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Les Ensablés - "Ruskin et la religion de la beauté", Robert de La Sizeranne

« Il y a quelques années, étant à Florence, je voulus étudier dans le cloître de Santa Maria Novella. Un soleil splendide brillait sur les dômes de la ville des Lys. Voulant être seul, j’arrivai dès neuf heures du matin. Le sacristain avait refermé la porte. Par les vieux arceaux, brillaient les gazons verts. Les cloches sonnaient à toute volée, lorsqu’en approchant de la chapelle des Espagnols, j’entendis naître et croître un léger bruit de paroles, de lecture, de prière. J’entrevoyais dans l’ombre lumineuse des silhouettes de jeunes femmes au profil giottesque, aux chapeaux canotiers, aux voilettes blanches.

Le 10/02/2019 à 09:00 par Les ensablés

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10/02/2019 à 09:00

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La voix reprenait un texte anglais, l’une d’elle lisait « …cette sagesse supérieure qui gouverne par sa présence toute la conduite des choses terrestres et par son enseignement l’art terrestre tout entier, Florence vous dit qu’elle ne l’a obtenue que par la prière ». Longtemps elle lut ainsi, passant des aperçus les plus éloquents aux remarques les plus minutieuses sur les doigts ou les cheveux de tel personnage de la fresque, notant les repeints, les plis des robes. Quel était ce livre, l’office inconnu de cette religion de la Beauté ? Le sacristain, revenu par là, me jeta ce nom : Ruskin ! ».

Par Antoine Cardinale

Si vos pensées ne sont pas occupées ailleurs ce matin, si elles se présentent dans un ordre convenable, je vous propose de nous rendre à l’office inconnu de cette religion de la Beauté en  compagnie de Robert de La Sizeranne, auteur de ces lignes qui nous introduisent poétiquement dans l’univers de John Ruskin. Nous ferons coup double en découvrant à la fois le grand philosophe anglais et cet historien français de l’art et critique un peu oublié : Robert de La Sizeranne. Il fut, non le prophète, mais celui qui l’annonça, celui qui traduisit, interpréta sa pensée, témoigna, il fut celui qui constitua en somme la science ruskinienne pour le public français au tournant du siècle.

Un Anglais qui voyage

Marcel Proust lui-même, lorsqu’il aborde Ruskin et son œuvre –qui ont tant compté dans sa formation- commence par évoquer Robert de La Sizeranne et « le monument magnifique qu’il a élevé à Ruskin. Le Ruskin de M . de La Sizeranne a été considéré jusqu’à ce jour, et à juste titre, comme le domaine propre de M. de La Sizeranne ; si j’essaie parfois de m’aventurer sur ses terres, ce ne sera pas pour méconnaître ou pour usurper son droit qui n’est pas que celui du premier occupant. Au moment d’entrer dans ce sujet que le monument magnifique qu’il a élevé à Ruskin domine de toute part, je lui devais ainsi rendre hommage et payer tribut »[1].

Commençons par faire la connaissance de John Ruskin. Qui est cet homme né en 1819 dans une famille d’intègres et riches commerçants londoniens sous l’enseigne de la maison Ruskin, Telford and Domecq, qui magnétisa la jeunesse et l’intelligentsia anglaise ? Lorsqu’il monte en chaire à Oxford en 1870 pour sa leçon inaugurale, vêtu de « la longue robe noire du professeur, redingote bleue, avec des poignets blancs épais, un col entonnoir à la Gladstone, une lourde cravate bleue, une élégance grave et surannée »[2], la salle est bondée et la foule se presse à ne pouvoir fermer les portes ; les étudiants désertent les autres cours malgré les plaintes des professeurs, se juchent sur les armoires, grimpent aux fenêtres ; dans cette mêlée, de riches Américaines et des intellectuels venus du monde entier manquent étouffer. Le rayonnement de son œuvre fut immense.

Il grandit dans un milieu, tory en politique et presbytérien en religion, dont le puritanisme nous étonne et dont les prescriptions nous déroutent comme celle qui commandait à cette pieuse famille de voiler les tableaux de la maison afin que rien ne pût les détourner, le jour du Seigneur, de la méditation religieuse, et que nul songe peccamineux d’après dîner ne vienne oblitérer le salut de ces âmes ; mais le reste de la semaine, l’intérêt et le commerce accroupis dans tous les coins ! Extraordinairement, son père aime à voyager et à visiter les beautés de la Nature, car il est curieux de les dessiner, en Suisse, en France et en Italie ; un père qui passe pour un des plus grands connaisseurs de vins de la place de Londres, sans qu’il y entre aucun plaisir, par obligation professionnelle seulement, et qui par ailleurs interdit alcools, gâteaux et sucreries à ses enfants.

A son exemple, John Ruskin n’aura, lorsqu’il commence à voyager, aucune curiosité pour la peinture : à Florence, dont il sera plus tard le guide le plus inspiré, « il n’est frappé par rien » et de son propre aveu, et selon ses propres termes « ne comprend rien »[3], n’entend rien et pour commencer aucune langue étrangère. Lorsqu’un Anglais voyage, il faut s’attendre à d’étranges façons, mais celles de John Ruskin passent la permission ! C’est sous l’influence de Carlyle, de ses éclairs d’éloquence, à travers son horreur des fausses idoles, et en premier lieu de la plus puissante de toutes, le Veau d’or, la puissance de l’argent, sous l’influence naturellement des voyages, il se détache des habitudes et des doctrines de son milieu.

Quelle sera sa doctrine ? Elle est toute entière contenue dans deux affirmations : « La beauté est la signature de Dieu sur ses œuvres » et « la connaissance de ce qui est beau est le vrai chemin et le premier échelon vers la connaissance des choses qui sont bonnes ». Il en découle de ces deux Commandements que l’Art est un enseignement autant qu’une adoration, que l’Art est le chemin qu’ouvre nos sens à la morale et plus loin infiniment, à la divinité.

