Il est grand temps de changer la terminologie depuis bien trop longtemps en vigueur dans l’industrie de l’édition : non plus chaîne du livre, car d’un maillon à l’autre, on finit par ignorer ce qui se passe plus loin, mais écosystème. Et quitte à renverser la table (et pas que celle des nouveautés), troquons “indépendant” pour “interdépendant”. Une notion bien plus proche de la réalité économique…
Le 16/09/2026 à 17:03 par Nicolas Gary
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16/09/2026 à 17:03
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Librairies en redressement, distributeurs fragilisés, éditeurs indépendants privés de trésorerie, festivals sous pression et lectorat en recul : en 2026, les alertes ne viennent plus d’un seul métier. Les chiffres disponibles ne décrivent pas un effondrement général, mais une économie où les marges de sécurité se réduisent et où la difficulté d’un acteur se transmet désormais beaucoup plus vite aux autres.
Sur le premier semestre 2026, les données Edistat livrent un état des lieux préoccupant : 112,692 millions d’exemplaires vendus, soit 1,406 milliard € de chiffre d’affaires éditeur. La même période examinée sur 2025 affiche 120,862 millions d’exemplaires pour 1,5 milliard €. Statistiquement, quelque chose coince : 6,76 % de recul en volumes, avec 8,17 millions d’exemplaires en moins et 6,27 % en valeur, soit 94 millions € de moins.
Et une femme de ménage qui perturbe grandement les données, tant la place prise par les ouvrages de Freida McFadden fait peur. GkF l’avait analysé en mai dernier : si la romancière américaine était une maison d’édition, elle serait à elle seule 6e dans le classement des plus grandes structures éditoriales françaises. Terrifiant.
Librairies en redressement, distributeurs fragilisés, éditeurs indépendants privés de trésorerie, festivals sous pression et lectorat en recul : en 2026, les alertes ne viennent plus d’un seul métier. Les chiffres disponibles ne décrivent pas un effondrement général, mais une économie où les marges de sécurité se réduisent et où la difficulté d’un acteur se transmet désormais beaucoup plus vite aux autres.
L’année 2025 avait déjà marqué un tassement : le Syndicat national de l’édition chiffre le revenu des éditeurs à 2,883 milliards €, en baisse de 0,63 %, pour 419,6 millions d’exemplaires vendus, soit -1,49 %.
DOSSIER - Marché du livre : 2025, l’équilibre sous tension
Les périmètres diffèrent — ventes au détail d’un côté, chiffre d’affaires des éditeurs de l’autre — mais la contraction des volumes est commune. Par rapport à 2019, le SNE relève encore une progression de 2,8 % en valeur en 2025, contre une baisse de 3,6 % du nombre d’exemplaires.
Le secteur évolue en outre dans une économie française où les défaillances restent élevées. À fin juillet 2026, la Banque de France en recensait 70.605 sur douze mois, soit +4,6 % sur un an et +19 % par rapport à la moyenne 2010-2019. Ce chiffre concerne toutes les entreprises, pas le seul livre, mais il donne le décor d’une période où les trésoreries les plus faibles encaissent mal les chocs.
C’est dans la librairie que le changement de régime est le mieux documenté. En 2025, le Centre national du livre a recensé 83 ouvertures contre 85 fermetures : premier solde négatif depuis la création de ce suivi. Cinquante-sept établissements ont parallèlement fait l’objet d’une reprise. Un an auparavant, 129 créations pour 72 fermetures laissaient encore un solde positif de 57 librairies.
Le CNL rappelle toutefois la singularité des années 2021 à 2023, avec près de 150 créations annuelles en moyenne. Les disparitions récentes concernent largement des commerces jeunes : en 2025, 48 % des établissements fermés avaient ouvert depuis 2017 et 38 % depuis 2021. À quelques exceptions près, leur chiffre d’affaires restait inférieur à 200.000 €.
Le problème n’est donc pas une hécatombe uniforme, mais un effet de ciseaux. Sur les quatre premiers mois de 2026, l’Observatoire de la librairie du Syndicat de la librairie française mesurait -2,9 % en valeur et -3,3 % en volume dans son panel de près de 500 librairies indépendante. Dans le même temps, salaires, loyers, transport et autres coûts fixes ne reculent pas.
