Créée en juillet 2024 pour distinguer les œuvres d’origine humaine des contenus générés par intelligence artificielle, l’association Fabrication Humaine défend un label gratuit fondé sur l’engagement de l’artiste. Dans cette tribune, elle prend appui sur l’affaire Thélyson Orélien pour interroger la place prise par les outils de détection : sans trancher sur l’origine de C’était ça ou mourir, elle appelle à distinguer l’indice de la preuve et plaide pour davantage de transparence dans les processus de création.
Le 28/09/2026 à 16:30 par Auteur invité
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28/09/2026 à 16:30
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Note de la rédaction : Le 21 septembre 2026, quelques heures après l’attribution du Prix du Roman Fnac à Thélyson Orélien pour C’était ça ou mourir (Grasset), un compte anonyme sur X, « Balance ton Claude », a affirmé avoir soumis plusieurs passages du roman au détecteur d’intelligence artificielle Pangram et obtenu des résultats l’identifiant comme largement généré par IA. La controverse s’est immédiatement propagée.
L’écrivain a catégoriquement nié avoir fait écrire son roman par une intelligence artificielle et affirme en avoir entrepris la rédaction dès 2017, avant d’achever un premier état en 2019. Ces éléments chronologiques sont avancés par l’auteur et ne constituent pas, à eux seuls, une démonstration de la genèse du texte.
L’affaire a ensuite changé de nature avec la mise au jour de reprises non attribuées dans plusieurs textes anciens de Thélyson Orélien, notamment une chronique publiée au Canada en 2013 que La Presse a présentée comme une traduction légèrement remaniée d’un article antérieur du Philippine Star. Les éditions du Boréal ont suspendu les activités promotionnelles de l’auteur, tout en indiquant ne pas être alors en mesure de confirmer ou d’infirmer les accusations concernant le roman.
Le 25 septembre, l’Académie Goncourt a finalement retiré C’était ça ou mourir de sa première sélection, invoquant à la fois ces plagiats antérieurs et des analyses qu’elle juge « convergentes » sur un recours à l’IA. Thélyson Orélien continue, pour sa part, de contester que son roman ait été produit par une intelligence artificielle.
Dans ce contexte, l’Association Fabrication Humaine adresse à ActuaLitté un texte dans lequel elle revient sur l’affaire Thélyson Orélien pour interroger la fiabilité des outils de détection de contenus générés par IA, la distinction entre indice et preuve, et plus largement la nécessité de restaurer transparence, traçabilité et confiance dans les processus de création.
Depuis quelques jours l’affaire autour de l’auteur Thélyson Orélien prend une ampleur inédite, sans doute en raison de la place que la littérature occupe dans la culture française. Cette affaire a depuis un moment largement dépassé la question de la littérature contemporaine pour devenir le symptôme d’une société qui cherche à définir sa voie à l’ère de l’intelligence artificielle générative.
L’accusation initiale contre l’auteur de C’était ça ou mourir, déjà lauréat du prix du Roman Fnac et figure de la rentrée littéraire, s’est appuyée sur une dénonciation issue d’un compte X ayant utilisé Pangram, outil de détection de textes générés par IA. Depuis, la polémique a enflé avec des allégations de plagiat portant sur des textes anciens de l’auteur.
De toute évidence, le cas Orélien est difficile à trancher dans un sens ou dans l’autre et repose sur un outil de détection de l’IA, non dénué de qualités, mais dont la fiabilité n’est pas absolue.
Aussi efficace soit-il, son utilisation a nourri — pour la partie qui nous intéresse — des allégations qui n’ont qu’une valeur probante limitée.
Soudainement, nous sommes sommés d’apprendre à apprécier des œuvres dans un monde où l’origine humaine d’un texte n’est plus évidence immédiate. Les questions sont légion : quels usages sont autorisés ? Lesquels sont proscrits ? Pouvons-nous encore écrire et publier sans être soupçonnés ? Accepterons-nous de lire un livre rédigé par une IA ? Ou bien devons-nous abandonner notre civilisation de l’écrit et revenir à des pratiques d’oralité ?
Sans, encore une fois, préjuger de l’issue de l’affaire, un score de génération par IA n’est pas une preuve, mais seulement un indice qui doit nécessairement être corroboré par d’autres éléments. Une probabilité n’est pas une certitude. L’IA est présentée comme un instrument capable d’objectiver nos décisions. Mais cette objectivité apparente repose sur une confusion entre le calcul et la vérité. Un détecteur compare des caractéristiques statistiques à des régularités présentes dans ses données d’entraînement. À partir de celles-ci, il fournit un signal qui, aussi fort soit-il, demeure ce qu’il est : un signal. Or, nous conférons actuellement à ce signal l’autorité d’une instance régulatrice.
Face aux allégations, aux incertitudes, ne risquons-nous pas d’entrer dans une ère de « calomnIA » ? La calomnIA n’est pas « juste » la calomnie à l’ère de l’IA, mais une nouvelle réalité où la calomnie est augmentée par l’autorité apparente du calcul. Pourtant, le fait qu’un chiffre suffise à faire basculer une réputation et à faire retirer l’ouvrage de la liste du Goncourt (nous le répétons, sans fondement juridique, car la génération par IA n’est pas un « plagiat » au sens strict), nous devons nous interroger collectivement sur notre capacité à distinguer un indice, un soupçon, une preuve et une condamnation.
