Ce 21 septembre sort le 51e numéro de Soutien à l’Ukraine résistante : il rassemble témoignages, analyses, textes syndicaux et contributions consacrées à la vie culturelle ukrainienne. Sa publication intervient quatre ans et demi après le début de l’invasion russe à grande échelle, dans un conflit toujours meurtrier pour les civils et sans règlement politique global.
Le 21/09/2026 à 14:16 par Nicolas Gary
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21/09/2026 à 14:16
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Le numéro 51 de Soutien à l’Ukraine résistante paraît ce 21 septembre 2026. Publié par les éditions Syllepse, avec une couverture signée Katya Gritseva, il émane des « Brigades éditoriales de solidarité », qui réunissent plusieurs maisons d’édition, revues, sites d’information et organisations syndicales en France, en Suisse, en Italie, au Canada, aux États-Unis, en Belgique et en Espagne.
Comme son nom le laisse entendre, Soutien à l’Ukraine résistante est une publication engagée. Ses initiateurs indiquent avoir constitué les Brigades après le déclenchement de l’invasion russe à grande échelle et défendent explicitement le soutien à l’Ukraine, à différents mouvements de la société civile ukrainienne ainsi qu’aux opposants russes à la guerre. Le texte d’ouverture de ce numéro plaide notamment pour une aide militaire, diplomatique et politique à Kyiv. La collection est accessible sur le site de Syllepse, où Soutien à l’Ukraine résistante gratuitement téléchargeable.
Le sommaire de ce numéro permet cependant de dépasser la seule lecture militaire du conflit. Sous le titre « Paroles d’Ukraine », plusieurs contributions portent sur les mobilisations de la société ukrainienne, les femmes pendant la guerre, la situation des enfants dans les territoires occupés ou encore les revendications syndicales et sociales.
Pour l’industrie du livre, c’est surtout une section intitulée « La guerre des livres » qui retient l’attention. Elle réunit des textes consacrés aux destructions de livres ukrainiens, à leurs implications culturelles, à un salon organisé à Lviv et, plus généralement, à la possibilité de continuer à « vivre livre sous les bombes ».
Cette partie paraît au moment où les destructions frappant l’édition ukrainienne connaissent une nouvelle actualité. Selon des données du ministère ukrainien de la Culture rapportées le 21 septembre par l’Associated Press, plus de 13 millions de livres auraient été détruits au cours de deux mois de frappes russes, représentant au moins 39,3 millions de dollars de dégâts pour le secteur. Un entrepôt de l’éditeur Ranok, dans la région de Kharkiv, aurait à lui seul perdu huit millions d’exemplaires lors d’une attaque de drone. L’agence précise avoir interrogé le Kremlin sur les frappes touchant les infrastructures éditoriales sans obtenir de réponse.
Le rapprochement donne une résonance particulière au dossier : au-delà des auteurs, éditeurs et libraires, la guerre touche les capacités mêmes de produire, stocker et distribuer des ouvrages. Pour les petites maisons et les nouveaux auteurs, souligne l’enquête de l’AP, la disparition de stocks entiers peut aussi compromettre durablement la diversité du marché éditorial ukrainien.
La confrontation russo-ukrainienne remonte à 2014 : la Russie occupe la Crimée en mars de cette année-là, tandis que le conflit armé se développe dans l’est de l’Ukraine à partir du printemps. Le 27 mars 2014, l’Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 68/262, qui réaffirme l’intégrité territoriale de l’Ukraine et demande aux États de ne reconnaître aucune modification du statut de la Crimée issue du référendum organisé quelques jours auparavant.
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Une autre séquence commence le 24 février 2022, lorsque la Russie lance son invasion à grande échelle. Au 21 septembre 2026, cette phase de la guerre dure donc depuis quatre ans, six mois et près d’un mois, soit environ 55 mois.
