La demande de permis de construire pour la rénovation et l’agrandissement de la Bibliothèque nationale suisse vient d’être déposée. Le chantier doit commencer en 2027 et s’étendre jusqu’en 2034. Derrière la remise à niveau d’un monument de l’architecture moderne se dessine aussi une autre conception de la bibliothèque : davantage ouverte au public, pensée comme un lieu de rencontre autant que de conservation.
Le 14/09/2026 à 12:29 par Hocine Bouhadjera
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14/09/2026 à 12:29
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Le chantier de rénovation et d’agrandissement de la Bibliothèque nationale suisse entre dans une phase concrète. Le 10 septembre 2026, l’Office fédéral des constructions et de la logistique (OFCL) a déposé la demande de permis de construire pour le site de la Hallwylstrasse 15, à Berne.
L’opération va bien au-delà d’un simple réaménagement des salles de lecture. Le bâtiment doit être renforcé et adapté aux normes actuelles, notamment en matière de sécurité parasismique, de conservation des collections et de numérisation. Le crédit d’engagement prévu atteint 211,7 millions de francs suisses, soit environ 224 millions €.
Construite entre 1929 et 1931, la Bibliothèque nationale est l’un des témoignages importants du mouvement moderne à Berne. Le bâtiment a été conçu par les architectes Alfred Oeschger, Emil Hostettler et Josef Kaufmann à l’issue d’un concours national.
À son ouverture en 1931, son architecture tranche avec les modèles institutionnels traditionnels. Le complexe est directement organisé autour des fonctions de la bibliothèque, notamment avec sa « tour des livres », destinée au stockage des collections.
Le site a déjà connu une importante modernisation à la fin du XXe siècle. Deux magasins souterrains ont été mis en service en 1997 et 2009, tandis que le bâtiment historique rénové avait rouvert en 2001.
Le nouveau projet vise à adapter cet héritage aux usages contemporains. Baptisé « NATBIB », il a été retenu à l’issue du mandat d’étude parallèle organisé en 2023. Il est porté par le bureau bâlois Christ & Gantenbein Architekten, associé à Drees & Sommer Baumanagement, à Zurich.
La transformation restera largement concentrée sur l’ensemble existant. Le projet prévoit de renforcer la structure porteuse, d’améliorer la sécurité parasismique et d’optimiser les conditions climatiques intérieures, indispensables à la conservation de supports très différents. Une extension sera néanmoins construite en sous-sol. Elle accueillera notamment des ateliers, des espaces de travail spécialisés ainsi que les activités de numérisation et de logistique des collections.
Les travaux seront menés en étroite coordination avec le Service des monuments historiques afin de préserver les qualités architecturales du bâtiment de 1931. Pour le public, le principal changement se situera au rez-de-chaussée, qui sera davantage ouvert et transformé en forum et espace de rencontre. La tour des livres conservera, elle, sa fonction bibliothécaire traditionnelle.
La Bibliothèque nationale explique vouloir dépasser son seul rôle de conservation pour devenir également un forum consacré à la recherche, à l’inspiration et aux échanges au sein de la société.
Avant le chantier, la Bibliothèque nationale suisse et l’Office fédéral de la culture doivent libérer les espaces concernés. Leurs activités seront transférées à la Monbijoustrasse 72-74, à Berne. Le déménagement se déroulera par étapes jusqu’à la fin novembre 2026. Durant la dernière phase, la Bibliothèque nationale sera fermée au public du 2 au 29 novembre 2026.
Les activités reprendront ensuite dans les locaux provisoires, où l’institution fonctionnera pendant plusieurs années. Les collections conservées dans les magasins souterrains ne seront pas toutes déplacées. Une partie importante des fonds pourra rester à la Hallwylstrasse, avec un dispositif logistique chargé d’acheminer les documents demandés vers le site provisoire.
Les travaux doivent commencer en 2027, pour une remise en service du bâtiment rénové et agrandi en 2034. Si le calendrier est respecté, la Bibliothèque nationale fonctionnera donc près de sept ans hors de son site historique. Le crédit d’engagement de 211,7 millions de francs suisses doit encore être soumis au Parlement dans le cadre du message 2026 sur les immeubles civils de la Confédération.
Le chantier figure parmi les principales opérations immobilières fédérales des prochaines années. L’investissement ne couvre pas seulement la restauration patrimoniale : il doit aussi financer la réorganisation des circulations, l’ouverture de nouveaux espaces au public, la modernisation des équipements techniques et l’amélioration des capacités de traitement des collections.