L’étude Xerfi présentée aux Rencontres nationales de la librairie en juin mesure cette vulnérabilité. Sur 1.595 librairies indépendantes observées entre 2019 et 2024, l’excédent brut d’exploitation se situait autour de 2 à 3 % du chiffre d’affaires en 2023 et 2024. Les petites structures sont particulièrement sensibles aux loyers et aux frais de transport, tandis que les charges de personnel pèsent davantage sur les établissements moyens et importants,.
Autre signal : Xerfi recense 201 opérations liées à des procédures collectives dans le commerce du livre en 2025, contre 157 en 2024, 116 en 2023 et 96 en 2022. Attention au vocabulaire : il s’agit d’« opérations », y compris des sorties de procédures, et une même entreprise peut être concernée par plusieurs opérations successives — sauvegarde, redressement ou liquidation. Parler de « 201 librairies en faillite » serait donc faux. Les données figurent dans le document de synthèse publié à l’occasion des Rencontres nationales de la librairie.
Le tableau est d’ailleurs paradoxal. Le taux de défaillance du commerce de détail de livres est redescendu à 1,4 % en 2025, l’un de ses niveaux historiquement les plus bas selon Xerfi. Mais son indicateur de risque remonte parallèlement à 66,8, niveau associé par l’institut à une « probabilité de défaut significative ». La photographie est moins celle d’un réseau déjà effondré que d’entreprises dont le coussin financier s’amincit.
Les dossiers du printemps ont rendu cette fragilité très visible. Gibert a été placé en redressement judiciaire le 28 avril. Faute de repreneur, ses magasins d’Évreux et de Poitiers ainsi que la Librairie de la Place, quai Saint-Michel à Paris, ont ensuite été placés en liquidation judiciaire. Le plan de transformation présenté durant l’été prévoyait 84 suppressions de postes à l’échelle du groupe, bien qu'à Paris, les négociations ont ramené à 24 le nombre de suppressions dans le PSE, contre 30 initialement envisagées.
Le 1er juin, Nosoli, maison mère du Furet du Nord et de Decitre, a à son tour été placé en redressement judiciaire. Le groupe comptait alors 27 librairies et environ 600 salariés ; son projet de restructuration prévoit la fermeture de 11 magasins et jusqu’à 163 suppressions de postes. À Montpellier, Sauramps, placé en redressement à la mi-juin, a été liquidé le 3 juillet : 54 salariés étaient concernés.
Pris séparément, aucun de ces dossiers ne décrit « la librairie française ». Leur accumulation révèle toutefois ce qui devient le cœur du problème : lorsqu’un point de vente important ne peut plus honorer normalement ses échéances, la difficulté remonte immédiatement vers ses fournisseurs.
Le cas Makassar en fournit l’illustration la plus nette. Fondé en 1995, le diffuseur-distributeur travaillait avec quelque 200 éditeurs indépendants. Ses comptes 2024 faisaient apparaître une perte de 737.000 €, après 752.000 € en 2023, et une créance de 1.335.224,93 € sur l’un de ses principaux clients. Une cyberattaque ayant perturbé le logiciel Octave en 2024, la transition informatique qui a suivi puis les difficultés de plusieurs grands comptes de la librairie ont encore tendu la situation.
Fin juin, son dirigeant, Vincent Dodivers, assurait au même titre qu’« il n’y a aucune procédure en cours, que ce soit redressement judiciaire ou autre », et que la société recherchait des solutions extérieures. Au fil de l’été, les éditeurs concernés ont néanmoins organisé leur transfert vers d’autres opérateurs. La prudence juridique s’impose donc : faute de décision judiciaire publiquement établie, il est plus exact de parler de défaillance économique de Makassar que de lui attribuer un redressement judiciaire.