Le front s’est entre-temps transformé sans déboucher sur une issue militaire décisive. Les combats restent particulièrement intenses dans l’est du pays, et notamment dans la région de Donetsk. Mi-septembre, les forces ukrainiennes ont annoncé une opération offensive dans le nord de cette région et des reprises territoriales localisées ; Reuters souligne toutefois que l’extension des zones parcourues par les drones rend désormais la détermination précise des lignes de contrôle particulièrement difficile. Les forces russes poursuivent parallèlement leur pression depuis le sud en direction de Kostiantynivka.
Le coût humain reste considérable, et les données disponibles sont nécessairement partielles. La Mission de surveillance des droits de l’homme des Nations unies en Ukraine a vérifié pour le seul mois d’août 2026 au moins 372 civils tués et 2.349 blessés dans le pays. Juillet avait été encore plus meurtrier, avec plus de 400 morts civils recensés.
Sur les huit premiers mois de 2026, l’ONU comptabilise 2.222 civils tués et 13.058 blessés. Le nombre total de victimes civiles sur cette période dépasse déjà celui enregistré pendant toute l’année 2025 et se situe 55 % au-dessus du niveau observé de janvier à août 2025. Les armes à longue portée — missiles et drones — ont représenté 47 % des victimes civiles recensées en août, tandis que les drones de courte portée constituent l’une des principales menaces près de la ligne de front.
La même mission rappelle que ses chiffres correspondent aux cas qu’elle a pu vérifier et ne constituent donc pas nécessairement le bilan réel du conflit. Pour les territoires ukrainiens occupés comme pour la Russie, les possibilités de vérification sont encore plus limitées. Les autorités russes ont ainsi déclaré 113 civils tués et 736 blessés en Russie au cours du mois d’août ; l’ONU indique ne pas être en mesure de confirmer la grande majorité de ces cas faute de sources indépendantes suffisantes.
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La guerre continue par ailleurs de provoquer des déplacements massifs. L’Organisation internationale pour les migrations estimait en juillet à 3.447.123 le nombre de personnes déplacées à l’intérieur de l’Ukraine. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés indique de son côté que plus de 6,8 millions de personnes ont fui l’Ukraine depuis février 2022, même si les mouvements de retour et les méthodes de comptabilisation font évoluer le nombre de réfugiés effectivement présents à l’étranger.
À l’usure du front terrestre s’est ajoutée une intensification des frappes en profondeur. La Russie emploie quotidiennement drones et missiles contre le territoire ukrainien ; Reuters relevait encore en septembre une utilisation accrue de missiles balistiques adaptés à partir d’engins initialement destinés à l’entraînement. Les difficultés ukrainiennes à maintenir suffisamment de systèmes d’interception contribuent à accroître la vulnérabilité des villes et des infrastructures éloignées du front.
L’Ukraine mène simultanément des attaques de longue portée contre le territoire russe, principalement à l’aide de drones, en visant notamment des installations énergétiques, logistiques ou militaires. Le 20 septembre, les autorités russes ont fait état de trois morts dans la région de Moscou lors d’une vaste attaque ukrainienne qui a également touché une raffinerie ; ces informations provenaient des autorités locales russes.
Cette extension géographique des frappes ne signifie pas pour autant que le conflit soit sorti de son cadre russo-ukrainien : elle traduit surtout la capacité croissante des deux belligérants à atteindre l’arrière du territoire adverse et à peser sur ses infrastructures.
Sur le plan diplomatique, plusieurs médiations se succèdent sans avoir permis, au 21 septembre, d’aboutir à un accord global. Des émissaires américains ont rencontré Vladimir Poutine à Moscou début septembre, puis poursuivi leurs contacts avec Kyiv. Reuters indiquait à l’issue de la rencontre qu’aucune percée n’avait été obtenue et que les positions restaient éloignées. Moscou exige notamment des concessions territoriales ukrainiennes et l’abandon d’une éventuelle adhésion à l’OTAN, conditions rejetées par Kyiv.