On le voit, le rigoureux protestant s’est fait une religion à sa façon. Ecoutons de La Sizeranne en faire le commentaire : «  L’artiste se tient entre la Nature et nous ; Il observe la Nature comme une vigie. Il est l’éveilleur de nos admirations. Les lois qui sont les plus insaisissables, c’est lui qui les démêle ; les joies qui sont les plus vives, c’est lui qui nous les donne ; les esthétiques mystères qui nous relient aux choses d’en haut et d’en bas, c’est lui qui marche à leur découverte. Tout grand art est admiration ». Dans cette théologie nouvelle, la Nature devient une manifestation mystique : « Car le monde matériel a été expressément organisé dans un dessein esthétique : la plus éphémère feuille que l’arbre donne au vent qui passe, dans le moindre caillou qui roule de la montagne, car dans chacune de ces choses, des yeux d’artiste savent démêler la signature de l’Artiste suprême. Si vous pouvez peindre une feuille vous pouvez peindre le monde ».

S’il s’éloigne de ces préceptes, de cette forme d’innocence, l’artiste devient un monstre –à la lettre, celui qui donne le jour à des formes que Dieu a rebuté et à des sensations dont il n’a pas voulu dans le monde matériel. Et Ruskin fait remonter à loin ses anathèmes : Mantegna, Dürer, Michel-Ange furent les premiers, selon lui, qui dévièrent du chemin, eux qui à la Renaissance regardèrent la Nature avec des yeux d’enquêteurs et la peignirent avec une cruauté de vivisecteurs.

Ruskin eut pour préférence les fleurs de Fra Angelico, et ces Vierges gothiques dont la poitrine nue dessine à peine une virgule de chair, l’élan de pierre des cathédrales françaises et les rudes sculptures de la Venise d’avant ce que l’histoire de l’art désigne comme son Siècle d’or. Il y a derrière la pensée de John Ruskin, de celui qui à la fin de sa vie passa pour fou, un monde de préceptes étroits, de conseils minutieux et d’anathèmes violents qui effrayent. On le voit, il faut se détromper du dilettantisme, de la curiosité désintéressée, des postures d’esthète qui sont souvent en France les idées qu’on associe à Ruskin. « Il vaudrait mieux que tous les tableaux vinssent à périr plutôt que les oiseaux cessassent de chanter » écrit quelque part sans trembler ce terrible prédicateur.

Comme le devina Proust, « la principale religion de Ruskin fut la religion tout court et son sentiment religieux a dirigé son sentiment esthétique » : ce fou d’Art n’a eu de cesse de dénoncer comme une idôlatrie la volupté des formes et des couleurs, et pour faire bonne mesure flétrit sans pitié l’esprit raisonnable de celui qui aborde en historien les formes artistiques. Prophète plongé dans l’impiété spirituelle de son siècle, il frappe à dextre les tendres poètes de l’Art et à senestre les messieurs de l’Université.

Comment comprendre alors la vogue que déclencha Ruskin, l’enthousiasme qu’inspira cet esprit de révérence, l’ébullition artistique qui sortit de ce dogmatisme et les sincères dévotions à l’art qu’on tira de cette prédication rigide ? Une génération de connoisseurs et d’artistes tira de ses livres -Les Pierres de Venise, La couronne d’oliviers sauvages, Les sept lampes de l’architecture, ou Les Matins de Florence- des secrets qu’on tint vers 1900 pour aussi profonds que ceux que les Anciens recueillaient aux Livres sybillins.

De la Sizeranne vit dans l’œuvre du prophète de Brantwood une leçon de liberté, et c’est cette vision paradoxale qu’il faut explorer. Il nous apprend qu’une œuvre a été faite quelque part, dans une ville qu’il faut visiter, née de la main d’un artiste, dans une époque passée, et qu’il n’est pas indifférent ni inutile de connaître l’un et l’autre ; que les conditions dans lesquels on fait ce voyage sont importantes ; qu’il faut sérieusement interroger nos raisons de faire des voyages qui ne sont pas toujours nécessaires – après tout, le monde est grand à la lueur des lampes  - ; que tout dans ce voyage, le restaurant dans lequel on a dîné, la conversation qu’on a surpris à l’hôtel, les conditions atmosphériques bien entendu, tout cela est une fraction de l’expérience du connaisseur.

Soyons honnête avons-nous l’envie de connaître, d’en recevoir la leçon morale, de faire sa place dans notre vie à ce que l’œuvre réclame de nous ? Ruskin nous donne un regard neuf sur les monuments, les fresques, les peintures, en les ramenant vers nous. Et surtout, Ruskin démolit avec une férocité de prophète les niaiseries de la critique artistique, les petitesses de l’Université et l’aplatissement de l’opinion devant les fausses idoles. Il renverse avec jubilation les monuments les plus établis : ni Titien, ni Michel-Ange, ni Christopher Wren n’échappent à ses anathèmes. Il nous affirme qu’il faut déchirer le voile de la critique, ignorer les gloses séculaires, bousculer le dogme et aller directement à la fraîcheur de l’œuvre, la voir dans sa nouveauté, avec le regard et l’esprit de l’époque qui la vit naître.

Ruskin nous dit quelque part que, lorsque nous donnons une pièce à un mendiant il est indécent de s’interroger sur le mérite du pauvre bougre ; mais qu’il est essentiel en revanche de descendre en nous-même et de scruter notre conscience pour savoir si l’intention de ce don nous laisse pur ; qu’il faut que nous passions ce don au révélateur de la conscience pour savoir si la véritable Charité y est à demeure. Lorsque j’y songe, c’est à un exercice spirituel – un exercice d’humilité-  du même ordre que Ruskin nous propose devant l’art : ne nous demandons pas si cette fresque, si cette sculpture doivent être aimées par nous. Demandons-nous plutôt si nous avons filtré dans notre âme toute les scories du snobisme, les préjugés de la haute culture, les pudeurs de l’éducation : c’est à cette condition-là que nous recevrons –ou que nous rejetterons- cette sculpture, cette fresque –cette offrande de beauté.

Il fut l’homme par qui le scandale arrive. Ses articles furent censurés et poursuivis en justice, sa vie sentimentale clouée au pilori. Il voulait qu’on remisât les locomotives et qu’on détruisît le Crystal Palace, « cette serre à concombres ornée de deux cheminées ». Est-ce excessif ? Est-ce que la France moche n’aurait pas l’usage de cette vigoureuse et intransigeante philosophie du paysage ? Il voulut réhabiliter l’artisanat, en commençant par l’art du tissage, établir une authentique culture populaire, rendre aux classes pauvres et au travail une dignité nouvelle -et s’y ruina au passage- mais tout le mouvement Arts and Crafts est sorti de cette idée - il fut le fondateur en 1871 de cette Guilde de Saint George, devoted to arts, crafts and the rural economy, si active aujourd’hui encore.

