L'enseigne Relay s'est dotée, depuis cet été, d'une « charte de pluralité et de non-discrimination » qui vise à préciser les règles et pratiques « en matière de référencement et de mise en avant des produits d’édition », mais aussi à désamorcer des critiques récurrentes sur l'offre de ces boutiques, propriétés de Louis Hachette Group. Le document reste toutefois confidentiel et réservé aux concédants, avec un contrôle des engagements en interne uniquement.
Le 23/09/2026 à 14:52 par Antoine Oury
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23/09/2026 à 14:52
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Les rayonnages des boutiques Relay, présentes dans les gares et les aéroports, supporteraient-ils certains ouvrages et pas d'autres ? Le réseau, propriété de Louis Hachette Group, entité détenue à 30 % par Bolloré SE, a été accusé à plusieurs reprises de favoriser les productions du premier groupe d'édition français, ainsi que les titres s'inscrivant dans le combat idéologique mené par Vincent Bolloré, à droite toute.
Dans une vidéo publiée le 7 novembre 2025, la députée Clémentine Autain (Seine–Saint-Denis, Écologiste et social) avait ainsi pointé l'absence, constatée par ses soins dans une gare, du livre de Gabriel Zucman, Les milliardaires ne paient pas d’impôt sur le revenu et nous allons y mettre fin (Éditions du Seuil) du rayon « Meilleures ventes » du magasin.
Le même jour, dans notre article consacré aux meilleures ventes, l'économiste y figurait en effet en 14e position, pas très loin de Philippe de Villiers, alors 12e avec Populicide (Fayard). Les résultats réalisés strictement en librairie étaient plus impressionnants encore, avec Gabriel Zucman à la 4e place, entouré par deux ouvrages de l'incontournable Freida McFadden.
En juin dernier, l'annulation d'une commande de 400 exemplaires du livre Bernard Arnault, son univers impitoyable (La Tribu) par Relay relançait les soupçons. Arnaud Nourry, ancien patron de Hachette Livre évincé au moment de la prise de contrôle de Hachette par Bolloré, justement, assurait que le titre était la victime d'un « boycott » de la part de l'enseigne en raison de son sujet.
Quelques jours plus tard, une enquête de l'Observatoire des multinationales affirmait que « dans la catégorie “essais”, les titres de la maison Fayard — qui accueille depuis son rachat par Vincent Bolloré la plupart des grands noms de l’extrême droite française — sont très visibles dans les Relay ».
Le média avait observé l'exposition réservée à certains ouvrages au sein des boutiques de la chaine, en les comparant à leurs chiffres de vente, et mis en évidence quelques incohérences. Ainsi la nouvelle édition de Résister (Payot), de Salomé Saqué, vendue à 34.963 exemplaires, se retrouvait-elle autant mise en avant que l'essai 2050 (Fayard) du très conservateur cardinal Robert Sarah et Nicolas Diat, pourtant 10 fois moins plébiscité...
De même, les livres de Jordan Bardella semblaient bénéficier d'un traitement d'exception, avec une valorisation devant les caisses, dans un espace normalement réservé aux magazines.
L'enquête relevait toutefois des exceptions à ce que l'on pourrait interpréter comme un comportement systématique, comme la mise en avant de l'enquête Nos nouveaux maîtres (Albin Michel), des journalistes du Monde Raphaëlle Bacqué, Damien Leloup et Alexandre Piquard, consacrée aux magnats de la tech.
L'Observatoire des multinationales notait que les équipes de Lagardère effectuaient leurs choix « en fonction des objectifs de vente, de la notoriété des auteurs et du plan média qui leur est présenté », ce dernier étant généralement fourni pour les parutions Fayard, grâce aux médias possédés par Bolloré Vincent (CNews, le JDD ou Europe 1). Par ailleurs, selon un témoignage venu de chez Hachette, les liens entre Relay et Hachette Distribution auraient un impact sur les coûts et délais d'acheminement, en faveur des titres du groupe éditorial.
Si Relay se trouve accusée de mettre en avant des auteurs aux idées plutôt situées à droite, voire à l'extrême droite, sur l'échiquier politique, le même soupçon pèse régulièrement sur les librairies, auxquelles on reproche régulièrement de pencher à gauche.
Nous l'avons rappelé à plusieurs reprises : les libraires restent libres et responsables de leurs choix et des titres qu'elles présentent sur leurs tables, mais n'ont pas le droit de refuser une vente. En somme, si un client leur demande de commander un ouvrage qu'ils n'ont pas en stock, il n'est en théorie pas possible de refuser ce service.
La même logique peut-elle s'appliquer à Relay ? Les magasins sont gérés par Lagardère & Connexions, coentreprise de SNCF Gares & Connexions et Lagardère Travel Retail, laquelle associe donc une société anonyme à capitaux publics et une société privée. De plus, les boutiques Relay se trouvent dans des infrastructures liées aux voyages particulièrement fréquentées, lesquelles appartiennent à l'État, même si leur gestion a été confiée à des entités privées.
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Ainsi, le principe de neutralité des services publics, qui oblige l'État et ses agents à ne pas manifester leurs convictions religieuses, philosophiques ou politiques, devrait s'appliquer aux magasins Relay. D'ailleurs, comme le rappelle l'Observatoire des multinationales, SNCF Gares & Connexions a bien renouvelé le contrat d'occupation accordé à Relay en janvier 2023, mais en y apportant des modifications lui permettant d'assurer un « contrôle étroit » sur la coentreprise avec Lagardère Travel Retail.
