On connaît Véronique Ovaldé pour ses fictions et leurs vies toujours prêtes à bifurquer. Avec Vivre sans bonheur et n’en point dépérir, paru chez Flammarion en cette rentrée littéraire, elle se tourne cette fois vers sa propre mère. Le récit est plus intime, sans abandonner l’imaginaire, et la place parmi les finalistes du prix des Deux Magots 2026.
Le 30/09/2026 à 17:03 par Hocine Bouhadjera
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Publié le :
30/09/2026 à 17:03
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Le café des écrivains renvoie Véronique Ovaldé à ses premières années parisiennes. « Quand j’ai eu 20 ans, que je suis arrivée et que j’ai commencé à travailler aux éditions du Seuil, rue de Seine, juste à côté, je passais devant les Deux Magots et je n’osais pas y entrer. C’était un peu impressionnant. Et puis, peu à peu, j’ai pris mon courage à deux mains et ça y est, j’allais aux Deux Magots prendre une limonade. »
Quelques décennies plus tard, la romancière se retrouve parmi les quatre finalistes du prix presque centenaire. Elle aime les choix parfois obliques du prix, ses « chemins de traverse », cite des lauréats précédents comme Raymond Queneau ou Roland Topor.
Depuis plus de 25 ans, Véronique Ovaldé a fait de la fiction son territoire privilégié. Ici, elle part d’une matière familiale, proche, mais arrivée sans projet préalable. « Moi qui ai toujours été une espèce de chantre de la fiction reine, là, tout à coup, c’est comme si un texte me tombait dessus. Ce livre-là, je n’avais pas prévu de le faire. Il n’aurait pas pu arriver à un autre moment. J’ai commencé à écrire sur cette femme, sur ma mère, sans me dire que j’allais publier. »
Cette absence de programme correspond à sa manière de travailler. Véronique Ovaldé ne signe pas de contrat avant d’avoir avancé dans un texte et s’autorise à abandonner un roman après une centaine de pages si le désir disparaît. « Étrangement, ça a été très facile à écrire », nous confie-t-elle. « Parce qu’écrire de la fiction, c’est difficile : il faut échafauder, envisager, inventer. Vous êtes colonisé par le champ des possibles. Là, cet océan des possibles était facile pour moi à élaborer parce qu’il avait toujours été élaboré. J’ai toujours inventé d’autres vies à ma mère. »
Chez l'autrice en effet, le réel n’exclut jamais complètement l’imaginaire. Elle ouvre des bifurcations, invente ce qui aurait pu advenir, déplace les trajectoires. Dans le livre, une formule résume ce jeu avec les possibles : « La vie n’est de toute façon qu’une suite d’événements qui ne se produisent pas. »
Après une trentaine de pages, l’écrivaine lui soumet le manuscrit en précisant qu’il ne sera peut-être jamais publié. Elle reçoit un SMS « sans ponctuation, comme toujours avec elle » : « Merci, j’ai lu, t’es un as ma fille. » Plus tard, lorsqu’elle l’avertit avoir beaucoup inventé, sa mère répond simplement : « C’est ton métier. » Dès lors, la seule véritable limite consiste à préserver ceux qui gravitent autour de cette histoire, à éviter les « dommages collatéraux ».
Le matériau familial aurait pourtant pu conduire vers un personnage autrement spectaculaire : son père. Véronique Ovaldé fait précisément le choix inverse. « Je ne voulais absolument pas écrire un livre sur lui, qui était en effet un homme catégoriquement envahissant. Il y a là un personnage plus romanesque, plus ogresque, qui appelle le livre. Il est présent dans beaucoup de mes livres, dans l’ombre. Cette figure autoritaire, de visionnaire apocalyptique, de prophète de la fin du monde, est régulièrement là dans mes textes. »
Elle a dû « tirer sur les rênes » lorsqu’il revenait occuper le récit. « Il l’avait déjà tellement prise, cette place. »
Née dans un milieu extrêmement modeste, sa mère devient domestique à 14 ans et le reste jusqu’à son mariage, à 19 ans. Son mari lui interdit ensuite de travailler. Derrière l’histoire familiale affleure celle d’une génération de femmes dont l’indépendance économique restait étroitement contrainte. La fille se garde pourtant d’en faire une simple « radioscopie sociétale » : ce déterminisme collectif rencontre une histoire conjugale singulière.
