De 10 heures à midi, les vacataires de la médiathèque Manufacture de Nancy ont quitté leur poste pour se rassembler devant l'établissement. Le mouvement a été soutenu par des personnels titulaires et des représentants syndicaux. Le préavis, porté notamment par Nancy SUD - SUD Collectivités territoriales 54, avait été annoncé quelques jours auparavant, comme le rapportait L'Est Républicain.
Au centre des revendications : le statut même de ces agents, employés principalement pour assurer l'accueil du public le week-end. Certains travaillent à la médiathèque depuis plusieurs années, jusqu'à quatre ans pour les plus anciens. Les grévistes demandent désormais à poursuivre leur activité sous CDD, estimant que la régularité et la nature de leurs missions ne correspondent plus à des vacations ponctuelles.
« Le statut de vacataire est un statut d'une extrême précarité qui nous prive de beaucoup de droits », a expliqué Thomas Brun-Bellut, vacataire depuis deux ans, interrogé par France 3 Grand Est. Selon lui, le recours durable à ces agents justifierait un autre cadre contractuel, et les fonctions exercées relèveraient, à leurs yeux, d'un besoin régulier du service.
Des livres récupérés à la lampe frontale
Avant la grève, six des 16 vacataires et deux représentants syndicaux avaient été reçus par l'administration municipale. Chantal Finck, adjointe au maire chargée notamment de la qualité du service public et de la gestion des carrières, reconnaissait, toujours auprès de L'Est Républicain que leur demande de « déprécarisation » devait être entendue, tout en expliquant qu'une transformation des contrats nécessitait d'examiner la situation de chacun et l'organisation du service.
Selon l'élue, chaque vacataire est sollicité environ deux fois par mois, pour quelque 22 heures mensuelles, soit environ 13 % d'un temps plein. Aucun calendrier précis n'a pour l'instant été annoncé concernant une éventuelle évolution de leur statut.
À cette bataille contractuelle s'ajoute celle des conditions de travail. Les agents dénoncent plusieurs dysfonctionnements matériels, certains dont certains perdurent depuis plusieurs mois. Le monte-charge, essentiel pour déplacer les documents et les charges entre les différents niveaux, est en panne depuis février. Des problèmes de climatisation ont également affecté l'établissement pendant les fortes chaleurs estivales et les toilettes publiques du troisième étage ont été signalées comme indisponibles.
Plus spectaculaire encore : l'éclairage de certains magasins de livres est défaillant depuis plusieurs mois. Pour permettre aux agents de continuer à chercher les documents dans les réserves, l'administration leur a fourni des lampes frontales. « On ne peut pas travailler correctement comme cela », déplore Thomas Brun-Bellut.
La Ville a cette fois apporté plusieurs éléments de calendrier : le remplacement du monte-charge est annoncé pour novembre et une intervention sur les toilettes doit avoir lieu fin septembre. Pour la climatisation, des opérations supplémentaires pourraient nécessiter une inscription budgétaire. Quant aux lampes frontales, elles sont présentées par la municipalité comme une solution provisoire dans l'attente du rétablissement de l'éclairage.
Ces difficultés interviennent pourtant peu de temps après un important chantier de modernisation. La médiathèque Manufacture avait rouvert au printemps 2024 après deux années de travaux. L'opération, d'un montant proche de 4 millions €, avait bénéficié de 2,4 millions € de soutien de l'État et visait notamment à adapter le bâtiment aux nouveaux usages et aux normes environnementales.
"La partie immergée de l'iceberg"
Pour Sébastien Obrecht, représentant du personnel à SUD, la mobilisation dépasse le cas des 16 agents. Il y voit « la partie immergée de l'iceberg » d'un problème plus général de moyens et de multiplication des emplois précaires dans les services municipaux. Le syndicaliste va jusqu'à évoquer une « ubérisation des contrats ».
Il affirme par ailleurs que les agents contractuels seraient devenus plus nombreux que les fonctionnaires au sein de la mairie de Nancy en 2025. Les dernières données municipales disponibles portent sur 2024 : la Ville recensait alors 1923 agents, dont 1330 fonctionnaires, 125 contractuels sur emplois permanents et 468 contractuels sur emplois non permanents.
La grève du 19 septembre n'a duré que deux heures. Un choix directement lié, selon les représentants du personnel, à la fragilité financière des agents concernés : renoncer à davantage d'heures de travail aurait représenté une perte de revenus difficile à supporter pour certains d'entre eux.
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Le conflit n'est toutefois pas clos. Le préavis couvre également le dimanche 27 septembre et les vacataires entendent poursuivre leur mobilisation faute d'avancée sur leur statut et leurs conditions de travail. À ce stade, aucune date de nouvelle réunion n'a été annoncée publiquement.
Crédits photo : Médiathèque Manufacture
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