l’histoire de France. Au service des archives, des bibliothèques, des musées, de la recherche et de l’université, des entreprises, ses anciens élèves et étudiants ont accompagné le développement d’une prise de conscience patrimoniale, en France et hors des frontières.

22/02/2021, 10:30

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Les Ensablés - Vache tachetée et concombre fugitif d'Octave Mirbeau

Octave Mirbeau (1848-1917) n'est pas un ensablé, ne serait-ce que par le film tiré de son roman, Journal d'une femme de chambre, avec Jeanne Moreau et Michel Piccoli, et sa pièce célèbre Les Affaires sont les affaires. Mais c'est peu au regard de la masse d'écrits qu'il a laissée à la postérité. Et notamment, trop oubliés, ses contes publiés dans la presse, et qu'il considérait comme alimentaires... À tort. Je puis l'affirmer après avoir lu la réédition d'une partie d'entre eux par l'Arbre Vengeur dans sa collection "L'exhumérante". Par Hervé Bel.

21/02/2021, 07:31

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Drogue, sexe, vie en marge : L'histoire du Velvet Underground

AVANT-PREMIÈRE – Long Island, années 1960. Le jeune Lewis Alan Reed en a marre de vivre chez ses parents. Il ne supporte plus les séances d’électrochocs censés le guérir de ses « tendances ». Il veut aussi qu’on l’appelle « Lou ». Bref, il décide de partir pour New York. C’est là qu’il rencontre John Cale, un Gallois venu aux États-Unis pour jouer de la musique concrète. Ensemble, ils vont former un groupe, TheVelvet Underground, et imaginer un rock « radicalement différent »...

20/02/2021, 10:47

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La Casa de Papel : la série Netflix arrive en bande dessinée

Depuis ses premiers pas sur le site de streaming en 2017, La Casa de Papel, réalisée par Alex Pina a conquis les spectateurs. Pour preuve de ce succès, les chiffres remontés par Netlflix — ou encore l’International Emmy Award de 2018 pour la meilleure série dramatique. Avant de découvrir les 10 épisodes qui composeront la saison 5, les éditions Robinson proposeront une adaptation en BD, signée José Fonollosa, en mai prochain. Una mattina… mi son’ svegliato… O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao….

19/02/2021, 17:00

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Voyelles, certes et consonnes aussi : le Dictionnaire Rimbaud 

Arthur Rimbaud (1854-1891) fut ce « météore » littéraire, devenu le symbole de toutes les révoltes. Au-delà de l’itinéraire personnel, il reste une œuvre à tout jamais exceptionnelle, dont l’ombre portée sur tous les poètes à venir est immense.

18/02/2021, 15:47

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La Villa du Temps retrouvé : un musée-maison de Marcel Proust, à Cabourg

Musée de collections multiples, machine à remonter le temps, maison d'œuvres en villégiature... À Cabourg, le 14 avril prochain, le public découvrira un nouveau lieu culturel inédit dédié à l'épopée de la Belle Époque sur la Côte Fleurie, racontée par Marcel Proust. Véritable expérience immersive, cet espace muséal érigé dans une villa historique convoquera tous les sens des visiteurs et les transportera dans un monde de beauté et de grande créativité.

18/02/2021, 15:12

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Quand la mémoire flanche, le combat de Clémence contre Alzheimer

ROMAN GRAPHIQUE - Premier roman graphique d’Alix Garin, Ne m’oublie pas aux éditions Le Lombard, aborde avec douceur un sujet lourd, la maladie d’Alzheimer et ses retentissements. Envers et contre tout Clémence emmènera Marie-Louise, atteinte d’Alzheimer, réaliser la dernière volonté de sa propre mère : aller embrasser la mer. Courir après le passé pour rattraper sa mémoire, voilà le projet de la jeune femme pour sa grand-mère, seulement tout ne passera pas comme prévu.

17/02/2021, 16:48