Pour les maisons concernées, l’effet est immédiatement mesurable. Fin août, Les Éditions sociales et La Dispute chiffraient à plus de 130.000 € le produit de livres vendus qu’elles ne devraient pas percevoir, soit entre un tiers et près de la moitié de leur chiffre d’affaires annuel, selon ActuaLitté. Les ouvrages ont été édités, fabriqués, livrés et achetés ; les dépenses ont été engagées. La recette, elle, ne remonte plus.
Toute la mécanique apparaît alors. Le distributeur stocke et expédie, facture les libraires, encaisse puis reverse aux éditeurs. Quand un grand compte ne règle plus normalement ses échéances, la créance fragilise le distributeur ; quand celui-ci ne reverse plus les ventes, l’éditeur perd la trésorerie nécessaire aux prochains titres. La dette ne disparaît pas : elle voyage.
Début septembre, La Générale Librest, filiale de Nosoli depuis 2023 et affectée par le redressement du groupe, a de son côté cessé son activité de distribution pour le compte d’éditeurs et son comptoir destiné aux librairies indépendantes de l’est parisien. Les activités liées aux collectivités, ainsi que Lalibrairie.com, sont maintenues, mais ce nouvel épisode montrait que la tension sur la logistique indépendante ne se résume déjà plus au seul cas Makassar.
Pour l’édition indépendante, aucune série nationale publique identifiée ne permet actuellement d’affirmer que les procédures collectives auraient progressé de X % en 2025 ou 2026. Additionner les liquidations relatées dans la presse pour fabriquer un taux serait trompeur. En revanche, l’étude socio-économique réalisée par Axiales pour la Fédération des éditions indépendantes documente précisément la faiblesse des marges de sécurité.
Publiée en 2025 à partir de données 2023, elle porte sur 278 maisons. Soixante-sept pour cent déclarent moins de 75.000 € de revenus annuels. Parmi les 183 structures ayant communiqué leur chiffre d’affaires, la médiane s’établit à 49.000 €. Cinquante-six pour cent recourent à l’emprunt, 47 % des dirigeants disposent d’une autre source de revenus et la moitié perçoit moins de 15.000 € par an. Ces données ne décrivent pas directement 2026, mais elles permettent de comprendre pourquoi un impayé de quelques dizaines de milliers d’euros peut devenir existentiel.
Elles donnent aussi un arrière-plan aux procédures récentes : Le Troisième Homme, à Angoulême, a été placé en redressement judiciaire le 7 mai, comme l’a rapporté ActuaLitté. Hikari Éditions a été liquidée en juin. Petit à Petit, placé en redressement en décembre 2025, a été repris par Hachette Livre en février 2026.
La sortie de crise n’est donc pas toujours la disparition : elle peut aussi passer par l’intégration d’un catalogue indépendant à un groupe disposant d’une puissance financière supérieure. La question économique rejoint alors celle, plus ancienne, de la concentration éditoriale.
Les manifestations littéraires apportent aux petites maisons une visibilité, des rencontres et des ventes directes difficiles à obtenir autrement. Or leur environnement financier se tend à son tour.
Le Baromètre des festivals 2025 du ministère de la Culture, publié en juillet 2026 auprès de 3.200 manifestations, ne porte pas spécifiquement sur le livre : musique et spectacle vivant y sont majoritaires. Il reste éclairant.
Quarante-neuf pour cent des répondants déclarent avoir rencontré « un peu » de difficultés financières et 28 % « beaucoup », soit 77 % au total. Les dépenses artistiques ont augmenté pour 41 % des festivals, les dépenses techniques, logistiques et de sécurité pour 43 %, celles de voyage, d’hôtellerie et de restauration pour 46 %. Parallèlement, 39 % signalent une baisse des subventions départementales.
Le constat doit être nuancé : 88 % pensent que leur prochaine édition aura certainement lieu. Et, pour les seules manifestations littéraires, il manque encore une statistique nationale comparable.
C’est précisément pourquoi la Direction générale des médias et des industries culturelles a lancé en 2026, avec la Sofia, RELIEF, le Club 99 et la Fédération des Salons et Fêtes du livre de jeunesse, une étude consacrée à leur économie et à leur impact culturel et social. Les précédents n’en sont pas moins significatifs. La Fête du Livre de Bron s’est arrêtée en 2024 après 39 éditions, malgré 40.000 visiteurs cette année-là, sur fond de situation financière précaire, d’inflation, de hausse des coûts et d’épuisement des équipes.