Burne-Jones, Dante Rossetti, William Morris, John Millais, c’est Ruskin qui les mit au-dessus des fluctuations de l’opinion et pour ainsi dire les inscrivit dans l’Histoire ; c’est à lui, à son influence, que l’on doit la prodigieuse richesse des musées anglais dans la peinture d’avant Raphael, et particulièrement les cinq salles qu’y consacre la National Gallery ; à lui, après qu’il eut publié les Modern Painters, que l’on doit les Turner que compte toute collection britannique qui se respecte.

Le biographe et son sujet

On prend le risque en chroniquant à la fois le biographe et son sujet, de faire perdre de vue la qualité du premier ou d’escamoter l’importance historique du second. On ne sait prendre son parti ; Proust en convient dans les Journées de pèlerinage au cours desquels il perd parfois Ruskin de vue et s’égare sur des chemins qui seront bientôt ceux de son œuvre à lui, à l’exemple de cette digression où la cathédrale d’Amiens se colore au fil d’une seule phrase de tous les instants d’une journée « bleue dans le brouillard le matin, éblouissante le matin, grassement dorée l’après-midi, rose et fraîchement nocturne au couchant » et où l’on ne sait s’il faut reconnaitre là le ressouvenir d’un tableau de Turner ou bien celui de la lampe magique de l’enfance où Golo monte vers le château de Geneviève de Brabant.

C’est un risque de digression où l’on ne prendra pas de La Sizeranne : la biographie qu’il consacre à Ruskin est exacte, tout y vient à point, dévote et admirative. Le plan de l’ouvrage comporte outre l’Introduction trois parties dont je livre les intitulés et conserve à dessein les majuscules : Sa Physionomie, Ses Paroles, Sa Pensée esthétique et sociale. Mais dans le genre qu’explore Ruskin, il n’est de mérite, il n’est de place que pour l’inventeur et de La Sizeranne eut la sagesse d’entendre cette maxime, et quoiqu’il se soit à l’évidence reconnut dans le prophète de Brantwood, il sut rester lui-même, et n’eut d’autre souci que de s’effacer devant celui qu’il considéra comme le plus grand philosophe de son siècle.

Il fallut attendre la série de trois volumes qu’il écrivit entre 1913 et 1927, Masques et Portraits de la Renaissance, pour qu’il livre au public l’originalité de sa propre philosophie et la profondeur de sa culture visuelle.

A l’imitation de sa méthode, essayons de deviner sa personnalité, en partant d’un des rares portraits littéraires qui nous le restitue [4]: cape de laine bourrue, nez vif, collier de barbe et  le poil dru, chapeau à la tyrolien, rudes gants de peau, gourdin noueux, « l’air d’un carbonaro qui connait tous les chemins de la montagne » ; à Paris, passant très pressé, toujours parti, il a néanmoins, aussi bien qu’un autre, fréquenté au Faubourg Saint Germain au temps de sa jeunesse.

Grand voyageur, de l’Engadine à la Toscane avec ses cyprès aux ombres d’un seul morceau, des féeries de la Méditerranée aux brumes empoisonnées de Londres ; mais il n’est pas un déraciné, au contraire essentiellement un vieux gentilhomme français, héritier de séculaires traditions qu’il veut faire servir au monde moderne ; à sa place à la cour et à la ville, et surtout à la campagne, connaissant les champs et les vignes de son canton, poète du vin, causant avec les paysans de la vendange qui vient ; son œuvre politique et sociale fait écho aux projets de Ruskin, ce qui l’amène à former parmi les premiers le syndicat agricole, et avec son frère Maurice, à œuvrer pour l’éducation des aveugles au sein d’une association qui existe encore.

En 1895, à travers seulement quatre articles il devient en France le spécialiste de la peinture anglaise contemporaine[5], dont il devine la singularité, et qu’il fait connaître, relayant à sa manière les Modern Painters de Ruskin[6]. Il n’entra jamais à l’Académie, et on dénia même à cet esprit libre la qualité d’historien de l’art.
Pour finir là où toute biographie devrait commencer, penchons-nous un instant sur son enfance à lui, cette enfance d’autrefois. Fils d’une vieille famille terrienne, il est un enfant des montagnes du Dauphiné ; sur les pas d’un père qui peint, il parcourt l’Oisans, le Vercors et les Savoies, le sac au dos et le carton à dessiner sous le bras, faisant son éducation dans la maison familiale de Tain auprès tour à tour d’un précepteur, du curé ou de l’instituteur. Même le vin fait liaison entre Ruskin, commerçant de porto et vins fins, et celui qui, non content de chanter ses vins de l’Hermitage, « gardien des soleils qui se sont éteints », les éleva dans ses chais.

Il reste aussi, pour notre plus grand plaisir un homme de l’ancien temps, du temps que nos pères voyageaient en chaise de poste ; on savait, au cri du postillon « des chevaux, des chevaux ! » qu’on allait relayer, et que bientôt, dans l’endormissement du chemin, le même horizon flotterait longtemps à l’imagination ; où l’on arrivait dans les villes par les vieilles portes antiques ; laissons-le nous raconter « ces accidents certains des longs voyages. Des ombres se lèveront pour flotter avec nous sur la route solitaire, lorsque l’âcre parfum des herbes de la vallée semble l’âme errante de la nuit claire. Aventures de coches, carrosses rencontrés, chaises versées sous les balustres de la vieille terrasse, torches sortant du château inconnu, destinées frôlées pendant une heure, silhouettes entrevues et disparues à jamais ».

De La Sizeranne écrivit en 1906 la préface aux Pierres de Venise ; il en avait prononçé le discours un an auparavant à Venise, au Palais des Doges, devant le roi et la reine d’Italie, « en robe de velours gris pailleté d’argent, au milieu des vivats et des applaudissements sans fin de tout un peuple massé sur la place Saint-Marc », nous dit le chroniqueur de la Revue des Deux Mondes, dans une cérémonie qui fit date.

