« Ceci est mon dernier livre » : chez Hélène Cixous, l’annonce d’une fin n’achève rien. Elle ouvre au contraire une chambre supplémentaire dans la mémoire. Chat Larme naît de cette contradiction : vouloir retenir ce qui s’éloigne tout en sachant que l’écriture ne ressuscite pas. Alors elle cherche autrement, dans les carnets, les photographies, les rêves, les voix, les animaux aimés. Sortie le 8 octobre
Le 30/09/2026 à 08:30 par Victor De Sepausy
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30/09/2026 à 08:30
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« Je creuse le papier avant le jour, quand les rêves sont encore allumés » : la phrase décrit moins une méthode qu’un état de veille, cet instant où les absents n’ont pas encore tout à fait disparu.
Le grand personnage attendu ne vient pas. Ni héros tragique, ni prophète, ni figure historique : « Un chat. Personne d’autre. » Ce presque rien suffit à déplacer tout le récit. Autour de Thessie, de Fips et des autres présences animales se recompose une famille de vivants et de morts : le frère, la mère, le Bien-Aimé, les proches, les maisons, Arcachon, Paris. Le chat n’est jamais un prétexte attendrissant. Il devient mesure du temps, révélateur du lien, point de contact entre la chair et le souvenir.
La composition donne au texte sa force. Les dates remontent, les cahiers s’ouvrent dans le présent, une scène ancienne se remet soudain à battre comme si elle venait d’avoir lieu. Cixous ne range pas le passé : elle le laisse revenir par secousses. De là cette évidence douloureuse : « Dans mon destin amour et perte sont synonymes ». L’amour ne protège pas de la disparition ; il en approfondit la trace. Le texte trouve précisément son énergie dans ce paradoxe.
Cette mémoire est physique. Elle n’habite pas seulement la pensée, mais le ventre, les mains, la peau, la poitrine. À propos de Fips, deux mots suffisent : « Greffée. Je suis greffée. » L’image est d’une grande justesse parce qu’elle refuse l’idée d’un souvenir extérieur à soi. L’être perdu demeure inscrit dans celui qui reste. Plus loin, une autre phrase ouvre l’archive dans une direction inattendue : « Le Livre des Chats commence par Chien. » La généalogie affective ne suit ni les espèces ni l’ordre chronologique ; elle obéit à la persistance des présences.
La langue épouse ce désordre très construit. Les phrases s’allongent, se brisent, repartent ; les parenthèses conservent les hésitations, les corrections restent visibles, les répétitions font entendre l’obsession plutôt qu’elles ne l’expliquent. Le jeu sur les dates renforce encore cette sensation : une page récente peut accueillir un cahier vieux de plusieurs décennies ou un souvenir plus ancien sans les réduire à des archives mortes. Tout demeure contemporain dès lors que la mémoire le réveille. Le temps cesse d’être une ligne ; il devient une chambre à plusieurs portes.
Les trois dessins d’Adel Abdessemed interviennent alors comme des suspensions. Ils n’illustrent pas servilement ce qui vient d’être raconté : ils proposent une autre manière de fixer, découper ou mesurer l’apparition du chat. Le rapport entre image et prose participe ainsi pleinement de l’architecture du volume, qui cherche moins à raconter une disparition qu’à éprouver toutes les formes possibles de présence.
La réussite de Chat Larme tient surtout à cette transformation d’une matière extrêmement intime en expérience partageable. Il n’est pas nécessaire d’avoir aimé un animal de la même manière pour comprendre ce qui se joue : la peur de perdre, la culpabilité de n’avoir pas su, l’impossibilité d’en finir avec ceux qui ont compté. L’écriture ne guérit rien ; elle garde ouvertes les voies de passage.
Alors viennent les larmes, non comme conclusion sentimentale, mais comme travail : « Travail des larmes. Elles n’attendent qu’une porte qui s’ouvre pour se précipiter. » Chat Larme est cette porte. Un texte où le deuil ne se laisse ni ordonner ni refermer, où l’animal aimé déplace la littérature vers ce qu’elle sait faire de plus fragile : donner une forme à l’absence sans prétendre la combler.
DOSSIER - Les romans de la rentrée littéraire 2026
Par Victor De Sepausy
Contact : vds@actualitte.com
Paru le 08/10/2026
96 pages
Editions Gallimard
14,00 €
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Après la mort de sa mère, Jade découvre une vieille photographie représentant une jeune femme souriante aux côtés d’un homme inconnu. À partir de ce cliché, elle se lance sur les traces d’un passé familial qu’elle pensait connaître, entre secrets enfouis et histoire contemporaine de la Corée. Traduit du coréen par Yeong-Hee Lim.
