À la Strange Academy, la rentrée ne ressemble pas franchement à une rentrée. Ici, les élèves viennent d’Asgard, de Weirdworld ou de la Dimension Noire, un géant du givre partage les couloirs avec une fée et le fils de Dormammu tente de ne pas finir comme papa. Dans
Dans ce joyeux accident dimensionnel, Emily Bright sert de point d’entrée : humaine, novice, assez émerveillée pour que le lecteur découvre avec elle cette école de magie installée à La Nouvelle-Orléans. Le premier recueil américain réunit les épisodes #1 à 6.
La narration repose sur un pari risqué : faire exister une douzaine de nouveaux personnages sans transformer l’appel du matin en annuaire. Young s’en sort mieux que prévu. Emily demeure le regard principal, Doyle Dormammu récupère vite l’une des trajectoires les plus intrigantes, mais les autres élèves grappillent chacun un geste, un pouvoir, une bizarrerie qui les rend identifiables.
Mais soulignons illico la capacité du scénariste à distribuer les moments de lumière sans engloutir le lecteur sous la continuité Marvel. C’est aussi la limite du tome : en six épisodes, certains restent encore des silhouettes prometteuses. On les aime bien avant de vraiment les connaître.
La bonne idée consiste à ne jamais transformer l’établissement en simple prétexte à convoquer le catalogue Marvel. Docteur Strange, Frère Vaudou, Magie, la Sorcière Rouge ou l’Ancien passent par les salles de classe, mais la série appartient aux élèves. Les vedettes servent de professeurs ; les débutants gardent le tableau.
Le rythme, lui, a avalé trois cafés et probablement un sort d’accélération. Un cours devient catastrophe, une visite dérape, un gag laisse place à une menace réelle avant que quelqu’un ait eu le temps de ranger sa baguette. Cette vitesse donne au volume son énergie, mais provoque aussi quelques embardées. Dès le premier numéro, le danger d’un casting aussi large représentait une prise de risque – celui d'un lancement trop chargé ou en quête de son centre.
Ce défaut devient presque une qualité à la fin du recueil. Le badinage scolaire cède du terrain, les conséquences deviennent moins théoriques et l’école cesse d’être uniquement un parc d’attractions magique. Young rappelle alors que ses élèves manipulent des forces qui peuvent les dépasser. La légèreté demeure, mais elle vient de découvrir les dégâts collatéraux.

Humberto Ramos semble avoir reçu l’école entière comme terrain de jeu. Son dessin étire les corps, tord les expressions, gonfle les monstres et propulse les personnages à travers les cases. Avec les couleurs d’Edgar Delgado, chaque pouvoir obtient presque sa propre température. Le résultat peut déplaire aux lecteurs attachés à une anatomie classique : Ramos caricature, exagère, pousse. Mais cette déformation donne précisément à Strange Academy son identité.
Son autre réussite tient à la lisibilité. Dans une série qui aligne tant d’élèves, chacun possède immédiatement une silhouette, une gestuelle, un visage. AIPT salue cette capacité à remplir les pages sans perdre les personnages ; ComicBook.com insiste aussi sur l’aisance du dessinateur face à cet imposant casting. Certaines compositions débordent presque de leur cadre, mais c’est rarement confus : le chaos est organisé.

Strange Academy ne réinvente donc ni l’école de sorciers ni l’apprentissage super-héroïque. Le tome préfère les faire entrer en collision, avec assez d’humour, de couleurs et de mauvais réflexes adolescents pour que l’ensemble fonctionne. Tout n’est pas encore approfondi, tout va parfois trop vite, mais la première promotion possède ce qui manque à bien des rentrées : l’envie de revenir le lendemain.
Marvel connaît bien les salles de classe. L’Institut Xavier a longtemps mêlé enseignement et formation des mutants ; New X-Men : Academy X place franchement les élèves au premier plan, tandis qu’Avengers Academy confie à des vétérans des adolescents qu’il faut empêcher de basculer du mauvais côté. Chez DC, Gotham Academy privilégie le mystère adolescent et Mystik U pousse Zatanna et d’autres apprentis magiciens sur les bancs d’une véritable université occulte. Morning Glories transforme l’école d’élite en piège paranoïaque ; Deadly Class, en centre de formation pour assassins.
Umbrella Academy reste le cousin le plus foutraque : mêmes silhouettes impossibles, même goût du groupe dysfonctionnel et du déraillement permanent, mais avec une noirceur familiale autrement plus profonde. Strange Academy choisit au contraire la lumière, la camaraderie et l’émerveillement. Sa vraie singularité n’est donc pas l’école : c’est d’avoir fait de la magie Marvel une adolescence collective, bordélique et étonnamment accueillante.
Sorti en mai 2021, puis réédité l’année suivante en novembre, avant une nouvelle relance en octobre 2025, le titre s’est écoulé à près de 6900 exemplaires en France. Les suites, tomes 2 & 3, puis Finals auront réalisé un peu moins de 6050 exemplaires.
Crédits illustration - Marvel
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
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