Dans ce discours, de La Sizeranne caractérise bien l’originalité de Ruskin dont l’œuvre n’appartient ni à l’érudition, ni à la critique, qui tendrait par moment vers une forme de prophétisme, si un humour très anglais ne l’en tenait éloigné. Une œuvre qui demande des leçons de beauté au Passé mais pas une loi ; qui voit en l’art le miroir de la Vie, mais pas la vie même ; qui nous prépare à défier les convenances et les arguments d’autorité ; d’apprendre en face d’une œuvre à penser par soi-même, et comme si nous avions une conversation avec celui qui la créa ; qui nous enseigne à passer « des aperçus les plus éloquents aux remarques les plus minutieuses » ; qui vous recommande de manger des gâteaux avec d’entrer dans la cathédrale d’Amiens mais d’impérativement vous souvenir, dans le recueillement, du Psaume 19, avant que d’en sortir.

Il existe deux courants principaux de la critique d’art en France – prenons le risque de la simplification ! L’un est nourri par une culture philologique et historique et a le souci de replacer les courants artistiques dans l’histoire globale de son époque : l’art est ainsi l’aspect le plus brillant de son époque, mais il n’en est qu’un des aspects et solidaire des autres ; ce courant trouve par son exigence sa place dans le monde académique et c’est au XIXème siècle, à l’unisson du grand essor des sciences sociales qu’il se situe.

L’autre courant, qui est plus ancien, nourri de subjectivité, mais dont l’érudition soutient la démonstration, qui laisse une place beaucoup plus considérable au génie individuel, se plaisant même à le désolidariser de son époque d’une part, en affirmant l’autonomie de la « vie des formes » sur les phénomènes sociaux et historiques.

De La Sizeranne aura tenté, en vain, d’introduire une troisième voie : celle d’une critique d’art fortement greffée sur une culture morale et religieuse qui tend à objectiver le beau ; je laisse à décider si c’est le fonds laïc qui en France a rejeté cette greffe ou si l’étrangeté de cette forme critique, son insularité, a interdit qu’elle puisse prendre racine. L’accueil dans le public cultivé fut enthousiaste et c’est dans la culture du goût que l’héritage ruskinien a été le plus profond : par son attention à la culture de l’artisanat par opposition aux formes et aux procédés industriels ; par la prise de conscience que le Beau ne peut être étranger, ni dissocié d’une réflexion sur l’état social et moral d’une société ; pour le dire autrement, parce que la culture et l’esthétique d’une part et l’action sociale et politique d’autre part sont sœurs et vont ensemble. Ces préceptes, si décisifs pour le goût de cette époque, constitutifs d’elle, ont cependant été sentis, en France, comme inutilisables et furent sans portée concrète pour les artistes. Contrairement à la Grande-Bretagne, où il marqua profondément le courant artistique, il n’y eut pas en France un art d’après Ruskin.

Beauté, nature et liberté, ces mots, que Ruskin avait lié en une gerbe glorieuse, de La Sizeranne les a ramassés, il les a naturalisés dans notre langue, il en a tiré une philosophie dont il est bon, il me semble, que l’amateur d’art fasse l’essai.

Antoine Cardinale - février 2019

[1] La mort des cathédrales, Marcel Proust, 1904
[2] Ruskin et la religion de la Beauté, Robert de La Sizeranne, Librairie Hachette,1897
[3] Praeterita, préface de Robert de La Sizeranne, Librairie Hachette, 1911
[4] Revue des Deux Mondes, avril 1920
[5] La peinture anglaise contemporaine, Robert de La Sizeranne, Librairie Hachette, 1895
[6] Après la Commune, de nombreux artistes français dont Monet, Pissaro, Carpeaux ou Dalou trouvèrent à Londres un asile, dont ils revinrent pour la plupart après la loi d’amnistie de 1880. Malgré Tissot ou de Sisley, compagnons d’atelier et tous les deux sujets britanniques, il est curieux de constater que cet exil n’altéra en rien l’imperméabilité des milieux artistiques français aux influences du pré-raphaélisme.

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C’est un village corse niché au cœur de la montagne. Un village austère avec son église et ses maisons uniformes toutes en pierres de granit. Il peut y souffler par bourrasque un vent mauvais. Ici les femmes respectent le deuil et sont habillées de noir. On croit autant à la puissance de Dieu qu’aux esprits. Ainsi de Mal’ concilio, l’arbre de la nuit qui se dresse à la sortie du village, près des maisons abandonnées. Cet arbre géant domine le village « cramponné à un versant où rien ne pousse ». Majestueux et effrayant, châtaigner sans âge, il est le seul grand arbre de la province de la Tèvola, région sèche et aride. On dit que le Mal’ concilia est hanté.

09/08/2020, 09:00

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Les Ensablés - “L'homme de choc” de Joseph Peyre (1892-1968)

Joseph Peyré était béarnais. Après des études littéraires où il eut Alain comme professeur de classes préparatoires, il s’essaya au barreau puis à l’administration territoriale. Mais c’est dans le journalisme puis dans l’écriture de romans qu’il trouva sa voie. Ses œuvres sont celles de l’action et de l’énergie allant de l’aventure saharienne à la tauromachie (Sang et Lumières lui valut en 1935 le prix Goncourt et fit l’objet d’une adaptation au cinéma en 1954 avec Daniel Gélin et Zsa Zsa Gabor, dialogues de Michel Audiard) et à la haute montagne (Matterhorn- le nom alémanique du Cervin en 1939).

26/07/2020, 09:00

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Les Ensablés - "L'ordre" de Marcel Arland (1899-1986), par François Ouellet

Après plusieurs mois d'absence, nous retrouvons avec une grande joie notre excellent ami et chroniqueur François Ouellet. Qu'il soit remercié pour sa fidélité à notre équipe.

Il y a des écrivains plus profondément ensablés que Marcel Arland. Pourtant, aujourd’hui, Arland n’est pas tellement plus que l’évocation d’un nom. Il survit tant bien que mal par le souvenir de sa collaboration à La Nouvelle Revue française, dont il a pris la direction avec Jean Paulhan au lendemain de la Seconde Guerre. Chez les libraires, on trouvera, avec un peu de chance, un ou deux titres, comme son premier livre, Terres étrangères, un récit de 1923 réédité dans la collection L’Imaginaire en 1996, ce qui commence à dater ; on trouvera plus facilement sa correspondance avec Paulhan, éditée par Jean-Jacques Didier chez Gallimard en 2000.