Et le regard porté sur cette femme n’a pas toujours été tendre. « J’étais en colère contre elle quand j’étais gamine, quand j’étais adolescente, à cause de sa soumission et de sa docilité. Mais peu à peu, ce qui m’a fascinée, c’est que cette femme, malgré des décennies de mépris, d’humiliation, malgré le joug sous lequel elle a vécu, est inaltérable. Elle est toujours dans une immense joie, dans un accueil de l’autre, dans une bienveillance. Et ça, ça me fascine. »
Véronique Ovaldé mesure cette disposition à l’aune de son propre tempérament, profondément mélancolique. Là où elle aurait pu attendre de l’amertume, elle trouve chez sa mère autre chose, une capacité persistante à accueillir la vie. « Je la trouve hyper costaude », résume-t-elle.
Une phrase est à l’origine du livre. Sa mère la prononce avec un petit rire : « Oh la vache, j’ai bien raté ma vie. » « J’ai trouvé ça très bouleversant qu’elle me dise ça de cette manière-là. En général, les gens qui disent “j’ai bien raté ma vie” sont pleins de rancune, d’amertume, de lamentation, de déploration. Mais elle n’était pas du tout comme ça. Je trouvais qu’elle était incroyable, qu’elle avait un vrai fil à plomb. »
Dans son récit, les humiliations et la dépendance côtoient les détails absurdes, les saillies de la narratrice, les souvenirs incertains et les existences alternatives qu’elle imagine. « Je suis incapable d’écrire un texte autrement, parce que ce n’est pas ma façon de voir les choses. La causticité, la drôlerie, c’est très important pour moi. Je pense qu’en toutes circonstances, l’humour est quelque chose qui m’empêche de naufrager. »
Au sujet de Vivre sans bonheur et n’en point dépérir, un libraire lui a récemment parlé d’un texte « de moraliste ». Le terme lui plaît. Il résonne avec l’une des interrogations qui traversent le livre : la facilité avec laquelle la littérature, comme le regard social, accorde davantage de profondeur aux figures cruelles qu’aux êtres simplement bons.
À LIRE - Lucie Rico : “Dire quelque chose, c’est déjà le transformer”
« La gentillesse n’est pas très bonne presse. On a toujours tendance à préférer la figure du méchant parce qu’on l’imagine plus complexe, plus ambiguë. Et ça me pose un problème parce que, profondément, j’aime les victimes. J’avais envie de rendre justice à cette bonté. »
Le prix des Deux Magots 2026 connaîtra son lauréat le 5 octobre, à l’issue du vote final qui départagera les quatre écrivains encore en lice.
Crédits photo : Véronique Ovaldé (Céline Nieszawer © Éditions Flammarion)
DOSSIER - Les Deux Magots 2026 : une 93e édition entre tradition, indépendance et débat sur l’IA
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
Paru le 19/08/2026
208 pages
Flammarion
21,00 €
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Cécile Deniard, traductrice littéraire, s’est rendue deux semaines en Ukraine pour apporter son soutien à ses collègues au nom du Conseil européen des associations de traducteurs littéraires (CEATL). Elle y a participé au festival BookForum de Lviv mi-septembre, puis est allée à Kyiv afin d'y rencontrer d'autres acteurs de la chaîne du livre. Leur énergie, leur créativité, mais aussi le besoin de solidarité qui s’est souvent exprimé au cours de ces entretiens, lui ont inspiré cette tribune.
02/10/2026, 13:02
Exclusif - Makassar a été placé en liquidation judiciaire le 1er septembre, contraignant les éditeurs partenaires à changer de diffuseur et/ou de distributeur. Pour nombre d’entre eux, c’est chose faite. Reste un détail à régler : les livres. Car des centaines de milliers d’exemplaires attendent de quitter l’entrepôt d’Indre-et-Loire où ils sont toujours détenus. Fâcheux ?
02/10/2026, 11:45
Le nom d’un auteur change-t-il notre manière de lire ? À partir du Prix de la Page 111, qui soumet au jury des textes anonymisés, Adnan Algın, écrivain, poète et correcteur, interroge le poids de la réputation dans le jugement littéraire. Prix, éditeur, critiques et œuvres antérieures composent un « capital de la signature » capable d’accorder davantage de crédit à une phrase — ou d’en refuser à celle d’un inconnu. Une invitation à relire les textes avant leurs auteurs.