10/10/2026, 07:30
Dans Imago je suis, Dan Yodwira donne voix à une narratrice confrontée à la perte de ses illusions et à ses propres contradictions. Entre colère et espoir, elle cherche un chemin vers la liberté et une possible renaissance.
10/10/2026, 06:30
Pour la cinquième semaine consécutive, Sarah Knafo conserve la première place des meilleures ventes de livres en France. Du 28 septembre au 4 octobre 2026, Le Casse du siècle (Fayard) enregistre 37.294 ventes supplémentaires. Derrière l'eurodéputée, One Piece reste deuxième, tandis que Thélyson Orélien monte sur le podium.
09/10/2026, 12:22
Certains auteurs ne se contentent pas d'inventer des histoires ou de rendre compte de l'état du monde : ils utilisent la puissance de la bande dessinée pour donner naissance à un univers qui n'existe nulle part ailleurs, forgé dans un alliage unique de dessins, de situations, de personnages, de de tempo et de dialogues. De livre en livre, les lecteurs explorent cet espace hors du temps et de la géographie qui leur semble de plus en plus familier. Erik Svetoft est sans nul doute un de ces artistes puissants, dont l’œuvre, de titre en titre, forge un univers qui ne ressemble à aucun autre et certainement pas au nôtre.
09/10/2026, 11:50
Avant de trouver sa place dans le chœur, Coralie Grimand cherche où poser sa voix. Française, amoureuse depuis l’adolescence de la littérature russe, elle rejoint une chorale ukrainienne au début de l’invasion. La guerre ne lui retire ni Pouchkine ni Dostoïevski ; elle rend cet amour inconfortable.
09/10/2026, 10:30
Dans une mansarde du 11e arrondissement de Paris, une psychologue reçoit des patients aux parcours singuliers. Jusqu’au jour où la mort de l’un d’eux, tué le 13 novembre 2015, bouleverse son rapport à son métier et la conduit à franchir certaines limites.
09/10/2026, 07:30
À L’Anse-à-Beaufils, près de Percé, un homme est retrouvé mort en pleine saison touristique. Son passé sulfureux lui avait valu de nombreux ennemis. Tandis que l’enquête commence, les souvenirs des villages disparus de Gaspésie refont surface.
09/10/2026, 06:15
Quatre balles dans la nuque, disposées en carré. Le 6 mai 1995, Joseph Vitali, grand producteur de cinéma et personnage trouble, est exécuté dans un parking. Personne n'est arrêté. Trente ans plus tard, jour pour jour, sa fille Ana disparaît. On retrouve son corps au fond d'un puits, dans la forêt de Meudon. Les Vitali ne croient pas aux coïncidences. Estelle Voldor non plus. À la tête de True Crime, magazine spécialisé dans les affaires non résolues, elle flaire le sujet qui fera trembler la rédaction : « Rien que l’histoire de cette famille, j’achète ! » Reste à convaincre Jed Jarzinski de s'en charger. Mauvaise humeur comprise.
08/10/2026, 19:02
Un Shinkansen file vers Tokyo. Dans le casque de Philippe Séclier, Keith Jarrett improvise. Quelques mois plus tard, un coffret couleur sable acheté au Japon devient le point de départ d’une enquête : les Sun Bear Concerts, huit récitals donnés en novembre 1976, dont cinq furent réunis sur dix vinyles.
08/10/2026, 17:13
L’amitié a longtemps occupé, dans les récits, la place de la relation qui va de soi : solide, secondaire, moins spectaculaire que l’amour. Autant que l’amour refuse précisément ce confort. Sous la direction de Charlotte Pudlowski, six textes de non-fiction signés par sept autrices regardent ce lien là où il protège, déçoit, domine, libère ou recommence.
08/10/2026, 10:22
Dans un monde partagé entre quatre peuples, la mort d’un jeune Naga lors d’un rituel va bouleverser un fragile équilibre. Accusé à tort, Ryun Pei fuit vers le nord, où il doit rejoindre une escorte composée de représentants de chacun des peuples. Traduit du coréen par Kette Amoruso.
08/10/2026, 07:30
Une joggeuse disparaît sans laisser de trace. Son mari, écrivain de romans policiers, devient le principal suspect. Cinq ans plus tard, la découverte d’ossements humains relance une affaire que certains auraient préféré voir enterrée. Avec The Crime Writer, Diane Jeffrey mêle enquête, secrets de famille et fascination pour le crime parfait.
08/10/2026, 06:00
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Malgré l’abordage de One Piece, Sarah Knafo règne sur les ventes de livres Sarah Knafo reste en tête des ventes, Thélyson Orélien grimpe malgré la polémique Prix Goncourt 2026 : plus que huit romans en compétition “J’ai juste l’impression de lire pour lire : je ne sais pas si j’achèterai encore des livres”
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