12/07/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Raphael" (1886) de Eugène Müntz – 2e partie

Cet article fait suite à celui du 14 juin sur Eugène Müntz. Après avoir replacé, selon sa méthode, l’activité artistique comme un facteur central de compréhension de la civilisation de la renaissance, tout en se livrant à un examen documentaire des premières années de Raphaël, Eugène Müntz nous accompagne dans le développement du jeune peintre, fraîchement sorti de son apprentissage dans l’atelier du Pérugin pour partir à la conquête de Florence.

28/06/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Raphael" (1886) de Eugène Müntz (1845-1902) 1ère Partie

Sous son imposante reliure de basane noire, c’est un intimidant in-quarto de plus de sept cent pages ; sur le plat figure un lourd médaillon de cuivre doré légendé Raphael Sanctius, représentant en buste le profil d’un homme jeune, aux cheveux longs, coiffé d’une barrette aux revers élégants.

A l’abri de cette présentation austère, dorment en sûreté, sous les serpentes qui craquent encore sous le doigt, de riches illustrations. Le trésor des notes critiques, le précieux catalogue des œuvres et la substance d’un texte éloquent font à ce livre un fermoir invisible dont seules la curiosité du savant et l’intrépidité de l’érudit possèdent la clef. C’est un livre réservé aux études profondes et au calme des bibliothèques, parlant à voix basse dans le silence des lampes. Le temps venu, on en soulève la lourde couverture comme on pousse la porte d’un ami qu’on ne se savait pas avoir.

14/06/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Un amour platonique" de Paul Alexis (1847-1901)

Découvrir la littérature, c'est dérouler une pelote. En allant d'un auteur lié à un autre, voilà, comment le paysage littéraire se dessine peu à peu... Les Ensablés ont abordé récemment Léon Hennique (à lire ) et son roman étrange Un caractère. Voici maintenant Paul Alexis (1847-1901). Comme Hennique, il fut un fidèle d'Emile Zola et fournit l'une des six nouvelles du recueil des Soirées de Médan (1880).

31/05/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Le soleil des indépendances" de Ahmadou Kourouma

Chers lecteurs, nous sommes heureux d'accueillir à nouveau Henri-Jean Coudy qui, après de longs mois de silence, nous revient avec un nouvel ensablé, Ahmadou Kourouma.

Ahmadou Kourouma, né en 1927, en Afrique Occidentale Française, était Ivoirien même s’il suivit des études secondaires à Bamako, alors grande ville du Soudan français devenue après 1960  la capitale de l’état du Mali. Il aura donc connu les dernières années de la colonisation française puis le début des nouveaux états indépendants.

17/05/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Un caractère" de Léon Hennique (1851-1935)

Je suis tombé par hasard sur un roman de Léon Hennique, paru en 1889, intitulé "Un caractère". Il s'agit d'un livre qui a certes vieilli, mais mérite, comme le soulignait Octave Mirbeau, d'être lu. Surtout, il permet de découvrir son auteur qui joua un grand rôle dans l'histoire littéraire française, tout comme son camarade Lucien Descaves, d'ailleurs, que nos lecteurs connaissent mieux désormais (voir ici). Avec Hennique, on retrouve Goncourt, le naturalisme et... l'occultisme de la fin du dix-neuvième siècle.

01/05/2020, 09:00

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Les Ensablés – "Ecrits sur l’art" de Joris Karl Huysmans (1848-1907)

Joris-Karl Huysmans tenait à distance le grand public : même dans la période où la charité chrétienne gagna un petit avantage sur son pessimisme natif, il douta toujours qu’il fût possible de ramener par l’éducation, ou par l’admiration, le public vers l’art[1].

Ce grand solitaire est maintenant entré dans cette constellation très peuplée, la Pléiade ; avec Soumission, M. Houellebecq a remis Durtal à la mode ; cet hiver encore, le musée d’Orsay a consacré à Huysmans critique d’art une curieuse exposition dont il y aurait beaucoup à dire ; les rééditions se multiplient, comme celle que les Cahiers de l’Herne consacrèrent en 1985 à l’auteur.

Les éditions Bartillat se joignent à cette vogue en apportant leur contribution : la riche édition des Ecrits sur l’art, établie par Patrick Lormant, deviendra inévitablement le bréviaire des amateurs de Huysmans. Tout le parcours critique de l’auteur est rassemblé là, des premiers et respectueux essais du début de la carrière littéraire jusqu’à la grande conversion à l’art chrétien des années 1890, en passant par le chamboule-tout des critiques des Salons annuels.

19/04/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Sur le chemin des glaces" (1988) de Werner Herzog

La marche comme expérience mystique... En novembre 1974, le réalisateur Werner Herzog apprend que sa grande amie Lotte Eisner, célèbre critique de cinéma allemande qui vit et travaille à Paris à la cinémathèque française, est très gravement malade. Elle risque de mourir.  « J’ai répondu : cela ne se peut pas ». Saisissant une veste, une boussole et un sac, Herzog part sur le champ pour la retrouver. Mais il fera le voyage à pied, convaincu que c’est par la marche, vécue comme un acte de foi, qu’il sauvera son ami. Tête baissée, il se lance dans un improbable périple au cœur de l’hiver, quittant Munich pour rejoindre Paris. Sur le chemin des glaces est le journal de bord de sa folle aventure.

05/04/2020, 09:00

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Les Ensablés - "le dernier dimanche de Sartre" de Jean-Pierre Enard

Dans son essai "Un bon écrivain est un écrivain mort", Jean-Pierre Enard insistait sur le fait qu'un roman, comme le cinéma, le théâtre, la peinture ou n'importe quel autre mode d'expression, s'apprend. Ce qui ne signifie pas qu'il s'enseigne (...) Le langage, c'est comme le bois ou la pierre: un matériau. Écrire, c'est le travailler. On admet qu'un sculpteur apprenne sa technique. Et qu'un acteur fasse de la gymnastique ou place sa voix avant de monter sur scène. C'est pareil pour l'écrivain. Il doit s'exercer.