Reste le lecteur. Le baromètre CNL-Ipsos 2025 indique que 56 % des Français de 15 ans et plus se déclarent lecteurs réguliers, cinq points de moins qu’en 2023, au plus bas depuis le lancement du baromètre en 2015. 63 % déclarent avoir lu au moins cinq livres au cours des douze derniers mois, soit six points de moins en deux ans.
Chez les jeunes, le tableau est plus contrasté qu’une simple « disparition de la lecture ». L’étude CNL-Ipsos bva publiée en avril 2026 établit que 81 % des 7-19 ans lisent encore pour leurs loisirs. Mais plus d’un tiers des 16-19 ans ne lit pas du tout pour ses loisirs et le temps consacré à cette pratique n’est plus que de 18 minutes par jour, contre 3 h 1 pour les écrans, hors lecture numérique et livre audio.
Les écrans n’expliquent évidemment pas à eux seuls les redressements judiciaires d’une librairie ou la défaillance d’un distributeur. Les causes se cumulent : loyers, masse salariale, coûts logistiques, endettement, transformation des achats, développement de l’occasion et du commerce en ligne, concentration des ventes, financements culturels contraints. Mais le recul de la lecture régulière retire progressivement de l’air à un système déjà tendu.
La crise actuelle du livre français tient ainsi moins à l’effondrement d’un métier qu’à la disparition progressive des amortisseurs entre les différents métiers. Une librairie peut tenir avec 2 ou 3 % d’excédent brut d’exploitation tant que les ventes résistent ; un distributeur, tant que ses clients paient ; un éditeur, tant que le produit des ventes revient à temps ; un festival, tant que recettes et soutiens compensent les coûts.
Lorsque plusieurs de ces conditions se dégradent ensemble, la difficulté ne reste plus chez celui qui l’a rencontrée le premier. Elle circule. Rien ne permet encore de parler d’un effondrement généralisé de la chaîne du livre, mais chaque maillon dispose désormais de moins de marge pour absorber la défaillance du voisin.
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 4.0
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
8 Commentaires
Michel Degrève
16/09/2026 à 20:01
En tant qu'auteur ide science-fiction et éditeur indépendant, je constate la même tendance et elle est inquiétante. De plus (et l'article le montre fort bien) les grandes maisons d'édition américaines débarquent sur le marché francophone avec des moyens financiers considérables, faisant monter les prix de nos publicités sur Amazon de façon exponentielle. À cela, s'ajoute une déferlante de livres écrits avec l'intelligence artificielle. Certains de bonne qualité, mais beaucoup plus de facture médiocre qui plombent encore un peu plus nos marges déjà de plus en plus précaires, à cause du fait qu'elles compliquent nos placements dans top 100 des catégories sur Amazon qui nous correspondent. Alors, quelle est la solution ? À mon avis, seule la coopération entre auteurs indépendants sauvera nos publications. Critiques d'ouvrages croisées, publications partagées, autant d'outils pour rendre à notre lectorat l'envie de redécouvrir les auteurs indépendants. J'ai créé une petite structure que je propose de partager : www.michel-degreve.com. Examinons ensemble comment sauver notre profession.
Lecteur
17/09/2026 à 12:06
Quand les écrans tuent le livre, l'option"listes de lecture" ne sauvera, relativement, que les classiques.
Olivenne veut produire moins pour vendre plus, Bolloré surfe sur de l'évenementiel politique, Gallimard reste élitiste et les moyens/petits sont noyés.
L'état et les banques n'ont ni l'intention ni les moyens de soutenir ce qui apparait comme un gouffre sans fond.
Seules les productions scolaires, religieuses et jeunesse gardent la tête hors de l'eau et l'IA arrive qui va bousculer ce qui est déjà fragile.
C'est un monde qui change
Manuel S.