Plutôt que de devoir choisir entre une confiance naïve et un scepticisme absolu, cette affaire révèle le besoin de l’authentification, de la traçabilité du processus et de la transparence artistique. Dit autrement, il faut réintroduire de la procédure là où la viralité numérique tend à installer une condamnation probabiliste pour s’assurer que le contrat moral et artistique entre le lecteur et l’écrivain (et entre les deux l’éditeur) ne soit pas rompu par le soupçon.
Par le Label Fabrication Humaine, nous cherchons justement à maintenir ce lien de confiance. Pour un auteur, s’engager sur l’honneur et labelliser des contenus « Fabrication Humaine » ne réglera pas magiquement le problème, mais il permet de réinsuffler un esprit de confiance. Notre label ne prétend pas résoudre toutes les difficultés, mais rappeler que l’humain dans la création est le cœur du pacte qui lie une œuvre à son public. En utilisant ce label, l’artiste s’engage lui-même et garantit que son œuvre n’est a priori pas issue de l’usage d’une IA générative.
Sa déclaration sur l’honneur l’engage. Une société démocratique se fonde sur sa capacité à instituer des médiations de confiance. Or, l’effondrement de la confiance, visible dans d’autres domaines politiques, sociaux et économiques, fragilise l’ensemble de l’édifice démocratique. L’IA tout en accentuant ces fractures, se pose alors en pompier pyromane, capable en même temps de générer du contenu se faisant passer pour humain et de repérer le contenu généré par IA, situation rappelant la théorie du « pharmakon » chère à Derrida et Stiegler pour désigner la technologie à la fois « poison » et « remède ».
Les impacts de ce soupçon algorithmique peuvent être profonds et durables. Les accusations ne doivent pas être portées à la légère. Nous devons donc réaffirmer deux exigences. La première est une exigence de transparence : les lecteurs doivent savoir si une œuvre qui leur est présentée a été réalisée par un Humain (il ne s’agit pas de juger les utilisateurs d’IA, mais d’informer). La seconde est une exigence de justice : personne ne devrait voir sa réputation (et sa carrière) détruite sur la base d’un score, fût-il spectaculaire. Entre les deux se trouve le chemin de la preuve et de la responsabilité.
L’affaire « C’était ça ou mourir » nous oblige à sortir des postures et à considérer l’IA pour ce qu’elle est. Elle n’est ni un outil neutre ni un malin génie venu corrompre la pureté de la création. Il faut pouvoir l’encadrer et défendre la position humaine. Un label peut éclairer et participer à rétablir ou sauver la confiance. Contre la calomnIA, il faut pouvoir défendre les médiations qui rendent un jugement juste et impartial.
À LIRE - Thélyson Orélien : “Pourquoi tant d’acharnement sur un écrivain ?”
À l’inverse de la calomnIA, l’association Fabrication Humaine a choisi, non pas le contrôle, trop aléatoire actuellement, mais l’engagement sur l’honneur et la valorisation de l’engagement de l’auteur qui décide d’apposer le label. Il est autant un manifeste de la part de l’auteur qu’un outil d’information du citoyen. La démarche fondée sur la confiance et l’information est la seule possible à ce jour.
Créée en juillet 2024 Fabrication Humaine est une association loi 1901 qui défend la création d’origine humaine face au développement des contenus générés par IA. Son label gratuit permet aux artistes, auteurs et journalistes d’identifier les œuvres conçues sans recours à l’IA dans leur processus créatif, tout en autorisant son usage comme outil d’assistance technique. L’association sensibilise aussi le public et les professionnels pour renforcer la transparence sur l’origine des œuvres et valoriser la création humaine.
Crédits image : ActuaLitté, CC BY SA 4.0
DOSSIER - Plagiat, IA : l'affaire Thélyson Orélien, la grande déflagration
Par Auteur invité
Contact : contact@actualitte.com
4 Commentaires
Luna
28/09/2026 à 17:44
Et bien voilà qui clôt magnifiquement le débat, car il est hors de question que l'IA décide de ce qui est écrit par un humain, puisqu’il s'agit d'une prise de pouvoir qu'il faut dénoncer avec force et qui donne à cette validation technique automatisée de PANGRAM le pouvoir d'une peine de mort pour un auteur comme Thélyson Orélien. Non, l’IA n’a pas la potestas ; elle n’aura pas le pouvoir administratif absolu !
Miku
29/09/2026 à 04:02
problème c'est pas un procès c'est une note un taux sauf si il attaque le groupe de Twitter et même l'effet sera très limité il ne reste que des avis perso dans mon cas pas intéressé par le cas mais plutôt par la discussion sur l'IA comme assistant à la création comme les une version boosté des Vocaloid
Emma Laflute
29/09/2026 à 07:57
Lecture salutaire et stimulante. Texte bien écrit, les bases d'un débat nécessaire sur la restauration de la confiance dans l'acte de création sont posées. Merci.
ClaudeHPT
29/09/2026 à 07:59
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