Nouvelle conséquence de l’affaire Thélyson Orélien : le jury des nouveaux Prix Strasbourg a décidé, ce 25 septembre, de lui retirer le Prix Strasbourg Espoir CIC, attribué un mois plus tôt à C’était ça ou mourir (Grasset). La récompense, assortie de 5000 €, revient finalement à Amandine Agić, arrivée deuxième lors du vote initial.
Le 25/09/2026 à 17:24 par Hocine Bouhadjera
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25/09/2026 à 17:24
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Le jury s’est réuni spécialement pour réexaminer son choix. À l’issue de cette nouvelle délibération, prise à la majorité, il estime que le prix « ne pouvait pas être remis à Thélyson Orélien au regard de faits de plagiat répétés établis dans plusieurs de ses textes antérieurs ».
Les soupçons entourant l’écriture de C’était ça ou mourir sont également mentionnés, mais avec davantage de prudence : le communiqué évoque des « interrogations » concernant un éventuel recours à des outils d’intelligence artificielle.
La décision intervient alors que la situation de l’écrivain s’est brutalement détériorée en quelques jours. Le même 25 septembre, l’Académie Goncourt a retiré C’était ça ou mourir de sa première sélection, invoquant elle aussi les plagiats révélés dans des textes antérieurs et des analyses qui, selon elle, convergent vers un recours très important à l’intelligence artificielle dans le roman.
La bénéficiaire de ce retournement est Amandine Agić. Une forme de lucky loser littéraire : au tennis, l’expression désigne un joueur éliminé en qualifications qui finit quand même par entrer dans le tableau après le forfait d’un autre. Ici, la comparaison s’arrête évidemment là : l’autrice n’avait pas été éliminée, mais avait terminé en deuxième position lors du choix initial du jury. Elle hérite désormais officiellement du Prix Strasbourg Espoir CIC et de ses 5000 € de dotation.
Publié le 21 août aux éditions de L’Olivier, D’un pays qui n’existe plus est le premier roman d’Amandine Agić. Née à Clermont-Ferrand en 1985 et installée à Paris, l’autrice y explore une histoire familiale marquée par la disparition de la Yougoslavie. Un père quitte son pays et devient père en France tandis que, à distance, la guerre transforme puis efface le territoire de son enfance. Le récit suit cette mémoire fragmentée, faite de silences familiaux, de souvenirs, de langue et de transmission.
La remise du prix doit désormais avoir lieu mardi 29 septembre à 18 heures, à Saint-Guillaume, à Strasbourg, dans le cadre du festival des Bibliothèques idéales.
La présence de Yannick Haenel dans le palmarès offre un autre écho à l’affaire Thélyson Orélien. Le 2 septembre, sur le plateau de La Grande Librairie, l’écrivain avait chaleureusement salué C’était ça ou mourir, parlant d’« un événement », affirmant que « ça n’a jamais été écrit avant » et concluant : « C’est de la grande littérature. »
Yannick Haenel avait lui-même été visé, en 2010, par une accusation de plagiat formulée par Claude Lanzmann à propos de Jan Karski : le réalisateur lui reprochait notamment d’avoir repris de longs passages de son entretien avec Karski dans Shoah sans autorisation. L’écrivain avait contesté ces critiques au nom de la liberté romanesque.
Plus récemment, ActuaLitté a également enquêté, en septembre 2026, sur les ressemblances entre son nouveau roman, La solitude des professeurs est infinie, et Grand Poisson, de Fabrice Sanchez, dont une version de travail avait été lue et commentée chez Gallimard avant d’être refusée. L’enquête relevait plusieurs scènes, motifs et références voisins, tout en précisant qu’aucun élément ne permettait d’établir une contrefaçon ni même que Yannick Haenel ait eu accès au manuscrit. L’écrivain affirmait de son côté n’en avoir « jamais eu connaissance ».
Ces deux polémiques n’ont, en tout cas, eu aucune incidence annoncée sur son Prix Strasbourg Bibliothèques idéales 2026, attribué pour La solitude des professeurs est infinie.
Les Prix Strasbourg ont été lancés cette année par le Crédit Mutuel Alliance Fédérale, le CIC, les Bibliothèques idéales et le groupe EBRA. Les quatre distinctions représentent une dotation globale de 55.000 €. Le Grand Prix Strasbourg Crédit Mutuel atteint 20.000 € et les deux autres récompenses 15.000 € chacune.
Les trois autres lauréats annoncés cet été restent inchangés. Outre Yannick Haenel, le Grand Prix Strasbourg Crédit Mutuel revient à Roman Badanine et Mikhaïl Roubine pour Le Tsar en personne (Les Arènes), tandis que Marion Dubreuil obtient le Prix Strasbourg EBRA pour Pelicot, un procès pour l’histoire (Futuropolis).
La cérémonie réunira les quatre lauréats, les jurés et les partenaires du prix, en présence notamment de Daniel Baal, président du Crédit Mutuel et du CIC, Sophie Gourmelen, présidente du groupe EBRA, et Carole Wenner, adjointe à la maire de Strasbourg chargée du livre et de la lecture.
Retrouver la liste des prix littéraires français et francophones
Crédits photo : vue du quartier de la Petite France, à Strasbourg (Bas-Rhin) (Vincent Desjardins, CC BY 2.0)
DOSSIER - Plagiat, IA : l'affaire Thélyson Orélien, la grande déflagration
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
Paru le 21/08/2026
151 pages
Editions de l'Olivier
18,50 €
Paru le 17/09/2026
800 pages
Editions Les Arènes
24,90 €
Paru le 20/08/2026
320 pages
Editions Gallimard
21,50 €
Paru le 07/10/2026
352 pages
Futuropolis Gallisol Editions
26,00 €
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Les Pieds Nickelés
25/09/2026 à 19:20
Quel pataquès ! Quel bazar ! Le Prix FNAC ne s’est pas déjugé lui ( à cette heure-ci ! …. ) et peut-être devrait-il rester droit dans ses bottes , quitte à passer dans l’ Histoire pour une Erreur historique ( ça a aussi du panache quand même ! ) , et puis il est délivré par des centaines de jurés ce qui complique la gestion de ce problème . Quant à Thélyson Orélien : ne l’accablons pas outre mesure , les plagiats antérieurs semblent avérés Mais l’IA absolue dans son roman ne sera jamais une certitude absolue . Les quelques romans contemporains que j’ai lu m’ont parfois interpellé sur leur « processus de fabrication » ….
Gil22
27/09/2026 à 22:58
Il ne s'agit pas de l'accabler sans preuve, mais il ne faudrait pas non plus lui donner l'absolution. Au vu de son passé douteux en matière de plagiats divers, de pillage systématique d'autres auteurs, jusque dans ses recueils de poésie, une enquête partant du manuscrit, effectuée par un tiers neutre, me semble nécessaire. L'IA permet, entre autres choses forts pratiques, de camoufler ses sources. C'est tout de même un cas peu commun, il y va de la crédibilité de la profession d'éditeur.