Cette ouverture ne change pas la mission fondamentale de la Bibliothèque nationale : collecter, répertorier, conserver et rendre accessibles les « Helvetica », soit les textes, images, documents sonores et autres publications produits en Suisse, par des auteurs ou éditeurs suisses, ou consacrés au pays.
À l’échelle fédérale, elle constitue l’un des principaux outils de conservation de la mémoire documentaire suisse, avec une mission distincte de celle d’une bibliothèque de lecture publique. Ses collections regroupent plusieurs millions de publications physiques, auxquelles s’ajoutent les fonds des Archives littéraires suisses, du Cabinet des estampes et de la Phonothèque nationale suisse.
Ces fonds sont complétés par des archives numériques en croissance continue. La Bibliothèque développe depuis plusieurs années ses capacités de numérisation et d’archivage à long terme afin de conserver aussi bien des livres que des fichiers, des enregistrements sonores, des périodiques numérisés ou des documents créés directement sous forme numérique.
Le projet bernois intervient au moment où plusieurs grandes institutions documentaires suisses connaissent elles aussi des transformations majeures.
À Fribourg, la Bibliothèque cantonale et universitaire vient justement d’achever l’un des chantiers bibliothécaires les plus importants de Suisse romande. Le nouveau bâtiment a ouvert ses portes au public en septembre 2026 après plus de cinq années de travaux.
L’opération, qui représente environ 117 millions de francs suisses (124 millions €), associe rénovation du bâtiment historique et extension contemporaine. La nouvelle BCU propose notamment plusieurs centaines de milliers de documents accessibles au public, quelque 800 places de travail et de lecture, ainsi que de nouveaux espaces destinés aux expositions, au travail collectif ou à la médiation culturelle. La nouvelle BCU propose notamment 200.000 documents en libre accès et 800 places d’étude et de lecture
La logique est proche de celle retenue à Berne : conserver les fonctions patrimoniales et documentaires tout en transformant la bibliothèque en lieu de séjour, de travail et de rencontre.
À Lausanne, l’Unithèque de la Bibliothèque cantonale et universitaire est en chantier depuis 2020. Sa nouvelle extension, ouverte au public le 26 mai 2025, accueille désormais provisoirement l’ensemble de la bibliothèque pendant la rénovation du bâtiment historique, fermé depuis juillet 2025. La mise en service complète de l’ensemble agrandi et rénové est prévue en avril 2027.
À terme, l’Unithèque disposera de 2000 places de travail, contre environ 850 auparavant, et de 10.000 m² de surface utile supplémentaire, répartis entre les espaces destinés au public et les magasins. Le projet doit également augmenter le nombre de documents en libre accès, développer les salles de travail en groupe et moderniser le restaurant universitaire. L’investissement global approche les 100 millions de francs suisses (environ 106 millions €).
À Genève, le chantier d’Uni Bastions doit aboutir en 2027 à une nouvelle bibliothèque de sciences humaines de quelque 5000 m². Elle occupera le rez-de-chaussée des bâtiments Central et Jura et réunira sur un même site les collections des disciplines enseignées aux Facultés des lettres et de théologie, aujourd’hui encore réparties entre plusieurs espaces. L’aile Jura a déjà été rénovée, le bâtiment central, fermé depuis septembre 2022, doit être livré à l’été 2027. Le site accueillera plus de 2000 étudiants et quelque 450 collaborateurs, tout en restant accessible au public extérieur.
Un autre chantier, distinct, concerne la Bibliothèque de Genève, installée promenade des Bastions. La Ville prépare la restauration complète du bâtiment historique et la construction, dans sa cour, d’une extension souterraine destinée à la conservation des collections. Le projet doit permettre de regrouper des fonds aujourd’hui dispersés sur neuf sites, d’offrir une réserve pour leur croissance future et d’agrandir les espaces ouverts au public.
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Le programme prévoit également de ramener sur le site des Bastions des équipes actuellement installées au Centre d’iconographie et à La Musicale. En 2026, le projet est toujours dans sa phase de développement et de préparation : la Ville a notamment lancé au mois de juin un appel d’offres lié aux aménagements paysagers de la future bibliothèque.
Crédits photo : entrée principale de la Bibliothèque nationale suisse à Berne, dans le cadre du projet de rénovation et d’agrandissement « NATBIB ». © Christ & Gantenbein
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
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