Les polémiques et critiques s'accumulant, Lagardère Travel Retail s'est rapprochée du Figaro, début août, pour y révéler la signature d'une charte « relative au référencement et à la mise en avant des produits d’édition ainsi qu’aux engagements de pluralité et de non-discrimination en matière de distribution de la presse et du livre », signée quelques jours plus tôt, le 29 juillet 2026.
« Cette Charte formalise et rend publiques nos pratiques en matière de référencement et de mise en avant des produits d’édition. Elle précise nos règles et réaffirme les principes qui guident notre activité depuis toujours : agir avec responsabilité, équité et transparence, au service d’une offre pluraliste et accessible au plus grand nombre », nous précise la direction de la communication de Lagardère Travel Retail France.
La catégorie « Essais et Documents », au centre des préoccupations, est particulièrement concernée. Pour cette section, le référencement des ouvrages se fera « sur des critères commerciaux objectifs, identiques pour l’ensemble des éditeurs et adaptés aux spécificités d’un réseau implanté dans les lieux de transport », assure-t-on encore.
« Afin de disposer d’un critère lisible, vérifiable et applicable à l’ensemble du secteur, nous avons retenu le tirage initial déclaré de l’ouvrage comme critère de référencement, avec une prise représentative de notre part de marché dans cette catégorie. »
Ainsi, pour les ouvrages tirés à 10.000 exemplaires ou plus, l’engagement de Lagardère consiste en une prise initiale minimum de 3 % du tirage national, correspondant à la part de marché de Relay dans cette catégorie. La mise en place, pour ce type d'ouvrages, sera a minima dans les 90 principaux points de vente du réseau, qui représentent 80 % du chiffre d’affaires Livres de l'enseigne, « afin de favoriser une visibilité nationale et une accessibilité optimale pour le voyageur », nous détaille Lagardère Travel Retail.
Cette prise en considération du tirage initial permettrait, d'après l'entreprise, « d’éviter toute appréciation subjective ou discriminatoire » et « d’appliquer une règle identique à tous les éditeurs, quelle que soit leur taille ou leur appartenance ». Il convient toutefois de rappeler qu'un tirage initial de 10.000 exemplaires, pour un document ou un essai, correspond à celui d'une maison disposant d'une certaine force de frappe, ou d'un groupe éditorial comme Editis, Albin Michel ou... Hachette. Peu de structures indépendantes, par exemple, peuvent se risquer à un tel tirage.
Interrogé sur ce point, Lagardère répond que « la Charte prévoit que des ouvrages de moindre tirage puissent également être référencés, en dialogue avec l’éditeur, lorsqu’il existe une adéquation particulièrement forte entre l’auteur, l’ouvrage et les caractéristiques spécifiques de la clientèle des voyageurs lecteurs ». En l'absence de précisions sur cette « adéquation » recherchée, rien ne garantit l'issue d'un tel « dialogue », mais, en cas de succès, « la prise initiale peut aller jusqu’à 3 % du tirage, avec possibilité de réassort selon les performances commerciales constatées ».
Au-delà des descriptions et précisions apportées par Lagardère Travel Retail, impossible d'obtenir le document, intégré aux « engagements contractuels avec nos Concédants », avance la filiale de Louis Hachette Group : elle « n’a pas vocation à être transmise ».
Cette charte mentionne pourtant d'autres éléments pris en compte, comme la disponibilité des exemplaires, les délais logistiques, les capacités d’implantation ou la capacité de stock, mais qui « ne relèvent pas d’une appréciation éditoriale », avance Lagardère. « Ils correspondent aux conditions commerciales et opérationnelles concrètes et nécessaires à la mise en place effective des titres dans un réseau de transport particulier, marqué par des surfaces contraintes, des flux importants et une forte rotation des produits. »
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Ce secret des affaires limite considérablement les possibilités d'analyse de la charte et de ses potentiels effets. De la même manière, les contrôles du bon respect des engagements liés à cette charte seront assurés par... Lagardère : « Comme pour la grande majorité de notre offre commerciale, les référencements et les mises en avant sont gérés de manière centralisée par les Directions commerciales et marketing concernées. Le respect de ces consignes est ensuite assuré par nos processus opérationnels habituels et accompagné par le management de proximité au sein du réseau », nous explique-t-on.
Les usagers et usagères des gares ou aéroports seront aussi bien en peine, s'ils souhaitent effectuer des signalements quant à l'absence d'un ouvrage au sein d'une boutique Relay. « [L]e critère lié au tirage initial déclaré par l’éditeur n’est pas une donnée publique. Les consommateurs n’ont donc pas accès à cette information, qui ne peut pas faire l’objet d’une vérification directe de leur part », reconnait Lagardère.
Photographie : Enseigne Relay de la gare de Massy Palaiseau TGV (ActuaLitté, CC BY SA 4.0)
Par Antoine Oury
Contact : ao@actualitte.com
2 Commentaires
Rémi Vincent
23/09/2026 à 20:30
Mein-Kampf, d'Adolf Hitler, est dans le domaine public, depuis 2016.
On le voit pas en rayon, c'est un pavé très ardu à lire, qui n'intéresse pas les foules.
Les livres politiques, ne font pas beaucoup recette, du savonnage.
Le Guide Hachette des vins se vend mieux, en ce moment l'édition 2026.
Idem le Guide du Routard.
https://actu.dalloz-etudiant.fr/focus-sur/article/mein-kampf-et-domaine-public/h/25c81c7155e4b32e07236a569a4f8f32.html
Lady Livre
24/09/2026 à 07:17
En gros : "on ne va rien changer mais on va faire comme si", à l'image de CNews qui se dit pluraliste en mettant en avant des personnalités de droite (et d'extrême-droite) en journée, et de gauche la nuit...