Volodymyr Zelensky et Donald Trump ont annoncé une nouvelle rencontre à New York à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies. Le rendez-vous doit notamment porter sur les possibilités de relance des discussions et les questions de sécurité.
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À l’automne 2026, aucun de ces contacts ne permet donc encore de dater une cessation durable des hostilités. Le conflit demeure militaire, humanitaire, diplomatique, économique et culturel à la fois.
C’est précisément sur ce dernier terrain que le numéro 51 de Soutien à l’Ukraine résistante apporte sa contribution. Sans dissimuler son orientation militante, le document rassemble des voix et des textes qui éclairent des dimensions moins visibles de la guerre : revendications sociales, mobilisation de la jeunesse, action syndicale, conditions de vie quotidiennes, poésie, édition ou destruction du patrimoine écrit.
Alors que des millions de livres disparaissent dans les frappes, continuer à en imprimer, les faire circuler et organiser des rencontres littéraires devient aussi l’un des moyens par lesquels la société ukrainienne tente de préserver une vie culturelle au milieu du conflit.
À lire et/ou télécharger ci-dessous :
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 4.0
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
3 Commentaires
Rose
22/09/2026 à 11:09
Il est compliqué ce conflit slave, russo-ukrainien.
En restant neutre, il y a les accords de Minsk, Maïdan, le départ de beaucoup d'ukrainiens en 2014, les résultats d'un référendum pour rattachement à la Russie dans les régions pro-russes, l'ingérence occidentale américaine, anglaise et de l'UE qui semble freiner la paix et pour finir la corruption.
Le passé reste belliqueux dans cette partie de l'Europe instable et il est difficile de prendre position.
Dans tous les cas, seul, un peuple peut changer son avenir et s'en mêler pour ses propres intérêts ne fait que retarder sa définition.
Félix
22/09/2026 à 21:47
La loi du plus fort ne gagnera jamais, car comme se plaisait à le rappeler philosophiquement Hegel, l'Histoire est "dialectique".
En d'autres mots, la Russie poutinienne n'arrivera jamais - tout comme le révisionnisme chinois ou nord-coréen - à effacer l'Ukraine non seulement de la carte ni de la mémoire universelle, et ce grâce au soutien indéfectible de tous les pays membres de l'Union Européenne.
Mais, malheureusement, l'Histoire est aussi irréversible.
Et comme le martèle avec force les déclarations suivantes dans un article sur la vie et l'oeuvre du "Poète de Palestine" Mohammed Darwich (1941-2008, mort à Houston en exil aux États-Unis) et dont une place du 6e arrondissement à Paris porte le nom :
"La Palestine, chez Darwich, n'est pas la Palestine : elle est le nom de toute terre confisquée, de toute mémoire violentée, de tout peuple dont on a voulu effacer le nom".
Et cela s'applique aussi à l"Ukraine!
Jean Dugenêt
29/09/2026 à 14:56
Je me suis permis de reproduire l'article du militant ukrainien Arseniy : "La lutte contre l’impérialisme russe et la lutte contre le capitalisme ne sont qu’une seule et même lutte".
Il a évidemment raison. Il n'y a qu'une lutte contre le capitalisme et contre tous les impérialismes. C'est pourquoi la guerre en Ukraine remet de manière éclatante à l'ordre du jour le vieux mot d'ordre du mouvement ouvrier : Vive les États Unis Socialistes d'Europe de l'Atlantique à l'Oural.
Les organisations traitres du mouvement ouvrier veulent évidemment oublier que ce mot d'ordre fut celui de Lénine et de tous les bolcheviks. Ceux qui se réclament du trotskysme veulent aussi l'oublier. Les derniers à l'avoir mis en avant sont les lambertistes. Ils avaient organisé à ce sujet un rassemblement international à Essen, en Allemagne, en 1971, à une époque où ils étaient encore trotskystes. Depuis leur capitulation en 1981, ils sont eux-aussi frappés d'amnésie.