La mort est  une condition nécessaire mais non suffisante pour faire un bon écrivain. Enard en est la preuve: il est mort, c'était un bon écrivain, mais il n'est toujours pas considéré comme méritant une redécouverte. Faute de chance, seulement. Parce que ses livres valent d'être lus. Ce ne sont pas des grands crus, plutôt de la catégorie agréable des rosés, des blancs frais, avec de la buée sur le verre, qu'on boit avec plaisir en été à la terrasse des cafés, avec l'impression fugace d'être heureux.

22/03/2020, 09:00

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Les Ensablés - "La Maternelle" de Léon Frapié (1863-1949)

Parue en 1904, "La Maternelle" obtint le prix Goncourt au deuxième tour de scrutin, face, notamment, à Charles-Louis Philippe (que nos lecteurs des Ensablés connaissent bien) et Emile Guillaumin (pourtant favori avec son roman "La vie d'un simple"). Son auteur, Léon Frapié, était employé à l'hôtel de ville de Paris et marié à une institutrice qu'il avait beaucoup interrogée pour écrire ce roman étonnant, à mi-chemin entre la fiction et le documentaire. Il n'a pas perdu de son actualité quant aux questions qu'il pose sur l'école. Il vient de reparaître grâce aux éditions L'Eveilleur.

08/03/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Anna" d'André Thérive

Chers lecteurs des Ensablés, La Thébaïde publie ces jours-ci un des romans que je place parmi les meilleurs. Jusqu'à ce jour, il n'avait pas été réédité. Nous en avions déjà parlé en 2014: il s'agit d'Anna. Précipitez-vous si vous aimez Maupassant, Flaubert et Huysmans (dont d'ailleurs Thérive était un spécialiste). Il vous faut d'autant plus vous procurer ce texte exceptionnel qu'il est préfacé par notre excellent ami, collaborateur des Ensablés, François Ouellet qui, depuis des années, pour notre plaisir, explore la littérature française des années 30.

23/02/2020, 09:00

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Les Ensablés - “Histoire artistique des ordres mendiants”, de Louis Gillet (1876-1943)

« …dans le silence de ce jour naissant, je veux regarder le monde avec des yeux remplis d’amour »
Saint François d’Assise

Ce livre est un cours d’histoire de l’art que l’auteur donna à l’Institut catholique de Paris. Il est composé de dix leçons, qui suivent le développement des formes artistiques qu’inspirèrent les ordres mendiants du XIIIème siècle au milieu du XVIIème siècle ; le titre répond de l’austérité du sujet, mais il paraît utile de redonner vie à cette étude, en particulier lorsque l’occasion se trouve de mesurer l’état d’ignorance qui règne sur cette matière.

09/02/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Le rire de Caïn" de José-André Lacour (1919-2005)

Comment est-il possible que ce livre ait échappé à ma vigilance ? A sa parution, en 1980, je n'avais pas encore 20 ans, mais je lisais déjà beaucoup. Sans doute a-t-il été signalé dans quelque journal et l'ai-je ignoré parce qu'à l'époque je ne lisais que des classiques, et qu'en plus ce Rire de Caïn était un roman d'un Belge obscur, un certain José-André Lacour. De la littérature belge, je ne connaissais que Simenon et Rodenbach, ce qui m'allait assez, et depuis je n'ai gère progressé, ajoutant simplement à ma liste Armel Job... Mais la Petite Vermillon (la Table ronde) m'a envoyé récemment ce "Rire de Caïn" réédité pour le centenaire de son auteur, et je l'ai lu... C'est admirable de bout en bout!

26/01/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Monsieur Ripois et la Némésis" de Louis Hémon

Don Juan: subst. masc. Séducteur, le plus souvent libertin et sans scrupule (définition du Trésor de la langue française). Même s'il n'est pas un libertin, Monsieur Ripois, le héros du roman de Louis Hémon (1880-1913), est assurément un don Juan. Il séduit les femmes qu'il rencontre et les exploite sans scrupule. Mais, contrairement à son auguste ancêtre, Monsieur Ripois n'a aucune classe; il ne s'attaque qu'aux petites ouvrières, puis aux femmes fragiles, celles qu'il est certain de pouvoir conquérir et exploiter.

12/01/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Visage perdu" de Roger Vercel, par Carl Aderhold

Visage perdu est l’un des derniers romans de Roger Vercel, paru en 1953, quatre ans avant sa mort. L’auteur de Remorques (qui a déjà fait l’objet d’une chronique sur les Ensablés) et de Capitaine Conan retrouve ici un thème qui lui est cher. Le courage qu’il faut pour affronter le quotidien.

29/12/2019, 09:00

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Les Ensablés - Chroniques du Lac : "La dernière harde" de Maurice Genevoix

En ce début novembre où la campagne automnale résonne des aboiements des chiens et des coups de fusil, la lecture de la Dernière Harde de Maurice Genevoix se savoure comme une gourmandise de saison. Nul besoin d’être passionné de chasse ou féru de vénerie pour partager la vie mouvementée et captivante de la harde des Orfosses.

15/12/2019, 09:00

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Les Ensablés – "Miroir du temps" d'André Suarès (1868-1948)

Paru aux éditions Bartillat, Miroir du temps est un recueil d’articles d’André Suarès - certains inédits - de préfaces, de fragments de correspondance, voire de documents plus intimes encore, comme le testament de l’écrivain : peu de livres permettront de saisir aussi complètement un auteur qui sort lentement d’un oubli et dont les plus connaisseurs parmi les lecteurs ne pouvaient citer que le Voyage du Condottiere.
Ce recueil de textes parvient à restituer, en marquant la chronologie, les thèmes qui habitent son oeuvre. Des thèmes dont l’actualité permet de rendre cet auteur à son temps tout en le ramenant au nôtre. André Suarès écrivit toute sa vie le manifeste d’un art nouveau, qu’il souhaitait tout à la fois classique et régénérateur ; à l’imitation aussi de ce Speculum majus, ce Miroir dans lequel Vincent de Beauvais mit toutes les certitudes du Moyen-Age et qui voulut, selon Louis Gillet, « lier en système tout l’héritage des connaissances venues de l’Antiquité, le legs intellectuel de la Grèce, avec les vérités de la Révélation ».             
Après avoir lu avec attention l’érudite préface de M.Barsacq, les amateurs feront de Miroir du temps l’avant-propos nécessaire aux œuvres de ce grand écrivain : toute la diversité, toutes les contradictions de l’écrivain, et l’essence de son style, sont là.