17/09/2026 à 17:30
Excellent article ! (comme souvent)
Il manque juste un aspect fondamental : la surproduction.
Avec des ventes moyennes qui diminuent, les auteurs sont moins payés (en moyenne) pour leur livre et les éditeurs ont (en moyenne) bien moins de revenus. Source de beaucoup d'énervements et malentendus.
Tout le monde est d'accord pour moins produire mais peu le font, pourquoi ?
L'éditeur a une perte sûre de chiffre d'affaires, sans être sûr de mieux vendre ses autres livres.
L'auteur ne choisira jamais de ne pas être publié (ou à la marge). Le libraire doit choisir entre plus de références qui se vendent moins bien.
Il faudrait donc un organe de concertation des différents acteurs avec un pilotage général. Ou laisser faire le marché (qui résoudra ce problème par des crises récurrentes). Certains pourraient estimer que ce rôle de régulation pourrait être celui de l’État.
C'est un vrai angle mort du marché du livre et aucun acteur (ni l'Etat, qui aurait plutôt à tendance à favoriser la production via des aides directes et indirectes) ne s'en empare au nom du bien commun.
Nicolas Gary - ActuaLitté
17/09/2026 à 20:14
Tout d'abord, merci !
Ensuite... évidemment, car la surproduction représente une dimension importante du problème — avec toutefois une difficulté : si tout le monde s’accorde assez facilement sur son existence, beaucoup moins sur celui qui surproduit. (donc, de là à la quantifier...)
L’histoire est assez savoureuse. En 2006, Le Monde, rapportant un entretien donné à Paris Match par Antoine Gallimard et Francis Esménard, écrivait que les petites maisons étaient « responsables de l’augmentation de la production ». Gallimard avait toutefois rectifié quelques jours plus tard : il refusait de faire porter la responsabilité aux seuls petits éditeurs et visait plutôt la multiplication de livres substituables.
Vingt ans après, les chiffres permettent surtout de sortir de ce jeu de renvoi. L’étude AQOA présentée aux Rencontres nationales de la librairie 2026 montre que la production a augmenté de 57 % entre 2000 et 2025, mais pas de manière homogène. Les marques publiant 1 à 5 livres par an n'ont accru leur production que de 18 % sur la période, contre 70 % pour celles dépassant 200 publications annuelles. En 2025, ces dernières représentent 28 % de toute la production, les plus petites seulement 6 %. Autrement dit, la multiplication des petits éditeurs n’explique pas, à elle seule — loin de là — l’emballement du nombre de titres.
Il faut également apporter une autre nuance à l’idée que « peu d’éditeurs » auraient commencé à réduire la voilure. C’est précisément ce qui se produit depuis quelques années : selon AQOA, le nombre de nouveautés a reculé de 7,4 % entre 2022 et 2025 ; selon le périmètre différent du SNE, on est passé de 44.660 nouveautés en 2019 à 36.119 en 2025, soit –19,2 %. Le problème est que cette décrue intervient après vingt années d’expansion et que la pression demeure très forte en librairie : sur le panel constant de 170 librairies étudié par AQOA, 73 % des publications sont encore reçues en 2025, contre 64,1 % en 2017.
Quant au lien entre cette abondance et la rémunération des auteurs, il paraît intuitif, mais mérite lui aussi d’être manié prudemment : moins de ventes moyennes par titre peut réduire les droits d’un auteur donné, mais les données agrégées ne permettent pas d’en déduire une baisse générale de leur rémunération. Le SNE constate même que les droits d’auteur portés en charge par les éditeurs sont passés de 521,6 à 543,8 millions d’euros entre 2024 et 2025 (+4,27 %). Cela ne dit évidemment rien de leur répartition entre auteurs.
Reste donc la vraie question que vous posez : comment coordonner une réduction dont chacun peut souhaiter les bénéfices collectifs, alors que chaque éditeur pris séparément prend le risque de laisser de la place à ses concurrents ? C’est probablement là que se situe le nœud économique du problème.