01/10/2026, 16:14
Depuis le début de l’affaire Thélyson Orélien, le débat s’est concentré sur l’usage possible de l’intelligence artificielle, la fiabilité des détecteurs, puis les affaires de plagiat. Un aspect a toutefois été moins examiné : le calcul utilisé pour affirmer qu’il était presque impossible que Pangram se soit trompé sur les 20 passages du roman présentés comme suspects par « Balance ton Claude », compte derrière lequel se trouve notamment l’essayiste Samuel Fitoussi. Pour ActuaLitté, le mathématicien Mouhamadou Sy revient sur ce calcul, sur l’hypothèse d’indépendance qu’il suppose et sur ce qu’il permet réellement, ou non, de conclure.
30/09/2026, 16:08
Cyril Camus publiera Grand-Guignol aux éditions Anacharsis, ce 16 octobre. S’il revendique depuis l’enfance une passion pour les livres et l’horreur, l’écrivain entretient avec la musique une relation tout aussi profonde — quoique née plus tardivement, presque par accident. Du punk français aux chants celtiques, de Bob Dylan au free-jazz, des musiques de films à la darksynth, ses écoutes accompagnent autant son quotidien que son travail d’écriture. Au point de faire de la bande-son de Grand-Guignol une composante à part entière du roman. Il revient sur cette « musicobsession », ses découvertes fondatrices et ces morceaux qui, parfois, donnent à la fiction sa couleur avant même que les mots ne l’installent.
30/09/2026, 13:35
Auteur et président de l’Association de sauvegarde de l’Abbaye Saint-Félix de Montceau, Guilhem Méric revendique un parcours d’« auteur hybride », entre maisons d’édition et publication indépendante. À l’occasion du lancement de MORLHED – L’Ombre des Primordiaux, il explique pourquoi il a choisi le financement participatif, entre maîtrise des droits, cohérence de son univers, contexte économique du livre et relation directe avec ses lecteurs.
30/09/2026, 12:48
L’Académie Goncourt a donc retiré de Thélyson Orélien, de sa première sélection, au nom de plagiats antérieurs et d’analyses concluant que le roman serait « selon toute vraisemblance » produit avec IA. Une décision loin d'être unanime, on compte au moins Pascal Bruckner dans la résistance. Puisque l’Académie introduit le détecteur dans son prétoire, qu’elle aille au bout de sa logique : même outil, même protocole, même soupçon. Sinon, ce n’est plus une règle. C’est un traitement d’exception.
29/09/2026, 14:48
Traditionnellement, le festival Quai des Bulles décale ses dates pour cause de Route du Rhum et ouvre ses portes ces 9-10-11 octobre, à Saint-Malo. L’occasion, s’il en fallait une, de venir flâner sur les remparts se gaver d’air iodé et de bande dessinée…
29/09/2026, 14:22
Créée en juillet 2024 pour distinguer les œuvres d’origine humaine des contenus générés par intelligence artificielle, l’association Fabrication Humaine défend un label gratuit fondé sur l’engagement de l’artiste. Dans cette tribune, elle prend appui sur l’affaire Thélyson Orélien pour interroger la place prise par les outils de détection : sans trancher sur l’origine de C’était ça ou mourir, elle appelle à distinguer l’indice de la preuve et plaide pour davantage de transparence dans les processus de création.
28/09/2026, 16:30
Nathalie Hug a publié en juin dernier 92 BPM, Mais bordel qui a écrit ce roman ? aux Éditions Télémaque, un texte qu’elle présente comme entièrement hybride, né de 18 mois de travail avec l’intelligence artificielle et accompagné d’un making-of détaillant cette expérience. Dans cette tribune, elle revient sur la polémique autour de C’était ça ou mourir, de Thélyson Orélien, accusé d’avoir été écrit avec l’IA, et élargit le débat à la place de ces outils dans la création littéraire, à la transparence envers les lecteurs et à l’avenir de l’écriture humaine.
28/09/2026, 14:22
Le 30 septembre, l’ONU célèbre la Journée internationale de la traduction. L’occasion de rappeler qu’en littérature, un mot de travers peut envoyer une expédition sur le mauvais continent, transformer Jésus en plante urticante ou rendre une civilisation extraterrestre dépendante à une voix. De Jules Verne à R. F. Kuang, sept livres où comprendre l’autre relève moins du confort que de la survie — avec, parfois, des résultats franchement discutables.