01/12/2019, 09:00

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Les Ensablés - "Le joug" de Marion Gilbert, roman de la maternité martyrisée

Originaire de Montivilliers, en Seine Maritime, la romancière Marion Gilbert (pseudonyme d’Odette Maurel) a fait paraître une bonne vingtaine de titres entre Du sang sur la falaise (1913) et Les Scandalisés (1950), des romans psychologiques qui ont souvent la Haute-Normandie pour décor. Journaliste, elle a mené des enquêtes pour Le Matin, Le Petit Journal, Illustrations et d’autres. Traductrice avec Madeleine Duvivier, pseudonyme que s’était choisie sa sœur, elle a donné à lire en français Charles Dickens, P. G. Wodehouse et Charlotte Brontë. Féministe, elle prononça une conférence, en 1925, qu’on peut consulter en ligne.

17/11/2019, 09:00

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Les Ensablés - "Journal de travail (1929-1943)" de Jean Prévost

L'éditeur Emmanuel Bluteau a des auteurs qu'il chérit particulièrement: l'un d'eux est Jean Prévost, écrivain et résistant, mort les armes à la main dans le Vercors en 1944 à l'âge de 43 ans. Après avoir publié "L'affaire Berthet" que nous avons chroniqué, La Thébaïde fait paraître aujourd'hui Le journal de travail (1929-1943) de ce même Jean Prévost avec une préface de Jérôme Garcin (à qui l'on doit un "Pour Jean Prévost", biographie parue en 1994).  "J'ai toujours pensé, écrit ce dernier (...) que Jean Prévost s'apprêtait à donner, après la guerre, son grand roman, son oeuvre majeure." Le destin ne l'a pas voulu. Et on lira donc ce journal de travail, cette "arrière-boutique" de l'écrivain, avec un sentiment mêlé d'admiration et de tristesse pour cette promesse qui s'annonçait déjà et ne fut pas tenue.

03/11/2019, 09:00

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Les Ensablés - "Jours de colère" (1989) de Sylvie Germain

Sylvie Germain est née en 1954 à Châteauroux. Formée à la philosophie, notamment auprès d’Emmanuel Levinas et de Daniel Charles, elle a été documentaliste puis professeur de français et de philosophie au lycée français de Prague, avant de se consacrer à sa seule activité littéraire. Elle obtient le prix Femina en 1989 pour son roman Jours de colère. Elle n'est pas un ensablée, mais on ne parle pas assez d'elle.

20/10/2019, 09:00

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Les Ensablés – "L’Altana ou la vie vénitienne" (1928) de Henri de Régnier (1864-1936)

Si l’on n’avait pas rêvé d’être heureux, la vie serait sans cruauté. (Marcel Proust)
Avec trois chroniques sous la plume de Hervé Bel, l’une sur Histoires incertaines, l’autre sur son entourage, le Club des longues moustaches, la dernière enfin, sur son fils, Pierre de Régnier qui écrivit Chroniques d’un patachon, Henri de Régnier est l’auteur dont l’univers est le plus relancé parmi les Ensablés, et il en est devenu au fil du temps à la fois le champion et l’emblème. Il y a donc quelque chose d’intimidant à rajouter quelques pages et un quatrième opus à cette œuvre de réhabilitation ; on redoute de déplaire ; on soupçonne que clandestinement, quelque part entre Paris et Venise, se réunit encore ce Club des Longues moustaches, que M.Bulteau (1) a admirablement décrit, redoutable cénacle agissant qui peut faire réussir ou échouer une carrière littéraire !

06/10/2019, 09:00

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24/02/2021, 09:01

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Diplomates et espions français, héros oubliés : les ombres des Balkans

HISTOIRE - Expropriations, humiliations, privations, spoliations, travail forcé, tortures, fusillades massives, trains de la mort, sous-alimentation dans les camps de concentration, et dans les chambres à gaz des camps d’extermination, fours crématoires… Tel fut le triste sort de millions de Juifs d’Europe au cours de la Seconde Guerre mondiale, avec environ six millions de personnes, femmes, hommes, vieillards, enfants, éradiqués dans le cadre de la solution finale promulguée par les nazis à partir du 31 juillet 1941. 

 

24/02/2021, 09:00

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Shy : 14 ans et timide à en mourir, pourra-t-elle sauver le monde ?

MANGA SHONEN - Au milieu du 21e siècle, des héros sont apparus sur Terre, et y maintiennent la paix depuis. Chaque pays a le sien, sauvant les citoyens des dangers du quotidien. Mais l’héroïne du Japon est plutôt mal taillée pour son rôle : réservée et solitaire, elle est surtout bien frêle du haut de ses 14 ans. Quand une mystérieuse menace surgit de l’ombre, sera-t-elle à la hauteur ?

24/02/2021, 09:00

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Permafrost : au final, apprendre ce qui compte

RÉCIT ÉTRANGER - Permafrost, un mot avec lequel se définit Eva Baltasar. Comme gelée à l’extérieur, elle s’est construit une carapace et plus rien ne l’atteint. Elle fait pourtant preuve d’une grande sensibilité dans ce récit intimiste écrit à la première personne.

24/02/2021, 08:58

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Eliete, la vie normale, et bousculer les contours du monde 

ROMAN ETRANGER - Dulce Maria Cardoso m’était inconnue avant que Valério Romão (écrivain portugais magistral, également publié chez Chandeigne) me glisse son nom alors qu’il regardait le rayon lusophone de la librairie. Du genre : « Ah ? Vous n’avez pas Dulce Maria Cardoso en rayon ? » Il n’en fallait pas beaucoup plus pour que le libraire (un peu vexé) que je suis se jette sur Eliete, la vie normale, de cette romancière mystérieuse et adulée.