Mais on le sait : l'enfer, c'est les autres. :-)
Laetitia Pacareau
17/09/2026 à 20:06
Parlez-nous un peu de l'augmentation de la rémunération des dirigeants de grandes maisons d'édition, et de leur parachute doré quand ils s'en vont nuire ailleurs ?
Liger
20/09/2026 à 13:34
Très intéressant.
Au passage, veuillez nous épargner le pénible et sournois étasunisme " industrie " (cf. " the movie industry ") et utiliser le mot français approprié, à savoir " secteur " : " le secteur du livre et non " l'industrie du livre " svp !
Scriniarius
20/09/2026 à 18:13
https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9I1018
INDUSTRIE nom féminin
Étymologie : xive siècle. Emprunté du latin industria, « application, activité, assiduité ».
1. Adresse, habileté à exécuter un ouvrage ; puissance de travail et de création. Cela est fait avec beaucoup d’industrie, avec une admirable industrie. L’industrie des abeilles.
▪ Fig. Ingéniosité ; savoir-faire. Réussir, s’élever par son industrie. À force d’industrie, il parvint au succès. Péj. Vivre d’industrie, subsister par des expédients. Chevalier d’industrie, se dit d’un individu habile et peu scrupuleux, dont l’activité, en marge des règlements, est douteuse, voire délictueuse.
2. Métier manuel, mécanique ou mercantile qui comporte une certaine ingéniosité. Exercer quelque industrie. Sa petite industrie lui permet de vivre. C’est une industrie comme une autre. Fig. Coupable industrie, se dit d’une activité profitable mais condamnable.
3. S’est dit de toute sorte d’activité concourant à la production et à la circulation des richesses. Industrie agricole, commerciale, manufacturière.
▪ Désigne aujourd’hui l’ensemble des activités ayant pour objet l’exploitation des richesses minières et des sources d’énergie, la transformation des matières premières en produits fabriqués ainsi que chacune des branches de ce secteur économique. Protéger, favoriser le commerce et l’industrie. La petite, la grande industrie. Les différentes branches de l’industrie. L’industrie chimique, pharmaceutique, textile. Les industries agro-alimentaires. L’industrie du livre. L’industrie de la chaussure.
▪ Industrie lourde, qui concerne l’extraction et la première transformation des matières minérales. Les industries extractives, la sidérurgie sont des industries lourdes. Industrie légère, qui transforme les produits issus de l’industrie lourde en produits finis ou semi-finis. Industrie de transformation, qui fabrique des biens d’équipement ou de consommation à partir des productions de l’industrie légère. L’industrie automobile est une industrie de transformation. Industrie de pointe, qui fait appel à la technologie et aux progrès scientifiques les plus récents. L’industrie aéronautique, l’industrie nucléaire, sont des industries de pointe.
▪ Par métonymie. Entreprise industrielle, établissement industriel. Une industrie va s’implanter dans la commune. Chef, capitaine d’industrie, qui est à la tête d’une grande entreprise industrielle.
▪ Par analogie. Se dit d’autres secteurs d’activité producteurs de richesses par la vente de services, considérés dans leur organisation d’ensemble. L’industrie hôtelière. L’industrie du spectacle.
Olivier Bleys
22/09/2026 à 15:57
Un article pointu et argumenté sur une réalité que nous vivons tous.
Mon seul regret : dans la chaîne du livre dont sont précisément décrits et soupesés tous les maillons… pas une seule mention de l'auteur ! Alors que sa précarité extrême l'expose, bien plus encore qu'un éditeur ou un distributeur, aux mauvais vents de l'époque. Pour lui, bien sûr, pas de chômage, pas d'indemnité de licenciement, pas de dépôt de bilan effaçant l'ardoise…
C'est inouï d'écrire "Reste le lecteur" sans, je le répète, avoir une seule pensée pour l'auteur. À croire que les gens qui fabriquent les livres, qui les font circuler, qui les vendent, ont oublié d'où les livres proviennent !
Mon nom apparaît sur une quarantaine de couvertures, chez Gallimard, Actes Sud ou Albin Michel, c'est un milieu que je prétends bien connaître. Mais ce péché originel, l'oubli de l'auteur, n'a jamais à mes yeux reçu d'explication.