28/09/2026, 12:22
L’affaire Thélyson Orélien s’est imposée en quelques jours au cœur de la rentrée littéraire. Soupçonné d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour écrire C’était ça ou mourir, puis rattrapé par plusieurs cas de plagiat concernant des textes anciens, l’auteur québécois conteste les accusations visant son roman. Le retrait du livre de la sélection du Goncourt a encore amplifié une controverse qui interroge désormais tout le monde éditorial. Par Auguste Feydeau.
26/09/2026, 14:00
Le 28 septembre célèbre la Journée internationale de l’accès universel à l’information. Excellente initiative. À un détail près : depuis des siècles, la littérature s’échine à démontrer que certains renseignements se porteraient beaucoup mieux sous clé. Lettres compromettantes, manuscrits impossibles, confessions judiciaires, dossiers de surveillance : cinq lectures où ouvrir le mauvais document revient rarement à améliorer sa journée.
26/09/2026, 09:30
Le téléphone avait été inventé pour permettre à deux personnes éloignées de se parler. Puis quelqu’un a compris qu’il pouvait également servir à vendre des fenêtres, proposer une mutuelle, annoncer un décès ou rappeler à quelqu’un que son passé savait toujours composer son numéro.
26/09/2026, 08:00
Thomas Perroud, normalien, est animateur de l’émission Anachroniques consacrée notamment aux premiers romans sur Fréquence protestante. Il revient sur les soupçons d’usage de l’intelligence artificielle au sujet du premier roman de Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir (Grasset).
24/09/2026, 16:32
Après des décennies de mobilisations, de recherches et de récits, les violences sexistes et sexuelles ne sont plus seulement appréhendées comme une succession de drames privés. Elles constituent un objet politique, juridique et culturel. La proposition de « loi intégrale » actuellement examinée à l’Assemblée nationale en offre une nouvelle traduction — et invite à regarder l’histoire des mots qui ont rendu ces faits visibles.
24/09/2026, 16:10
ActuaLitté a retrouvé, dans un article publié en 2023 sur un site alors animé par Thélyson Orélien, une phrase qui ressemble à une consigne de rédaction laissée par erreur. Un indice concret, distinct des détecteurs d’IA, qui vient désormais s’ajouter à une série d’éléments exhumés ces derniers jours par plusieurs médias et internautes autour des textes de l’auteur. Au-delà de son cas, l’affaire touche désormais à quelque chose de plus vertigineux : la possible fin d’un monde où l’on croyait encore savoir, sans trop de doute, ce qu’était un auteur.
24/09/2026, 13:34
Entre correction, réécriture et création, où commence véritablement « l’aide » à un auteur ? Écrivain, poète et correcteur, Adnan Algın plonge dans ses propres archives éditoriales pour interroger les interdictions visant l’intelligence artificielle. De ses interventions sur des romans aux cas célèbres de Raymond Carver ou T. S. Eliot, il questionne une frontière que l’IA n’a peut-être pas inventée, mais sérieusement brouillée.
24/09/2026, 11:53
Cyril Camus publiera Grand-Guignol aux éditions Anacharsis, ce 16 octobre. L'écrivain revendique une passion pour l’horreur née dans les livres, nourrie par le cinéma. De Guillermo del Toro à Stephen King, l’écrivain revient sur les monstres qui ont façonné son imaginaire et défend une conviction paradoxale : l’épouvante peut nous rassurer. Les démons de fiction ont sur les terreurs du réel un avantage décisif : ils n’existent pas. Une invitation à frissonner pour mieux souffler, qu'il partage dans nos colonnes...
23/09/2026, 17:36
La publication annoncée chez Fayard du prochain livre du député LFI Aurélien Taché provoque la colère de Jean-Yves Mollier. Dans cette tribune, l’historien dénonce ce qu’il considère comme une contradiction avec le soutien affiché par La France insoumise aux auteurs mobilisés autour des États Généreux, après les bouleversements intervenus chez Fayard et Grasset.
21/09/2026, 16:19
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Malgré l’abordage de One Piece, Sarah Knafo règne sur les ventes de livres Thélyson Orélien : “Pourquoi tant d’acharnement sur un écrivain ?” Sarah Knafo reste en tête des ventes, Thélyson Orélien grimpe malgré la polémique La Grande Librairie : cette semaine, mères, mémoire et héritage
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