24/02/2021, 08:57

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Les Déraisonnables, d'Olivier Auroy : désapprendre à raison garder

AVANT-PREMIÈRE – Ce qu’il faut d’audace pour changer le cours de son existence ! Comment Madeleine, paisible sexagénaire brutalement licenciée, et Camille, une jeune geek un peu paumée, un peu rebelle, vont-elles nouer une amitié improbable et s’offrir un nouvel élan ? Jusqu’où Pietro, retraité, est-il prêt à aller pour ranimer la mémoire défaillante de sa femme ? Ce voyage sur les traces d’un fantôme dans le sud de l’Italie ne risque-t-il pas de lui faire perdre son grand amour s’il parvient à ses fins ? 

23/02/2021, 15:23

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Des Zigues et des Âmes : banlieue, immigration et autres découvertes

AVANT-PREMIÈRE – Husayn a treize ans lorsqu’il est emporté par son cerf-volant bien au-delà de Jalaland, son pays natal. Un voyage initiatique qui le conduira de la rivière des Perles à Cergy dans le Val-d’Oise. En France, le garçon découvre la banlieue, ses cités, ses jeunes, ses migrants, ses barbus. Rattrapé par les autorités, il fait connaissance avec les mystères de l’administration, explore la capitale, se lie d’amitié avec des femmes et des hommes de tous horizons.

23/02/2021, 14:56

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Sexuellement vôtre, de Murielle Lévêque

Sexuellement Vôtre est un ensemble de petites histoires pornographiques que j'écrivais chaque jour à mon ex-compagnon. Au départ il s'agissait d'un petit jeu pour pimenter notre relation à distance. Pour tout avouer, il n'était pas dédié à être publié, mais les aléas de la vie ont fait que nous nous sommes séparés et après avoir mûrement réfléchis et en avoir parlé à ma famille, j'ai pris la décision de le publier.

23/02/2021, 14:49

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Quid du stress ? Quid du bien-être ?,  Denise Perigault    

Le stress est un concept à la mode : tout le monde en parle car chacun peut en ressentir les effets, plutôt négatifs d'ailleurs. En effet, nous n'entendons pas ou peu les gens parler de stress lorsqu'il est question de bon stress.
Qu'est-ce en fait que le stress ? Pourquoi le stress ? Comment réagir au stress ? Comment éviter un très mauvais stress ? Autant de questions auxquelles on ne prend pas le temps de réfléchir.

 

23/02/2021, 12:38

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Un timbre pour célébrer les 200 ans de l'École nationale des Chartes

Le 23 février 2021, La Poste émetra un timbre représentant la célèbre institution. Au cours de ses deux cents ans d’existence, l’École a participé à tous les mouvements politiques, sociaux et culturels de l’histoire de France. Au service des archives, des bibliothèques, des musées, de la recherche et de l’université, des entreprises, ses anciens élèves et étudiants ont accompagné le développement d’une prise de conscience patrimoniale, en France et hors des frontières.

22/02/2021, 10:30

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Les Ensablés - Vache tachetée et concombre fugitif d'Octave Mirbeau

Octave Mirbeau (1848-1917) n'est pas un ensablé, ne serait-ce que par le film tiré de son roman, Journal d'une femme de chambre, avec Jeanne Moreau et Michel Piccoli, et sa pièce célèbre Les Affaires sont les affaires. Mais c'est peu au regard de la masse d'écrits qu'il a laissée à la postérité. Et notamment, trop oubliés, ses contes publiés dans la presse, et qu'il considérait comme alimentaires... À tort. Je puis l'affirmer après avoir lu la réédition d'une partie d'entre eux par l'Arbre Vengeur dans sa collection "L'exhumérante". Par Hervé Bel.

21/02/2021, 07:31

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Drogue, sexe, vie en marge : L'histoire du Velvet Underground

AVANT-PREMIÈRE – Long Island, années 1960. Le jeune Lewis Alan Reed en a marre de vivre chez ses parents. Il ne supporte plus les séances d’électrochocs censés le guérir de ses « tendances ». Il veut aussi qu’on l’appelle « Lou ». Bref, il décide de partir pour New York. C’est là qu’il rencontre John Cale, un Gallois venu aux États-Unis pour jouer de la musique concrète. Ensemble, ils vont former un groupe, TheVelvet Underground, et imaginer un rock « radicalement différent »...

20/02/2021, 10:47

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La Casa de Papel : la série Netflix arrive en bande dessinée

Depuis ses premiers pas sur le site de streaming en 2017, La Casa de Papel, réalisée par Alex Pina a conquis les spectateurs. Pour preuve de ce succès, les chiffres remontés par Netlflix — ou encore l’International Emmy Award de 2018 pour la meilleure série dramatique. Avant de découvrir les 10 épisodes qui composeront la saison 5, les éditions Robinson proposeront une adaptation en BD, signée José Fonollosa, en mai prochain. Una mattina… mi son’ svegliato… O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao….

19/02/2021, 17:00

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Voyelles, certes et consonnes aussi : le Dictionnaire Rimbaud 

Arthur Rimbaud (1854-1891) fut ce « météore » littéraire, devenu le symbole de toutes les révoltes. Au-delà de l’itinéraire personnel, il reste une œuvre à tout jamais exceptionnelle, dont l’ombre portée sur tous les poètes à venir est immense.

18/02/2021, 15:47

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La Villa du Temps retrouvé : un musée-maison de Marcel Proust, à Cabourg

Musée de collections multiples, machine à remonter le temps, maison d'œuvres en villégiature... À Cabourg, le 14 avril prochain, le public découvrira un nouveau lieu culturel inédit dédié à l'épopée de la Belle Époque sur la Côte Fleurie, racontée par Marcel Proust. Véritable expérience immersive, cet espace muséal érigé dans une villa historique convoquera tous les sens des visiteurs et les transportera dans un monde de beauté et de grande créativité.

18/02/2021, 15:12

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Quand la mémoire flanche, le combat de Clémence contre Alzheimer

ROMAN GRAPHIQUE - Premier roman graphique d’Alix Garin, Ne m’oublie pas aux éditions Le Lombard, aborde avec douceur un sujet lourd, la maladie d’Alzheimer et ses retentissements. Envers et contre tout Clémence emmènera Marie-Louise, atteinte d’Alzheimer, réaliser la dernière volonté de sa propre mère : aller embrasser la mer. Courir après le passé pour rattraper sa mémoire, voilà le projet de la jeune femme pour sa grand-mère, seulement tout ne passera pas comme prévu.

17/02/2021, 16:48